Œhv. philos., édit. Ad. G., introd., p. cxxviil
pas un corps simple, la recomposition de l'eau par l'oxygène et l'hydrogène ne découvrirait pas au chimiste rinexactitude de son analyse. Lorsque l'anatomiste a distingué tous les os d'avec tous les muscles, ceux-ci d'avec tous les vaisseaux, etc., à quoi peut lui servir de remettre les choses dans l'état où il les a trouvées ? Cela ne peut rien lui apprendre de nouveau, puisque cet état complexe est justement celui qui a frappé d'abord ses yeux, ce qu'il a détruit, pour connaître les éléments dont l'objet se compose. Il ne fait la recomposition qu'au moment oîi il transmet sa science, parce qu'il sent alors lanécessité de commencer par les choses les plus simples et les plus générales, pour aller aux choses complexes et particulières. Quand le physicien a distingué dans les corps la dureté d'avec la malléabilité, celle-ci d'avec la ductilité, toutes les trois d'avec la pesanteur, etc., il ne lui sert de rien de se dire à lui-même : la dureté, la malléabilité, la ductilité, etc., composent les qualités du corps ; ce n'est qu'un résumé de ce qu'il sait et non une confirmation ; il ne fait donc aussi cette recomposition que quand il enseigne. On voit facilement que nous pourrions dire la même chose à l'égard de la physiologie et de la psychologie, et enfin de la géométrie et de la morale. En conséquence, on ne peut pas avancer que lasynthèse soit une partie de la méthode de découverte et la confirmation de l'analyse. Celle-ci est la seule méthode d'invention, et la synthèse est la seule méthode d'enseignement et de doctrine, comme l'ont dit les auteurs de la Logique de Port-Royal.
§ 4. Division des arts.
Les sciences ne font, comme le jugement et le raisonnement, que mettre en usage les facultés de l'intelligence
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dont nous avons tracé le tableau. Il en est de même de ces autres opérations complexes qu'on appelle les arts.
Les sciences contemplent leur objet et ne cherchent pas à le changer ; les arts essayent de modifier l'objet sur lequel ils s'exercent. Tout art s'appuie sur une ou plusieurs sciences ; ou ne peut mener la nature que par les prises qu'elle donne ; il faut donc les reconnaître et se rappeler le précepte de Bacon : On ne commande à la nature qu'en lui obéissant K
Les arts se divisent en arts mécaniques et arts intellectuels. Ils se distinguent les uns des autres en ce que les derniers, les seuls qui fussent cultivés parles hommes libres dans l'antiquité, et appelés pour cela libéraux, travaillent de l'esprit plutôt que delà main, et que les seconds, abandonnés autrefois aux esclaves, travaillent plus de la main que de l'esprit^.
Les arts manuels doivent plus ordinairement leurs progrès à la routine et à l'usage qu'à la science, parce que ceux qui les cultivent sont étrangers aux sciences, et que ceux qui cultivent les sciences sont étrangers aux arts mécaniques. Mais le progrès des arts manuels n'en dépend pas moins de la science, et cela s'aperçoit toutes les fois que le physicien ou le chimiste veulent appliquer leurs connaissances à l'agriculture et à l'industrie. Ces deux arts, s'ils étaient dirigés par la science, ne feraient plus partie des arts mécaniques qu'à l'égard de ceux qui exécuteraient manuellement et servilement les prescriptions dont ils ne se rendraient pas compte. On range ordinairement parmi les arts mécaniques l'art de la construction des machines, etle nom même y invite. Cependant cet art travaille plus de l'esprit que de la main il devrait appartenir à l'ordre des arts intellectuels.