DES SUBSTANCES COLORANTES
Toute matière paraît à nos yeux sous une couleur qui lui est propre , et par conséquent est une substance colorante : le nombre de ces dernières serait donc celui des corps matériels , et cette étude ne serait rien moins que celle de tous les corps que nous offre la nature ; mais la difficulté diminue en se rappelant que dans le langage industriel les substances colorantes sont , io celles qui s’altèrent peu; 2° celles qui peuvent se fixer assez solidement sur un autre corps , et lui communiquer leur teinte; 3° celles qui sont d’un emploi facile et peu dispendieux. Il est rare qu’une substance colorante réunisse ces conditions à un haut degré, et presque toujours le talent de l’artiste consiste à faire un heureux choix de celle qui répond le mieux à l’usage auquel il l’applique.
Les couleurs se subdivisent, comme les corps de la nature, i°en couleurs inorganiques (minérales); o.® couleurs organiques (végétales ou animales) : les premières se conservent bien , sont en général peu dispendieuses, mais se fixent difficilement sur les fils et les tissus ; aussi sont-elles employées particulièrement par les émailleurs , les peintres proprement dits , les peintres en bdlimens , en décors , sur verre , sur métaux , sur porcelaine , faïence et poterie , les Jubricans de cristaux colorés , etc.; les secondes sont à la vérité plus altérables , mais peuvent se fixer solidement , surtout à l’aide d’un mordant , sur les fils et tissus ; elles sont
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employées par les teinturiers , les chapeliers , les fabricans cle fleurs artificielles , etc. La démarcation que j’établis ici n’est cependant pas complètement exacte ;les émailleùrs , les peintres sur verre , emploient quelquefois des couleurs organiques, et l’industrie a , dans ces derniers temps , trouvé des procédés pour fixer sur les tissus des couleurs inorganiques, par exemple, les bleus par le ferrocynnate de fer, les jaunes par le chromate de plomb, le sulfure jaune d’arsenic, etc. De pareils succès en amèneront d’autres, et la chimie, qui est aujourd’hui une .puissance , nous donnera sans doute les moyens d’étendre nos conquêtes dans cette partie.
Je n’ai pas encore parlé de la profession qui occupe le premier rang parmi celles qui font usage des couleurs, la peinture , art que l’on a souvent classé dans les professions libérales, parce qu’en effet il ne suffit pas pour être grand peintre de savoir étendre des couleurs sur une toile préparée; outre la science, il faut du génie : les tableaux des Raphaël , des David , des Girodet , ont. mis cette vérité hors de doute. Tous les peintres et tous les connaisseurs sentiront, de quelle importance il serait de n’employer dans cette partie, que des couleurs inaltérables; on devrait donc les prendre exclusivement dans le règne minéral ; mais la variété des nuances que nécessite la peinture s’oppose à l’exclusion de toute couleur organique. C’est en cela que les peintres de l’antiquité paraissent avoir eu des données qui se sont perdues, puisqu’il est certain que si leurs tableaux n’offraient pas cette pureté, cette correction de dessin qui caractérisaient l’école d’Italie , et qui distinguent aujourd’hui l’école française, le tempsles altérait moins rapidement. Un traité n’apprendraïc rien sur cette partie; c’est au peintre qu’il appartient de donner des règles à cet égard , et l’expérience doit
à chaque instant venir justifier ce qu’indique la théorie. M. Mérimée, qui, à un talent remarquable comme peintre unit des connaissances chimiques très-étendues , a déjà fait un grand nombre de recherches sur ce sujet ; son exemple aura des imitateurs , et nos tableaux, qui surpassent ceux des anciens pour le dessin , rivaliseront bientôt avec eux pour la beauté et l’inaltérabilité des couleurs.
Les considérations précédentes nous montrent que les principales professions qui préparent et emploient les couleurs, sont le fabricant de couleurs, le peintre en général, l’émailleur, le teinturier, le fabricant de fleurs artificielles, auxquels on peut ajouter le fabricant de vernis , le teinturier-dégraisseur, etc.
