Discours sur l'histoire universelle
OPÉRATIONS COMPLEXES DE l'INTELLIGENCE 1 'l5
merveilleux, le surnaturel. Secondement, des comparaisons tellement fréquentes qu'à peine peut-on trouver deux vers de suite sans ce genre d'ornement. Troisièmement, une représentation des hommes et des choses tels qu'on désirerait qu'ils fussent, comme le disait encore Aristote, c'est-à-dire le fruit de nos conceptions idéales; enfln, en d'autres endroits, une peinture vive et fidèle des choses et des hommes tels qu'ils sont.
Mettons en regard de ce poëme la première harangue prononcée par Cicéron contre Catilina, L'orateur commence par adresser une prière à Jupiter. Deux fois il évoque la figure de la patrie s'entretenant tantôt avec Catilina, tantôt avec Cicéron lui-même. Mais qui ne voit que, si c'était là le ton continuel de cette harangue, elle deviendrait plutôt un poëme qu'un discours? Quant aux comparaisons, il ne s'en trouve qu'une seule dans la harangue que nous examinons. « Les hommes qui sont atteints d'une maladie grave, dit le consul, s'ils se sentent agités par la chaleur de la fièvre, et qu'ils boivent de feau froide, paraissent d'abord soulagés mais retombent ensuite dans un mal plus grave et plus violent; ainsi la maladie dont la république est atteinte sera un peu adoucie par le châtiment de ce coupable, mais elle augmentera de gravité et de violence si les autres sont laissés vivants. » Mais que dirait-on de l'orateur qui accumulerait les comparaisons dans la même page, ou qui commencerait ainsi un discours sur Drusus? « Tel que l'oiseau ministre de la foudre, auquel Jupiter a donné l'empire sur les oiseaux indomptés, et dont il a éprouvé la force dans l'enlèvement du blond Ganymède,etc.... ^ > C'est là le commencement d'une ode d'Horace sur Drusus.
L'orateur a plus souvent à peindre les choses et les