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DE QUELQUES DIFFICULTÉS DU DIAGNOSTIC

Ces difficultés peuvent tenir à différentes causes.

Labbé. — Fibromes. 13

Les renseignements f'oiil défaut couinio dans le cas de de Rokitansky.

Des symptômes anormaux se présentent.

L'observation des signes caractéristiques est devenue impossible à cause de certaines conditions : ainsi le volume de la tumeur est énorme ou bien le ventre est pendant et les muscles ne peuvent plus mouvoir la tumeur.

La peau est indurée ou ulcérée. Il est survenu par suite des hémorrhagies une teinte qui se rapproche de la teinte jaune paille.

Des ganglions volumineux font croire à une généralisation. La tumeur est fluctuante. Elle a donné du liquide à une ponction.

Toutes ces difficultés se sont rencontrées ; elles n'ont presque jamais empêché d'arriver au véritable diagnostic.

La cause la plus fréquente des erreurs n'a pas encore été signalée, c'est la rareté de l'affection qui fait que l'observateur n'y songe pas.

OBSERVATIONS DE LAUBÈ DÉMONTRANT TOUTE L'IMPORTANCE DE LA RECHERCHE DE L'IMMOBILITÉ DE LA TUMEUR PENDANT LA CONTRACTION DES PAROIS ABDOMINALES POUR LE DIAGNOSTIC DES TUMEURS DE LA PAROI ANTÉRIEURE DE L'ABDOMEN.

Observation XL. — Fibrome soiis-péritonéal de la paroi abdominale, (2° cas de Labbé).

Madame X..., âgée de 25 ans, bien réglée, mariée depuis quatre ans et demi, avait eu un enfant au mois de mai 1872.

Elle s'aperçut au commencement de 1874 qu'une grosseur très appréciable existait dans l'épaisseur de la paroi du ventre.

Elle fut soumise à un traitement externe à l'aide de pommades. Aucun résultat n'étant obtenu, elle se décida à venir consulter à Paris. Deux examens successifs faits par des médecins fort instruits donnèrent lieu à une fausse interprétation de l'afTection. On songea à l'existence d'une tumeur fibreuse dépendant de l'utérus.

DlAGiNOSTIC.

Je vis la malade dans les derniers jours dtî JuiUel et mou diagnostic fut le suivant : fibrome de la paroi abdominale.

Le signe consistant dans l'immobilisation de la tumeur, par suite de la contraction des muscles abdominaux, était des plus nets, et me permit immédiatement de redresser l'erreur qui avait été commise.

La tumeur, volumineuse, plus grosse qu'une lête de fœtus, siégeant à droite, empiétant sur la région hypogastrique et la région périombilicale, dépassait notablement la ligne blanche. Elle n'est le siège d'aucune douleur, elle n'attire l'attention de la malade que par suite d'une certaine gêne, à laquelle elle donne lieu, et par suite de la rapidité assez grande de son développement.

La tumeur est dure, résistante, ne présente pas d'inégalités, A l'aide des deux mains on limite assez bien ses contours, on la déplace en totalité lorsque les muscles de la paroi abdominale sont dans le relâchement. La santé générale est excellente.

Le toucher vaginal permet de constater que l'utérus est dans sa situation normale, qu'il n'est pas augmenté de volume et qu'il n'offre aucun rapport de continuité ou de contiguïté avec la tumeur.

L'opération est pratiquée le août 1874.

Une incision longitudinale, suivant le plus grand diamètre de la tumeur, est pratiquée. Les muscles de la paroi abdominale placés à la partie antérieure de la tumeur sont notablement amincis. J'ai soin d'arriver, aussi rigoureusement que possible, sur le tissu même de la tumeur, disséquant successivement, toutes les lamelles celluleuses qui l'enveloppent et je puis ainsi la contourner très rigoureusement avec le doigt. J'étais préoccupé de l'ouverture du péritoine et en arrivant à la face postérieure de la tumeur, je redoublais d'attention ; malgré les précautions les plus minutieuses, celui-ci fut ouvert et se déchira dans l'étendue de 2 centimètres et demi environ. L'épiploon vint faire saillie entre les lèvres de la plaie, je me gardai de réduire l'épiploon espérant qu'il prendrait rapidement des adhérences avec les bords de l'ouverture péritonéale et formerait bouchon au niveau de cette ouverture.

Je le fixai à l'aide de trois points de suture.

