‹ Traité des falsifications, ou exposé des diverses manières de constater la pureté des substances employées en médecine, dans les arts, et dans l'économie domestiqueChapitre 12 sur 27 · CARBONATE ( SOUS- ) B’ AMMONIAQUE · texte numérisé non relu

CARBONATE ( SOUS- ) B’ AMMONIAQUE

Sel composé d’ammoniaque et d’acide carbonique : celui que l’on emploie en médecine comme excitant, et quelquefois chez les dégraisseurs, est en masses blanches cristallisées, d’une texture fibreuse , d’une odeur et d’une saveur d’ammoniaque, mais plus faible ; il est soluble dans quatre fois son poids d’eau froide, insoluble dans l'alcool, et entièrement volatil à la température rouge ; la quantité d’ammoniaque qu’il renferme peut varier de cinquante à vingt pour cent. Le carbonate d’ammoniaque peut être alongé par du sel marin, du sulfate de soude, etc. , etc. Ces falsifications se reconnaissent en chauffant le sel suspect. La partie impure ne se sublime pas. Il peut contenir du sel ammoniac (hydrochlorate d’ammoniaque ) ; ce dernier composé exige pour sa sublimation une température plus élevée; on pourrait d’ailleurs dissoudre le sel, saturer par de l’acide nitrique pur, et voir si cette nouvelle solution précipite en blanc caillebotté par le nitrate d’argent. Dans cette dernière expérience , on doit préalablement saturer le sel essayé , puisque l’ammoniaque libre dissout le précipité caillebotté d’hydrochlorate d’argent.

CARBONATE (SOUS-) DE MAGNESIE, appelé aussi par les pharmaciens magnésie blanche , magnésie cavbonatée , pour le distinguer de la magnésie pure , connue sous le nom de magnésie calcinée. Cette substance bien préparée est trèslégère , blanche , opaque , inodore, insipide, faisant effervescence avec les acides sulfurique, nitrique, hydrochlorique, et donnant alors un composé limpide.

La magnésie du commerce peut contenir : 1° des sels étrangers ; 2° de la chaux pure , carbonatée ou sulfatée; 5° de la silice; 4° de l’amidon , de la farine; 5° de l’alumine. La première altération a lieu lorsque la magnésie a été lavée avec peu de soin. On peut reconnaître la présence de ces sels à la saveur saline , presque toujours amère, qu’offre cette magnésie ; on la lave de nouveau et on détermine la nature des sels étrangers en soumettant les eaux de lavage aux réactifs chimiques. Lorsque la magnésie contient de la chaux , du plà tre, etc. , etc., on en acquiert la preuveren la traitant par l’acide sulfurique; il se forme un dépôt dans la solution. La magnésie peut contenir de la silice, si l’on a employé dans sa préparation de la potasse du commerce qui contient elle-même de la silice , le moyen indiqué pour les sels de chaux s’applique à l’altération qui nous occupe. Si la magnésie renferme de l’amidon, de la farine, etc., et c elle forme colle avec l’eau^bouillante, et la liqueur

laiteuse vire au bleu par l’addition de quelques gouttes de teinture d’iode. La présence de l’alumine est dénotée par la saveur styptique, astringente , que développe la solution neutralisée par l’acide sulfurique.

CARBONATE ( SOUS- ) DE PLOMB. Voyez

blanc de plomb.

CARBONATE ( SOUS- ) DE POTASSE. Voyez

potasse.

CARBONATE ( SOUS- ) DE SOUDE. Voyez

soude.

CARMIN. Cette substance est une espèce de laque d’un rouge magnifique^ mais dont la composition n’est pas encore bien connue. Les fabricans, qui la préparent, tiennent leur procédé secret- le but de cet abrégé n’est pas d’ailleurs de donner des règles exactes pour celte préparation.

On débite dans le commerce différentes espèces de carmin qui sont distinguées parlesn0S i , 2, 3, 4 ; les prix varient et sont en général de 34 francs, a4 fr., 18 fr. , 1 5 fr. l’once, pour les numéros que je viens d’indiquer. Cette différence tient à deux causes : i° à la proportion d’alumine qu’on ajoute pendant la précipitation, et conséquemment à la nuance plus ou moins faible du produit - 20 à l’addition d’une certaine quantité de vermillon qui

diminue l’éclat du carmin et en augmente le poids d’une manière très-sensible. On peut toujours connaître la proportion des substances ajoutées, en se rappelant que le carmin pur se dissout entièrement dans l’ammoniaque liquide. On estime donc la quantité de substances étrangères, en pesant le résidu desséché. On contrefait aussi, et plus ordinairement , le carmin avec du bois de Brésil que l’on pile dans un mortier et que l’on fait bouillir après l’avoir mis tremper dans du vinaigre blanc j l’écume qui s’e'lève à la surface est une espèce de carmin non soluble dans l’ammoniaque : on imite encore le carmin en tirant une belle couleur rouge des graines de kermès, coccus ilicis , ou de la garance, j'ubia linctorum. (Voyez ces mots.)

