Voy. plus haut, t. II, I. VllI, cli. ii
ne sont aperçus que par une conception purement idéale. Il en est ainsi du juste et de l'injuste, de la piété et de l'impiété et de toutes les vertus. Les nombres composés d'unités parfaitement égales sans aucune différence et sans aucune partie, sont l'objet d'une conception du même genre. La connaissance de la force, de l'action et même de la santé, si par ce mot on entend l'absence de toute douleur, est due à la conscience. La notion des qualités simples et abstraites, telles que la grandeur et la petitesse, la dureté et la mollesse, la pesanteur et la légèreté, 1 égalité et l'inégalité, appartient au souvenir qui est comme nous l'avons dit, une abstraction naturelle. Le bon et le mauvais, le beau et le laid, sont des qualités qui conviennent soit aux objets sensibles, soit aux actes de l'âme : les sens ne nous font pas connaître les actes de l'âme, ni percevoir les qualités physiques, sans les corps auxquels ces qualités appartiennent; c'est le souvenir seul qui nous permet de penser abstraitement aux qualités pliysiques, sans percevoir les objets qui possèdent ces qualités. Ce qu'on sait de commun sur les objets des sens, comme : qu'ils existent, que l'un n'est pas l'autre, que chacun est lui-même qu'ensemble ils sont deux et séparénient un, qu'ils sont semblables ou dissemblables, tout cela se connaît par la mémoire et non par les sens. La connaissance de l'essence est aussi une connaissance de la mémoire : en effet, dans la classification des corps ou des esprits, nous nous attachons à les distinguer par des qualités importantes, qui en constituent le caractère premier ou essentiel et qui peuvent fournir de ces objets une définition légitime; nous extrayons ensuite par la mémoire ce caractère essentiel que nous appelons l'essence. L'essence se distingue de l'existence en ce que tous les objets n'ont pas la même essence, tandis que chez tous l'existence est semblable; car l'existence esvou n'est pas; elle ne
peut pas êlre différente. La connaissance de l'essence est donc une connaissance abstraite, que nous devons seulement à la mémoire. Enfin la connaissance d'un êlre absolu, qui reste le même sous tous les changements, qui précède tous les commencements et survit à toutes les fins 1, estl'une des trois connaissances que nous avons attribuées à l'intuition pure extérieure. Quant aux deux autres, c'est-à-dire à l'espace et au temps absolu, Platon, comme nous l'avons vu, n'a pas distingué ces objets d'avec les corps et les événements qui se succèdent -.
g 2. Les idées.
Platon n'a pas établi les divisions que nous avons indiquées dans l'intelligence, mais il a noté la plupart des actes intellectuels qui nous ont fait distinguer la conscience, la mémoire, l'intuition pure extérieure, la réminiscence, la conception idéale, l'induction et linterprétation. Il a distingué d'autres facultés, dont nous parlerons plus loin. Nous voulons d'abord examiner la partie de sa doctrine qui suppose un objet extérieur à tous les actes de l'intelligence, non-seulement à la perception des sens, de la conscience, de la mémoire et de l'intuition pure extérieure, et à toutes les croyances, mais à la conception idéale et au simple souvenir. Au lieu de poser seulement l'existence des corps, des esprits et d'un être absolu, substance et cause infinie et nécessaire, Platon imagine que les figures géométriques existent en dehors de l'esprit, que les vertus ont une existence indépendante de ceux qui les conçoivent et qui les pratiquent, que les qualités abstraites et générales existent à part des objets individuels et concrets; qu'il y a la
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