Peintre proprement dit. Tracer sur un plan l’exacte ressemblance d’un objet quelconque , par un heureux mélange "de lumière et d’ombre , nous faire voir cet objet dans toutes ses proportions, tel est l’art de la peinture : sur cette toile tout est plan , et cependant cet être paraît exister, ses membres se meuvent, son œil dévoile, et ses gestes expriment les passion^qui l’agitent; la parole seule lui manque pour nous confirmer son existence. Le génie de la peinture est un don naturel; à l’aide du travail, avec du goût, vous pourrez être peintre , mais vous n’obtiendrez jamais la première place dans votre art. La peinture se divise en plusieurs genres : i° l’histoire , 2° le paysage, 3° le portrait ; on peut même dire qu’il y a autant de genres que de sujets à représenter : les uns excellent à peindre les animaux, quelquefois même un seul animal ; d’autres brillent dans la représentation des fleurs ; celui-ci rend avec une vérité parfaite les passions; celui-là n’a point son égal dans la peinture des fruits : tel artiste sera célèbre dans tel genre, et restera médiocre dans tout autre.
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Peintre en décors et en bâtimens. Si le génie naturel n’est point indispensable chez le peintre en décors, il est certain cependant qu’il doit être guidé par le goût dans la disposition de ses clairs et de ses ombres. De nos jours nous avons vu des artistes dans cette partie montrer un véritable talent , et prouver que si leur place n’est pas à côté des peintres dont j’ai* parlé, leur profession n’est p s entièrement mécanique. La peinture en bâtiment est un art qui n’exige qu’une instruction très-superficielle; connaître les couleurs, savoir les broyer, les mêler cl les appliquer sur les murailles ou bois de nos édifices , telle est la science de ce peintre. Quelquefois cependant des ornemens très-simples viennent rompre la monotonie d’une peinture trop uniforme.
Les peintres emploient cinq couleurs fondamentales , le blanc , le jaune , le rouge , le bleu , le noir. A l’aide de ces couleurs primitives ils forment toutes les autres, ainsi que leurs diverses nuances et leurs dégradations. On doit se rappeler que les peintres proprement dits font usage des mêmes couleurs que les peintres en décors; seulement la préparation des couleurs fines exige beaucoup plus de soin ; le broiement doit être plus exact, et en général, on ne parvient à fabriquer de bonnes couleurs que par une porphyrisation prolongée.
Le blanc : on fait usage du blanc de plomb ( carbonate de plomb), du blanc de Bougie al et de, toutes les craies blanches.
Le jaune .-l’ocre de rue, l’ocre jaune, les terres naturelles de Sienne et d’Italie, le jaune de Naples, le jaune minerai , le jaune de chrome, le jaune d’antimoine, les stils de grains jaunes, la laque jaune de garnie, l’or
pin , le réalgar, le massicot, la terra mérita ou curcuma longa , le safran bâtard , les oxides jaunes de fer.
Le rouge : l’ocre les rouges, rouge de Prusse et d’Angleterre, les terres de Sienne et d’Italie calcinées, les oxides rouges de fer , les carmins et les laques carminées , les laques rouges de Venise et d’Italie.
Le bffru , l’outremer , le bleu de cobalt , le bleu de Prusse, le bleu minéral, l’indigo , la cendre bleue , les différons azurs.
Le noir : le noir d’ivoire , le noir d’os, le noir végétal , le noir de pêche , le noir de Paris , le noir d’Allemagne.
Indépendamment de ces couleurs primitives , par le mélange desquelles on peut faire les oranges, les verts, les violets, les bruns, il existe dessubstances naturellesoudes produits chimiques qui donnent directement les nuances de ces couleurs que l’on emploie assez ordinairement , et qu’il faut connaître.
L'orange : la mine orange , le minium , le cinabre , le vermillon.
Le vert : le vert de gris, le verdet cristallisé, ou acétate de cuivre cristallisé , la terre verte , le vert de montagne ou vert de Hongrie, le vert de Schèele , le vert de vessie , le vert d’iris.
Le violet : Le pourpre de Cassius , les oxides violets do fer.
