‹ Traité des falsifications, ou exposé des diverses manières de constater la pureté des substances employées en médecine, dans les arts, et dans l'économie domestiqueChapitre 3 sur 27 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Le choc qui agit, a le monde politique, il y a près de quarante ans, se fit ressentir dans le monde savant: l’intelligence humaine prit un nouvel essor ; si les droits politiques furent réclamés, les sciences marchèrent rapidement à leur perfection, et cette époque fut. marquée parles plus brillantes découvertes. Le génie industriel eut son tour (les arts furent toujours lescompa gnons des sciences ) les vrais principes prévalurent ; on abolit les maîtrises, et chacun put travailler librement et recueillir la récompense de ses travaux. Que de fois en effet l’homme doué du génie de l’invention avait vu Je fruit de ses veilles perdu parce qu’il n’avait pas le droit

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de mettre en pratique ce que lui avait dévoilé la théorie! heureux si un mailre capable d’apprécier son génie daignait le couvrir de son nom, et lui donner une faible partie des bénéfices que produisaient ces améliorations. Ce temps n’est plus; l’industrie est libre de ses entraves; celui qui fait le mieux est le seul préféré ; celui qui invente, qui perfectionne * est celui qui s’enrichit; aussi peut-on assurer qu’il n’y a aucune époque plus féconde en inventions que la nôtre: la jeunesse sérieuse, trop sérieuse peut-être, se livre à l’étude avec ardeur. L’intérêt particulier est peut-être ici le principal mobile; mais qu’importe, si, parvenu à l’âge des spéculations, l’homme n’est pas entraîné par cet intérêt à employer des moyens que réprouve la probité ? Malheureusement rien n’est parfait sur la terre : cette concurrence à laquelle nous devons de si grands progrès fit naître la fraude, que la cupidité appela à son aide pour lutter avec avantage. Trop souvent dès lors l’homme qui consacre son temps et sa peineà un genre d’industrie, vit manquer ses opérations parce qu’il s’était servi de substances falsifiées, et qui ne pouvaient plus produire l’effet qu’il en attendait. Le médecin voit la maladie résister à ses prescriptions , et très-souvent cet insuccès est dû à une falsification : le médicament qu'il prescrivait n’a point été administré, ou celui qui fut donné, altéré dans sa nature par d’autres substances , n’a pu répondre aux espérances du praticien. Le peintre vient de donner la dernière main à un tableau qui, à la correction, à la vigueur du dessin, réunit la richesse du coloris : chacun admire ce travail ; mais bientôt si l’artiste a fait usage de mauvaises couleurs, bientôt, dis-je , son tableau pâlit, pousse au noir, etc., et. cette brillante toile a perdu une partie de son mérite. Je pourrais sans doute multiplier ces exemples; mais chacun, je crois appréciera l’importance d’un

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traité qui donnerait des moyens simples pour s’assurer de la pureté des substances mises en usage dans les arts. L'ouvrage que je donne au public laissera sans doute beaucoup à désirer; puisse-t-il au moins guider plus tard celui qui, composant un tel traité, sera par ses connaissances et sa position plus à même que moi de le rendre complet !

C’est un axiome reçu en industrie, que la division du travail est une cause d’améliôration pour les produits , parce que l’intelligence de l’homme ne pouvant en gé~ néral embrasser que peu d’objets, celui qui n’a qu’un petit nombre d’opérations à faire peut leur donner toute son attention , les exécuter avec plus de soin , et découvrir plus facilement les pcrfectionnemens dont ces opérations sont, susceptibles. D’un autre côté cette division dans le travail , en multipliant le nombre des mains par lesquelles passe une substance avant d’arriver à celle qui doit la mettre en œuvre, est bien certainement une cause de falsification , chacun pouvant , avec moins de danger d’être découvert , imposer silence à sa conscience pour augmenter ses bénéfices. Je ne prétends pas d’ailleurs nier les avantages qu’offrent Indivision et la concurrence dans les travaux industriels; j’ai voulu seulement remarquer que dans notre société actuelle, les améliorations mêmes introduites dans les lois qui régissent l’industrie, sont les causes qui ont, sinon donné naissance, au moins augmenté le nombre des falsificateurs, et conséquemment des dupes.

Parmi les professions industrielles il en est qui emploient un grand nombre de substances que j’appellerai primitives , d’autres pour lesquelles ce nombre est assez limité, d’autres enfin pour lesquelles ce nombre se réduit à trois, à deux, quelquefois à une seule. Il est évident que la cupidité s’exercera peu sur ces dernières : le

menuisier, le serrurier, par exemple, sont bien rarement trompés clans leurs achats; la raison en est simple : bornés dans leur ehoix, ils ont bien peu à faire pour connaître les caractères physiques qui constatent la bonté des substances dont ils se servent ; il n’en est pas de même pour le médecin , le pharmacien, le droguiste, le j'abricùnt de pivduits chimiques , et même pour le peintre, le fabricant de couleurs , Vèmailleur , -et tant ['d’autres que je pourrais citer. Ici la cupidité trouve un vaste champ à exploiter. Nous mettons à contribution, pour satisfaire nos besoins ou nos goûts, les trois règnes de la nature; et quelle attention ne faut-il pas quelquefois pour distinguer des substances dont les différentes nuances sont à peine sensibles. Pour ne parier ici que des professions qui ont toujours tenu le premier rang, celles qui se rattachent à Y art Je guérir, qui pourra nier que l’erreur la plus légère ne puisse avoir des conséquences terribles; la vie d’un homme peut en dépendre! Aussi tous les gouvernemens ont, avec raison, demandé de6 garanties de capacité à ceux qui se proposent d’exercej* ces professions.

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