Dès lors les choses se passèrent très favorablement, la plaie bourgeonna régulièrement et la guérison fut complète vers le 25^ jour.

La tumeur n'avait aucune attache avec le squelette, soit épine iliaque, soit côtes. Elle présentait à la coupe l'aspect extérieur du tissu fibreux, ce qui a été confirmé par l'examen histologique.

Elle reposait sur le péritoine qui semblait doublé d'un fascia transversalis aminci.

J'ai revu la malade, celte année 1886. La guérison s'est maintenue dans toute son intégrité. - Il n'y a pas d'éventration, malgré la grande étendue dans laquelle la face externe du péritoine a été mise à nu.

TIIAITÉ DliS FIBROMKS.

Observation XLI. — Fibrome de la paroi abdominale, siégeant à la partie inférieure droite de la paroi abdominale, parallèlement à la direction de l'arcade crurale (3° cas de Labué).

Madame X..., âgée de 28 ans, vient me consulter h Paris à l'occasion d'une tumeur solide, nullement douloureuse, ayant seulement attiré son attention, par suite de son volume. Elle a son siège dans la partie inférieure droite de la paroi abdominale.

Cette dame, qui a une santé excellente, est bien réglée, elle a eu deux enfants, l'utérus est eu situation normale, il ne présente pas d'augmentation de volume.

La tumeur qui est parallèle à l'arcade crurale en est distante d'environ trois centimètres, elle est dure, résistante, se laisse facilement déplacer de haut en bas. La peau glisse sur elle; il n'existe aucune bosselure. La contraction des muscles abdominaux immobilise complètement la tumeur.

11 est facile de voir qu'il n'y a aucune connexion entre la tumeur et l'épine iliaque antérieure et supérieure, dont elle se rapproche par son extrémité externe. Le 17 mars 1874, madame X... est opérée chez elle, dans le Calvados. La tumeur mise à nu, en ayant soin d'inciser toutes les couches cellulaires, jusque sur son tissu propre, est alors facilement énucléée. Je redouble de précaution en arrivant à sa face postérieure, là où elle repose sur le péritoine. Dans ce cas particulier, la couche graisseuse sous-péritonéale était très épaisse; la face postérieure de la tumeur était surtout adhérente au fascia transversalis, isolé du péritoine par le tissu graisseux sous-péritonéal.

Le péritoine n'a pas été ouvert. La plaie n'a pas été réunie par première intention. Le pansement à l'alcool étendu a été suivi rapidement de la guérison complète, en vingt-cinq jours environ. L'examen histologique a conflrmé la nature fibreuse de la tumeur.

La guérison s'est maintenue complète, jusqu'à la mort de la malade, survenue plus de six années après, à la suite d'une affection médicale, sans relation aucune avec cette première affection.

Observation XLIL — Fibrome sous-péritonéal de lu paroi abdominale, siégeant à la partie droite de Vabdomen et occupant la région iliaque droite, une grande partie de la région hypogastrique et se continuant avec la région ombilicale (4° cas de Larbé).

Madame E...,31 ans, bien réglée, ayant eu un enfant, s'eSt aperçue, il y a environ dix-huit mois, qu'il existait une grosseur au niveau de la partie inférieure droite de son ventre.

DIAGNOSTIC

Elle a consulté plusieurs fois à ce sujet et jamais il n'a été fait, dit-elle, de diagnostic pi-écis. Des traitements internes, par Tiodure de potassium, et externes à l'aide de pommades et d'emplâtres, ont été mis en usage sans aucun résultat.

Madame E... est une femme nerveuse, impressionnable, irritable, s'alinientant assez mal.

Sa tumeur qui s'est accrue dans de notables proportions, ne la fait pas soulTrir, mais son volume toujours croissant la préoccupe, et elle vient me consulter à la fin du mois de mai 1876.

Je constatai l'existence d'une très grosse tumeur (mesurant plus de 20 centimètres dans son plus grand diamètre) occupant la région de la fosse iliaque droite, une grande partie de la région hypogastrique, et empiétant sur la région ombilicale.

La tumeur se rapproche beaucoup de la crête iliaque, et l'on est en droit de se demander sïl n'existe pas une relation de continuité avec le périoste de l'épine iliaque antérieure et supérieure.

La peau est saine et mobile sur la tumeur; celle-ci est lisse et ne présente aucune inégalité. La consistance est très dure. La palpation permet de la limiter d'une façon assez nette.