Le brun : la terre d’ombre, le bitume.
Fabricant* de couleurs. Cette fabrication prise dans son acception la plus générale , comprendrait la préparation de toutes les matières colorantes, et , considérée ainsi , l’intelligence d’un seul homme ne pourrait y suffire , non pas seulement par la variété des connaissances que nécessiterait un si grand nombre de détails", mais encore parce que les qualités que l’on exige dans les substances colorantes varient avec le but que
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l’on se propose clans leur emploi. C’est ainsi cpie les couleurs du peintre en bâtiment peuvent être moins belles et moins pures que celles qui seront mises en usage par le peintre proprement dit. Les fabricans de couleurs se subdivisent : i 0 en fabricans de couleurs fines; a0 en fabricans de couleurs pour le bâtiment; 3° en fabricans de couleurs pour la teinture. Les connaissances de la première de ces fabrications doivent être pratiques , la théorie n’apprend que très-peu , et la pratique elle-même n’est pas toujours un guide certain ; une couleur bien préparée répondra aux intentions “du peintre, et la même couleur, fabriquée une seconde fois et rigoureusement d’après les mêmes principes, ne sera plus dans les mêmes conditions : pourquoi ? on l’ignore , car la science des couleurs est encore dans l’enfance. Je connais un fabricant de couleurs fines, qui m’a assuré que des expériences sont continuées depuis dix an6 sur les diverses couleurs employées dans la peinture ; ces expériences sont faites avec précision , les couleurs sont appliquées sur différentes substances , des parties de ces dernières sont exposées au soleil , h l’ombre , au sec , à l’humide, etc., etc.; et depuis dix ans, l’auteur n’est parvenu à aucune conclusion positive. Que l’on juge par ce fait des difficultés que présente une appréciation exacte des couleurs ; la sagacité du meilleur peintre n’est que trop souvent elle-même en défaut: celui-ci donnera à ses tableaux un ton trop chaud, parce que, dit-il , après un laps de temps déterminé, ces tableaux offriront la teinte désirée ; celui-là agira dans un sens inverse, et tous deux sont peut-être dans l’erreur.
Au milieu de ces incertitudes , il est cependant un principe essentiel pour la bonne qualité d’une couleur: celle-ci doit être parfaitemeut broyée et lavée , opération qui n’est jamais rigoureusement complète, les fabricans
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lavent leurs couleurs jusqu’à ce que les eaux de lavage sortent claires et insipides ; ces caractères ne sont pas suflisans , on doit connaître la partie soluble dont on veut débarrasser la couleur, et laver jusqu’à ce que les réactifs chimiques ne démontrent plus dans les eaux de lavage la présence du corps soluble que l’orrveut extraire. Autant qu’il me sera possible, j’indiquerai dans le dictionnaire quelles sont les parties solubles dont on cherche à priver la couleur que l’on prépare , et quels sont les réactifs que l’on doit employer.
Une autre cause s’opposera long-temps au perfectionnement de cette partie industrielle. Cette cause estelle en contradiction avec cet axiome reconnu en iudus-
ie, la division dans le travail améliore les produits ? eut-être , mais cependant je la crois réelle. Les aniens peintres célèbres préparaient eux-mêmes leurs couleurs , transmettaient leurs secrets à leur école , et l’on conçoit quel avantage présentait un pareil concours; la science du peintre s’unissait à cellç du fabricant. Aujourd’hui ce dernier est un être pour ainsi dire mécanique ; sans doute il est intéressé à livrer de bons produits, mais un seul intérêt le guide, l’argent : la gloire, ce puissant mobile, n’e.viste pas pour lui, tandis que dans les anciennes écoles l’imagination du peintre provoquait des recherches, amenait des résultats que l’on ne peut attendre du mode actuel de fabrication Espérons que la chimie des couleurs deviendra une étude indispensable aux peintres, et que nos artistes, qui rivalisent avec les anciens dans un si grand nombre de points, acquerront ces connaissances, sans lesquelles on ne peut faire des ouvrages d’un coloris durable dans la peinture.
