Ibid., p
tous ces dissentiments va-t-on composer un sentiment général qui impose à ma raison individuelle? Si on ne prend que les points sur lesquels le genre humain est d'accord, comme je fais partie du genre hun^ain, c'est mon sentiment qui fonde le sentiment général, et non celui-ci qui fonde mon sentiment particulier.
Nos perceptions et nos conceptions sont infaillibles ; elles sont les mêmes chez tous les hommes. Nos croyances , au contraire , sont faillibles et elles diffèrent d'individu à individu. « Si les dogmatistes, dit on, supposent la raison de chaque homme infaillible, qu'ils expliquent tant de jugements contradictoires*. » Ces contradictions n'existent pas pour les perceptions ni pour les conceptions, mais seulement pour les croyances, et les dogmatistes les expliquent précisément par la faillibililé qui est le caractère des croyances. Gomme les perceptions et les conceptions sont les mêmes chez tous les hommes, il se trouve précisément que l'autorité est sans prise sur elles; mais il en est autrement à l'égard de nos croyances, qui sont variables et d'où viennent toutes les erreurs. Nos perceptions et nos conceptions sont incommunicables; mais nos croyances sont pour ainsi dire contagieuses. La croyance d'autrui influe sur la nôtre, ainsi que nous l'avons fait voir. Mais la croyance, même la plus générale, n'est qu'une croyance, et, par conséquent, elle peut être erronée. Le polythéisme a été la religion du genre humain. Gomment donc essaye-t-on de prouver que la croyance générale a toujours été conforme à la vérité. « Le témoignage général, dit l'auteur, a autant de certitude que le témoignage de Dieu, parce qu'au fond il n'en diffère pas. Le témoignage général est infaillible, car Dieu nous tromperait, si la raison individuelle n'avait pas un moyen de rectifier ses er-