Horace, Odes, liv. IW, od. iv
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hommes tels qu'ils sont que tels qu'on désirerait les voir. Il ne fait pas de descriptions pour dépeindre, mais pour déterminer ses auditeurs à quelque action utile ou honnête. Il les pousse à l'utile par la passion, à l'honnête par la conscience; c'est là le domaine de l'éloquence, c'est là qu'elle s'étend et qu'elle règne, c'est à cette fin que se rapportent toutes les parties de son oeuvre. Voici les motifs d'intérêt que Gicéron donne à Catilina, pour le pousser à sortir de la ville : La mort est suspendue sur ta tête ; on a déjà porté contre toi un sénatus-consulte redoutable; tes projets sont découverts et tu es tenu de tous les côtés; tu as déjà préparé toi-même ton départ; il n'est personne dans la ville qui ne te craigne, ne te méprise, ne te haïsse; les sénateurs te condamnent à l'exil par leur silence. Enfin la patrie en pleurs te supplie de partir. D'un autre côté, il démontre aux sénateurs qu'ils doivent agir avec courage par des motifs de sûreté publique : des camps sont établis en Italie contre la république ; Catilina une fois sorti, tous ses complices le suivront, et il sera ainsi plus facile de couper la souche et la semence de tous les maux.
L'orateur romain n'a employé qu'une ou deux fois la prosopopée et qu'une seule fois la comparaison, qui sont des figures poétiques; les figures qui abondent dans son discours sont celles qu'on pourrait appeler les figures de passion. Il apostrophe son adversaire; il s'écrie, il répète et redouble les mots; il supprime les conjonctions pour donner plus de rapidité à sa parole; il se moque, il interroge, il répond lui-même à ses questions; il semble délibérer avec son antagoniste; il. en dépeint les mœurs, il en fait entendre les discours; il, s'irrite, il gourmande, il supplie, il maudit; enfin il atténue ou il exagère, et il rend les choses plus frappantes par des oppositions et des contrastes.
Il nous est maintenant possible de saisir les différences
OPÉRATIONS COMPLEXES DE L'INTELLIGENCE 1 i7
d'un poëme et d'un discours. Les peintures et les descriptions sont communes à la poésie et à l'éloquence ; l'exhortation à un acte utile ou honnête est le propre de la seconde, et le caractère particulier de la première est l'emploi de la fiction, du merveilleux, du surnaturel. La comparaison lui est aussi plus familière, parce qu'elle est une sorte de fiction. Enfin elle aime à s'exprimer en un rhythme régulier pour s'éloigner davantage du langage vulgaire.
On reconnaîtra de plus en plus cette distinction de la poésie et de l'éloquence, si à des exemples pris de l'épopée, on en joint d'autres empruntés au genre lyrique. Les poèmes d'Orphée, dont nous connaissons seulement les sujets, respiraient quelque chose de si divin, pour parler le langage d'Horace *, qu'on les a regardés comme les hymnes de la religion primitive. Pindare mêle sans cesse les dieux et les hommes. Un critique fin et délicat de notre temps a fait l'analyse du génie poétique d'Horace, et il a montré que les principaux éléments de sa poésie sont : 1° les fictions des fables antiques; 2° le mystère qui s'attache aux lieux inconnus ou récemment découverts ; 3° l'influence supposée des astres qu'on prenait pour les oracles de la destinée; 4° la description vive et pittoresque de la nature champêtre. On voit que la fiction et le mystère remplissent ici le premier rôle 2.
De la poésie lyrique est issue la poésie dramatique : du cœur, qui concourait par ses chants aux cérémonies religieuses, on a extrait d'abord un personnage, puis deux, puis trois, qu'on a fait dialoguer ensemble et avec le chœur, et ainsi se sont formées la tragédie et la