U émail leur. On appelle ainsi l’artiste qui prépare les émaux , qui en couvre certains métaux , tels que
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l’or, le cuivre , ou qui fait avec ces émaux plusieurs sortes d’ouvrages. Les émaux sont deé verres transparens ou opaques , colorés ou non , obtenus par la fusion de divers oxides métalliques : l'émail le plus simple est blanc opaque, et se prépare par la calcination d’un mélange de plomb et d’étain ; les proportions varient avec la teinte que l’on veut donner à l’émail.
Les principes généraux de cet art sont très-simples, mais il n’est peut-être pas un art cliimico-mécaniquc qui exige à un plus haut degré la réunion de la théojie à la pratique; l’artiste doit non-seulement connaître exactement la pureté des matières qu’il emploie, mais encore exécuter les détails les plus minutieux avec une habileté consommée et une attention soutenue. On divise cet art en plusieurs branches: i° fabrication des émaux ; 2° application des émaux sur les surfaces métalliques ; 3° peintures sur émail ; 4° emploi des émaux à la lampe. O11 doit ensuite rapportera l’art de l’émailleur la peinture sur verre, sur porcelaine, la fabrication des pierres précieuses et des perles artificielles.
Fabrication des émaux. Les émaux , avons-nous dit, peuvent être opaques , transparens , colorés ou non. Ce qu’on appelle émail transparent, porte aussi quelquefois le nom de jlux :, de fondans , et sert pour ainsi dire de véhicule pour retenir les matières colorantes que l’on y ajoute dans la fabrication des émaux colorés; les principales substances dont on fait usage clans la préparation des Jlux , sont le minium ( oxide rouge de plomb), le borax (sous borate de. soude), le silex (oxide de silici» im) , le nitre (nitrate de potasse), le Jlint-glass , etc. Ces substances sont mélangées en proportions diverses.
L'émail blanc-opaque ou blanc de lait, est le plus
commun et le plus en usage , c’est celui qui exige le plus de soin dans le choix des matières, puisqu'il ne doit avoir qu’une seule teinte, le Liane parfait. Les substances premières employées sont Velain et -le plomb , que l’on mêle et que l’on calcine.
Les émaux colorés sont ordinairement formés par un flux ou fondant que l’on colore en y ajoutant des oxides métalliques. Les principales couleurs sont :
Le bleu. On se procure cette teinte avec l’oxide de cobalt ; c’est la plus solide qu’on connaisse , elle se prépare à toute température. Plus le cobalt que l’on emploie est oxidé et pur, plus le bleu est beau ; l’arsenic ne l’altère pas. Mais il faut surtout éliminer le fer, le cuivre et le nickel ; les flux salins contenant un peu de nitre sont ceux qui conviennent le mieux , surtout s’ils renferment en outre du borax et de l’antimoine diaphorétique lavé (antimonite de potasse).
Le jaune. On fait usage de l’oxide de fer, des oxides de plomb, du sulfate et du phosphate d’argent. Ces substances peuvent ne pas être d’une pureté absolue , et celles que l’on trouve dans le commerce contiennent assez peu de matières étrangères pour être employées avec succès.
Le vert. Les matières premières employées sont le deutoxide de cuivre et l’oxide de chrome.
Le rouge se fait avec le protoxide de cuivre , le pourpre de Cassius, le sulfate de fer et le sulfate d’alumine.
Le noir, par le peroxide de manganèse , le protoxide de fer.
Le violet, par le peroxide de manganèse en petites proportions.
Application des émaux. Les émaux s’appliquent ordinairement sur des substances métalliques ; cependant on s’en sert quelquefois en uaturc pour faire des plats, des
pots à fleurs, et autres vases d’ornement de différens genres ; alors on fait fondre l’émail dans un creuset, et on le coule immédiatement dans les moules. Les métaux qu’on émaillé sont : l’or, l’argent, le cuivre, les autres métaux sont ou trop fusibles pour supporter l’action du feu, ou trop durs pour que l’adhésion entre les deux surfaces puisse s’établir. L’or est de toutes les substances celle qui s’émaille le mieux : sa couleur est riche, ressort et est très- brillante ; mais on emploie beaucoup plus le cuivre, il est à meilleur marché, on le recouvre d’une feuille d’or, cela produit le même effet que si on employait le métal même.