CARTHAME. Se mêle quelquefois au safran, dont il a en partie l’odeur, et auquel il ressemble assez bien. (Voyez safran •)

CASSE EN BATONS. L’arbre qui donne la casse, cassiafistida delà décanclrie rnonogynie , L., légumineuses J. , est indigène dans l’Inde , en Égypte, est cultivé aux Antilles, a de longues tigelles fleuries, à fleurs jaunes papillonnacées ; son fruit qui constitue notre casse en bâtons , cassia fistularis , est une gousse cylindrique d’un pouce environ de large, d’un pied et plus de long, brune-noirâtre à l’extérieur, divisée à l’intérieur en cavités égales par des cloisons ligneuses , trans-

verses et recouvertes d’une pulpe noire , dont la saveur douceâtre a un très-faible degré d’âcreté. Chaque espace vide ou cloison renferme une semence presque ronde et jaunâtre. On trouve, dans le commerce, deux espèces de casse, l’une, dite du Levant y est la plus estimée ; l’autre , connue sous le nom de casse occidentale , est plus grosse, moins longue, l’écorce est plus épaisse, plus ridée et la saveur de sa pulpe est bien plus âcre ; la casse du Levant est plus petite, plus polie , sa pulpe est plus noire et plus douce; on doit choisir les bâtons les plus nouveaux, les plus lourds, et rejeter ce que Cou appelle casse à sonnettes , c’est-à-dire les gousses légères qui sonnent lorsqu'on les secoue; effet dû aux semences qui sont alors libres et viennent frapper les parois revêtues d’une pulpe desséchée : lorsque la casse en bâtons réunit ces conditions , on obtient en opérant avec soin une pulpe de bonne qualité, et qui présente les caractères suivans.

CASSE ( PULPE DE ) , appelée aussi casse cuite . Les gousses écrasées et traitées par l’eau chaude, donnent une liqueur noire qui, évaporée en consistance de miel, constitue la pulpe de casse usitée en médecine comme laxatif. Celte pulpe est d’un noir brillant , d'une saveur douce; cette saveur est quelquefois âcre ou sûre; dans le premier cas elle provient de gousses cueillies avant leur

pleine maturité; dans le second sa préparation date de loin. Je crois inutile d'indiquer qu elle ne doit avoir ni goût de moisi, ni être trop liquide, ce qui a lieu toutes les fois qu’on a cherché à augmenter son poids en la conservant dans un endroit humide : chaque livre de casse en bâtons doit donner sensiblement quatre onces ou le quart de son poids de pulpe de casse.

CASCARIÏ.Z.E. L’arbre qui produit cette éco1^-* est le crotoncascarilla de la monod^püie clodéc and rie, L., euphorbiacéeSjJ •> d croitaux îles Bahama,sur les côtes de ?a Jamaïque, et s’élève à environ vingt pieds : son écorce qui constitue notre cascarille nous est apportée en morceaux roulés, d’une cassure résineuse et serrée, d’une couleur brune, revêtue d’un épiderme blanchâtre; on pourrait, à la vue , la confondre avec le quinquina gris , cinchona officinalis ; mais on pourra l’en distingue r à son odeur agréable, à sa saveur amère, aromatique, et à la propriété qu’elle a de brûler en e;xhalant une odeur musquée balsamique.

CASSOKTASE. Cette substance dont les caractères physiques et les usages sont bien connus, peut être plus ou moins colorée, ce qui divise les cassonades en un grand nombre de qualités , que la simple vue peut faire reconnaître ; mais on peut falsifier les cassonades : 1 ° par du sable , de la terre

et autres matières insolubles; cette cassonade, en se dissolvant dans l’eau, laissera précipiter toutes ces substances étrangères; 2° par de la farine ; la solution de cette cassonade n’est jamais transparente , et vire au bleu foncé par l’addition de quelques gouttes de teinture d’iode. Dans certaines préparations (le sirop de violette,) il importe aux pharmaciens, aux confiseurs , etc., etc. , que la cassonadequ’ils emploient ne contienne pas de chaux, ce qui arrive souvent, puisque l’on se sert de cet alcali dans toutes i s raffineries; on dissout un peu de la cassonade suspecte dans l’eau , on filtre la solution, et la liqueur bien Uansparente ne doit ni donner de précipité blanc , ni même prendre une teinte opaline par l’addition de quelques gouttes d’oxalate d’ammoniaque liquide,

