‹ Traité des facultés de l'âmeChapitre 95 sur 261 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

nature entre la conception mentale d'un corps et la perception de cet objet. En supposant que celle-ci ne fût qu'une simple croyance, l'imagination ou la conception, qui affirme que son objet n'est que dans l'esprit, ne devrait pas être regardée comme un degré de la croyance à l'existence extérieure des corps. Les raisons sur lesquelles se fonde Platon pour affirmer que fétat de l'esprit à l'égard des corps n'est qu'une croyance sont empruntées à Heraclite. « Les choses particulières, dit ce dernie'r, sont dans un écoulement perpétuel ; elles se renouvellent sans cesse : le grand devient le petit et réciproquement; il ne peut y avoir de connaissance ou de science de ce qui passe '. > Mais savoir que les choses individuelles changent et se renouvellent sans cesse, cela même est une connaissance ou une science. Si ce n'était qu'une croyance, nous n'aurions pas la certitude de ce renouvel' lement; or, nous en sommes certains, pour l'avoir observé; nous le connaissons donc et nous ne faisons pas seulement que le croire. Ce renouvellement, cet écoulement perpétuel dontparleHéracliteestd'ailleurs exagéré. Il n'a pas empêché qu'Aristote n'ait fondé sur ces choses qui passent sans cesse une science très-solide et trèsslable, l'histoire naturelle, qui comprend la description des minéraux, des plantes et des animaux, et que les modernes n'aient établi sur la même base la physique, la chimie et la physiologie. Platon disait : « Il n'y a pas les choses grandes et petites, mais il y a la grandeur et la petitesse; il n'y a pas les mouvements lents et rapides, mais il y a le nombre et l'unité; il n'y a pas les choses existantes, mais il y a l'existence en soi -. » Nous disons tout le contraire : il n'y a pas la grandeur, la vitesse, le nombre, l'existence en soi, mais il y a des objets grands

1. Théétète, édit. H. E. t. ^^ p. 179-81. •2. République, édit. H. E., t. II, p. 520.

OU petits, lents ou rapides ; il y a des corps et des esprits, dont chacun est un séparément et qui ensemble sont plusieurs.

Indépendamment de la notion des qualités abstraites et générales, il existe des propositions entières que Platon attribue à la raison Xoytorp'ç, et qui, suivant la remarque d'Aristote, devraient avoir, comme les genres, un soutien ou une substance élernelle en deliors de l'esprit et des choses sensibles *. « Ce qu'on sait de commun, dit-il, sur les objets des sens, on ne le sait par aucun d'eux. Sur le son et la couleur, on sait d'abord que l'un et l'autre existent; de plus, que l'un n'est pas l'autre, que chacun de ces objets est lui-même, qu'ensemble ils sont deux, et que chacun séparément est un ^. » Ces propositions ont été regardées comme des vérités éternelles, et un savant théologien des Pays-Bas, Caterus, l'auteur des premières objections contre les méditations de Descartes, présente ces vérités sous cette forme : « Un bateau est un bateau, et rien autre chose ; Davus est Davus, et non Œdipus ^ » Or, pour savoir qu'un bateau est un bateau, il suffit d'ouvrir les yeux ou d'avancer la main ; il n'est pas nécessaire que la raison confirme le témoignage des sens, car elle ne nous en apprend pas davantage. Dire qu'un bateau est un bateau, c'est dire qu'un bateau existe, et les sens suffisent à cette découverte. Pour s'élever de cette proposition particulière : un bateau est un bateau, à cette proposition générale : une chose est elle-même et non pas une autre, il suffit de la mémoire, car cette proposition générale exprime seulement qu'il existe des choses diverses. Si au lieu de dire : il existe des choses diverses, vous dites : une chose est une chose et non pas une autre; ou : ce qui est; ou encore : il est impos-

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