h : — 10O fr
Les meilleures eaux-de-vie sont celles de Cognac , viennent ensuite celles à1 Armagnac; toutes sont obtenues par la distillation des vins, mais je dois
signaler une fraude que l’on se permet journelle-
ment dans le commerce : le fabricant achète de 1 alcool a 56% dont le transport est, proportion gardée, moins dispendieux que celui des eaux-devie,; il coupe cet alcool avec de l'eau, de manière a l’amener à i 8’% ce mélange , auquel on donne par du caramel la teinte colorée des eaux-de-vie, est, lorsqu’il est récent , facile à distinguer delà bonne eau-de-vie , au gratté qu’il fait éprouver lorsqu’on le goûte ; mais s’il est fait depuis long-temps, l’eau s’est intimement unie à l'alcool, et si cette eau-devie n’a pas l’arôme délicat , le liquoreux du véritable Cognac, au moins la différence est assez peu marquée, et son appréciation demande quelquefois un palais très-exercé j cependant on y parvient assez bien, en faisant évaporer dans la main une portion du liquide, qui laisse une couche poisseuse , due au caramel qui a servi à colorer ces alcools coupés. Je renvoie , pour les substitutions des eaux-de-vie de grains, de fécule, etc., etc., à celles données pour les vins, aux mots alcool et vin. Il en est de même pour les falsifications par les acides , les sels acides, le cuivre, le plomb, etc., etc.
EAU SECONDE. On connaît sous ce nom deux liquides dont la composition est tout-à-fait différente : i° 1 eau seconde des orfèvres , bijoutiers, joailliers, se compose d’acide nitrique étendu d’une certaine quantité dJeau • nous avons vu, au mot acide nitrique , que ce liquide peut marquer
iig
i8° ou 19»; les ouvriers l’emploient d’ailleurs à divers degrés de forcer 1° l’eau seconde des peintres est une solution de potasse ordinairement carbonatée (voyez le mot potasse ); il sera donc toujours facile de distinguer l’une de l’autre : la première a une saveur acide, tandis que la deuxième a une saveur urineuse.
É1ÉMI (RÉSINE). Substance résineuse dont on connaît deux espèces dans le commerce : l’une, qui nous vient de la Caroline et de l’Amérique espagnole , découle de Yamyris elemi fera ; l’autre , qui vient des Indes-Orientales, paraît être le produit de l’ amyris zeylanica.'Lz bonne résine élémi est en masses rondes - oblongues, enveloppées de feuilles de roseau ; l’intérieur est d’un jaune pâle , inclinant au vert, d’une odeur forte, non désagréable, et approchant celle du fenouil. Une once de cette résine, traitée par l’alcool, ne doit laisser qu’environ un demi-gros de résidu desséché , non soluble. On donne souvent , sous le nom de résine élémi, un mélange informe de bonne résine alongée par une quantité plus ou moins considérable de galipot : ainsi falsifiée , elle est plus dure , et l’odeur du fenouil est accompagnée d’une odeur de térébenthine bien caractéristique.
EliliÉBORE BLANC, appelé aussi vératre blanc ( veratum album), de la polygamie monoecie,
L. , joncées , J. Celte plante fournit une racine qui était employée , en médecine, comme vomitif et purgatif, mais dont on fait usage aujourd’hui seulement à l’extérieur. Les fleurs de l’ellébore blanc sont d’un blanc - verdâtre , formant au haut des tiges une grande panicule étalée et rameuse, par l’assemblage de beaucoup de grappes pubescentes, munies chacune d’une feuilleflorale étroite. La racine , lorsqu’elle est sèche , présente d’un côté un tubercule noir, alongé, dont on a séparé l’extrémité, qui est recouvert de squames imbriquées et muni d’un chevelu assez gros d’un vert-jaunâtre; chacune des fibres a une couche corticale , assez épaisse, et un médutellium central, ligneux, trèsfin; la saveur de cette racine est âcre, brûlante, et laisse une sensation de sécheresse.
ELZiÉBORE NOIR. Helleborus niger, de la polyandrie polygynie , L., renoncules, J. Les fleurs de l’ellébore noir sont d’un blanc rosé, grandes, solitaires , terminales sur des hampes nues ou écailleuses, longues, et qui sortent de la racine avec les feuilles. Chaque fleur est formée par un calice plus ou moins coloré , à cinq divisions arrondies et ouvertes, unecorole à cinq pétales plus courts que le calice, rétrécis en cornets à la base, et terminés à l’autre extrémité par une languette obtuse. La racine sèche a un collet noir arrondi , d’où partent des rameaux articulés, courts, noirs
à 1 extérieur, et blanc-jaunàtre à l’intérieur; chaque rameau est muni de filarnens lisses, ronds, blanchâtre, d’une saveur âcre, amère, désagréable, et laissant sur la langue une sorte d’insensibilité et de roideur; les propriétés de cette racine sont les mêmes que celles de la précédente , mais moitié plus faibles.
Les deux ellébores dont je viens de parler peuvent être confondus avec : i° le véralre noir, veratrurn nigrum / 2° l’ellébore fétide, helleborus fælidus ; 5° l’ellébore vert , helleborus viridis . Ces substitutions sont peu dangereuses , puisque les propriétés de ces dernières plantes sont à peu près les mêmes que celles des deux ellébores ci-dessus; on peut cependant remarquer : i° que le vératre noir se distingue à la couleur de ses fleurs qui sont purpurines - noires ; 2° que la racine de l’ellébore fétide a les filarnens plus courts, plus minces et plus nombreux que ceux de l’ellébore noir, et que la saveur âcre de ces filarnens se développe à l’instant, tandis que celle des filarnens de l’ellébore noir n’est sensible qu’au bout d’un certain temps ; 3° que l’ellébore vert a les fleurs vertes , rougeâtres, la racine plus mince , avec moins de tubercules, plus droite et moins fibreuse.
Si les substitutions dont je viens de parler sont peu importantes, il n’en est pas de même lorsque l’on remplace les deux ellébores par les racines de l’aconit napel , aconitum napellum , de l’adonis
printannier, adonis vernalis , dont les propriétés sont extrêmement énergiques : i° les racines de l’aconit napel ont un collet rond, fusiforme et muni d'un grand nombre de fîlamens à trois divisions de trois à cinq pouces de long, de la grosseur d’une plume • ces fîlamens secs sont gris-noirâtres, point ligneux, mais cassans et friables ; 2° les racines de l’adonis printannier ont des fîlamens qui partent immédiatement du collet ou tubercule, et non des divisions des rameaux j les tubercules sont à l’intérieur d’un blanc plus marqué, et à l’extérieur d’un noir foncé.
£MÉRAUZ>X:. Les [lierres précieuses d’une belle couleur verte constituent les béryls et les émeraudes) ce s dernières se divisent en deux espèces, les prismatiques et les rkomboïdales • Les premières sont plus dures que le quartz, moins dure que la topaze , d’une pesanteur spécifique qui varie de 2,9 à 5,5; elles se trouvent dans le Pérou, le Brésil; elles sont très-belles, mais trop cassantes pour les bijoutiers. L’éméraude rhomboïdale a une valeur qui approche de celle du rubis (voyez au mot diamant. ) ; les plus belles viennent du Pérou, et se distinguent par leur superbe couleur verte; cette variété est presqu’aussi dure que la topaze, sa pesanteur spécifique varie de 2,6 à 2,8. On imite les éinéraudes, le béryl, avec le stras que l’on colore par les composés de chrome ou de
cuivre. Ces émeraudes artificielles demandent quelquefois une grande habitude pour être distinguées , elles sont moins dures que les émeraudes véritables.
ÉMÉTIQUE. ( Voyez tartratc de potasse et d’antimoine.)
EKTCÉKTS ? appelé aussi oliban , est un suc résineux qui découle de divers genévriers, juniperus Ijcia , juniperus thurifera de la DQecie rnonadelpliie , L. , conifères . J. Cette substance se recueille dans l’Arabie , et est apportée de la Mecque au Caire, d’où elle nous arrive en Europe. L’oliban est en gouttes de diverses grosseurs; il est cassant , demi-transparent , blanc-jaunâtre ou rougeâtre , sec , farineux à l’extérieur , et mat dans sa cassure ; d’une saveur un peu âcre et amère , d’une odeur résineuse non désagréable; il doit se fondre imparfaitement et difficilement par la chaleur, brûler avec une flamme blanche lorsqu’on l’approche d’une bougie, se casser d’abord sous la dent , mais au bout d’un certain temps il y adhère, devient mou et coriace. Suivant Neumann , 480 parties d’encens donnent 346 parties solubles dans l’alcool, et ensuite ifi5 solubles dans l’eau , en totalité 47 1 ; de sorte que 480 parties ne doivent laisser que g de résidu; ce résultat peut être applicable à un encens très-pur, mais , en général, l’olibandu commerce contient, sur 100
parties, 56 de résine et 52 de gomme; de sorte qu’il laisse 12 sur 100 de parties insolubles. On pourrait le falsifier avec le matic et la sandaraque.
( Voyez ces mots.)
ÉTAIBST. On connaît les propriétés physiques de ce métal , dont on consomme dans les arts des quantités considérables. L’étain le plus pur nous vient des Indes : i° en lingots cylindriques de 4° à 5o livres (étain de Banca) ; 20 en morceaux du poids d’une l*vre , ayant la forme d’un chapeau de jésuite, et en barres d'un pied de long et d’un demipouce dediamètre (étain de Malaca); tous deux cependant sont quelquefois falsifiés avec du plomb (voyez plus bas). Après l’étain des Indes, on estime l’étain de Cornouailles ; mais celui qu’on trouve dans le commerce est presque toujours falsifié par du fer, du soufre, du cuivre, du plomb, du bismuth , de l’antimoine, et même de l'arsenic; on le distingue alors sous les noms d’étain en saumons et d'étain en grains : le premier est préparé, soit avec le minérai d'étain , soit avec celui connu en Cornouailles sous le nom de pyrite d’étain ; cette première espèce, beaucoup plus abondante que la seconde, contient toujours une portion de fer, de soufre, d’autres substances, et n’est employée que pour des usages communs ; l’étain en grains s’obtient de la mine en grain , nommée mine d’étain de lavage, parce qu’on la trouve sous des couches
d’un sol d’alluvion dans des lieux Las , où , par la suite des siècles , elle a été entraînée des collines par des torrens de pluie. Cet étain est à peu près exempt de toute impureté, et se vend ordinairement de 25 à 56 fr. plus clier par quintal; il est employé dans la teinture, et toutes les fois qu’il est important d’employer de l’étain pur.
Les ouvriers estiment la pureté de l’étain : i° au cri qu’il fait entendre lorsqu’on le ploie; 2° en le faisant bouillir avec du vinaigre', et jugeant , par la saveur sucrée de celui-ci, si l’étain contient du plomb ; ces résultats sont tout-à-fait incertains. On doit, surtout pour les teintures, faire les expériences suivantes qui sont bien plus exactes. Si l’on^pense que l’étain contienne du plomb, du cuivre ou du bismuth , on le traitera par l’acide nitrique, qui oxide l’étain et abandonne cet oxide sous la forme d’une poudre blanche insoluble* la liqueur surnageante renfermera du nitrate de plomb, de cuivre, de bismuth , ou peut-être ces trois nitrates; on divisera cette liqueur en trois parties: dans la première on ajoute le double de son poids d’eau distillée; si le mélange prend une teinte blanche opaque , on peut en conclure que l’étain essayé contenait du bismuth ; on versera dans la deuxième liqueur un peu d’acide sulfurique étendu ; s’il se forme un précipité blanc, c’est un indice que l’étain contenait du plomb; enfin si la troisième liqueur vire au bleu par l’addition d’ammoniaque liquide, on en conclura que l’étain contenait du cuivre.
io.