La contraction des muscles de la paroi abdominale V immobilise un 'peu, mais on n'observe pas ce signe aussi nettement que dans les observations précédentes.

Je porte le diagnostic de fibrome de la puroi abdominale, diagnostic qui est confirmé, quelques jours après, par mon maître le professeur Gosselin.

L'opération est décidée et pratiquée le 17 juin 1876. Les muscles de la paroi abdominale placés en avant de la tumeur, sont amincis.

La dissection est pratiquée toujours d'après les mêmes principes, c'est-à-dire que je mets le plus grand soin à pénétrer jusqu'au tissu même de la tumeur, après avoir bien nettement incisé les nombreuses enveloppes celluleuses qui la recouvrent. J'arrive ainsi à pouvoir la dégager dans une grande étendue, avec le doigt et la spatule. Arrivé à la face postérieure, je procède avec les plus grands ménagements pour ne pas déchirer le péritoine doublé du fascia transversalis aminci, sur lequel elle repose. L'énucléation a lieu sans ouverture du péritoine.

La tumeur se prolongeait sur le péritoine de la fosse iliaque, de telle sorte qu'après son ablation, il existait un véritable décollement du péritoine, analogue à celui qui est produit lorsqu'on pratique la ligature de -l'iliaque. Cette circonstance donna lieu à une disposition assez peu favorable, au point de vue de l'écoulement des liquides, et à cette époque où la méihode antiseptique était loin d'avoir atteint

198 THAITÉ DES FIBROMKS.

les peilectionneinenLs actuels, elle apporta une véritable entrave h la cicatrisation rapide.

La tumeur ne présentait pas d'adhérences avec le périoste de l'épine et de la crête iliaque.

La réunion primitive ne fut pas faite, il se présenta pendant la durée de la cicatrisation quelques petits incidents causés par la rétention du pus.

Enfm au bout de six semaines, la réunion était complète, mais la malade énervée, dormant mal, s'alimentant incomplètement, ne revenait pas à une sauté parfaite.

Quelques semaines plus tard elle fut prise de fièvre, et présenta des signes non douteux de phlegmasie du tissu cellulaire péri-utérin. — Un abcès s'ouvrit dans le vagin, l'inappétence devint complète, la malade s'affaiblit, eut du muguet, et finit par succomber plus de trois mois après avoir subi son opération.

L'examen histologique confirma le diagnostic de fibrome qui avait été porté.

Observation XLIII. — Tumeur fibro-sar comateuse sous-péritonéale de la paroi abdominale, adhérente au périoste des huitième et neuvième cotes gauches (6« cas de Labbé).

Madame X..., âgée de 32 ans, réglée à 12 ans et demi, à peu près régulièrement, s'est mariée à 26 ans et a deux enfants, l'un à l'âge de 27 ans, et l'autre à l'âge de 28 ans.

Les antécédents de famille sont excellents, elle n'a jamais eu que des maladies de l'enfance.

Elle a commencé à s'apercevoir delà tumeur à la fin de mars 1882.

A ce moment, au niveau de la huitième et de la neuvième côte du côté gauche, elle eut notion d'une tumeur grosse comme le pouce et développée surtout dans le sens de la longueur.

Vers la fin du mois de mai, M. le D"" Ragaine, de Mortagne, fut consulté. La tumeur était grosse comme un œuf.

On conseilla l'usage de pommades, et de l'iodure de potassium.

La malade fut examinée quelque temps après par MM. Ragaine et Noël Guéneau de Mussy. On conseilla l'emploi des pointes de feu. Sous l'influence de plusieurs appHcations de pointes de feu, la tumeur parut diminuer.

Au commencement d'octobre (1882) on appliqua deux cautères au niveau delà tumeur. Des troubles sérieux de la menstruation eurent lieu en octobre et en novembre. Les règles sont en retard de dix jours chaque mois, et après chaque époque, la tumeur semble grossir d'une façon très appréciable.

DIAGNOSTIC

Le 27 janvier 1883 la malade vint à Paris, accompagnée du Ragaine, et je l'examinai avec le concours de mon maître M. Gosselin.