Peinture sur émail. On fait remonter à la plus haute antiquité l’origine de la peinture sur émail. Il est évident que la composition et la pureté des couleurs ne sont pas les seules conditions requises dans un peintre en émail ; il doit y joindre la délicatesse du pinceau , le goût, enfin toutes les qualités que l’on doit trouver réunies dans un bon peintre.
Les émaux étant en général très - fusibles , on les emploie à colorer ou à peindre diflerens ouvrages qui se font au grand feu : l 'émail blanc sert à enduire les poteries de terre qu’on nomme faïence , et à leur donner un coup d’œil de porcelaine. C’est avec les autres émaux colorés qu’on peint sur la faïence, sur la porcelaine et même sur l’émail blanc.
Emploi de l'émail a la lampe. De tous les ouvrages qui se font par les émailleurs , les plus arausans , les plus délicats, sont faits au feu d’une lampe. Il n’est peut-être aucun objet que l’on ne puisse faire ou représenter en émail, et l’on en voit des figures si bien achevées, qu’on les croirait façonnées par les premiers sculpteurs. On ne peut voir sans surprise ces beaux yeux d’émail qui sortent des mains d’un habile
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éinailleur ; ils ont presque Je brillant de la nature, et on y observe même toutes les ramifications des vaisseaux avec toutes leurs nuances.
Les orfèvres, les joailliers qui montent les pierres précieuses, les lapidaires qui les imitent avec des émaux, et les peintres qui travaillent en miniature sur l’émail , et qui font cuire au feu leur dessin pour le rendre inaltérable, enfin les fabricans de perles fausses, sont, comme nous l’avons dit, compris dans le terme général d’émailleur.
Le lecteur peut concevoir la difficulté de l’art des émailleurs ; on voit bien à priori l’importance de n’employer que des substances pures; mais cette pureté absolue étant pour ainsi dire impossible, c’est à l’émailleur qu’il appartient de connaître quelle est pour tel émail la substance étrangère la plus nuisible afin de l’isoler avec soin. On remarque, par exemple, que l’arsenic métallique, oxidé ou salin , est de tous les corps étrangers le plus nuisible, surtout dans les émaux rouges, jaunes et bleus ; il convient donc de n’employer que des oxides de fer, des fils d’argent, de l’oxide de cobalt, bien privés d’arsenic. ( Voyez ces mots au Dictionnaire.)
Lorsque l’émaillcur s’est assuré de la pureté des matières qu’il met en oeuvre , son travail est loin d’être terminé ; car il n’a pas seulement pour objet de fixer un vernis coloré, uniforme, sur une surface métalli- 'que, il doit encore peindre cette surface avec des figures et des traits qui exigent une extrême délicatesse de dessin , une nuance d’ombres et des choix de couleurs. L’émailleur ne travaille pas , comme il semble , avec des couleurs faites , mais avec des mélanges qui , après faction du feu, produisent certaines couleurs ; il doit, à la science ordinaire du peintre dans l’arrangement de sa
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palette et le choix de ses couleurs , ajouter une connaissance profonde de l’action chimique exercée par un oxide sur un autre, de la fusibilité de ses matériaux et du degré de chaleur exigé pour qu’ils conservent le fini des figures et ensuite la nuance d*ombres qu’il veut placer. La peinture en émail demande des degrés successifs de chaleur : i° pour la surface qui doit recevoir le dessin, qui demande lui-même deux cuites ; 2° pour les différentes parties du dessin lui-même. Les couleurs sont , comme nous l’avons vu , des préparations métalliques mêlées à une matière vitrifiable , et amenées à un degré extrême de finesse. Elles sont travaillées avec une huile essentielle ; celle à' aspic est préférable , et, à son défant , on emploie celle de lavande amenée à la consistance de l’huile usitée par les peintres, et étendue avec uue brosse très-fine. L’huile essentielle doit être bien pure ; on l’emploie de préférence afin que le tout puisse s’évaporer à une douce chaleur, et ne laisser aucun dépôt charbonneux qui , agissant sur les oxides , altérerait les nuances que l’on désire : si ce n’est la pureté des matières premières, on voit qu’il est impossible d’établir des règles sur une foule de menus détails , sur le choix et l’ordre des couleurs, sur les degrés de feu ; tout ce que l'on sait sur ce sujet est du domaine de la pratique.