Pour s’assurer si l’étain contient de l’antimoine ou de l’arsenic, on en réduit une faible portion en limaille que l’on traite par l’acide hydrochlorique étendu j cet acide dissout l’étain sans attaquer les deux métaux étrangers qui forment un dépôt noirâtre plus ou moins considérable. L’odeur d’ailleurs que répandra ce dépôt projette sur des charbons ardens , dénotera la présence de l’arsenic.
L’étain pour l’étamage doit se composer de 5 parties de plomb et de 5 d’étain. Pour s’assurer si l’alliage que l’on veut employer est dans les propotions ci-dessus, on opérera de Ja manière suivante : on traitera à chaud une once d’alliage en limaille par l'acide nitrique, jusqu’à ce qu’il ne se dégage plus tl’acide nitreux. La poudre blanche précipitée, lavée jusqu’à ce que l’eau qui en sort ne soit plus acide, et séchée, devra peser sensiblement 6 gros i scrupule ou 450 grains ; la liqueur qui surnageait le précipité , et les eaux de lavages réunies , seront traitées par l’acide sulfurique jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipité blanc, lequel précipité, lavé exactement et séché, pèsera environ 4 gros 1 scrupule , ou 3i5 grains. Si les résultats sont tels que je viens de les indiquer, on en conclura que Lalliage peut être employé.
ÉTHER ACÉTIQUE. C’est un liquide incolore , limpide , moins pesant que l’eau, d’une odeur suave particulière, d’une saveur fraîche, aioraa-
tique et un peu amère, miscible dans sept à huit parties d’eau, susceptible d’entrer en ébullition à environ 62° c. On peut l’obtenir marquant 3GÜ à l’aréomètre de Baume; mais , en général , celui que l’on trouve chez les fabricans de produits chimiques indique 22° à 24°- La préparation de ce produit étant assez compliquée , les pharmaciens l’achètent en général datis les fabriques : ils doivent alors s’assurer, i° si le produit qu’on leur donne n’est pas acide, ce que l’on reconnaîtra à la propriété qu’il aura de rougir la teinture de tournesol; 2° s’il contient de l’eau, ce qu’indiquera la potasse sèche et purifiée; cette substance, mise dans un éther acétique ainsi sophistiqué , se liquéfie très-rapidement , ce qui n’arrive pas lorsque cet éther est bien privé d’eau; 3° s’il n’est pas étendu d’une certaine quantité d’alcool : à cet effet, on mêle parties égales d’eau distillée et d’éther dans un vase cylindrique bien bouché e t gradué, on agite le mélange qui prend alors un aspect laiteux; on laisse reposer. Si l’éther qui vient surnager l’eau a diminué de j ou g, on peut affirmer qu’il contient de l’alcool; 4° enfin s’il ne renferme pas d’acide sulfureux ou du plomb , ce que l’on reconnaîtra pour le premier à l’odeur, et pour le second au précipité noir que formera l’hydrosnlfate de potasse.
ÉTHER'NTTILIQtTE. Les élémens de ce com-
posé sont tellement mobiles , l’affinité qui les unit est tellement faible, que l’on ne peut tracer les règles qui démontrent la pureté de ce produit* on n’est pas même d’accord sur le mode de préparation : aussi les éthers nitriques que l’on trouve dans les pharmacies ne sont jamais identiques. Celui qui a été préparé selon le codex français doit marquer 26° à l’aréomètre de Baumé, et ne doit contenir ni acide libre , ni eau ni alcool , ce dont on s’assurera par les moyens que j’ai indiqués au mot éther acétique. Je remarquerai seulement qu’un éther nitrique bien préparé, et par conséquent sans action sur la teinture de tournesol, rougit cette teinture après un certain temps, surtout si on l’a conservé dans un flacon que l’on a débouché quelquefois. Les usages de cet éther sont d’ailleurs très-limités, puisque les médecins , qui sont les seuls qui l’emploient, le prescrivent très-rarement.
ÉTHER SULFURIQUE. C’est un liquide transparent , incolore , d’une odeur très fragrante , d’une saveur chaude et piquante, d’une pesanteur spécifique qui peut varier, selon sa pureté, de 0,758 ào,7i5, c’est-à-dire qu’il marque depuis 5o° jusqu’à 66“ à l’aréomètre de Baumé , soluble dans 10 parties d’eau , et. en toutes proportions dans l’alcool. L’éther sulfurique de bonne qualité doit marquer de C20 à 66° Baumé, brûler sans laisser
de résidu , ne contenir ni eau , ni alcool , ni acide sulfureux, ce quel’on reconnaît , i° pourl’eau, avec un morceau de potasse qui , plongé dans l’éther, se liquéfie si ce dernier a été alongé avec de l’eau ; 2° pour l’alcool, en mélîfnt l’éther dans un tube gradué avec 2 parties d’eau, et examinant si l’éther qui surnage a diminué de plus d’un dixième ; 5° pour l’acide sulfureux, à l’odeur de soufre en ignition qu’exhale cet éther, et à la propriété qu’il a de rougir la teinture de tournesol. On trouve dans la plupart des traités depharmacie que l’éther sulfurique médicinal marque 5o° Bauméj cependant je crois pouvoir affirmer que les pharmaciens jaloux d’exercer leur profession avec probité, donnent toujours ce produit à 0,71 5 de densité, ou à 66° Baume.
ÉTHIOFS MARTIAL , appelé en chimie protoxide de fer et oxide noir de fer, est une poudre noire, insoluble, d’une saveur styptique et analogue à celle de l’encre. On a donné plusieurs procédés pour la préparation de ce composé : celui qui paraît mériter la préférence est dû à M. Guibourt ( voyez Journal de Pharmacie , tome IV, p. 241). Ce produit étant soluble dans l’acide hydrochlorique , on aura toujours un moyen de s'assurer s’il a été falsifié avec du noir animal ou du charbon. L’éthiops ainsi sophistiqué, traité par l’acide hydrochlorique , donnera pour dépôt le charbon qu’il contenait.
ÉTHIOPS MINÉRAL , appelé en chimie Sulfure noir de mercure , est une poudre noire, insoluble, employée en médecine comme diaphorétique, anlipsorique , vermifuge, etc., etc. On a indiqué plusieurs procédés pour la préparation de ce composé : i° en faisant pleuvoir au travers d’un linge deux parties en poids de mercure, sur une partie de soufre fondu dans une terrine 3 2° en triturant à froid le soufre sublimé et le mercure dans les proportions que je viens d’indiquer^ lorsque le mercure est éteint , ce composé a pris une teinte noirâtre qui se fonce en vieillissant : ce dernier procédé est le seul qui donne un produit toujours identique. On peut , du reste, reconnaître si un éthiops a été préparé par la trituration à froid, à la propriété qu'il possède alors d’être soluble en totalité dans une solution de potasse, propriété que n'a pas le sulfure noir préparé à l’aide de la chaleur. On falsifie quelquefois l’éthiops minéral par le charbon ou par l’éthiops martial ; on reconnaît cette sophistication en prenant une petite partie de l’éthiops suspect, et le soumettant sur une pelle chaude à l’action de la chaleur. Si l’éthiops est pur, tout se volatilisera ; dans le cas contraire il y aura un résidu.
ÉTHIOPS VÉGÉTAL. On connaissait sous ce nom le charbon obtenu en brûlant des éponges à vases clos 3 on l’employait dans les engorgemens
scrofuleux. Cette substance , qui était, très souvent falsifiée, n’est plus usitéeaujourd hui. Ses propriétés médicales étaient dues à Y iode qu’elle renferme: on préfère administrer ce dernier produit, dont on peut plus exactement calculer les effets.
EXTRAIT DE R AT AKTHIA . On emploie en médecine, comme un piiissant astringent, la racine de ratanhia, que l'on croit appartenir au krameria tviandra de la famille des polygalées , J. Cette racine est en morceaux longs de 5 à 6 pouces, de la grosseur du petit doigt, dont l’intérieur est d’un jaune-rougeâtre , et recouverte dJune couche corticale d’un rouge assez foncé. On ne pourrait confondre cette racine qu’avec celle de la garance, rubia tinclorum , ou avec celle de l’orcanette, cinchusa tinctoria , mais sa saveur astringente offrira toujours un caractère suffisant pour la distinguer. On peut ensuite remarquer que la racine de ratanhia cède son principe rouge à l’eau , tandis que la matière colorante de l’orcaneltc est insoluble dans l’eau , et se dissout particulièrement dans les corps gras. On fait usage en médecine de l’extrait de ratanhia. Les pharmaciens ne préparent pas toujours eux-mêmes cet extrait } parce qu’on le trouve tout préparé dans le commerce • mais alors on le confond ou on le falsifie souvent avec laV gomme kino , dont les propriétés astringentes sont sensiblement les mêmes; de sorte que, considéré
comme médicament , celte substitution serait peutêtre peu importante; mais si Ton tient compte du prix de la racine de ratanbia, qui est d’environ 5 francs par demi kilogramme, et qui ne donne qu’environ 3 onces d’extrait, ce qui porte ce dernier à environ 3o francs le demi-kilogramme, tandis que la même qualité de gomme kino ne coûte que 5 francs, on concevra de quel intérêt il peut être pour le pharmacien de s’assurer s'il n’est pas trompé dans son achat. Le tableau suivant de M. Guibourt indique très-bien les différences qui existent entre ces deux composés.
Extrait de ratanhia. Gemme kino.
Cet extrait est en grosses masses brunes , d’une cassure vitrée, d’une saveur acide, astringente.
Si on verse sur dix grains d’extrait de ratanbia une once d’eau bouillante, on remarque après un repos de deux heures , que la dissolution d’extrait de ratanliia est devenue opaque et laiteuse comme une décoction de kinkina.
La dissolution à froid d’extrait de ratanbia , traitée par l’acétate de plomb et étendue ensuite de beaucoup d’eau distillée, donne un dépôt rougeâtre .
La d issolution à froid d’extrait de ratanbia, traitée par l’émétiquo,
Cette gomme nous arrive presque toujours en petits fragmens très-fragiles, d’uu brun rougeâtre (les gros morceaux de kino deviennent de plus en plus rares), d’uue saveur astringente et plus acide que celle de l’extrait de ratanbia.
Si on verse sur dix grains de gomme kino une once d’eau bouillante , la dissolution après un repos de deux heures reste parfaitement claire et transparente.
La dissolution à froid de kino, traitée par l’acétate de plomb et étendue ensuite de beaucoup d’eau distillée, donne un dépôt gris de cendre.
La dissolution à froid d’extrait de kino, traitée par l’émétique, se
ne se trouble qu’ après une demi- Leure; si donc l’émétique trouble de suite une dissolution à froid d’extrait de ratanbia, on peut affirmer que ce dernier est falsifié par du kino.
L’extrait de ratanbia mis à la flamme d’une bougie, se boursouffle et augmente d’environ buit fois son volume.
trouble à l’instant et donne un dépôt jaune-blanchâtre.
