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D'ailleurs, elle n'y attachait pas d'importance, puisque jamais elle n'avait rien éprouvé de gênant dans la i^égion. Elle pouvait impunément la serrer entre les doigts et bien circonscrire ses limites. Le pédicule était très court, avait à peine un demi-centimètre de longueur et laissait à la tumeur toute sa mobilité. Dans les deux mois qui suivirent, elle grossit du double et prit le volume d'une noix.
Son médecin, croyant sans doute avoir affaire à un ganglion engorgé, lui faisait faire des frictions avec des pommades dites fondantes et notamment à l'iodure du plomb, qui, du reste, ne l'empêchèrent nullement de s'accroître. Cette femme devint alors enceinte pour la septième fois dans le courant du mois de juin 1875.
La tumeur se mit alors à grossir (rés visiblement, et son volume augmentant concurremment avec celui de la matrice gravide, donnait à son ventre une dilatation peu commune, si bien que cette grossesse fut beaucoup plus fatigante que les autres, non pas en tant que grossesse, mais par le l'ait de la complication. Les fonctions s'accomplissaient régulièrement, mais il lui était impossible de s'occuper même de son travail qui n'est pas très pénible (couturière).
La plus légère marche la fatiguait énormément. L'accouchement eut lieu le 20 mars 1876. 11 fut facile : après quelques heures de douleurs elle était délivrée. Son enfant, quoique bien conformé, était plus grêle que les autres et n'avait certainement pas, au dire de la malade, le poids moyen. Ce défaut de développement ne peut être attribué qu'à la gêne apportée à sa nutrition intra-utérine, car au bout de quelques jours, il avait bien repris, et actuellement il se porte très bien, quoique prématurément sevré. 11 a le développement habituel à son âge. A ce moment la tumeur avait le volume qu'elle a aujourd'hui. La santé générale n'a subi aucun trouble. Pas d'amaigrissement.
Depuis le mois de mars, elle a de violentes douleurs, qu'elle localise dans l'utérus avec une précision qui ne permet pas de les rapporter a la tumeur. Elles ne reviennent que la nuit; le jour elles disparaissent complètement quand elle vaque aux occupations de son ménage; mais quand elle se couche, les douleurs se font sentir de nouveau. Quand la malade marche, la tumeur se porte en avant sur la face antérieure de la cuisse. Jamais elle n'a senti d'élancement dans la tumeur elle-même, mais depuis quelque temps elle éprouve des douleurs au pli de l'aine, qui ne présente pas la moindre excoriation ni le moindre érythème.
La cuisse droite est le siège de fourmillements continuels qui cessent a, partir du genou. Ce membre est constamment engourdi. Sa température et son volume, l'ctut de la sensibilité, sont les mêmes que dnn? la cuisse gauche.
TRAITÉ DES l'IBllOMES.
La malade a toujours eu des pertes blanches qui paraissent avoir diminué depuis ses couches. La déiecalion n'a jamais subi le moindre trouble. Chose plus étonnante, la miction s'accomplit très régulièrement. De prime abord on aurait peine à croire à cette intégrité de fonctions. En effet, la tumeur est énorme : elle a une forme ovoïde très nette ; sa grosse extrémité est tournée en bas, sa petite en haut et en dedans vers l'ombilic, qu'elle dépasse de 2 centimètres. Elle a 31 centimètres dans son grand diamètre et 25 depuis son bord supérieur au milieu du ligament de Poupart. Elle occupe toute la fosse iliaque interne et retombe en avant sur la cuisse en déprimant ce ligament qu'il est très difficile de sentir sous la peau. Elle est mobile en masse et adhère manifestement en bas vers l'épine iliaque et dans la fosse iliaque par une portion plus élroite dont il n'est guère possible de dii-e la grosseur. Si on essaye de la reporter en haut et en bas, la malade n'accuse aucune sensation intra-abdominale. Elle est indolente à la palpation. Elle est très dure, mais un peu élastique, généi-alement lisse dans touto sa surface accessible, c'est-àdire dans les trois quarts, l'autre quart étant en rapport avec la cavité pelvienne. La consistance est partout la même. Sur aucun point on ne ti^ouve de ramollissement, de fluctuation ni d'induration plus marquée. A sa surface on trouve trois bosselures peu élevées, circulaires, ayant un diamètre de 7 à 8 centimètres, ne dépassant pas le niveau général de plus d'un centimètre, mais parfaitement distinctes et présentant la même consistance que le reste de la tumeur. La peau qui la recouvre est distendue ; à cet endroit les vergetures sont moins apparentes que dans la région gauche, correspondante. Elle glisse parfaitement sur la tumeur, à laquelle elle n'adhère par aucun point. Elle n'est pas plus amincie qu'ailleurs. A sa surface rampe un réseau de veines développées, mais exactement limitées à la région de la tumeur. En déprimant les téguments par en haut et en dedans, on arrive facilement à circonscrire son bord supérieur, qui est arrondi et se continue avec une surface inférieure inaccessible. Elle dirige sou extrémité arrondie (et un peu distincte du reste de la masse par une légère dépression circulaire) vers l'ombdic et le côté gauche.
Elle dépasse en effet la ligne médiane de plusieurs centimètres. Elle a le volume d'une tête d'adulte; ses dimensions sont restées les mêmes depuis trois mois. L'utérus n'a aucun rapport avec elle; les mouvements qu'on lui communique par le toucher vaginal ne se transmettent pas à la tumeur, qui se meut indépendamment de lui. H n'est nullement abaissé. Les battements de l'artère fémorale oui de ce côté la même impulsion que du côté gauche.
Point d'œdèmc dans l'exirémité du membre. Par la toux, les fortes
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expirations brusquement arrêtées, et les mouvements alternatifs de flexion et d'extension du tronc, en un mot parla contraction des muscles de la paroi abdominale on sent la tumeur se relever par en haut vers l'intérieur de la cavité, laissant à découvert le pli de l'aine, qui est parfaitement sain.
Dans l'esprit de Broca, la nature fibreuse de cette tumeur ne prêtait pas au moindre doute. Mais quels étaient ses rapports avec le péritoine ?
D'après Salesses, Broca n'opéra pas la tumeur et il se serait exprimé dans les termes suivants :
« Si c'était un hystérome, malgré ses dimensions je l'opérerais peut-être ; je ne craindrais même pas d'ouvrir le péritoine.
« Mais ici je n'ose;... je ne l'opérerai pas. »
§ II. — Pronostic.
Le pronostic est des plus favorables.
Les tumeurs fibreuses de l'abdomen constituent une aftection très bénigne.
L'opération peut donner une guérison radicale; et c'est là un point sur lequel il est très important d'insister, la durée et le volume de la tumeur ne rendent pas le pronostic plus grave, si l'opération réussit.
Dans les cas d'opération tardive, de tumeur énorme, d'état général altéré, les chances d'infection n'ont pas été, généralement, augmentées, et le chirurgien, après avoir surmonté les périls d'une opération plus grave à cause du volume, a enregistré des succès définitifs.
Un des cas les plus probants dans ce sens est l'observation sixième de Labbé. — Une tumeur de 40 centimètres sur 45 mesurant encore plus de 20 centimètres flo diamètre, après rétraction dans l'alcool, fut enlevée
l-;2 TRAITÉ DES FIBROMES.
m 1883, la guérisori survint en 8 jours, il n'y pas eu de récidive, jusqu'à ce jour.
Grâce à la tolérance du péritoine, ces tumeurs ne contractent jamais d'adliérences avec les organes intra-abdominaux, jamais elles ne deviennent mo;;(?V«6/e5.