De la connaissance de Dieu et de soi-même, chap. Vf, g
(jinaient que la nature avait horreur du vide. Descartes ■a imaji/ie les tourbillons pour expliquer le mouvement des corps célestes. Les physiciens de nos jours imaginent', les uns des fluides, les autres les vibrations d'un éther, pour rendre compte de la lumière, de la chaleur et de certains mouvements des corps, et, comme nous l'avons fait voir, ces imaginations ne sont que des inductions.
Jusqu'ici, le mot d'imagination signifie tantôt une pure reproduction de ce qui a existé, tantôt l'induction ou le jugement par analogie, qui ne font que transporter à un temps différent et à d'autres objets nos découvertes touchant certains objets et certains temps. Il n'exprime pas une force créatrice qui tire de l'esprit humain des objets dont le modèle n'ait pas été fourni par l'observation. Il semble qu'on devrait trouver cette vertu presque divine dans Vinvention des arts mécaniques, mais si nous examinons les choses de près, nous verrons que là encore l'imagination ne se compose que de réminiscence et d'induction.
Considérons l'histoire de l'invention et des perfectionnements de la machine à vapeur. Vers l'an 1690, Papin, médecin français réfugié en Angleterre, par suite de la révocation de l'édit de Nantes, faisait mouvoir le piston d'une pompe par l'effet d'une explosion de vapeur. L'eau qui devait la produire était dans le bas de la pompe; le mécanicien approchait le feu pour vaporiser l'eau e't le retirait pour laisser l'eau se condenser; le piston retombait de son propre poids. Ces mouvements étaient longs à exécuter, et la machine marchait lentement. En 1705, un quincaillier et un vitrier, nommés l'un Newcomen, l'autre Cawley, se rappelant que l'eau froide condense la vapeur, s'avisent de jeter de l'eau froide sur le corps de la pompe : le piston retombe plus vite. Ils enveloppent donc la pompe d'un cylindre creux, et dans l'espace annulaire qui se trouve entre la pompe et
l'enveloppe, ils font couler de l'eau froide, quand ils ont besoin de condenser la vapeur. Un jour ils s'aperçoivent que le piston descend encore plus vite qu'à l'ordinaire; ils examinent l'inslrument et découvrent qu'une partie de l'eau froide, au lieu de couler sur la paroi extérieure de la pompe, est entrée dans l'intérieur par une petite ouverture qui s'est faite au piston. Ils munissent donc celui-ci d'une ouverture en forme de pomme d'arrosoir ; ils font couler l'eau froide par cette voie, et la machine fait un nouveau progrès. Mais l'eau froide se mêlant à celle qui doit produire la vapeur en retarde la production. Il faudrait que le refroidissement agît sur la vapeur, sans agir sur l'eau qui en est la source. On coupe donc la pompe en deux parties : l'une, qui contient l'eau destinée à produire la vapeur, devient une chaudière toujours placée sur le feu; l'autre, qui communique à la première par un tube muni d'un robinet devient le corps de pompe, reçoit la vapeur qui est seule alors soumise à l'action de l'eau froide. On ouvre le robinet de la chaudière lorsqu'il faut faire monter le piston, et le robinet du réservoir d'eau froide lorsqu'il faut le faire redescendre. Un enfant à qui est remis ce soin, Henry Potter, voulant partager les jeux de quelques camarades, fait communiquer les deux robinets par des cordes au balancier de la pompe, qui par ses mouvements ouvre et ferme lui-même les robinets, quand il le faut. On remplace les cordes de Henry Potter par des tringles, et la machine reçoit un nouveau perfectionnement. Mais l'action de l'eau froide sur la vapeur dans le corps de pompe le refroidit et nuit au développement de la nouvelle vapeur qui arrive de la chaudière. On a déjà coupé «la pompe en deux parties ; il faut maintenant la couper en trois : la première partie restera la chaudière; la seconde, le corps de pompe où se meut le piston; la troisième sera le condenseur^ où la vapeur ira recevoir
OPÉRATIONS COMPLEXES DE L'INTELLIGENCE IciO
l'action de l'eau froide sans refroidir le corps de la pompe. Le condenseur fait le pendant de la chaudière. C'est Watt qui divise ainsi la machine. Il y ajoute une autre modification : au lieu d'introduire la vapeur uniquement sous le piston et de laisser redescendre celui-ci par son propre poids, il la fait parvenir alternativement au-dessus et au-dessous du piston, et produit la machine à double effet. Il observe ensuite que le ressort de la vapeur est tel qu'on peut fermer le tube qui l'introduit, quand le piston n'est encore qu'aux deux tiers de sa course , et qu'on profitera d'ailleurs de la vitesse acquise du mobile sans nouvelle dépense de force motrice, et il crée ainsi la machine a détente. Enfin il conjecture encore qu'on peut produire des effets plus prompts et plus puissants, si, au lieu de condenser la vapeur, on la laisse échapper dans l'air, et ainsi est inventée la machine a haute pression *.
Tels sont les progrès principaux de la machine à vapeur. Les inventeurs ne font ici que profiter d'accidents heureux , se souvenir et conjecturer. Il faut dans leurs progrès faire une part égale à la fortune et à l'homme. Un chien, qui mordit un coquillage sur les bords de la mer, donna lieu à la découverte de la pourpre. Des matelots abordant sur une plage déserte et n'y trouvant pas de pierres pour supporter les vases oî^i ils doivent faire cuire leurs aliments, font des amas de sable et de cendre durcie. Ces corps fondus par le feu produisent une matière transparente et c'est ainsi que le verre est trouvé. Le fils d'un artisan de la Zélande , en assemblant par forme de jeu deux verres convexes dans un tube, construit Bans y penser le télescope. Kepler, en cherchant dans les iistres les nombres de Pythagore, trouve les deux lois du cours des planètes, qui deviennent dans l'esprit de