Le kino mis à la flamme d’une bougie n’augmente pas de volume, se carbonise tranquillement et son cbarbon exposé à l’air continue de brûler lentement comme l’amadou , et finit par laisser une cendre bla’ncbe.
FARINE. Les graines dont on se sert le plus ordinairement en Europe pour faire la farine et par suite le pain , sont le froment , le seigle , le méteil ; dans les temps de disette, on en fait quelquefois avec Y orge , Y avoine , et même le blé sarrasin. En Asie, en Afrique et en Amérique, on fait en général le pain avec la farine de maïs.
La bonne qualité du pain est un objet tellement important, que les gouvernemens ont toujours exercé une sévère surveillance sur ceux qui achètent les farines et procèdent à cette fabrication; mais ils leur accordaient d’un autre côté quelques privilèges. A Rome, le sénat lit une loi pour les empêcher de quitter leur profession , et lorsque, dans les années stériles, ils s’étaient distingués par leur zèle, la république leur faisait
quelquefois l’honneur d’élever les principaux d’entre eux à la dignité de sénateur. Un grand nombre de savans ont consacré leur savoir à l’examen des règles qui doivent guider dans une bonne fabrication du pain. A leur tête se place naturellement l’illustre Parmentier , que l’on retrouve toutes les fois qu’on parle de philanthropie ; il a , dans un ouvrage classique intitulé le Parfait Boulanger , exposé toutes les conditions nécessaires pour obtenir un pain salubre , ainsi que les moyens de le distinguer de celui d’une qualité inférieure. Il résulte de la lecture de ce traité que la manutention du pain et surtout sa cuisson exigent des soins dont l'exécution facile n’est que le fruit de la pratique, et qui ne se rencontrent par conséquent que chez les personnes exercées à la profession de boulanger. Ce dernier doit s’étudier à connaître i° la qualité de l’eau, pour n’employer que la meilleure, c’est-i-dire celle qui est légère, pure, aérée, qui cuit aisément les légumes , et dissout aisément le savon ( voyez eau ) ; 20 la qualité de la farine; 3° le levain le plus propre à faire fermenter la pâte et lever le pain; 4° enfin la cuisson du pain.
La farine de bonne qualité est blanche, légère, sèche, sans odeur ou saveur de moisi; lorsqu’on en prend une poignée et qu’on ferme la main, elle doit s’échapper avec facilité entre les doigts, ne doit pas être trop fine , car alors l’oxigène a réagi
trop fortement pendant la mouture. C’est ainsi que la première farine qui passe au moulin , et qui est plus fine, est moins nutritive que la deuxième qui constitue le gruau , et qui est en général d’un grain un peu plus fort. Les boulangers distinguent deux sortes de blé , et conséquemment deux farines, i° le blé d’hiver, dit blé de saison , triticum hybernum , donne une farine qui lève mieux , qui fait un pain plus léger, et dont les yeux sont beaucoup plus grands ; 2° le blé de mars donne une farine plus compacte, plus lourde, et qui est, en terme de boulangerie , plus courte , tfest à-dire demandant moins d’eau pour se constituer en pâte. Les boulangers ne se trompent jamais sur ces deux espèces et paient la dernière /J et 5 francs de moins que la première : cette distinction est pour Paris très-peu importante , puisque la quantité de farine de mars n’est peut-être que la centième de la consommation générale, et est presque toujours convertie en pain dans les campagnes. Les conditions précédentes ne sont pas suffisantes pour constituer une bonne farine • il faut encore qu’elle contienne la quantité de gluten nécessaire ; or, on peut regarder comme un résultat exact qu’une livre de farine pure , mise en pâte et mallaxée audessus d’un tamis et sous un filet d’eau , laisse dans la main au moins le quart de son poids de gluten élastique parfait. Cette proportion se retrouve toutes les fois que l’on fait usage de farine de blé
de saison; la farine de blé de mars ne donne que le cinquième de la totalité, et si la quantité de gluten obtenue est plus faible, on peut affirmer qu’il y a eu sophistication par une farine étrangère, par exemple, celle d’orge, d’avoine, de haricots, de vesce, etc (et jamais la fécule de pommes de terre, comme on le dit dans quelques ouvrages, puisque le prix de cette fécule est supérieur à celui de la bonne farine) ; il paraîtrait même que les farines de vesce et de haricots ont la propriété de dénaturer le gluten : c’est au moins ce que prouvent les expériences de Galvani, pharmacien de Venise. Ce savant mélangea 2 onces de farine de vesce à 5 onces de farine pure de froment; ce mélange mis en pâte fut malaxé sous un filet d’eau, la totalité de la niasse passa à travers un tamis de crin sans que l’on pût retenir un atome de gluten Les mêmes expériences répétées avec des proportions diverses de farine de vesce ou de haricots, donnèrent les résultats suivans :
Toutes ces données suffiront pour s'assurer si une farine a été alongée par des poudres végétales étrangères , addition que l’on ne peut apprécier par les réactifs chimiques; mais la chimie recouvre toute sa puissance d’investigation lorsque le farines ont été falsifiées par du sable, du plâtre, de la craie, de la chaux, des os calcinés, etc.; et même sans avoir recours à la chimie on pourra reconnaître ces fraudes : i° par la pesanteur d’un volume de farine pure comparé à un volume égal de farine altérée; 2° par le lavage, lequel entraîne les parties farineuses comme étant les plus légères.
Le consommateur, surtout s’il habite les villes , ne peut s’assurer par lui-même de la bonne qualité et de la pureté de la farine, puisqu'il reçoit cette substance à l’état de pain; mais il peut alors reconnaître au coup d’œil , à la légèreté , à la blancheur du produit, si la matière première contenait la quantité de gluten, et si elle avait le degré de blancheur nécessaire; il pourra également reconnaître si on n’a pas ajouté pendant le pétrissage : i« de l’alun (destiné à blanchir le pain); 2° du carbonate ou du sulfate de chaux ; 5° des os calcinés, etc., etc. A cet effet , il fera macérer pendant vingt- quatre heures la mie de pain coupée par tranches dans une suffisante quantité d’eau qu’il décantera ensuite : cette eau contiendra les parties étrangères solubles ; celles qui sont insolubles se précipiteront également de la mie; il les
distinguera au fond du vase^ puis il filtrera. Le précipité blanc traité par le sous-carbonate de potasse indiquera la présence de l’alun , dont on constatera encore mieux l’existence en traitant la solution comme nous le dirons aux vins alunés; la chaux caustique se distingue par l’acide carbonique ou oxalique j le sulfate de chaux par la calcination avec le charbon , le résidu a une odeur d’œufs pourris , etc. , etc.
FÉCULE DE POMMES DE TIREE. Les pommes de terre , qui sont les racines du solarium tuberosum , de la pentandrie mono gy nie , L. , solanées , J., donnent du cinquième au septième de leur poids cl’une fécule amylacée qui est employée aujourd’hui concurremment avec l’amidon des céréales, par tous les ouvriers qui font usage de ce dernier produit. Il est extrêmement difficile de reconnaître un amidon de céréales qui a été mélangé avec une certaine quantité de fécule de pommes de terre- cette substitution est d ailleurs peu importante. On remarque cependant : i° que l’amidon de pommes de terre a une apparence cristalline très-sensible • 2° qu’il est plus pesant que l’amidon ordinaire j 3° enfin qu’il en faut une quantité moindre pour former avec l’eau une pâte assez consistante.
FER. C'est le plus commun et le plus utile, et en même temps le plus dur, le plus élastique et le
plus tenace des métaux; 11 est d’un gris-bleuâtre , d’une texture grenue ou fibreuse , sapide , odorant, fusible à i58° W. L’examen des propriétés, des usages du fer, et des moyens de reconnaître sa bonne qualité, nécessiterait des détails qui ne peuvent trouver place ici; je rappellerai seulement : i° que pour les préparations pharmaceutiques dans lesquelles entre le fer comme composant principal , on s’assure de sa pureté en examinant s’il renferme du cuivre, de l'arsenic, etc., par les moyens chimiques; 2° que dans l’art docimasique on examine si un minérai contient du fer par les procédés suivans : Un minerai de fer soumis à l’action du chalumeau n’éprouve pas de fusionnais quand il a été maintenu quelque temps à une température rouge, il devient attirable à l’aimant. On peut aussi le réduire en poudre, le mettre dans un verre de montre avec quelques gouttes d’acide sulfurique, et chauffer; quand la dissolution est complète, on la jette dans un verre d’eau auquel on ajoute de la dissolution de noix de galle ou de ferrocyanate de potasse. Si la mine contient du fer, la dissolution vire au bleu noir par le premier réactif, et au bleu pâle par le second (voyez le mot acier').
FER. (LIMAILLE 2>E). Le nombre des médicamens dans lesquels entre le fer étant assez considérable, les pharmaciens emploient ce métal
presque toujours à l’état de limaille, parce qu’il est alors plus attaquable par les divers agens auxquels on cherche à l’unir. La plupart se contentent de la limaille des serruriers, qui contient trèssouvent une proportion notable de cuivre ou de laiton; l’action de ces derniers métaux sur nos organes est vénéneuse : il importe donc au pharmacien qui n’a pu préparer lui-même la limaille qu’il emploie, de s’assurer si celle dont il a fait l’acquisition ne contient pas de cuivre. On y parvient par le procédé ordinaire, c’est-à-dire en traitant une petite partie de la limaille suspecte par l’acide nitrique;la solution neutralisée, traitée par l’ammoniaque, virera au bleu. On peut, d’après Ruchoiz, opérer de la manière suivante ; on dissout dans l’acide sulfurique étendu de trois parties d’eau une petite quantité de fer à éprouver; on précipite la dissolution par l’ammoniaque caustique en excès, et on filtre le produit jusqu’à ce qu'il soit parfaitement clair, et qu’il nhiprouve aucun changement à l’air. Si la liqueur a une couleur bleue visible, et si une portion saturée jusqu’à une légère acidité par l’acide sulfurique, laisse déposer sur le fer décapé un précipité de cuivre, la présence de ce métal est indubitable; mais si ces opérations ne dénotent pas qu’il y ait du cuivre, on évaporera la liqueur ammoniacale jusqu’au douzième ou seizième de son volume primitif. Alors, si par une nouvelle addition d’ammoniaque caustique, il ne
se développait pas de couleur bleue, et si par l’autre essai au moyen de l’acide sulfurique et du fer, on n’obtenait pas de cuivre, on pourrait considérer le fer soumis à l'épreuve comme exempt de cuivre.
ruSTEC. C’est le bois du morus tinctoria , de la monoéoie létrandrie , L. , urticées , J. Il est connu chez les teinturiers sous le nom de bois jaune , et donne un jaune plus stable, mais moins beau que celui de la gaude ou du quercitron. C’est a raison de cette fixité , et de ce qu’il n’est pas attaqué par les acides, qu’on l’emploie dans les couleurs composées qui demandent du jaune. Ce bois croît aux Indes-Occidentales, est plus riche que la gaude, et par suite il n’est pas nécessaire de l’employer en aussi grande proportion lorsqu’il est de bonne qualité ; il n’e^ ni très-dur ni très-pesant , a une couleur jaune veinée d’oranger, et communique à l’eau u ne couleur orangée très -foncée. Les acides produisent dans cette solution un léger précipité jaune verdâtre qui est redissous par les alcalis; Cal un y forme un très-léger précipité jaune : le sulfate de fer donne un précipité jaune, mais qui brunit ensuite. Ces caractères ne permettent pas de le confondre avec le bois suivant, que l’on ÿ mêle quelquefois.