CASTORÉUM. Le castor, castor filer est un animal amphibie qui habite le nord de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique: on trouve, dans les deux sexes , entre l’anus et le pubis, quatre poches membraneuses , oblongues, les deux supérieures, pl us petites, sont remplies d’une matière grasse sans usage; les deux inférieures qui sont parallèles et cohérentes, contiennent une substance huileuse qui prend, par la dessiccation la fumée, une consistance solide et qui constitue alors le castoréum employé en médecine comme un puissant antispasmodique. Le meilleur castoréum vient de la

Russie, de la Prusse, de la Pologne; les poches doivent être sèches, arrondies, raboteuses, pesantes, remplies, excepté au centre, d’une substance solide, contenue dans des cellules membraneuses, d’une couleur rouge - brunâtre , d’une odeur forte, particulière , d’une saveur nauséeuse , amère et âcre ; l’espace vide central dont j’ai parlé, "la présence des deux poches supérieures et plus petites , forment les deux meilleurs caractères du bon castoréum : celui dit anglais ou du Canada, qui a une odeur et une saveur plus faibles, est bien moins estimé; il ne présente presque jamais les poches graisseuses et la cavité centrale que l’on doit trouver au castoréum de Russie.

On falsifie le castoréum en ouvrant les poches et remplaçant une partie de la substance solide rouge par du plomb , de la terre , diverses gommesrésines ; on assure même que l’on fabrique un castoréum de toutes pièces en formant un mélange informe de castoréum en poudre, de sagapénum, de galbanum, de sang desséché et de quelques résines aromatiques que l’on introduit dans des poches factices , faites avec le scrotum de bouc : de pareilles fraudes ne peuvent tromper un œil un peu exercé; le castoréum ainsi falsifié n’a plus ces cloisons membraneuses qui traversent la matière, et que I on trouve toujours dans le castoréum pur.

CENDRES BLEUES, C'est une couleur bleue

qui est aujourd’hui peu employée dans la peinture, et que l’on obtient en ajoutant de la chaux carbonalée à une dissolution de cuivre dans l’eau forte: pour qu’une cendre bleue soit de bonne qualité, la première condition est qu elle soit entièrement soluble dans le vinaigre à chaud. Suivant M. Pelletier,la meilleure cendre bleue est composée de :

Acide carbonique. Chaux.

Cuivre.

Oxigène. .

Eau

Ou en suivant les nombres synoptiques :

Sous-carbonate de cbaux. 1 4,7»

cuivre. 82

Eau. . 5,3.

Cet auteur remarque avec raison que les cendres bleues de qualité inférieure contiennent plus de chaux et moins de cuivre. Je ne rappellerai pas ici le procédé à suivre dans celte analyse, parce qu’il est exactement le même que celui que j’ai indiqué au mot blanc de plomb , pour reconnaître

les proportions de sous-carbonate de chaux et de sous-carbonate de plomb : cent parties d’une cendre bleue ordinaire du commerce que j’ai analysée m’ont donné :

Sous-carbonate de chaux. 32.

cuivre. 60.

Eau et perte 8.

CENSEES GRAVELÉES. Les véritables cendres gravelées sont obtenues en calcinant du tartre brut ou des lies de vin desséchées, elles sont conséquemment composées en grande partie de potasse carbonatéej mais ce que l’on vend aujourd’hui sous le nom de cendres gravelées est un mélange qui , quelquefois, ne contient pas vingt-cinq pourcent de potasse carbonatée. Les cendres gravelées bien préparées doivent : i° être presqu’entièrement solubles dans l’eau et ne donner qu’environ un seizième de résidu *2° contenir soixantedixà soixante-quinze pour cent de sous-carbonate de potasse, c’est-à-dire marquer 70 à 75° à l’alcali— mètre de Descroisles. (Voyez le mot potasse .) La solution doit être sensiblement incolore et précipiter à peine par les nitrates d’argent et de barite.

CERFEUIL. Cette plante, scandix cerefolàim

de la pentandrie digynie , L. , ombellifcres , J., très-usitée dans l’économie domestique, a été souvent confondue avec les trois ciguës et quelques autres végétaux ; de semblables méprises sont trèsimportantes , puisqu’il peut en résulter de véritables empoisonnemens. J’indiquerai au mol ciguë les moyens de différencier ces espèces.

CÉRUSE. Voyez blanc de plomb.