La tumeur a pris des proportions considérables, elle est déjà beaucoup plus gi'osse qu'une tête d'adulte. Elle occupe la partie supérieure gauche de la paroi abdominale, descendant déjà très bas, et empiétant sur la partie située au delà de laligne blanche. Il semble bien évident qu'un rapport intime existe entre la partie supérieure de la tumeur et les huitième et neuvième côtes. Les modifications qui surviennent à la suite de la menstruation indiquent de faire l'examen de l'utérus. Celui-ci est sain, parfaitement mobile ; il est évident qu'il n'y a aucun rapport entre cet organe et la tumeur. Les contractions des iniiscles abdominaux déterminent encore un peu de modification dans la mobilité de la tumeur. La sangle musculaire Vimmobilise un peu.

L'idée d'une opération est rejetée, pour le moment, par la malade Elle retourne dans son pays, en Normandie.

A partir de ce moment la tumeur prend un développement gigantesque. La malade revient à Paris le 6 octobre. La tumeur mesure 4S centimètres dans son plus grand diamètre, et 35 à 40 dans son plus petit. Elle forme une saillie considérable et recouvre toute la surface de la paroi abdominale. Un nouvel examen par le vagin constate la non connexion de l'utérus et de cette tumeur. Il est difficile de se rendre compte de la connexion de la tumeur avec les côtes.

La peau est parfaitement mobile sur la tumeur, il existe un réseau veineux sous-culané assez considérable.

Lorsque la malade est placée sur les genoux et sur les coudes, la tumeur semble se détacher du ventre.

La présence de la tumeur n'a jamais fait naître aucune douleur.

L'opération est pratiquée le 31 octobre 1883.

Une immense incision est pratiquée de haut en bas. Les couches celluleuses qui enveloppent la tumeur sont très nombreuses et très vasculaires; des veines volumineuses sont ouvertes, à chaque nouvelle manœuvre ; des pinces hémostatiques doivent être appliquées en très grand nombre, et malgré toutes les précautions et la rapidité avec laquelle l'opération est pratiquée, du sang est perdu en assez grande quantité.

A partir du moment où les couches des muscles amincis et les enveloppes celluleuses ont été dépassées et où l'on est arrivé sur le tissu même de la tumeur, l'opération est rapidement terminée. Au moment où les dernières adhérences de la tumeur avec la couche sous-péritonéale sont rompues, le péritoine est déchiré dans une étendue de 3 ou 4 centimètres. L'épiploon sort à travers cette déchirure, il est laissé entre les lèvres du péritoine déchiré. Après Tabla

tion de la tumeur, la surface interne du péritoine, mise à nu, est considérable, elle est de plus de 2o cpnlimètres carrés. La réunion primitive est tentée, avec toutes les précautions de la méthode antiseptique ; un drainage est convenablement établi, et la réunion primitive est obtenue, à peu près complètement. Au bout de huit jours, la cicatrisation était complète. 11 n'y a pas eu d'éventration.

Examen anatomique, par M. Remy. Fibrome -pur en quelques points, fibrosarcome en d'autres ; les cellules fusiformes sont nombreuses.

La guérison s'est maintenue complète jusqu'à ce jour (août i887).

Observation XLIV. — Fibrome de la paroi abdominale antérieure (Q"* cas de Labbé). Observation recueillie par M. Mérigot de Treigny, interne du service.

La nommée Rabouille, veuve Robbe, âgée de 28 ans, entre le 22 juin 188o, à l'hôpital Beaujon dans le service de M. Labbé, salle Sainte-Clolilde, n° 21. Elle n'a eu aucune maladie antérieure. Ses règles commencèrent à loans et se succédèrent depuis, sans intermittences, jusqu'à son mariage à 21 ans, et ensuite ne manquèrent que pendant ses grossesses. Elle a eu quatre enfants, ses couches furent toujours normales et elle ne conserva aucune douleur dans le ventre.

Vers le mois d'octobre J884 elle s'aperçut, par hasard, de l'existence, dans le ventre, d'une grosseur du volume d'une noix, elle siégeait dans la région sus-ombilicale un peu à gauche de la ligne médiane, elle était assez mobile et n'occasionnait aucune douleur, c'est à peine si de temps en temps elle était le siège de petits élancements.

L'état général resta excellent et la tumeur n'amena aucune gêne fonctionnelle, mais elle s'accrut progressivement, et même dans ces derniers temps l'augmentation fut beaucoup plus rapide, aussi la malade se décida-t-elle à venir à l'hôpital.

En examinant la malade on constate que la paroi abdominale est très flasque et se laisse très facilement déprimer en tous sens.