Fabricant Je cristaux colorés. Les couleurs employées dans cette fabrication sont de la nature de celles dont on fait usage dans l’art d’émailler. Le cristal est un verre obtenu par des mélanges en proportions diverses de sable purifié , de litharge ( protoxi de de plomb), ou de minium (deutoxide de plomb, plomb rouge), et de perlasse (potasse carbonatée pnrifiée). Le choix de ces matières est très-important; par exemple, le minium doit être bien exempt de cuivre. ( Forez
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ces mots dans le Dictionnaire). Les principales matières usitées pour la coloration du cristal sont :
Cristaux opalins. On ajoute phosphate de chaux aux substances ci-ÿssus.
Cristaux violets. Mélange d’oxide de cobalt et de précipité pourpre de Cassius.
Cristaux bleus. Oxide de cobalt.
Cristaux ivuges vifs. Précipité pourpre de Cassius, mélange d’oxides de cuivre et de fer.
Cristaux verts. Verdet du commerce , oxide de fer , oxide de cuivre.
Cristaux jaunes. Oxide et sels d’argent.
Cristaux noirs. Oxide de manganèse , oxide de fer.
Les principes posés dans l’art de l'émailleur s’appliquent à cette coloration.
Teinturier. L’art de la teinture consiste à fixer différentes couleurs sur les étoffes, d’une manière assez stable pour qu’elles ne soient pas emportées par les agens à l’action desquels elles sont exposées. Les principales étoffes sont les tissus.de laine , de soie, de coton ou de fil. Je n’ai pas pour objet de donner les principes qui dirigent le teinturier; je remarquerai seulement que lorsque l’attraction qui doit lier entre elles les couleurs et les étoffes n’existe pas, on y supplée en interposant entfre ces deux matières un corps qui ait, d’un côté, de l’affinité pour le tissu , et de l’autre , pour la couleur : «es substances ont reçu le nom de mordons.
Les principaux mordans employés sont Y alun (sulfate de potasse et d’alumine), Y acétate de plomb ou de chaux, les couperoses bleues et vertes ( sulfates de cuivre et de fer ), la chaux , 1 hydro chlorate d’étain. Il est évident que si le mordant est appliqué sur la totalité d’une pièce d’étoffe , et que cette pièce soit ensuite
plongée dans le bain de teinture, cette dernière recevra une teinte sur toute l’étendue de sa surface; mais si le mordant n’est appliqué que sur quelques parties de la pièce , la teinture ne frappera que sur ces parties : le premier procédé constitue l’art de la teinture proprement dite , et le second , dans lequel on applique le mordant au moyen de blocs de bois ou de planches de cuivre gravées en relief, constitue l’impression sur laine, coton, toile ou calicot.
Les couleurs primitives employées dans la teinture, sont le rouge , le jaune , le bleu et le noir.
Rouge. Racines de garance ( nibia tinctorum ) , bois de Brésil ( cœsalpina crista ) , bois de pécher ( amygda/us p ers ica ) , bois de campêche ( hœmathoxylum campechiacum ) , fleurs de carthame ( carthamus tinctoj'ius ), semences de rocou ( Lixa orcllana ), orseille [lichen roccella), graines de kermès [quercus ilicis ), cochenille ( coccus cacti). On doit remarquer que la garance etla cochenille sont les seules substances qui donnent des couleurs durables.
Jaune . Chromate de potasse et acétate de plomb, sulfate de fer et chaux, gaude ( resecla luteola) , safran [crocus salivas ), quercitron [quercus nigra) , curcuma [curcuma longa et rotunda ), fustet [morus tinctoria ) , gomme-gutte ( cambogia-gulta) , sulfure d’arsenic dissous dans l’ammoniaque liquide.