EUSTET, appelé aussi sumac de V'énus , est le bois d’un arbrisseau du genre sumac , rhns co-
tinus , de la pentandrie trigjnie , L. , tcrébintha cées , J. Ce bois donne un jaune orangé superbe, mais qui est peu durable* aussi n’est-il employé parles teinturiers que mélangé avec d’autres matières colorantes. Il a, surtout à son centre, une couleur jaune veinée de verdâtre qui le rend agréable lorsqu’il est travaillé , et qui motive l’usage qu’en font les tourneurs, les ébénistes et les luthiers ; il renferme un principe astringent qui le rend propre au tannage. Ce caractère suffirait, à défaut d’autres, pour le distinguer du bois précédent; car il précipite à l’instant en noir par le sulfate de fer, tandis que le précipité obtenu par le fustec ne vire au noir qu’au bout d’un certain temps On pourrait encore confondre le fustet avec le sumac des corroyeurs. (Voyez Sumac.)
GALAJXTGA.On appelle ainsi une racine qui nous vient de la Chine, de Java, etc., et dont on ne connaît pas exactement l’origine. On en distingue deux espèces: le grand et le petit; le premier est le plus estimé , son odeur et sa saveur étant bien plus fortes.
Le petit galanga est une racine tuberculeuse ramifiée, garnie d’anneaux aux nœuds, rouge à l’extérieur, et jaune , brune , rouge à l’intérieur ; d’une odeur particulière aromatique , d’une saveur
chaude et piquante. Le grand galanga a la méiue forme que le précédent ; mais les morceaux sont plus gros, ont l’épaisseur du pouce, et trois à quatre pouces de long; ils sont en outre moins foncés à l’intérieur, et cet intérieur est moins dur et plus spongieux. On falsifie quelquefois le petit galanga avec les racines du souchet long, cyperus longus , ou du souchet rond , cyperus rotundus.
* Les premières sont moins épaisses, n’ont que la grosseurdu petit doigt; leur odeur aromatiqueassez agréable est analogue à celle du galanga ; mais la saveur, qui est chaude et piquante, a un certain degré d’amertume qui suffit pour la distinguer. Les deuxièmes ont une saveur très-amère, leur intérieur est blanc et très-friable.
GALBARTUM. C’est une substance gommo-résineuse qui découle de la racine d’une plante vivace qui croit en Afrique, bubon galbanuni, de la pentandrie digynie , L., ombellifères , J. Ce suc concrète nous est apporté de la Syrie et du Levant. La meilleure espèce de galbanum est celui dit en lutines’, il est alors en petits morceaux peu colorés, de la grosseur d’une noisette, et présentant à l’intérieur des larmes d’un blanc-clair, d’une odeur forte , particulière, d’une saveur âcre et amère. La deuxième espèce , qui est la plus commune , est dite en sorte : ce sont de gros morceaux informes d’un jaune-rougeâtre, d’une consistance
(le cire ferme , cassans pendant l’hiver, se ramoh lissant à la chaleur, et parsemés de quelques larmes jaunes- rougeâtres. Cette substance peut être alongée par du sable, de la terre et d’autres impuretés : on pourra reconnaître cette fraude en remarquant que le bon galbanum ne doit laisser qu’environ le cinquième de matières insolubles lorsqu’on le traite par une quantité suffisante d’eaude-vie. On assure que le galbanum est quelquefois falsifié par de la gomme ammoniaque ; je ne pense pas que cette fraude ait lieu, puisque le prix de cette gomme est supérieur à celui du galbantim.
GALLE (NOIX DE). Les noix de galle, dont on fait un grand usage en teinture comme mordant, sont produites parla piqûre d’un insecte sui divers chênes, et particulièrement sur le quercus infecLoria qui est répandu dans toute l’Asie mineure , du Bosphore à la Syrie , et des rives de l’Archipel aux frontières de la Perse. Les bonnes noix de galle nous viennent d’Alep, ont de quatre à dix lignes de diamètre , sont généralement rondes et parsemées d’aspérités plus ou moins aiguës j elles sont recueillies lorsqu’elles ont acquis toute la grosseur et le poids possible, mais avant que l’insecte en soit sorti, car alors elles prennent une couleur plus brillante, et perdent beaucoup de leur poids. La récolte se fait en août • les pre-
mières cueillies, mises à part, sont connues sous le nom d 'yorli, et dans le commerce sous ceux de galles noires ou vertes : celles qui sont récoltées vers la lin s’appellent galles blanches , sont d’une qualité inférieure, et presque toujours percées d’un petit trou. Les galles de France sont dJun blanc-jaunâtre, sans aspérités à leur surface, et bien moins estimées. On peut d’ailleurs s’assurer de la bonne qualité des galles en reraar quant qu’une once de cette substance mise en poudre, et traitée par l’eau chaude, ne laisse sensiblement que 170 grains ou 1 gros un scrupule de résidu insoluble.
GÂRAKTCE. C’est la racine de la garance, rubia tinctornm, de la tétranclrie monogynie , L., mbiacées, J.,quiest cultivée en grande quantité pour la coloration en rouge dans l’art de la teinture : la plante, dont la longueur est dedeux à trois pieds, est à tiges dressées , à fleurs jaunâtres plus ou moins pâles , petites et disposées en petits panicules sur des pédoncules axillaires qui naissent par paires , ou se bifurquent au sommet de la lige et des rameaux; la racine, qui estla seule partie importante, est rameuse , traçante , longue , arrondie , noueuse, assez grosse, rouge en- dehors et jaune-rouge à l’intérieur; on pourrait, à la vue, confondre la racine de garance avec celle de ratanhia , mais la saveur astringente bien plus marquée decette dernière établit une différence bien tranchée.
La garance contient deux matières colorantes : l’une ^ qui est rouge, s’extrait facilement par Peau froide, tandis que l’autre, qui est brune, ne peut s’obtenir qu’à l’aide de l’eau bouillante - c’est par cette raison que les teinturiers ont soin de ne porter l’infusion de garance au degré de l’eau bouillante que vers la fin de l’opération : les propriétés chimiques delà garance étaient peu connues ; MiM. Colin et Kobiquet ont dans un premier travail donné les moyens d’extraire le principe colorant de cette racine ; un deuxième mémoire que les memes savans ont lu dernièrement à l’institut, parait devoir jeter un grand jour sur les propriétés de cette substance, et sur les règles à suivre dans son emploi comme couleur: ce dernier mémoire n’est pas encore publié. Les garances du commerce sont entières et en poudre ; celles du Levant sont toujours entières et sont regardées comme les meilleures; viennent ensuite les alizaris de Provence. Les garances en poudre sont pour la qualité dans l’ordre suivant : Hollande, Alsace, Avignon; ainsi, par exemple, le prix des garances de Hollande est double du prix des garances d’Avignon; on reconnaît ces dernières à leurcouleur plus foncée, et même quelques fabricans leur accordent la préférence pour certaines nuances qu’ils obtiennent plus facilement par leur moyen.
GARANCE (EAQUEDE). Voyez Laques.
GAUDE (I.AQUE DE). Voyez Laques.
GÉROFEES. On donne dans le commerce le nom de clous de gérofle aux fleurs non encore épanouies de Yeugenia caryophyllaLa, de Yicosandriemonogynie , \*,myrl icées,J . C es fl e u rs desséchées ont en effet la forme d’un clou, une couleur brune , une odeur forte , particulière et agréable, une saveur acre, aromatique et permanente.' On distingue dans le commerce deux espèces principales de gérofles: la première, connue sous le nom d e gérofle anglais, vient des îlesMoluques , l’autre est le gérofle de Cayenne', le premier est gros, bien nourri , d’une teinte assez claire , d’une saveur âcre et brûlante , laissant une trace huileuse lorsqu’on le comprime fortement: le gérofle de Cayenne est plus grêle, plus sec, d’une couleur noirâtre et d’une saveur bien moins prononcée. Les Hollandais, qui nous envoient aussi cette épice, y mêlent trèssouvent des clous dont ou a extrait l’huile essentielle: la fraude est quelquefois très-difficile à reconnaître, parce cpie ces clous altérées reprennent aux autres une portion d’odeur et de saveur ; cependant ils sont presque toujours d'une couleur plus pâle, et ont une saveur plus faible.
On alonge quelquefois le gérofle avec un produit du gérofle qu’on désigne sous le nom dégriffé du gérofle, et qui paraît se composer des pédoncules brisés 3 celte substance est sous la forme de petites
branches menues, grisâtres , d’un goût et d'une odeur assez marqués.
GINGEMBRE est une plante vivace , indigène dans les Indes-Orientales, mais que l’on cultive actuellement dans les Indes-Occidentales : on emploie comme excitant la racine, dont la culture se fait comme celle de nos pommes de terre; on en distingue deux espèces: le blanc e t le noir ; toutes deux appartiennent à Yamomum zingiber , de la monandrie monogynie , L. , amo niées, J.
Le gingembre noir pour être conservé doit être plongé un instant dans l’eau bouillante. Il nous arrive en racines épaisses, noueuses, oranges ou brunes à l’intérieur, jaune-gris à l’extérieur, d’une odeur fragrante, d’une saveur chaude, amère et aromatique; tandis que le blanc est exposé et séché au soleil; et comme on choisit les plus beaux morceaux pour cette dernière opération, il résulte de là que le gingembre blanc est plus estimé et est en général un tiers plus cher que l’autre; on le reconnaît d’ailleurs facilement : il est moins épais et moins noueux , jaune-rouge à l’extérieur, sa saveur et son odeur sont plus fortes, et il contient plus de matière soluble que le précédent.
GOMME ADRAGANT. Cette substance est produite par un arbrisseau très-épineux qui croît dans l’île de Candie, en Crète, et dans d’autres endroits du Levant, et qui est dénommé astragalus
crelicus , de la diadelphie decandrie , L. , p api l loti ace es , J. Suivant Olivier, ce serait lJ«.y verus qui fournirait presque toute la gomme adragant du commerce • ce botaniste s’exprime ainsi: « Celte substance gommeuse se forme du mois de « juillet à la fin de septembre sur les troncs de dite verses espèces d’aslragalus qui croissent dans la « Nalolie, l’Arménie , le Curdistan , et dans tout le « nord de la Perse. » La Billardière en décrit un autre qu’il a vu en Syrie- Il résulte de tous ces faits que plusieurs astragalus ont la propriété de fournir la gomme adragant : suivant que le suc est plus ou moins abondant , elle exsude en filamens tortueux, durs, coriaces, rubannés , roulés sur eux-mêmes , ou enchâssés l’un dans l’autre ; celte qualité est la plus pure et la plus estimée: elle exsude aussi en larmes assez grosses qui conservent plus ou moins la forme vermiculaire • mais cette dernière est rougeâtre et contient plus d’impuretés que la précédente. Cette substance est d’ailleurs rarement falsifiée; il suffit de choisir dans la première qualité les morceaux les plus blancs et les plus transparens : la poudre de cette gomme est très-souvent usitée en médecine; les pharmaciens ne doivent jamais l’acheter toute préparée, parce qu’elle contient toujours une assez grande proportion de gomme arabique.
