Parménide. édit. H. E., t. III, p. 132, b, c
l'JO LIVRE XI
comme celles delaverluou du cercle parfait, la conception d'une qualité actuellement commune à plusieurs individus n'est pas purement mentale, car la grandeur, par exemple, est dans les objets grands, et les objets grands sont en dehors de l'esprit.
La théorie de la réalité extérieure des genres est donc vraie en ce sens que les genres ne sont pas seulement dans l'esprit, mais elle est fausse en cet autre sens qu'ils existent hors des objets individuels ; et si elle échappe aux conclusions des nominalistes et des conceptualistes, elle succombe sous les difficultés qui lui sont propres. Platon, avons-nous dit, les connaissait et il les a exposées dans le Parménide et le Sophiste. Nous allons les répéter d'après lui en les abrégeant. « Ne penses-tu pas, Parménide, qu'il existe en soi-même un genre de la ressemblance, et un autre, opposé à celui-là, qui est la dissemblance? que toi, moi et les autres choses que nous appelons la pluralité, participons de ces deux genres ? que ces choses sont semblables les unes aux autres si elles participent de la ressemblance, dissemblables si elles participent de la dissemblance, l'un et l'autre si elles participent de toutes les deux, ce qui explique comment les mêmes choses peuvent être à la fois semblables et dissemblables. Il n'y a rien d'étonnant en cela; on ne s'étonne pas non plus d'entendre dire que toutes les choses sont unes par la participation à l'unité, et en même temps plusieurs, par la participation à la pluralité. Si l'on disait que les genres et les espèces mêmes * reçoivent en eux les deux contraires, il y aurait de quoi s'étonner. Mais si l'on dit que moi je suis un et plusieurs, plusieurs parce que mes parties de droite ne sont pas celles de gauche, et qu'ainsi je participe du nombre ; un, parce
1. ACrà rà •/£;/] t; xaJ stSti. Parménide, édit. II. E., t. III. p. 129, c.
que de sept que nous sommes ici, je suis l'un, et que je participe de l'unité, on dira la vérité. Parménide prit la parole et dit : Mets-tu vraiment les genres d'un côté, et de l'autre les choses qui y participent ? Qu'est-ce en soimême cette ressemblance à laquelle nous participons, et cette unité en soi, et cette pluralité en soi ? Et ces autres genres, tels que le juste, le bon, et le beau, etc. ? Qu'estce que le genre de l'homme séparé de nous autres tels que nous sommes ? Y a-t-il aussi le genre du feu, le genre de l'eau? — J'ai souvent douté s'il fallait en dire autant de ces choses que des premières. Et ces choses ridicules, telles que cheveu, boue, ordure, faut-il dire qu'il y a pour chacune d'elles un genre séparé des choses qui tombent sous nos mains ? — Nullement. Ces choses ne sont que ce que nous voyons. Supposer pour elles un genre indépendant serait peut-être absurde. J'ai été quelquefois tourmenté par cette idée qu'il devrait y avoir des genres pour toutes choses, mais lorsque je rencontre ces objets dont tu as parlé, je m'enfuis, tout tremblant de tomber dans quelque niaiserie honteuse; je me tourne vers les choses plus nobles et je consume pour celles-là tout mon zèle i. »
Si le Parménide est de Platon, comme on n'en peut douter à cause du style et de la conclusion du dialogue, il faut convenir que l'auteur n'a pas épargné la raillerie à sa propre doctrine, et qu'il est impossible de se condamner soi-même de meilleure grâce.
Parménide répond aux scrupules de son adversaire : <( C'est que tu es encore jeune et que la philosophie ne s'est pas encore emparée de toi, comme elle le fera quand tu ne mépriseras plus rien de toutes ces choses. Maintenant, à cause de ton âge, tu es arrêté par le respect humain. Tu penses donc qu'il y a des genres dont les cho-.