Dieu- Indigo ( isatis indigofera) , pastel ( isatis tinctoria ), acétate de fer et ferrocyanate de potasse.
Noir. Sels de fer et substances astringentes, telles sont la noix de galle, le tan , le sumac , etc.
Les autres couleurs s’obtiennent pas des mélanges ou des bains plus ou moins étendus des matières colorantes ci-dessus : cette partie de la teinture est entière
ment pratique, etnepeut trouver place dans l’ouvrage qui nous occupe.
L’impression sur toile ou sur calicot constitue, comme nous l’avons dit, la seconde branche de la teinture : les matières colorantes en usage sont les memes que celles indiquées dans la teinture : les mordans que l’on emploie ordinairement sont, V acétate de fer pour les noirs, les bruns, les lilas, etc., etc. , et V acétate d’alumine pour les rouges. On les mêle avec de la pâte de farine de froment et avec une solution épaisse de gomme de Sénégal ou de gomme adragante ; puis on applique ces mordans au moyen de planches sculptées qui forment les dessins; ces planches ou blocs étaient faits anciennement avec le houx ; c’était même une affaire assez importante que celle de les sculpter ; mais on les a remplacés par le cuivre, et le dessin , au lieu d’être sculpté dans le bois, se trouve formé sur des lames métalliques enfoncées dans la planche : outre l’avantage d’être moins dispendieuses, plus solides, elles ont encore celui de donner des dessins plus nets , plus beaux et plus délicats.
On a, dans ces derniers temps, apporté une grande ' araélioi’ation dans l’impression sur calicot : les blocs ont été remplacés par des cylindres à imprimer sur lesquels les dessins sont enchâssés, sculptés, et qui se chargent de couleurs dans leurs évolutions : ces machines, que je ne puis décrire ici , économisent beaucoup de temps , de travail, et donnent des dessins plus corrects que ceux que l’on obtient par toute autre voie.
Chapelier. On appelle ainsi le fabricant qui fait et qui vend les chapeaux : cet art comprend quatre parties : i° le choix des poils ; 20 le sécrétage ; 3° la teinture des chapeaux; 4° l’apprêt des chapeaux. Les procédés de cette
fabrication furent long-temps secrets; quelques chapeliers’ conservent encore même des formules pour le secrétage du poil destiné à être feutrés, mais les mémoires d’un chapelier dePai is(M. Guichardierc) ont jeté un grand jour sur ces opérations. Je noterai seulement ici les matières dont se servent les chapeliers dans leurs opérations.
Poils destinés an feutrage. On fait usage du poil de castor ( castor fber) , du lièvre ( lepus timidus ) , du lapin ( cuniculus ) de la laine vigogne et commune ; mais cette opération est plus ou moins essentielle suivant la nature des matières employées.
Secrétage. On sécrète toujours en employant le nitrate, acide de mercure ; mais cette opération est plus ou moins essentielle suivant la nature des matières employées; ainsi les poils de castor n’ont pas besoin d’un sécrétage aussi complet que celui qui est nécessaire pour les poi ! s de lapin.
Teinture des chapeaux. Cette opération ayant pour but de donner aux chapeaux une belle couleur noire , les substances employées seront celtes dont on fait usage dans les teintures en noir : bois de campéche , gomme Ju pays , noix de galle , vert de gris , sulfate de fer. Ce dernier est remplacé actuellement par X acétate de fer.
h’ apprêt se donne avec la gomme du pays , la colle forte, la gomme «rabique. On y emploie quelquefois le fiel de bœuf, le vinaigre, etc., etc.
Fabricant de fleurs artificielles. C’est celui qui représente la nature dans toutes ses perfections par le moyen des fleurs, des feuilles et des plantes artificielles; qui , par l’étendue de son art et des agrémens qui en résultent, offre à nos yeux une imitation de ce que les plus belles saisons de l’année produisent de plus agréable , et qui rend parfaitement bien les fleurs les plus fragiles de tous les temps et de tous les pays.