GOMME AMMQKTIAQUE. Cette gomme résine,
qui est usitée en médecine comme antispasmodique, nous arrive des Indes-Orientales, de la Lybie, de l’Egypte, etc. Suivant Willdenow , elle est produite par Vheracleum gummifera ; mais comme on a remarqué que les racines de cette plante développées en Europe, ne donnaient pas de gomme ammoniaque , il est encore douteux que ce soit cette plante qui produise cette gomme résine. On trouve dans le commerce deux sortes de gomme ammoniaque: i° celle dite en grains ou en larmes, qui se présente en masses composées d’une quantité de grains agglutinés, jaunes de safran à l’extérieur, blancs-jaunâtres à l’intérieur, et ressemblant assez à une amande ordinaire; i° celle dite en sorte ou en pains, qui est en morceaux bruns, parsemés de quelques-unes des larmes précédentes. Cette substance est rarement falsifiée ; on prétend seulement que l’on trouve quelquefois dans le commerce un mélangede gomme ammoniaque, depoix blanche , de sable , de sciure , etc. , etc. , qui , humecté avec de l’alcool , chauffé et soumis à la presse, ressemble assez bien à la véritable gomme ; cependant l’extérieur de ce composé est en général plus lisse, plus brun , et on pourra toujours s’assurer de cette fraude en remarquant qu’une livre de bonne gomme ammoniaque en sorte , traitée par l’alcool, ne doit laisser sensiblement que la moitié de son poids de résidu; si la substance est en larmes, une livre ne laisse que le tiers de résidu insoluble
clans l’alcool , et donne ensuite la moitié de ce tiers soluble dans l’eau.
GOMME ARABIQUE et Gomme du Sénégal.
Je réunis ces deux substances dans un seul article, parce qu’il est très-difficile de les distinguer dans Je commerce: la première, gomme arabique , est le suc de plusieurs mimosa , et nous arrive de l’Arabie à Marseille; elle fut la seule employée en médecine et dans les arts jusqu’au dix-septième siècle; les Hollandais firent alors connaître la gomme du Sénégal, et les Français s’étant emparés de cette partie de l’Afrique, firent de cette dernière gomme un objet considérable de commerce’, et même aujourd’hui les imprimeurs sur toile et autres manufacturiers s’en servent généralement , attendu qu’elle est abondante et à bon marché. Les propriétés des deux gommes sont absolument les mêmes; on remarque seulement que les morceaux de la deuxième sont ordinairement plus transparens, plus gros; mais ces caractères ne sont pas tranchés , puisque l’on trouve quelquefois des morceaux de gomme arabique plus volumineux que ceux de la gomme du Sénégal r. celte distinction est d’ailleurs tout-à-fait inutile; il suffit que cette gomme soit blanche, transparente forme un mucilage transparent avec l’eau , ne laisse aucun résidu, pour être, quelle que soit son origine, de bonne qualité. On la falsifie quelquefois avec les
gommes du prunier, du cerisier, etc., etc.; mais ces dernières ne se dissolvent jamais complètement dans l’eau ; môme par une ébulition prolongée et dans une grande quantité d’eau , de sorte qu’on doit rejeter comme impure toute gomme dont la solution dans ce liquide n’est pas complète. Le bdellium, que l'on trouvequelquefois mélangé avec la gomme arabique , 'est en morceaux bruns , à cassure terne , et son insolubilité dans l’eau donne un moyen très-simple de le distinguer.
GOMME GUTTE. Suc végétal qui nous vient de Siam et de Ceylan: îe premier paraît provenir du stalagmites cambugioïdès , et est obtenu en gouttes par des incisions faites aux feuilles et aux jeunes pousses ( de là lui est venu le nom de gomme gutte) y le deuxième est extrait du bois de 1 arbre et se solidifie à l’instant : ladnédecine en fait usage comme purgatif-drastique , elles peintres l’emploient pourles jaunes. La meilleure gomme gutte est en bâtons d’un demi-pouce de diamètre, jaune de safran à l’extérieur , d’une cassure brillante et bien homogène, inodore , d’une saveur d’abord peu remarquable, ensuite un peu âcre et enfin sucrée: la propriété que possède celte gomme résine, lorsqu’elle est pure, de donner avec l’eau une solution émulsive d’un jaune d’or, sans laisser de résidu, s’oppose à toute sophistication* aussi les peintres, qui en consomment la plus grande partie , se
contentent-ils de casser les bâtons, d’examiner si le tout est bien homogène et ne présente ni solu» tion de continuité, ni charbon, ni cendres, etc-
GOMME KIBJO. Cette substance , nommée improprement go/wnc, puisque le docteur Duncan a démontré que c’était un extrait , fut décrite pour la première fois par le docteur Fothergill, comme le produit d’un arbre de l’Afrique appelé pau de sanguë. On sait aujourd’hui qu’il existe divers kinos, dus à un assez grand nombre de végétaux et particulièrement aux eucalyptus. On reconnaî trois sortes de kino dans le commerce :1a première , et la plus estimée, est en petits fragmens d'un noir de jais, avec des points très-brillans, et ressemblant assez bien à de la limaille d’acier trèsgrossière : celte espèce qui est assez rare paraît due à V eucalyptus resinifera. La deuxième sorte est en morceaux assez gros, bruns-noirâtres , qui conservent l’empreinte du vase dans lequel on a reçu le kino encore à l’état liquide : la cassure est résineuse, homogène -, les éclats minces sont transpareus, d'une couleur de rubis, craquent sous la dent et ont une saveur acide, puis amère et astringente: suivant le docteur Duncan cette espèce est produite par le raisin de mev, cocoolobauvifera. La dernière qualité, très-commune aujourd’hui, est également rougeâtre , et les fragmens minces ont aussi une couleur de rubis j mais les morceaux,
dont la cassure présente ordinairement des tigelles, feuilles, etc., etc., contiennent presque toujours du sable, et par suite sont graveleux sous la dent : cette sorte est encore fournie par l* eucalyptus resitiife/'a, mais est récoltée avec peu de soin.
Quelles que soient du reste l’origine et la pureté delà gomme kino, elle est toujours inodore, soluble dans l’eau et plus à chaud qu’à froid, elle se dissout mieux dans l'alcool: ces dissolutions précipitent en noir par le sulfate de fer liquide j le précipité passe au vert par un excès du réacdf, et enfin se redissout et donne à la liqueur une belle teinte verte si on ajoute le sulfate de fer en grande quantité. On assure que le kino est souvent mêlé au cachou ou au sang-dragon : on peut remarquer que la solution alcoolique de kino n’est pas troublée par l’eau, tandis que celle de cachou traitée par une faible proportion d’eau, donne un précipité rouge abondant que redissout presque en totalité l’eau ajoutée en excès : l’insolubilité du sang-dragon dans l’eau donne un moyen simple pour le distinguer de la gomme kino.
GRAISSE. Voyez Axonge .
HOUBLON, Cette plante, humulus lupulus, de la Diœcie penLandric , L. , urticées , J. , est em-
ployée dans la fabrication de la bière pour donner à cette liqueur son principe amer, astringent et conservateur: le houblon peut s’élever très-haut s'il trouve des soutiens ; sa tige est grimpante, souple, grêle, presque ligneuse, arrondie, un peu anguleuse j il a peu d’odeur et de saveur, si ce n’est ses cônes écailleux (la partie employée), qui ont une odeur herbacée assez prononcée, et une saveur très— amère; ces cônes en séchant ne perdent rien de leur saveur, et prennent une odeur plus fragrante , presque vireuse, et une teinte jaune paille : c’est à ces cônes que l’on réserve exclusivement dans le commerce le nom de houblon ; le meilleur vient d’Alost en Suisse , on estime ensuite celui de la Picardie; les houblons d’Espagne sont plus chauds et plus âcres , ceux qu i viennent de Londres sont aussi très -estimés, mais son trop chers.
On regarde comme le meilleur houblon celui qui est d’une nuance jaune dorée , dont les cônes sont volumineux, 'l’odeur agréable, qui, frotté sur la paume de la main , y laisse les traces jaunes le plus fortement odorantes, et qui offre le moins possible de parties de la plante, telles que feuilles, débris de tiges, et autres matières étrangères aux cônes. Ces indications assez exactes sontloin d’être aussi bonnes que le procédé qu’indiquent MM. Chevalier et Payen , qui a pour but de donner la proportion de la sécrétion jaune qui constitue la partie essentielle du houblon.
On pèse un échantillon , on en sépare les substances étrangères les plus 'volumineuses, et on tient compte du poids de ces substances; on effeuille ensuite les cônes sur un tamis de crin à tissu serré ; on les fait sécher le mieux possible dans une étuve, puis en secouant horizontalement le tamis couvert, on parvient à faire passer au travers de son tissu la plus grande partie de la sécrétion jaune, on la rassemble et on la pèse : les meilleurs houblons donnent de — à — — de cette matière.
HUILE DE VITB.IOI,. Voyez Acide sulfurique.
HUILES FIXES. Ce sont des substances plus ou moins épaisses, congelables à une température qui avoisine le zéro du thermomètre , transparentes, incolores ou jaunâtres, décomposables lorsqu’on les chauffe à environ 5oo°, c’est-à-dire lorsqu’elles entrent en ébullition, susceptibles de former des savons plus ou moins durs avec la potasse et la soude , des emplâtres plus ou moins visqueux avec les oxides métalliques payant en général leur siège spécial dans les graines des végétaux. L’examende ces propriétés physiques et chimiques serait déplacé dans cet ouvrage : la falsification des huiles fixes ou graisses consiste principalement dans le mélange des huiles moins chères avec celles qui le sont plus , encore faut-il que la consommation de ces dernières soit assez considérable pour que cette fraude présente quelque importance : aussi me suffira-t- il , je
crois, d’indiquer les caractères physiques des huiles d’olive, d’amandes douces, de ricin, de baleine, de noix, et les sophistications de ces diverses huiles.
HUIZ.E ZTOLIVE. Cette huile s’obtient en soumettant à la presse la partie charnue du drupe de l’olivier, olea europœa , de la cliandrie mono gy nie , L. , jasminées , J. L’huile employée comme aliment est extraite à froid et porte le nom d’ huile vierge. La quantité obtenue estmoins considérable, mais elle est alors excellente; sa couleur est le jaune pâle inclinant au vert , sa saveur très-douce; elle est inodore et congelable à -}-3. L’huile dite d 'enfer, et destinée à la fabrication des savons, s’extrait à chaud; elle est moins douce que la précédente, plus colorée, plus fluide, et ne se congèle qu’à o°. La qualité d’une huile d’olive peut être intermédiaire entre les deux dont je viens de parler; aussi le choix de cette substance demande-t-il toujours un palais et un odorat trèsexercés. On peut dire cependant que l’huile la plus fine et la plus estimée se recueille aux environs de Grasse et de TSTice ; mais elle est sujette au coulage , et lorsqu’elle est très-fine , elle s’engraisse et se gâte par une trop longue garde. Onia falsifie quelquefois en y mêlant de la lie (Y amurca) en grande quantité, ou même quelquefois de la décoction de concombres sauvages qui s’unit, avec 1 huile, et ne peut en être séparée que très-difficile-
ment. Lorsque l’on achète cette huile , on doit toujours laisser reposer les outres sur un chevalet , et examiner s’il en découle une eau mêlée d’impuretés.