La tumeur occupe toujours le même siège, c'est-à-dire au-dessus et un peu à gauche de l'ombilic ; elle a un volume supérieur à celui du poing; elle est dure, très légèrement bosselée et de consistance uniforme; il n'existe pas de fluctuation; la pression n'est nullement douloureuse; lorsqueles muscles sontdanslarésolution, onpeutladéplacer dans une certaine étendue surtout transversalement; mais si l'on fait contracter la paroi abdominale, la tumeur se trouve subitement immobilisée et le moindre déplacement est impossiile, elle siège donc dans la paroi, mais de plus ses contours deviennent moins nets et sont alors dissimidcs par le plan musculaire rigide, ce qui prouve qu'elle est Insérée en arrière des muscles.

DIAGNOSTIC. 201

L'état général de la malade est excellent et on ne remarque aucune autre particularité à signaler. M. Labbé propose l'extirpation, qui est acceptée.

22 juin, purgatif.

Le. 23. Opération après anesthésie. On fait sur la tumeur, c'est-àdire à 3 centimètres à gaucbe de la ligne médiane, une incision verticale de 8 à 10 centimètres et on coupe successivement la peau, la couche sous-cutanée et l'aponévrose antérieure de la loge du grand droit. On écarte les faisceaux de ce muscle qui sont déjà soulevés et étalés par la tumeur; on arrive alors sur celle-ci, qui est entourée d'une atmosphère de tissu cellulo-fibreux assez résistant ; on sectionne une série de feuillets, puis des brides fibreuses irrégulières; on détache le reste avec la spatule et on arrive ainsi à énucléer presque complètement la tumeur. Mais un point de sa face profonde adhère plus fortement aux plans sous-jacents, et il faut une véritable dissection au bistouri pour dégager sa portion moyenne, qui est intimement soudée à une lame blanche, nacrée, d'apparence fibreuse, qui est le fascia sous-péritonéal.

La tumeur enlevée et les vaisseaux sectionnés une fois liés, on fait des sutures musculaires au catgut; mais la malade est prise alors d'efforts de vomissements et le muscle se déchire au niveau des fils, ce qui donne lieu à un suintement sanguin qui d'aillèurs s'arrête bientôt.

On renonce alors à faire des sutures, on remplit la plaie avec de la gaze iodoformée et on applique un pansement de Lister.

Dans l'après-midi la malade vomit fréquemment et le malaise du chloroforme se prolonge toute la soirée ; glace, potion de Rivière, cathétérisme, injection sous-cutanée de 1 centigramme de morphine : malgré cela la malade ne peut dormir la nuit.

Le 24. La malade souffre peu, mais a toujours des nausées surtout lorsqu'elle veut prendre quelque liquide. Apyrexie.

On fait le pansement sans retirerla gaze qui est au fond de la plaie. Tout le pourtour est le siège d'un érylhème phéniqué assez marqué, aussi on enduit de vaseline boriquée les parties qui doivent être au contact du pansement.

Rétention d'urine ; deux catliéterismes par jour.

Le 2b. L'état est satisfaisant; cependant les nausées persistent et la malade a toujours quelques régurgitations malgré la glace et une potion de Rivière, Pas de douleur de ventre.

La malade prend du bouillon et du lait; elle a uriné seule. Lavement avec une cuillerée de glycérine.

Le 26. Les vomissements ont cessé, le ventre n'est nullement doulouroiix. La malade continueà s'nlimonter avec desliquides. Pansement.

L'érythème a diminué notablement, on retire la gaze iodoformée; la suppuration s'établit.

Le 27. L'opérée va très bien, elle commence à manger. On remplace le pansement pliéniqué par un pansement à l'acool camphré : suppuration assez abondante; la plaie bourgeonne bien, l'aponévrose profonde est entièrement recouverte.

Après divers petits incidents la cicatrisation est complète vers la fin de juillet.

La guérison s'est maintenue complète jusqu'à ce jour (août 1887). La tumeur examinée au microscope par Rémy est un fibrome.

Observation XLV. — Double fibrome de la paroi abdominale, ablation, guérison (10^ cas de Labbé).

T..., Marie, couturière, âgée de 20 ans, entre à l'hôpital Beaijjon, pour être soignée de deux tumeurs qu'elle porte dans la région abdominale.

Voici ce qu'elle nous apprend sur ses antécédents.

Il n'y a rien à noter sur sa famille.

Elle-même a été d'une santé excellente jusqu'ici.

A 16 ans, commença sa menstruation qui fut régulière.

