L'Art de penser, etc., p. 31G
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mais on en substitue une fausse à la place de la véritable^ et cette substitution constitue l'erreur.
On peut ranger parmi les erreurs d'interprétation les surprises qui naissent de la manière, suivant l'expression de Port-Royal : « On est porté naturellement, disent les auteurs de la Logique, à croire qu'un homme a raison lorsqu'il parle avec grâce, avec facilité, avec gravité, avec modération et avec douceur, et à croire au contraire qu'un homme a tort, lorsqu'il parle désagréablement ou qu'il fait paraître de l'emportement, de l'aigreur, de la présomption dans ses actions et dans ses paroles. Cependant si l'on ne juge du fond des choses que par ces manières extérieures et sensibles, il est impossible qu'on n'y soit souvent trompé; car il y a des personnes qui débitent gravement et modestement des sottises, et d'autres, au contraire, qui, étant d'un naturel prompt ou étant même possédées de quelque passion qui paraît dans leur visage et dans leurs paroles, ne laissent pas d'avoir la vérité de leur côté.... Il faut donc considérer chaque chose séparément, c'est-à-dire qu'il faut juger de la manière par la manière et du fond par le fond '. j
Les signes de nos pensées et de nos sentiments sont souvent équivoques : « On manque, dit Port-Royal, de rendre quelque civilité à ceux à qui on en doit : c'est, dit-on, un orgueilleux et un insolent; mais ce n'est peut-être qu'une inadvertance ou un oubli. Toutes ces choses extérieures ne sont que des signes équivoques, c'est-à-dire qui peuvent signifier plusieurs choses, et c'est juger témérairement que de déterminer ce signe à une chose, sans en avoir de raison particulière. Le silence est quelquefois signe de modestie et de jugement et quelquefois de bêtise; la lenteur marque quelque-