Les huiles d’olive du commerce sont très-souvent falsifiées par des huiles moins chères , telles que : i° l’huile d’œillette ou de semence de pavot , papaver somniferum ; 2» de faine ou de semence de hêtre, Jagus sylvaticci • 5° de navette ou de semence de navets, brassica napus et campestris. On peut reconnaître ces falsifications par les moyens suivans : io on remplit à moitié fie l’huile suspecte une fiole à médecine, et on agite ; si l’huile est pure, la surface, après l’agitation, reste unie • s’il y a de l’huile étrangère , une série de bulles reste et forme le chapelet. 2° On plonge dans la glace une fiole remplie de l’huile que l'on veut essayer- elle s’y fige complètement (d’autant plus qu’elle est plus récente) : celle qui est mélangée cî’huile commune reste en partie liquide ; un mélange de deux parties d’huile sur une de pavot ne s’y fige pas du tout. Ces deux procédés, que j’ai rappelés , parce qu’ils sont encore en usage dans le commerce, sont moins exacts que celui donné par JM. Poutet. Ce pharmacien, consulté par les fabricans de savon de Marseille, auxquels cette fraude est très-préjudiciable, a proposé le moyen suivant, basé sur la propriété que possède l’huile d’olive de se solidifier sans se colorer par l’action du nitrate acide de mercure , propriété
que l’on ne trouve pas dans les huiles d'œillette, de faine ou de navette, qui restent fluides et se colorent en jaune-rougeâtre lorsqu'on les soumet à l’action du même sel. On dissout 6 parties de mercure dans 7 et demie d’acide nitrique à 38u; lorsque la dissolution est opérée, on pèse dans une autre fiole i gros delà liqueur et t once et demie d’huile : on agite fortement le mélange de dix minutes en dix minutes pendant deux heures, puis on le laisse en repos; le lendemain tout est solidifié si l’huile était pure : un mélange de i dixième d’huile étrangère donne à la masse l’aspect de l’huile d’olive figée; au-delà, une portion de l’huile surnage , et on peut , au moyen d’un tube gradué, en estimer la quantité. On doit cependant remarquer que les huiles dites récenses , ou nouvelles , retenant toujours un peu d’humidité , exigent qu'on emploie une quantité double de dissolution mercurielle, parce que leur humidité affaiblit l’action du réactif. Je crois inutile d’indiquer ici le moyen proposé par M. Rousseau (le diagomètre ); cet appareil étant très -compliqué ne peut être employé dans le commerce : je renvoie , pour sa description , au Journal de Pharmacie de 1824. La falsification de l’huile d’olive par l’huile d’amandes douces ou amères, ne peut tenter la cupidité, le prix de ces huiles étant sensiblement le même; on la reconnaîtrait d’ailleurs à la saveur d’amandes qui caractérise la dernière.
HUIEjE D’AMANDES DOUCES ET AMÈRES.
Cette huile s’extrait par expression des amandes de l’amandier doux ou amer. Amygdalus communia, de Vicosandrie mono gy nie , L. , rosacées , J. Cette huile, dont la consommation est moins considérable que celle de la précédente, est employée en médecine comme adoucissant; dans les pharmacies, pour la préparation des cérats, de quelques pommades , du savon amygdalin ; dans la parfumerie, comme cosmétique. On l’extrait en pelant les amandes et soumettant la poudre à l’action de la presse, soit à froid, soit entre deux plaques échauffées. Cette huile est très-souvent falsifiée avec des huiles d’œillette , de colza, etc.; il est difficile de reconnaître cette falsification, surtout lorsque la proportion de ces dernières huiles est peu considérable.
HUILE DE RICIN ou de PAIMA CHRISTI,
appelée par les Anglais huile de castor. Cette huile, beaucoup plus épaisse que les précédentes, doit (être d’un jaune très-pâle, avoir une saveur douce; elle a la propriété d’être soluble dans son poids d’alcool à ^o0, et pour 3 cinquièmes seulement dans l’alcool à 56°. On l’extrait des graines du ricin, ricinus commuais, delà monoëcie monadelphie, L. , euphorbiace'es, J. Pour la préparer, on monde les semences de leur enveloppe et de l’embryon ou germe autant que faire se peut; on les
concasse dans un mortier de marbre, on les soumet à la presse, el on en obtient en huile environ le tiers du poids des graines. Cette huile étant soluble dans l’alcool, on peut reconnaître très-aisément sa falsification par les autres huiles fixes qui sont insolubles dans le même liquide; aussi est-il à remarquer que celte sophistication qui avait lieu trèssouvent ne se fait plus aujourd’hui.
HUIXiE I>E BALEIN2 , appelée aussi huile de poisson , s’extrait de la baleine el d’autres poissons. On s’en sert pour l’éclairage, pour faire du savon noir, préparer les laines, corroyer les cuirs; enfin les peintres l’emploient dans certaines couleurs. On doit la prendre claire et non fétide: toutes les baleines n’ont pas la graisse de la même couleur; les unes l'ont blanche, d’autres l’ont jaune : celle-ci est préférable. L’huile rougeâtre est peu estimée , et provient , dit-on , de baleines mortes naturellement.
HUELES VOLATILES. Ces huiles, que l’on appelle aussi essences , huiles essentielles , diffèrent des précédentes en ce qu'elles peuvent 1° se volatiliser sans altération, et demandent pour cet effet moins de chaleur; 2° se dissolvent dans l’alcool, sont légèrement solubles dans l’eau, sont contenues dans toutes les parties des plantes, excepté les graines : cependant quelques semences ( ombellifères) donnent une huile volatile. Près-
que toutes se distinguent entre elles par le goût , la densité et autres qualités physiques ; cependant chaque espèce est en quelque sorte caractérisée par une forte odeur particulière. Elles s’enflamment plus facilement que les huiles fixes, et donnent pour produit de la combustion différentes proportions des mêmes substances , savoir : de l’eau, de l’acide carbonique et du carbone. La table suivante donne la couleur, la densité, et autant que possible la saveur des principales essences employées dans le commerce, ainsi que la partie du végétal qui la fournit. Toutes les huiles essentielles se colorent par le temps ; celles d 'unis , fenouil , romarin , deviennent jaunes - celles de lavande , de marjolaine , etc. , passent à un jaune plus foncé; enfin les huiles volatiles de ge'rofle , de cannelle, etc. , prennent une teinte rougeâtre.
Los huiles essentielles i° par de l’alcool - 2° par des huiles volatiles.
peuvent être falsifiées :
des huiles fixes; 5° par
Si la quantité d’alcool mêlé à l'huile essentielle est assez considérable, celle-ci est plus fluide, d’une couleur moins foncée; le mélange devient laiteux par l’addition de l’eau, comme on le voit lorsque l’on verse de l’eau dite de Cologne dans l’eau; mais si la proportion d’alcool ajouté n’est pas notable, on doit peser une partie de l’huile suspecte, l’unir dans un tube à son poids d’eau distillée , agiter, puis laisser reposer : l’huile essentielle séparée aura diminué en poids de la quantité d’alcool qui avait été mélangée.
vSi l’huile essentielle a été falsifiée par une huile fixe, il suffit de verser une goutte du liquide sur un papier: la tache exposée à la chaleur ne disparaîtra pas si l’huile volatile est falsifiée; cependant si l’huile essayée est ancienne, une portion peut être résinifiée, et par suite ne pas se volatiliser, sans pour cela qu’il y ait eu falsification ; mais d’un autre côté toute huile volatile ancienne doit être rejetée.
Quelquefois des huiles volatiles d’un prix trèsélevé sont falsifiées par des huiles moins chères : l’odeur, la saveur et la comparaison avec de l’huile pure, sont presque toujours les seuls moyens que nous ayons de reconnaître la fraude.
HYDEOCHIOEATE D’AMMONIAQUE. Ce
composé, appelé encore muriate d’ammonictque, sel ammoniac , aune saveur âcre et piquante,
est soluble dans son poids à ioo°, dans trois fois ce poids à i5°, et dans quatre parties et demie d’alcool. On le trouve dans le commerce sous deux formes : 1° sublimé en gâteaux ronds, élastiques, concavo-convexes , et offrant souvent des lignes colorées par étages ; i° cristallisé en masses coniques : le premier est le plus estimé , le deuxième qui est commun, surtout en Allemagne , contient d’autres sels, particulièrement de l’hydroclilorate de cliaux, qui le rend déliquescent. Les propriétés que possède le sel ammoniac: i° de se volatiliser sans altération ; i° de ne pas précipiter par la potasse, la soude, l’ammoniaque, un sel soluble de barite, donnent des moyens faciles de reconnaître les sophistications par le sulfate d’ammoniaque, l’hydrochlorate de chaux, l’hydrochlorate de soude (sel marin), etc., avec lesquels on prétend qu’il est quelquefois falsifié.
IBîDIGQ. Celte matière est un des ingrédiens les plus précieux pour la teinture, et est certainement je plus permanent. Son emploi considérable dans cette branche d industrie date du seizième siècle. Les plantes qui le fournissent portent vulgairement le nom à'aiiil: ce sont diverses espèces d’indigofera de la diadelphie décandrie , L., légumineuses, J. , indigo fera anil , argente a, disperma ,
Guatimala , etc. Celle culture, qui s'est répandue des Indes- Occidentales et de l’Amérique dans l’Indostan, et meme aujourd’hui au Sénégal et à la Guyane, est comme celle du café, c’est-à-dire demande peu de capitaux, est très-lucrative, mais très - précaire. La récolte qui donne les plus belles espérances peut être dévorée en huit: ou dix heures par diverses chenilles j et en admettant meme que cette récolte arrive à bien, la préparation demande une grande expérience pour ne pas dépasser et cependant saisir le point où doit s’arrêter la fermentation. Dans le premier cas 011 décompose une partie de la fécule qui souvent même eût ét éflor (voyez plus bas) , devient cuivrée, et par suite diminue de moitié pour le prix. Dans le deuxième cas, on perd toute la partie d’indigo qui n’est pas encore précipitée. Je renvoie pour celte fabrication aux traités spéciaux. Le bel indigo se reconnaît à sa sécheresse, à sa légèreté qui le fait surnager l’eau , à son inflammabilité et à sa couleur bleuc-vioiacée; lorsqu’on le frotte sur l’ongle, il laisse une trace qui imite le coloris de l’ancien bronze : il est insipide, inodore , insoluble dans l’eau, l’alcool , l’éther, les huiles ) il forme avec l’acide sulfurique une solution d’un bleu foncé qu’on appelle bleu de Saxe ou bleu en lie/ Lieu i", il est soluble et passant au vert dans les alcalis , mais seulement lorsqu’il vient d’être précipité de sa solution dans l’acide sulfu-
rique ; enfin , lorsqu’on le mêle avec du son , de la gaude , et autres substances susceptibles de fermenter promptement, il prend une couleur verte pendant la fermentation , et est alors facilement dissous par la chaux : c’est par ce procédé qu’on le rend ordinairement propre à la teinture.
