‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 88 sur 261 · Voy. plus haut, t. II, 1. VI, cli. v, i^ 1 et · texte numérisé non relu

Voy. plus haut, t. II, 1. VI, cli. v, i^ 1 et

ressemblance indépendamment des objets semblables, la dissemblance en dehors des objets dissemblables, la grandeur antérieurement aux objets grands, le nombre avant les objets nombres.

Nous entendons aujourd'hui par genre une qualité commune à plusieurs individus : la dureté est une qualité inhérente à plusieurs corps ; tous les corps qui la possèdent sont réunis en une même classe ou un même genre. La grandeur, la grosseur, la pesanteur, forment aussi des classes ou des genres, parce que ce sont des qualités communes à plusieurs corps. Par la nature abstraite du souvenir, nous pensons à l'existence sans penser à aucun objet précis, et supposant que l'existence est à son tour une qualité, nous en faisons une classe qui contient toutes les autres, qui est la plus générale et que nous appelons le genre suprême, genus supremum. Pour avoir Tidée d'une ressemblance ou d'une dissemblance, il faut connaître plusieurs objets ; si nous n'en connaissions qu'un seul, il ne serait pour nous ni semblable, ni dissemblable, ni grand, ni petit, ni pesant, ni léger; nous n'aurions pas même l'idée de son unité, car nous n'obtenons celle-ci que par son opposition avec l'idée de la pluralité ; mais dès que nous connaissons plusieurs objets, nous avons l'idée de l'existence générale, du nombre, de la ressemblance ou de la dissemblance, de l'égalité ou de l'inégalité, de la grandeur ou de la petitesse, etc. Les connaissances qui embrassent plusieurs objets s'appellent des idées de rapports; les idées de rapports et les idées abstraites et générales sont les produits du souvenir. Les qualités relatives, abstraites ou générales, n'existent pas en dehors des individus, quoiqu'il nous soit donné d'y penser séparément,

La première fois que les philosophes portèrent leur attention sur ce sujet, ils furent surpris de voir des qualités qui ne se trouvaient pas dans un objet en-

visage seul, se manifester tout à coup dans cet objet comparé avec d'autres, c Comment se fait-il, disait Platon, que moi, qui suis plus grand qu'un enfant, je devienne par la suite plus petit, sans changer et seulement parce qu'il aura grandi^? » « La notion de l'égalité, poursuivait-il, ne peut me venir de la vue d'un morceau de bois, qui comparé à un autre est tantôt égal tantôt inégal, car l'égalité ne peut devenir l'inégalité -. Comment un objet joint à un autre peut-il devenir deux? Le nombre binaire n'existant ni dans l'un ni dans l'autre, comment leur concours peut-il engendrer ce qui n'était dans aucun séparément ^? »

Platon était aussi frappé delà caducité des objets individuels saisis par les sens. «Partagerons-nous,disail-il, l'opinion de ceux qui pensent que toute chose est soumise à un écoulement perpétuel? c'est là l'objet constant de mes méditations; dirons-nous ou ne dirons-nous pas que le beau et le bon sont quelque chose en euxmêmes et ainsi de tout ce qui est simple. Je ne parle pas d'un beau visage ou d'autres choses semblables, car elles me paraissent en effet s'écouler sans cesse, jeparle du beau en lui-même: n'est-il pas toujours tel qu'il est? Peut-on dire qu'il est et ce qu'il est, s'il passe sans cesse *? »

En résumé, suivant Platon, un objet n'est ni grand ni petit en lui-même : il ne peut donc pas nous fournir la notion de la grandeur ni de la petitesse; les choses saisies par les sens n'ont qu'une beauté et une bonté qui se détériorent incessamment; ce ne sont donc pas ces objets qui ont pu nous procurer l'idée de la beauté et de la bonté en soi. De plus les sens ne nous montrent pas

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