L'art de penser, liv. IV, chap
travaux qu'ils ont entrepris, abandonnés et repris mille fois. Ils pourraient montrer comment à travers toutes ces tentatives, le plus souvent inutiles, quelquefois heureuses, ils recueillaient de temps en temps quelques parcelles de vérité. Cette marche peut être suivie surtout dans une science qui vient de naître, et qui est exposée par son inventeur lui-même. C'est l'ordre que Descartes a suivi dans le discours de la méthode et des méditations. « L'analyse, dit-il, est la méthode de découverte; elle peut aussi s'appliquer à la métaphysique comme méthode de transmission, et c'est celle qu'on a suivie dans les Méditations, ce qui n'empêche pas que la métaphysique ne puisse également s'enseigner par la synthèse ou la méthode de transmission des géomètres *. » Mais quand la science est ancienne et qu'elle a été enrichie par un grand nombre d'inventeurs, l'histoire de leurs découvertes serait trop longue, surtout pour celui qui veut connaître les résultats des recherches et non les obstacles qui les ont retardées, et qui tient plus à la science qu'aux aventures des savants. Or, dès qu^n veut exposer les connaissances acquises en les dégageant du récit de leur acquisition, le meilleur ordre est de commencer par les plus simples et les plus générales, et de les unir pour en former les connaissances complexes ou particulières, c'est-à-dire de synthétiser.
On a dit encore que les sciences se formaient aussi bien par la synthèse que par l'analyse, et que la première méthode était la confirmation de la seconde. Cette remarque semble justifiée par quelques parties de la chimie : lorsque le chimiste, dit-on, a décomposé l'eau en deux gaz, il les combine pour reproduire l'eau et s'assurer que son analyse a été bien faite. Mais cette confirmation est insuffisante; car si, par exemple, l'oxygène n'était