Dans les lieux de culture , on connaît trois sortes d’indigo que le même sol peut quelquefois donner : i° Y indigo flot- ou flottant ; 2° Y indigo violet ; 5° Y indigo cuivré. Le Mexique , les Indes- Occidenlales plus connues sous le nom d’Antilles fournissaient presque tous les indigos du commerce ; on estimait ces derniers dans l’ordre suivant: Guatimala, Jamaïque, Java, Saint-Domingue , etc. (î). Cette culture est presque totalement abandonnée dans les Antilles depuis que les Anglais, en la transportant dans l’Indostan, ont pu livrer les indigos à plus bas prix; de sorte qu’aujourd'hui on a le Guatimala, le Bengale, le Madras-, le Coromandel, etc. , et même le commerce n‘a réellement que deux qualités qui peuvent être plus ou moins belles, le Gnatimala ou Jlor, et le Bengale . Le premier se reconnaît toujours à sa légèreté, et sert particulièrement pour les dissolutions dans l’acide sulfurique; mais si l’on emploie l’indigo à la cuve, le
(i) C’est à toit que la plupart des auteurs donnent encore aujourd hui apres 1 indigo guatimala, l’indigo Louisiane , puisqu’on ne récolte plus ce produit dans cet le dernière contrée.
Guàtimala est si léger qu’il s’élève presque totalement; en écume à la surface du liquide ; aussi les teinturiers préfèrent- ils dans ce cas y ajouter un peu d’indigo Bengale. Quelle que soit, du reste, l’espèce d indigo, celui qui approchera le mieux des conditions indiquées plus haut méritera la préférence. Cette substance peut être falsifiée , mais il n’est pas toujours facile de reconnaître la fraude, surtout si on a mélangé les qualités. Si on a mêlé dans la pâte , ce qui arrive quelquefois, de la râpure de plomb, on soupçonne aisément cette fraude à la pesanteur- si on traite cet indigo avec l’acide sulfurique, et si on étend d’eau , la râpure se précipite. On pourrait falsifier l’indigo ; i° avec le pastel, 2° avecle bleu de Prusse : on évite la première falsification (qui est d’ailleurs très rare puisque Je pastel est peu employé) en choisissant l’indigo en morceaux assez gros, paice que lepastel n’est qu’en poudre grossière.Le bleu de Prusse esten fragmens assez petits, et n’acquiert pas par le frottement cette teinte cuivrée qui distingue l’indigo. On peut ensuite remarquer que l’indigo traité par la potasse n’est pas sensiblement attaqué, tandis que le bleu de Prusse donne, avec la potasse, un ferrocyar.ate de potasse qui précipite en bleu par l’addition d’un sel de fer soluble.
IODE. Cette substance, découverte en 181 3
par un salpétrier de Paris (M. Courtois), est en belles lames brillantes, d’une couleur d’ardoise, très-peu soluble dans l’eau, très-soluble dans l’ai— eool et l’éther, auxquels elle communique une teinte jaune-brune ; fusible à 107°, volatil en belles vapeurs violettes à i-jS0 • d’une odeur analogue à celle du chlore, d'une saveur âcre, chaude et durable; sa pesanteur spécifique est de On
pourrait falsifier cette substance avec des écailles brillantes d’ardoises; mais la propriété que possède l'iode de se sublimer à 175° sans laisser de résidu, donne un moyen très-simple de reconnaître cette sophistication.
ÏPÉCACUÀ3STHA. Ce mot, dans le langage de l’Amérique du Sud , veut dire racine vomitive , et s’applique à divers végétaux qui possèdent cette propriété à un degré marqué. De là la confusion et même les contradictions que Ton remarque dans l’histoire des plantes qui fournissent notre ipécacuanlia officinal. On ne distingue actuellement dans le commerce qu’une seule espèce d’ipécacuanha : le gris ou annele; car celui que l’on désignait sous le nom à'ipe'cacuanha brun ou non annele ne se trouve plus. Suivant Mutis et ensuite le docteur Dune an , le second serait dû au callicocca ipécacuanha , qui a été réuni par Willdenow au genre cœphelis , et le premier appartiendrait au genre psycolria emelica , tous deux de la peut an-
ctrie mono gy nie , L., rubiace'es , J. Celte opinion est contredite parles auteurs français, qui admettent, au contraire, que ripécacuanha annelé ou gris est dû au cœphelis ipécacuanhci , et que c’est l’ipécacuanlia brun ou non annelé que l’on doit attribuer au psycotria emetica. On donne encore le nom d’ipécacuanha à diverses espèces de cynanchum , asclepias , (¥ euphorbia, de dorslenici et de ruellia.
Quelle que soit l’origine de l’ipécacuanlia , on doit donner la préférence à celui qui est en petites racines contournées , marquées profondément de petits anneaux circulaires et nombreux , offrant, à l’intérieur une petite fibre ligneuse blanche, de laquelle l'écorce grise - épaisse se détache avec facilité ÿ cette partie corticale doit être compacte, cassante , résineuse dans sa cassure, presque inodore, d’une saveur amarescente, un peu âcre. On doit rejeter comme étrangères : i° les racines brunes tachetées de rouge ou de jaune-rougeâtre à l’extérieur • 2° les racines du cabaret, asarum europœum , qui sont d’un blanc sale à l’intérieur, et qui ont une odeur analogue à celle de la valériane.
IRIS. On emploie la racine de l’iris, iris jlorentina , de la triandrie mono gy nie , L., i ridées , J. La plante est vivace, vient dans le midi de la France, mais surtout, en l’Italie - les racines séchées ont été dépouillées de l’écorce jaune - rougeâtre et des filamensj elles sont blanches, un peu aplaties.
noueuses, parsemées de points jaunes-brunâtres, et de formes variées. On mêle quelquefois à cette racine celle de l'iris des jardins ou glayeul , iris germanica , dont 1 odeur de violette est bien plus faible, et qui a une racine grosse, oblique, tubéreuse et garnie de filamens en dessous. Les pois d’iris, qui sont fabriqués avec la racine de ce nom, sont, dit-on, quelquefois falsifiés avec des pois obtenus des fruits du marronnier d’Inde , œsculus hypocastanum : cette falsification , qui est peu importante, et qui offre même quelque avantage, puisqu’elle permettrait d’utiliser le fruit d’un des plus beaux arbres que nous ayons, se reconnaît : i° à la texture molle et un peu transparente de ces pois; 1° suivant TVI. Caventou, ces pois ne prennent pas une couleur rouge lorsqu’on les triture dans une dissolution faible de sulfate de zinc, propriété que possède la véritable racine d’iris, et qui se retrouve dans les pois de ce nom.
IVOIRE. On appelle ainsi les défenses de l’éléphant mâle; cette substance tient le milieu entre l’os et la corne; n’est pas susceptible de se ramollir au feu, mais elle n’est pas non plus aussi dure et aussi cassante qus l’os ; ces dents acquièrent quelquefois une dimension énorme, et pèsent jusqu’à 90 kilogrammes. L’ivoire le plus beau, le plus blanc, le plus poli et le plus compacte, est celui qui nous vient de Ceylan; on l’emploie prin-
cipalement à \a fabrication d’ustensiles, d’ornemens, d’éluis , de boîtes, de boules, de peignes, etc., etc. Quelques voyageurs parlent de la dent de cheval marin comme donnant un excellent ivoire ; mais cette dent est trop dure pour être sciée et travaillée comme l’ivoire : on en fait usage pour les dents artificielles.
JAXjAF. On emploie en médecine comme purgative la racine de jalap, convolvulus jalappa delà pentandrie monogynie , L. , convolvulacées , J. Cette plante , qui est une espèce vivace et grimpante de liseron , est originaire du Mexique , de Vera- C!rux,et fut importée en 1710. Nous recevons la racine de jalap en tranches plus ou moins larges, épaisses, et couvertes d’une écorce ridée noirâtre j l’intérieur est brunâtre, très-compacte, à lignes circulaires , concentriques , jaunâtres et noires ; elle a une odeur du miel, surtout lorsqu’elle est en poudre , sa saveur est nauséeuse. M. Henri, professeur à l’école de pharmacie, a donné les résultats suivans dans son analyse du jalap.
Jalap léger. Jalap sain. Jalap piqué.
Résine 60 4^ 72
Extrait 70 140 125
Amidon 9$ 102 io5
Fibre ligneuse. 270 210 200
Total. 5oo 5oo 5oo
Ces résultats démontrent que le jalap lourd , mais sain, est préférable au jalap léger ; mais que si l’on a pour objet d’extraire la résine de jalap, on doit choisir la racine piquée de vers.
On mêle quelquefois à la racine de jalap : iü des tranches de bryone : cette falsification se reconnaît à la couleur plus blanche et à la texture bien moins compacte de ces racines étrangères; 2°’des morceaux de véritables racines dont on a extrait la résine: cette sophistication se reconnaît à la texture de ces racines, qui n’offrent plus à l’intérieur les lignes circulaires noirâtres dont j’ai parlé.
JALAP (RÉSINE DE). La propriété purgative du jalap réside principalement dans la partie résineuse de cette racine; les pharmaciens obtiennent cette résine en traitant le jalap par l’alcool concentré : on la trouve dans le commerce en morceaux longs et tordus sur eux-mêmes ; elle doit avoir une couleur jaune-noirâtre , être insoluble dans l’eau à chaud ou à froid, dans l’éther à froid , et soluble dans l’alcool : ces dernières propriétés donnent les moyens de s’assurer si elle a été alongée , i° par du suc de réglisse (elle ne se dissout pas en totalité dans l'alcool et communique à l’eau une teinte jaune ); 2° par la colophane, la poix noire, la résine commune (elle se dissout en partie dans l’éther à froid). Suivant Tromsdorff , 20 livres de bon jalap donnent de 2 livres à 2 livres
j/4 de résine; ce qui s’accorde avec l’analyse cidessus de M. Henri.
JDES JAURES» Les couleurs jaunes dont on fait usage dans les arts, sont inorganiques ou organiques; les premières sont, comme je l’ai dit, plus solides , et sont conséquemment toujours préférables; on distingue particulièrement :
Les jaunes de chrome ;
de Naples, de Montpellier ;
Le jaune minéral;
d’antimoine ;
L’orpiment ;
Le massicot ;
L’ocre de rue et l’ocre jaune.
Les terre^de Sienne et d’Italie.
Les jaunes organiques sont :
La laque de gaude ;
Les divers bois jaunes;
Le quercitron, le fustec, etc., etc-
J’ai déjà parlé des jaunes de chrome au mot chromate de plomb; les détails que je puis donner sur les jaunes de Naples , de Montpellier, le jaune minéral et le jaune d’antimoine sont très-limités, parce que les procédés de fabrication pour ces couleurs sont peu connus; remarquons d’ailleurs que ces préparations sont peu dispendieuses, et que le prix auquel on les débite dans le commerce est assez élevé; aussi sont-ils rarement falsifiés.
Le jaune de Naples , appelé aussi quelquefois jaune de Marseille parce qu’il nousarrive enparlie de cette dernièreville, est, à l’état brut, en morceaux jaunes peu volumineux et ayant une saveur salée ; les fabricans l’amènent à l’état où on peut l’employer, en le lavant et le broyant avec beaucoup de soin; l’exactitude dans ces dernières opérations est une des principales conditions nécessaires pour obtenir uh jaune de Naples de bonne qualité. Un marchand , établi à Paris, m’a assuré que le jaune fait aujourd’hui à Naples était d’une qualité trèsmédiocre, et il m’en donnait comme preuve, qu’un fabricant de Rome venait tous les ans à Paris pour se fournir de celte couleur.
Le jaune de Montpellier est souvent confondu avec le précédent; il est en nfbrceaux à peu près de la même grosseur , il a un ton plus pâle , et est moins employé; les principes établis ci-dessus pour obtenir un beau jaune s’appliquent exactement à celui qui nous occupe.