CHAGRIN. Les peaux de chevaux , d’ânes ou de mulets qui ont été grainées , c’est-à-dire parsemées de petites éminences, constituent le chagrin, qui est susceptible de prendre telle couleur qu’on veut lui donner , notamment le noir, le gris , le vert, le blanc , le rouge } ce dernier est le plus beau et le plus cher : le gris qu’on apporte de Constantinople est cependant le plus estimé et le meilleur pour l’usage. Le blanc est la moindre qualité. Les fabriques de chagrins sont , pour la bonté, classées dans l’ordre suivant: Constantinople , Tunis , Alger et Tripoli ; celui que l’on prépare en Pologne n’est jamais bien teint, et est trop sec. On imite assez bien le chagrin avec le maroquin; mais on découvre la fraude à l’usage : le maroquin s’écorche, ce qui n’arrive jamais au véritable chagrin ; le même inconvénient a lieu pour celui que l’on fabrique en France.

CHARBON. Les chimistes appellent carbone le principe élémentaire du charbon , principe qui a jusqu’ici échappé à tous les moyens de décomposition, et que l’on ne trouve pur que dans le diamant. Lorsque le carbone est uni à des matières terreuses, ou cà des gaz hydrogénés, il constitue le charbon ordinaire , que l’on subdivise en charbon minéral, végétal et animal.

Le charbon minéral est appelé vulgairement houille, charbon de terre. L’importance de cette matière comme moyen de chauffage est connue. Les Anglais, qui lui doivent une partie de leurs richesses et de leur puissance, nous ont précédés dans l’emploi de ce combustible ; mais l’usage de la houille se répand en France. L’abaissement, du prix provoque tous les jours la consommation , et ce bon marché nous permettra de lutter avec les Anglais dans les ouvrages qui sortent de nos usines. Les bornes qui me sont imposées ne me permettentpas d’examiner l’ensemble des principes qui doivent guider dans le choix d’une houille j ce choix est d’ailleurs subordonné au but que l’on se propose ; un travail récent de M. Karsten a répandu un grand jour sur' çette question. Ces dernières réflexions s’appliquent au charbon végétal ‘ les usages de ce charbon sont connus , et l’examen des principes à suivre dans le choix de ce charbon nécessiterait des détails très-étendus et qui ne peuvent ici trouver leur place.

Le charbon animal, connu vulgairement sous le nom de noir animal , se prépare en calcinant des os à vases clos , laissant refroidir et pulvérisant le produit. Ce charbon possède deux propriétés bien précieuses qui ont été mises à profit dans un grand nombre de fabriques et surtout dans les raffineries de sucre. Mêlé aux sirops de sucre, il s'unit aux matières colorantes organiques, et à la chaux que ces liquides contiennent encore après une première clarification. Le charbon minéral et le charbon végétal jouissent de la même propriété, mais ce dernier à un degré bien plus faible ; il importe donc à celui qui achète du noir animal , de s’assurer si le noir dont il fait l'acquisition est pur et n’a pas été alongé par une certaine quantité des autres charbons. On peut se proposer deux questions: i o connaître exactement la force décolorante d’un noir animal ; 20 s’assurer si ce noir est bien pur.La première deces questions a été résolue avec précision dans un article de M. Payen, consigné dans le nouveau dictionnaire technologique. L’appareil qu’il propose et auquel il a donné le nom de deculorimètrc est très-précis , mais il n’est pas simple; l’emploi n’en est facile que pour des mains très-exercées, et dans la pratique, on pourra examiner seulement si le noir animal n’a pas été falsifié, résultat auquel on parvient en se basant sur les données d’expérience que je vais indiquer.

Sur cent parties de charbon à essayer , on verse

deux cents parties environ d’acide liydrochlorique, et on agite dans une fiole environ deux heures on étend ensuite de quatre à cinq parties d’eau, puis on filtre et on lave avec deux ou trois fois autant d’eau; on fait égoutter et sécher le filtre. Le charbon animal pur donne environ 10 parties de résidu ; le charbon minéral en donne 70 , et le charbon végétal 80. Lors donc qu’un charbon animal essayé donnera plus de dix parties , on pourra affirmer, ou qu’il est de mauvaise qualité, ou qu’il a été falsifié par du charbon minéral ou végétal. On ne pourra d’ailleurs connaître lequel des deux charbons a servi à la falsification , que par une analyse détaillée qui est ici peu importante et rentre dans le domaine chimique. La table suivante , calculée pour des résidus , de 5 en 5 , résoudra en partie la question.

Poids du noir essayé.

Résidu.

Noir

animal.

Noir

minéral.

Noir

animal.

Noir

végétal

rr

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