Ibid., préface
met 1 infaillibilité dans le suffrage général, c'est-à-dire dans la somme des individus, il en résulte que le cartésien et le fou, pris chacun à part, ont tort, et que, pris ensemble, ils ont raison, ce qui est une contradiction.
En matière de perception, le témoignage général est sur moi sans efficacité, car d'une part, mes perceptions ne sont pas erronées, et de l'autre , si elles l'étaient, je serais seul capable de les rectifier, car vous ne po z me prêter les vôtres. Par le témoignage général, je puis être amené à croire, comme nous le dirons tout à l'heure, mais non apercevoir. Le sentiment commun n'a pas plus de prise sur la conscience que sur les sens extérieurs. « Nous sommes, dit le même auteur, dans l'impuissance de nous démontrer que nous existons '. » D'abord, nous n'avons pas besoin de démonstration à ce sujet, nous savons directement et immédiatement que nous sommes; ensuite, si la conscience n'a pas d'évidence, elle en manque chez le plus grand nombre, comme chez le plus petit, et le consentement universel n'est pas un moyen de redressement ; d'une autre part, si l'on admet que la conscience est droite chez le plus grand nombre et fausse chez le plus petit, le premier ne pourra cependant corriger le second. En effet, si en mon particulier je doute de mon existence, comment le témoignage général pourrait-il m'éclairer sur ce point? Gomment pourrais-je être plus certain de l'existence du témoignage général que de ma propre existence ? Si j'admets le fait du sentiment commun, sans en demander une démonstration, comment n'admettrais-je pas aussi directement le fait de mon existence? Comment d'ailleurs les autres seraient- ils plus certains de mon existence que je ne le suis moimême? Me donner le sentiment général pour corriger ma conscience, c'estcommettre plusieurs cercles vicieux.