Le jaune minéral est assez rarement employé ; cependant on l’utilise encore quelquefois dans la peinture pour paysages, dans la coloration des draperies; la consommation en est conséquemment peu considérable, et on le vend un prix assez cher pour le donner de bonne qualité ; aussi m’assure-t-on qu’il n’est jamais falsifié.
Un fabricant de couleurs (à l’enseigne du spectre solaire ) prépare depuis quelque temps un jaune
auquel il a donné le nom de jaune (Y antimoine ; la composition et la préparation de ce produit ne sont pas connues; il paraît offrir des qualités particulières que ne présentent pas les autres jaunes usités jusqu’à présent dans la peinture.
JUSQUIAME MOIRE ET BLANCHE. Ces
deux espèces, hyosciamus niger et albus de la penlandrie mono gy nie , L. , so lances ^ J., sont employées indifféremment l’une pour l’autre ; ce^ pendant la seconde est plus rare, moins énergique et moins usitée que la première. Ce sont'particulièrement les feuilles qui sont en usage; on ne peut les confondre avec aucune autre plante : le duvet cotonneux des tiges, duvetque l’on retrouve jusque sur la nervure médiane des feuilles, suffirait pour les reconnaître , si l’on n’avait pas d’ailleurs la forme du fruit, qui est une capsule oblongue et recouverte d’un petit opercule.
RAOSilN. ( Voyez argile. )
KERMÈS MISTER AX« Poudre d’un brun-marron , veloutée, douce au toucher, inodore, insoluble dans l’eau, soluble presque en totalité dans une solution de potasse ou de soude caustique , susceptible de se volatiliser complètement lorsque , placée dans une cuiller d’argent, on l’expose sur des charbons ardens. On connaît parfaitement la préparation du kermès ; on sait l’obtenir toujours
identique , mais on n’est pas d’accord sur la nature et sur les proportions de ses principes composans; de sorte que son nom chimique n’est pas encore bien déterminé : les uns l’appellent hydro sulfate dJ antimoine brun , d’autres sous - hydro sulfate d’antimoine , d'autres enfin oxide d’ antimoine hydrosulfuré brun. Quelle que soit du reste l’opinion des savans , il paraît assez certain que l’acide hydrosulfurique et l’oxide d’antimoine sont les ëlémens qui le constituent. On falsifie quelquefois le kermès avec l’oxide rouge de fer , l’ocre rouge, des poudres végétales rouges; toutes ces sophistications se reconnaissent au résidu que laissera le kermès lorsqu’on cherchera à le volatiliser complètement. Il est quelquefois nécessaire de pouvoir distinguer le kermès du soufre doré d’antimoine; cette distinction est facile, puisque le soufre doré a une teinte orangée , tandis que le kermès a une teinte brune ; cependant je ne crois pas hors de propos de rappeler les expériences qu’indique M. Guibourt dans son Dictionnaire abrégé des drogues simples.
Si l'on projette du soufre doré sur des charbons ardens, il brûle avec une flamme très-vive, ce qui n’a nullement lieu avec le kermès, quoique ce dernier se décompose aussi avec boursoufflement sur des charbons ainsi qu’au chalumeau , mais sans brûler avec flamme. En faisant bouillir pendant quelques minutes un gros de kermès et au-
tant de soufre doré, chacun avec une once d’huile de térébenthine, le soufre doré communique à l’huile une couleur d’un jaune doré, et laisse déposer, après le refroidissement, une multitude de cristaux de soufre, tandis que l’huile bouillie avec le kermès est à peine colorée ,et contient très-peu de soufre en dissolution. Lorsque l’on agite i5 grains de soufre doré avec une once d’ammoniaque liquide, d’une pesanteur spécifique de 0,980, ce soufre doré est converti, au bout de quelques jours, en une poudre blanche (oxidule d’antimoine) , et l’ammoniaque, qui est devenu jaune foncé, tient en dissolution du soufre doré que l’on peut précipiter par un acide ou par l’évaporation de la liqueur; mais ce soufre doré est d’un brun marron, ne brûle plus avec flamme, et; ressemble parfaitement au kermès ; ce dernier, au contraire, traité de la même manière par l’ammoniaque , ne forme pas de poudre blanche, et ne perd rien de sa couleur foncée ; l’ammoniaque se colore à peine, et ne tient que très- peu de kermès en dissolution.
I<A1T. Cette substance est un fluide sécrété par les glandes mammaires des femelles de l’espèce humaine, des quadrupèdes, des cétacées , et qui est destiné à nourrir leurs petits.
Le lait de chaque animal se distingue par quel»
ques particularités ; mais le laitue vache étant celui dont l’homme fait le plus d’usage comme aliment, il nous est mieux connu : c’est un fluide de couleur blanche, d'une légère odeur particulière, d’une saveur sucrée agréable, d’une pesanteur spécifique de 1002, (l’eau pesant 1000), marquant de 4 à 5° à l'aréomètre de Baumé , congelable à environ — ces dernières propriétés 11e sont pas constantes; car le lait peut varier selon la nourriture , l’âge, la constitution individuelle des bestiaux , la saison , etc. , etc.
Le lait peut avoir été falsifié par l’addition : 1° de l’eau; 2° de la farine; 5° et (assure-t-on), de l’oxide de zinc; enfin on le colore quelquefois avec du safran ou de la racine de curcuma. La première falsification est difficile à déterminer; on a proposé à cet effet un instrument appelé galactomètre qui donnerait la pesanteur spécifique; mais en admettant que cet instrument soit exact, la densité du lait pur étant variable, il serait impossible de compter sur ces indications ; le coup d'œil bleuâtre, ainsi que la saveur aqueuse, sont les seuls moyens de reconnaître cette fraude : la sophistication par la farine s’exécute journellement à Paris; on peut la constater en soumettant le lait à l’ébullition; il s’épaissit et se convertit en une bouillie, ce qui n’a pas lieu pour le lait parfaitement pur.
LAITUE VTR.EUSE , employée en médecine, et
dont les propriétés sont analogues à celles de la belladone , de la jusquiame ; c’est le lactuca virosa de la syngenesie polygamie égalé , L., chicoracées , J. Cette plante, qui fleurit en juin et en juillet, a, i° les fleurs jaunes, 2° les feuilles alternes, amplcxicau'es , sessiles, échançrées, à dents inégales et épineuses, glabres, d’un vert foncé en dessus, un peu glauques en dessous avec de3 épines sur la côte médiane • les feuilles du bas, qui sont d’ailleurs plus grandes et plus larges, présentent des taches rouges foncées ; 3° la tige est ronde, dure, garnie vers le bas d’épines et de taches rouges de sang qui deviennent ensuite noires; tout le végétal a une odeur vireuse qui ressemble un peu à celle du pavot : cette odeur, qui paraît due au suc laiteux amer que renferme la tige, s’exalte surtout par le frottement. On peut confondre cette plante avec la laitue sauvage, lactuca scariola , et ensuite avec le laitron commun, souciais olcra~ cens. La tige de la laitue sauvage est garnie de feuilles sessiles, sans taches, et portant des épines d’un seul côté sur le dos de l’arête de la face inférieure; les feuilles du bas de la tige sont plus ovales , celles du haut sont plus lancéolées et moins épineuses ; les feuilles du laitron commun n’ont point d’épines sur l’arête, et n’ont pas d’ailleurs l’odeur nauséeuse qui caractérise la laitue vireuse.
LAQUES. On connaît sous ce nom des produits
lS'2
colorés que l’on obtient en faisant une décoction d’un végétal, ajoutant de l’alun (sulfate de potasse et d’alumine) à cette décoction , puis précipitant par un alcali’ le dépôt formé a tin ton qui varie avec celui du végétal employé, mais il est toujours composé d’alumine et de la matière colorante particulière au végétal. Donner tous les détails que nécessite la fabrication des laques serait dépasser les bornes de ce traité • ceilx que je viens de donner suffiront, je crois, pour démontrer que la qualité des laques obtenues d’une seule plante peut varier à l’infini , puisqu’on peut ajouter à la décoction plus ou moins d'alun, et par suite précipiter une laque moins ou plus riche en matière •colorante : celte variation dans la proportion d’alumine n’est pas encore la seule cause de celle que l’on remarque dans les tons des laques, s’il est vrai que l'on ajoute souvent à une laquede bonne qualité, de l’amidon pour en augmenter le poids : le choix dans celte partie demande donc une grande expérience, et les principes que donne la théorie ne sont pas toujours sufiisans j les peintres ou les teinturiers qui mettent en œuvre ce composé, ont besoin de données pratiques que cet ouvrage ne peut leur enseigner.
On distingue particulièrement deux sortes de laques : i° la laque de garance , qui, suivant sa qualité porte le nom de laque carminée ou simplement celui de laque - a°la laquede gau de, ap-
pelée aussi laque jaune par les peintres. La première est surtout employée pour donner des glacis , car elle ne forme jamais bien corps , la couche appliquée est toujours un peu translucide et laisse apercevoir celle qui est au-dessous : les teinturiers se servent avec avantage de la laque de garance; elle remplace très-bien, comme je l’ai dit ( voyez les mots garance et cochenille ),la cochenille pour les couleurs ponceaux.
La bonne laque est en petits Irochisques ou en poudre, d’une couleur rouge dont l’intensité varie avec la proportion d’alumine ou d’amidon, et par suite, on mesure jusqu’à un certain point sa qualité par la couleur qu’elle présente : mais toutes choses égales d’ailleurs, celle qui offre une teinte rouge amaranthe peu vineuse mérite la préférence, on doit ensuite écraser les trochisques avec soin et examiner si la poudre grossière n’est pas parsemée de petits fragmens blancs: ces impuretés qui sont souvent de l'amidon, constituent une addition frauduleuse. La partie véritablement essentielle de la laque est la matière colorante; il serait donc important d’avoir un moyen exact et facile pour isoler ce principe. J’ai traité de la laque par une faible solution de potasse caustique pour dissoudre l’alumine ; mais la couleur est toujours en partie détruite, et on obtient une liqueur rougeâtre qui laisse un dépôt floconneux ; il est donc préférable, je crois, de comparer la laque que l’on
achète à une autre d’une qualité connue; la teinte sera d’autant moins rouge que cette laque contiendra une proportion plus grande d’alumine.
La laque de garance est soluble en totalité dans de fort vinaigre, ce qui donne un moyen de reconnaître les falsifications de cette substance par la brique, les oxides rouges de fer, le minium, les ocres rouges, etc. , etc. ; ce caractère n’est pas à négliger, car j’ai eu occasion d’examiner deux ou trois laques de qualités inférieures qui avaient été alongées par l’un des composés que je viens de citer. (Voyez le mot garance.)
Les détails que j’ai donnés sur la laque de garance sont applicables a la laque de gaude* l’intensité de la teinte mesurera la qualité de cette laque , et la solution complète dans le vinaigre donnera les moyens de reconnaître les falsifications de cette couleur par les jaunes dont on se sert dans la peinture.
Il existe une laque dont on se sert dans la fabrication des vernis et de la cire à cacheter, il ne faut pas la confondre avec les précédentes : la résine laque est un suc résineux particulier que dépose un insecte, le croton lacca. On distingue trois qualités de celte laque: 1° laque en bâtons : 2° laque en grains; 5° laque en écailles; l’analyse chimique démontre qu’elles sont composées de résine et de matière colorante dans les proportions suivantes :