‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 66 sur 261 · Annuaires du bureau des longilutes, 1827 et · texte numérisé non relu

Annuaires du bureau des longilutes, 1827 et

Newton, l'explication de l'univers. Aussi Turgot observet-il que si l'on élevait des monuments aux inventeurs dans les arts et dans les sciences, il y aurait moins de statues pour les hommes que pour les animaux, les enfants et la fortune.

Si la mécanique est le premier des arts qui agissent sur la matière, la politique est le plus important de ceux qui agissent sur les hommes. Mais les inductions de la politique se composent comme celles de la mécanique, de l'expérience, de la mémoire et de l'induction.

L'art de gouverner les hommes se fonde sur la connaissance des hommes ; et Socrate, il y a plus de deux mille ans, a eu raison de faire reposer la vraie politique sur la connaissance de soi-même.

Les expédients les plus ingénieux et les plus subits, les ruses et les stratagèmes de la guerre ne sont que des applications de la connaissance de l'humanité. Faire naître chez l'ennemi des craintes ou des espérances chimériques ; les frapper de terreur par un incendie soudain, comme Gédéon ou comme Annibal ; dissimuler ses forces , feindre une retraite , comme Ponlius dans le Samnium, ou le maréchal de Richelieu en Hanovre, c'est juger des sentiments des autres par ses propres sentiments, c'est mettre à profit la connaissance du cœur humain. César, ayant à combattre en Afrique un fils de Pompée, et sachant qu'un ancien oracle ne promettait la victoire en ce pays qu'aux Scipions, prit parmi les valets un homme de ce nom et eut l'air de lui remettre le commandement de l'armée. Mais la politique ne doit pas consister uniquement à ménager les passions d'un peuple; car, suivre les inclinations populaires, ce n'est pas gouverner : c'est obéir. Il faut respecter et satisfaire celles qui sont louables, réprimer et éteindre celles qui doivent être condamnées. Le gouvernement des hommes par la réforme de leurs mauvaises passions demande une

étude plus profonde, une âme plus droite et une main plus ferme que le gouvernement par la flatterie ; aussi ce dernier se montre-t-il le plus fréquemment dans l'histoire.

Les arts, dont nous venons de parler, ne sont que les applications des sciences, et ils ne mettent pas en usage d'autres facultés que ces dernières. Il en est autrement de l'imagindtion du musicien, de l'architecte, du statuaire et du peintre; elle contient des éléments originaux, qu'elle n'emprunte ni à l'expérience ni à l'induction ; elle est donc une faculté particulière. C'est ce que nous avons essayé de démontrer en traitant de la conception idéale. Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit en cet endroit ; nous rappellerons seulement notre conclusion. Les éléments des beaux-arts sont au nombre de cinq : la couleur, la forme, l'intonation, le rhythme et l'articulation. Chacun de ces éléments peut être simplement agréable, ou prendre le caractère de la beauté. Il est simplement agréable , lorsqu'il plaît sans présenter aucune signification à l'esprit; il se revêt de beauté, lorsqu'il devient le signe ou le symbole d'un sentiment ou d'une pensée. L'œuvre de l'art n'est pas un fruit de l'observation, car elle surpasse en beauté les objets naturels; elle n'est pas un choix ou une moyenne entre les données de l'expérience, car les éléments que l'artiste peut emprunter à la nature ont besoin d'être modifiés et comme jetés dans le moule intérieur de la pensée ; et d'ailleurs la moyenne entre les objets donnés par la nature ne produirait qu'une seule œuvre uniforme. Les beaux-arts, bien loin d'être le résultat des combinaisons de l'expérience et de l'induction, reculent ou restent stationnaires, tandis qu'avancent les sciences et les arts utiles , qui sont comme nous l'avons montré tout à l'heure, les véritables produits de l'induction et de l'expérience. Les éléments des arts du dessin et de l'art mu-

sical sont donc le fruit d'une inspiration spontanée ou d'une imagination vraiment originale.

g 6. L'éloquence et la poésie.

Il nous reste à examiner de quels éléments se composent l'imagination de l'orateur et celle dupoëte. Notre intention n'est point de tracer une rhétorique ni une poétique, ni de fixer à l'orateur et au poëte des règles prises dans notre fantaisie. Nous voulons rechercher les éléments de l'imagination oratoire et de l'imagination poétique, et montrer qu'il suffit, pour en rendre compte, des facultés intellectuelles que nous avons déjà fait connaître. On a donné de l'éloquence et de la poésie des définitions qui ne les distinguent pas l'une de l'autre, ni du reste des beaux-arts.

On a prétendu que l'éloquence et la poésie n'étaient, comme tous les autres arts, qu'une imitation de la nature. C'est à la fausse interprétation d'un passage d'Aristote qu'il faut rapporter cette erreur. « L'épopée, dit ce philosophe, la tragédie , la comédie, la poésie dithyrambique, la plus grande partie de l'art de jouer de la flûte et de la lyre, ne sont que des représentalions ^ » C'est îe mot grec qui signifie représentation qu'on a traduit par imitation ; mais nous allons voir quel sens Aristote y attachait. « Puisque, dit-il, l'art représente les hommes en action, il doit les représenter, [xiixeTaôat, ou meilleurs, ou pires, ou tels que nous sommes; c'est ainsi qu'en peinture Polygnote les a figurés, ekaas, supérieurs; Pauson inférieurs, Dionysius semblables à la réalité.... Puisque le poëte représente comme le peintre ou tout autre faiseur d'images, il faut qu'il prenne un de ces trois partis, ou de représenter, ^iixzîgQqli, les choses telles qu'elles ont été et telles qu'elles sont, ou telles qu'on les

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