THÉORIE I>E PLATON
g 1" Distinction entre les sens et la raison.
Nous avons interrogé les principaux philosophes do l'antiquité et des temps modernes sur les questions particulières que nous trouvions sur notre route dans l'étude de l'esprit humain ; il nous reste à montrer comment chacun d'eux envisageait l'ensemble de l'intelligence, afin de mettre le lecteur à même de contrôler par ces théories celle que nous lui avons présentée.
Nous avons divisé l'intelligence en connaissance et croyance, et la connaissance en perception et conception. La perception est un acte de lame dont l'objet est indé-pendantdece cet acte; elledécouvreles corps, l'âme ellemême dans son existence présente et passée, le temps, l'espace et une substance active, éternelle et parfaite. L'objet de la conception n'a pas d'existence en dehors ^e l'esprit. La conception est une pure représentation mentale; elle produit la réminiscence et l'idéal. L'objet de la croyance peut exister en dehors de la pensée ou n'avoir d'existence qu'en elle. Il ne faut pas confondre la croyance avec le doute : celui-ci est le combat de deux croyances
f opposées; lorsqu'une croyance n'est pas combattue par ' V une croyance contraire, le doute n'existe pas. Les objets de la croyance sont la constance de la nature, et les signes naturels. Il y a donc dans l'intelligence des facultés diverses. Ces distinctions se sontlentement introduites dans .a psychologie.
Socrale, suivant Xénophon, distinguait dans l'âme les sens et la raison ^ ; il entendait que les sens nous font connaître les choses particulières 2, et que par la raison nous nous souvenon s du passé et prévoyons l'avenir ^ ; probablement il rapportait à la raison la connaissance des lois naturelles *, la croyance en Dieu, dont il faisait un privilège de l'humanité ^, et la faculté d'interpréter les signes naturels ^, par laquelle, disait-il, les hommes font échange de leurs biens, s'enseignent les uns les autres, établissent les lois et les États ^ Pour Socrate la raison renfermait donc sans distinction, toutes les facultés intellectuelles qui ne s'exercent point par l'intermédiaire du corps.
/y Nous devons nous attacher à faire connaître l'opinion '-' que Xénophon attribue à Socrate sur la formation des idées abstraites et des idées générales ou des genres, à cause de la grande différence qui existe entre cette théorie et celle que lui prête Platon. Il disait que le mot de dialectique venait de ce que les hommes s'étant rassem- ^-^ blés, délibéraient en distinguant les choses par genres*. . Pour rendre ses disciples habiles dialecticiens, il leur
1. Ai v.icGnsut xai 5 loyianâç. Xénophon, Memo?Ve.ç, liv. IV,