En août 1884, 2 ans et 6 mois avant son entrée à l'hôpital, elle accouche. Sa grossesse avait été normale, et la malade affirme nettement qu'elle n'avait pas de grosseur à ce moment.

Après son accouchement, cette malade se trouve plus nerveuse et plus faible, mais c'est seulement à la fin de 1885, qu'elle s'aperçoit un jour, en mettant son corset, de l'existence d'une grosseur intérieure du côté droit de l'ombilic.

Un mois plus tard, elle en remarque une autre du .côté de l'arcade crurale gauche.

Elle essaye nombre de traitements qui furent sans résultat et se décide enfin à venir à l'hôpital.

Nous constatons à droite de l'ombilic, dans l'épaisseur des parois abdominales, une tumeur du volume d'un petit œuf. Elle est sous-cutanée, car on peut plisser la peau sur elle ; mais elle est située dans Y épaisseur des muscles, car elle est immobilisée par la contraction musculaire : elle fait une légère saillie visible en regardant l'abdomen de profil.

Il n'y a ni changement de couleur, ni vascularisation de la peau.

La surface de la tumeur est légèrement bosselée, elle parait bien limitée, quoiqu'il n'y ait pas de sillon net la séparant des tissus sains. On ne sent aucun pédicule allant vers les fausses côtes.

Au-dessus de l'arcade crurale du côté gauche, nous trouvons encore

DIAGNOSTIC

dans l'épaisseur de la paroi, une tumeur allongée, du volume de la phalange d'un doigt, située presque parallèlement à l'arcade et paraissant unie à l'épine iliaque supérieure par un pédicule. Il semble même qu'elle ait un prolongement en dedans jusqu'au pubis. Le toucher vaginal montre que cette tumeur n'a aucune relation avec les organes génitaux.

Ces deux tumeurs sont indolentes, mais la pression et les mouvements y déterminent des douleurs.

Depuis leur apparition, l'état de la malade s'est un peu modifié. Les digestions du soir sont un peu difficiles, et il y a du malaise la nuit et des accès d'étoufîement dans certaines positions. Il n'y a pas d'amaigrissement, mais les forces ont un peu diminué. La coloration de la peau a un peu changé, elle est pigmentée. La malade dit qu'autrefois elle avait la peau très blanche, et actuellement, elle présente sur la figure des taches jaunâtres comme un masque de grossesse.

Tous les viscères sont normaux.

On fait le diagnostic de fibrome ou fibro-sarcome de la paroi. La présence de deux tumeurs et l'affaiblissement de la malade sont en faveur du sarcome, mais le développement assez lent, l'absence de douleurs, la limitation des tumeurs et l'absence des modifications de la peau plaident pour le fibrome.

M. Labbé décide de faire l'opération en deux séances, et le 21 novembre, il enlève la tumeur située à droite de l'ombilic.

La malade étant anesthésiée, il incise la peau, l'aponévrose et les muscles, jusque sur la tumeur, que l'on reconnaît à sa coloration grisâtre. Mais cette tumeur n'est pas encapsulée comme on l'espérait; elle adhère au muscle droit et à son aponévrose, et il n'y a pas de limites bien tranchées entre les tissus sains et malades. Aussi enlèvet-on la tumeur en empiétant sur le tissu musculaire pour être sûr de n'en point laisser.

L'opération terminée, on voit qu'à la partie inférieure, on est allé jusque sous le péritoine, tandis que, dans la partie supérieure, il y a encore de l'aponévrose appliquée contre le péritoine. On fait seulement deux points de suture aux angles supérieur et inférieur pour diminuer l'étendue de la plaie et on bourre avec de la gaze iodoformée.

La tumeur incisée est formée d'un tissu gris jaunâtre.

Le 22, lendemain de l'opération, il y a eu un peu de suintement sanguinolent sous le pansement.

On le renouvelle. Pas de fièvre, 370,8. La malade souffre un peu dans le ventre.

Le 23, élévation de lompératuro, 39'',2.

Le 24, 011 applique une couche de coUodion autour de la plaie.

Le 20, nouvelle élévation de température. 11 y a un peu de rétention de pus dans le fond de la plaie; on enlève les points de suture.

Le 28, la place bourgeonne bien, on enlève le collodion.

Depuis lors, la cicatrisation se fait très régulièrement, et vers la (in de janvier 1887, la plaie est complètement cicatrisée.

L'examen anatomique fait par Remy a conclu à l'existence d'un fibrome.

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