On voit , d’apres ce que nous venons de dire, que
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l’art du fleuriste artificiel exige beaucoup d’adresse, de talent, et surtout une grande exactitude à considérer la nature , parce qu’il ne suffit pas de connaître la grandeur, la couleur et la découpure d’une fleur, il faut encore observer très-attentivement les divers états par où elle passe, parce que l’ignorance des cliangemens qu’elle subit depuis qu’elle commence à poindre jusqu’à ce qu’elle soit entièrement flétrie, empêcherait de la copier au naturel ; il faut encore étudier les nuances des différentes verdures qui se trouvent dans les branches d’une fleur, les diverses sinuosités que ces branches forment; ce qui demande plus de soin et de temps qu’on ne pense.
Cet art est très ancien à la Chine et en Italie; les fabricans français ont laissé bien loin derrière eux leurs devanciers dans cette carrière , et si l’on considère l’adresse de notre nation pour tous les ouvrages qui demandent du goût et qui tiennent à la parure des dames, cette supériorité se concevra facilement. Les fleurs furent fabriquées d’abord avec des coques de ver à soie, des plumes, des toiles teintes gommées, et très-fortes. A la dernière exposition des produits de l’industrie française , on admirait les fleurs artificielles en cire de madame Didol; et M. ***, en offrant à la même exposition des fleurs en baleine, a yjontré que l’on pouvait dans cette partie réunir l’exactitude des formes et des détails à la solidité.
Les matières colorantes employées sont :
Pour les muges, le carmin délayé dans du sel de tartre ou dans l’ammoniaque liquide.
Pour le bleu. L’indigo dissous dans l’acide sulfurique ; on absorbe l’acide du blanc d’Espagne qui forme un sulfate de chaux , et l’indigo reste liquide.
Pour le jaune clair. Dissolution de curcuma longa dans l’alcool.
Pour le jaune foncé. Dissolution de terra mérita dans l’alcool.
Toutes ces couleurs s’étendent d’ailleurs dans une dissolution de crème de tartre.
Pour le violet, de l’orseille et un bain bleu.
Pour les lilas , de l’orseille.
Peintre en aquarelle. On appelle ainsi le dessinateur au lavis qui emploie différentes couleurs organiques , ce qui forme une espèce de peinture sans empâtement, et assez semblable à l’enluminure; il fout donc que les couleurs aient de la transparence et point d’épaisseur. On choisit dans cet art les couleurs qui ont le moins de corps , c’est - à — dire des couleurs organiques ( on concevra facilement pourquoi je n’ai pas réuni cette profession à la peinture dont elle est une branche); ou bien on diminue le corps de celles qui sont insolubles , en les délayant dans une quantité convenable d’eau claire ; on décante plusieurs fois l’eau de lavage, qui abandonne ainsi les parties colorées les plus grossières , et ne retient que les parties les plus Unes ou les plus propres au lavis. Les teintures tirées des plantes, et surtout des fleurs , n’ont point de corps et sont très-convenables pour l’aquarelle. On emploie :
Le vert de vessie qu’on retire des baies mûres du nerprun ( rhamnus calharticus ) ;
Le violet qu’on retire des baies d’hiè'ble ( sembucus ebulus), et qu’on change en bleu par l’addition d’alun.
Les teintes variées obtenues par les sucs de groseilles { ribes rubrum ) , de framboises ( rubus idœus) , les graines de garance , les décoctions de bois de Brésil et de bois de cam pèche.
Le jaune se fait avec la gomme-gutte et l’eau.
Le cramoisi, avec du carmin délayé dans de l’eau gommée .
La couleur d'eau , avec le verdet et la crème de tartre. ✓
Le bleu , avec l'indigo et l’alun ou le bleu de Prusse.
Le fauve , avec la décoction de la racine de tormentille ( tormentilla erecta).
Le noir , avec le fauve et du sulfate de fer, ou avec de l’encre de Chine.
On réduit toutes ces couleurs en tablettes, en ajoutant au liquide un peu de colle de poisson , et laissant sécher dans des moules que l’on enduit de beurre ou de graisse.