SES DIFFICULTÉS
Les limites, assez nettes, étaient, en bas, l'arcade de Fallope, d'où elle était séparée, et l'épine iliaque supérieure, à laquelle elle adliérait un peu. En haut, elle remontait jusqu'à la ligne ombilicale. En dedans, elle semblait dépasser la ligne blanche. Enfin, en dehors, elle venait s'appuyer contre la crête iliaque.
La peau mobile était couverte de vergetures, et une couche de tissu adipeux mince la séparait de la tumeur. Celle-ci était dure, consistante comme du fibrome et légèrement bosselée.
Mobile quand la paroi abdominale était relâchée, elle devenait immobile et fixée par la contraction musculaire.
Ses diamètres étaient de 25 centimètres dans son diamètre vertical et de 33 dans son diamètre transversal.
Le toucher vaginal ne donnait aucune indication. Cependant, en déprimant fortement le cul-de-sac latéral droit et en refoulant en même temps la tumeur du côté du bassin, on arrivait à la saisir entre les deux mains.
Aucun trouble de la santé générale ni du tube digestif.
Le diagnostic était facile. 11 s'agissait d'un fibrome de la paroi abdominale en connexion avec les muscles et les aponévroses et avec l'arcade de Fallope et l'épine iliaque antérieure et supérieure.
La seule chose inconnue et inquiétante était l'intimité de ses connexions avec le péritoine. Il paraissait certain que cette membrane était refoulée en arrière, coiffant la tumeur qui proéminait dans la région du bassin, et que probablement elle devait présenter des adhérences assez intimes avec elle ; cela constituait donc une certaine crainte au point de vue des difficultés d'une ablation radicale, et aussi des suites de cette opération.
On connaît, en effet, des cas semblables dans lesquels le péritoine, très adhérent, a été enlevé dans une large étendue, en pratiquant l'ablation de ces tumeurs.
L'opération fut pratiquée le 28 octobre 188o avec l'aide de MM. Monod et Schwartz.
Nous nous étions entourés de toutes les précautions qu'on emploie généralement pour l'ovariotomie, dans la crainte d'être obligé d'ouvrir largement le péritoine.
L'incision parallèle à l'arcade de Fallope commençait en dehors de l'épine iliaque pour dépasser la ligne blanche.
Le grand oblique aminci fut facilement reconnu, sectionné, puis le petit obhque, dont les fibres amincies, dissociées, adhéraient à la surface de la tumeur. Celle-ci fut difficile à séparer des parties voisines, et on fut obligé de faire un grand nombre de ligatures. Elle adhérait par un prolongement fibreux, épais à la partie externe de Fallope et à l'épine iliaque antérieure.
Lorsque sa surface extérieure et ses bords latéraux furent isolés complètement des parties voisines, je commençai à la dégager de la membrane péritonéule à laquelle elle semblait adhérer d'une façon intime. Cette séparation fut très difficile et nécessita une dissection très minutieuse. Je fus obligé de laisser dans certains points (juclquca morceaux de tumeur adhérents, afin de les disséquer plus à l'aise lorsque la masse de la tumeur fut enlevée. A force de patience, je parvins à enlever la totalité de la tumeur sans perforer le péritoine. Celui-ci, isolé dans une étendue de près de 30 centimètres carrés, était très mince, et le tissu cellulaire qui le double n'existait plus.
J'ajouterai que, au-dessus de l'arcade de Fallope, la tumeur avait tellement refoulé le péritoine, que la dissection avait porté dans le voisinage immédiat de l'artère et de la veine iliaque externe.
Malgré le volume considérable de la tumeur, j'avais donc été assez heureux pour ne pas ouvrir la séreuse.
Je dois ajouter cependant que cette opération n'est pas toujours dangereuse quand on prend les précautions antiseptiques nécessaires. J'ai enlevé, il y a deux ans, chez une jeune femme, une tumeur semblable, mais beaucoup moins volumineuse, et chez laquelle l'union avec le péritoine était tellement intime, que je dus disséquer une portion de cette membrane.
Pour terminer l'opération, je plaçai deux tubes à drainage volumineux contre le péritoine. Deux sutures au catgut complétèrent la réunion.
Les suites de l'opération furent très simples, sauf que la réunion par première intention ne fut pas complète partout, à cause d'un petit épanchement sanguin dans la profondeur de la plaie; la guérison fut retardée par un peu de suppuration.
La tumeur, qui était développée d'une façon évidente aux dépens du muscle transverse, était constituée en grande partie par du tissu fibreux, fasciculé, très dur, mais elle contenait par places du tissa sarcomateux ; son poids était de 5 kilogrammes.