‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 56 sur 261 · Liv. 111, chap. i", 5^ édit., p · texte numérisé non relu

Liv. 111, chap. i", 5^ édit., p

qu'il contenait, nous déduisions, deducere , et le raisonnement s'appelait «we déduclion. Dans le dernier exemple, ce n'est pas une espèce que l'on fasse sortir, que l'on déduise d'un genre ; c'est le genre que l'on construit, que l'on induit par toutes les espèces. Ce raisonnement a été nommé par Aristote Vinduction, 'Eizo^yo^yri l.

Le terme moyen est encore l'égal de l'un des termes de la conclusion , lorsqu'il est la définition de ce terme ou qu'il est défini par lui. Exemple :

Le déplaisir de la répétition se guérit par le change' ment ;

L'ennui est le déplaisir de la répétition ;

Donc V ennui se guérit par le changement.

Le terme moyen : le déplaisir de la répétition n'est pas plus général que le mineur Vennui, dont il est la définition ; il est donc un terme d'égale extension.

Enfin le terme moyen est égal à l'un des termes de la conclusion, et quelquefois à tous les deux, dans les équations mathématiques. Exemple :

Le terme moyen B n'est ni plus ni moins général que le mineur A et le majeur C; il est égal à l'un et à l'autre en extension, et les termes égaux en extension sont égaux en compréhension.

En résumé : tantôt le terme moyen est plus général que le mineur et moins général que le majeur : c'est ce qui arrive dans le plus grand nombre de cas; le rapport qui unit alors les trois termes, est le rapport du genre à l'espèce ; le moyen est un genre relativement au mineur, et une espèce relativement au majeur ; tel est le raison-

1. Voy. dIus haut le chapitre où nous traitons de liiiduction.

OPÉRATIONS COMPLEXES DE L'iNTELLIGENCE 111

nement déductif. Tantôt le terme moyen est égal en extension, soit à l'un des deux termes de la conclusion, soit à tous les deux; il leur est alors égal en compréhension, c'est-à-dire qu'il contient le mêm« objet. Dans ce raisonnement, le rapport qui unit les termes est le rapport d'égalité, qu'il faut dégager des expressions différentes sous lesquelles il est caché. Le genre n'étant formé que de ce qui est commun aux espèces, ce qu'on dit du genre se dit des espèces : tel est le fondement du raisonnement déductif. Ce qu'on affirme d'un objet se peut affirmer de ce même objet sous une distribution différente, pourvu que la distribution ne change en rien le fond sur lequel on raisonne : telle est la base du raisonnement d'égalité.

g 5. L'argument démonstratif et l'argument probable.

Le rapport du moyen aux deux autres termes du raisonnement est celui du genre à l'espèce, de l'espèce à l'individu, ou du même au même sous une distribution différente. Les genres sont formés par des ressemblances ou des qualités semblables; pour savoir si un objet rentre dans la même classe qu'un autre, il faut examiner si le premier possède le même attribut que le second. Pour découvrir si un objet est le même qu'un autre, sous une subdivision différente, il faut voir si celui-ci est la réunion de toutes les espèces ou de toutes les parties comprises dans celui-là, ou s'il en est la définition, c'està-dire s'il en comprend le genre prochain et la différence essentielle.

On voit tout de suite que si la relation du moyen aux termes de la conclusion est saisie par les facultés de perception de la conception idéale, cette relation sera certaine, et l'argument démonstratif; et que si elle est saisie par une faculté de croyance, l'argument sera seulement probable.

Les anciens ne donnaient le nom de démonstratif qu'au raisonnement fondé sur les jugements nécessaires ; les modernes n'ont pas mis 1 expérience hors de la démonstration, et ils regardent avec raison comme démonstratif le raisonnement fondé sur les sens extérieurs, la conscience et la mémoire. Si nous ne savons pas par expérience que l'avare désire, si nous ne faisons que le conjecturer, l'argument déductif ne sera pas convaincant, il ne sera que probable ; il ne vaudra que ce que valent les facultés qui produisent les conjectures.

Nous avons mis en regard du raisonnement déductif le raisonrrement inductif ou épagogique d'Aristote. Le rapport de toutes les espèces au genre a toujours quelque chose de conjectural ; car nous ne pouvons pas être assurés d'avoir vu toutes les espèces, ni tous les individus de chaque espèce. Ainsi dans l'exemple que nous avons cité, Aristote conclut des animaux qu'il a vus à tous les animaux existants ; ce raisonnement n'est doncfondéque sur notre croyance à la généralité et à la stabilité des phénomènes de la nature.

L'argument inductif ou épagogique ne donnerait la certitude que s'il établissait une équation parfaite, et cette équation n'est possible que dans les mathématiques. Ceci posé, nous pouvons facilement nous rendre compte des différentes classes d'arguments ou de preuves établies dans les traités de logique. Ces classes sont au nombre de deux, l'une comprend les arguments pris de l'intérieur du sujet ou des lieux inlrinsèques ; l'autre les arguments pris de l'extérieur du sujet ou des lieux extrinsèques.

Les lieux intrinsèques sont : 1° le genre, le propre et l'accident : le moyen est un genre fondé sur une propriété essentielle ou sur une propriété accidentelle. 2° L'induction épagogique, ou l'induction d'Aristote, la définition, la division et l'énumération des parties ; ce senties

OPÉRATIONS COMPLEXES DE l'iNTELLIOENCE 113

raisonnements d'égalité : le moyen est égal en extension et en compréhension à l'un des termes de la conclusion, c'est-à-dire qu'il est le dénombrement des espèces ouïe genre prochain et la différence essentielle ou le total des parties ou des attributs contenus dans l'un des termes de la conclusion. 3° La comparaison i : le moyen est un genre auquel le sujet de la conclusion n'appartient que par ressemblance. Far exemple :

Les plantes demandent h être cultivées,

La jeunesse est une plante {ressemble a une plante) :

Donc la jeunesse demande à être cultivée.

Ce raisonnement, fondé sur la ressemblance, n'est jamais démonstratif. 4° La cause et l'effet : Le moyen est un genre de causes ou un genre d'effets ; par exemple :

Les causes de repentir doivent être évitées ;

Certains plaisi7's sont des causes de repentir ;

Certains plaisirs doivent être évités.

La relation de la cause à l'effet n'est certaine que dans les limites de notre conscience, partout ailleurs elle repose sur une induction et par conséquent sur une simple croyance. Voilà pourquoi l'argument fondé sur cette relation n'est pas démonstratif, mais probable. 5° Le rapport du signe et de la chose signifiée et l'étymologie : le moyen est une classe liée au mineur ou au majeur par le rapport du signe à la chose signifiée. Par exemple :

Il est revenu troublé et hors de lui-même; une joie maligne, qu'il tâchait de tenir cachée, a paru sur son visage avec je ne sais quoi d'alarmé.

Ceux qui portent ces signes ont commis une mauvaise action ;

Il a donc commis une mauvaise action\ »

Page 1