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56 ÉTIOLOGIE.
c'est presque constamment à jour fixe, vers le S ou 6 juillet, qu'a lieu cette transition, révélant par son instantanéité l'action brusque d'une cause puissante.
Puis, après avoir été en croissant (I), jusqu'à la fin d'août, le nombre des malades décline peu à peu, et subit en octobre une diminution telle qu'au premier novembre, il a repris son niveau habituel (2). On voit combien dans ces pays l'évolution pathologique annuelle est différente de celle des climats tempérés où, à part les cas d'épidémies accidentelles, le chifl're des malades offre des fluctuations relativement minimes suivant les saisons.
Nous croyons difficile de trouver, pour caractériser cette période morbide, un terme plus convenable et plus com-
(1) Nos tableaux ne représentent pas d'une manière complètement exacte le mouvement réel des hôpitaux militaires, à cause des fréquentes évacuations de malades sur France, évacuations qui, à partir de juin, se renouvelaient chaque mois, assez nombreuses pour qu'en certaines années nous ayons renvoyé en France près de 1,000 hommes, le huitième de reflectif. Sans ce déplacement des malades, les chiffres des présents à nos hôpitaux eussent été bien plus considérables en août et en septembre ; et de plus nous eussions eu, comme les hôpitaux civils, bien plus de malades à l'arrière-saison, en
raison des rechutes et des cachexies.
(2) En Algérie on a également été frappé de cette scission de Tannée en
deux périodes parfaitement distinctes, Tune de calme pour ainsi dire, l'autre d'explosion épidémique.
(( Nous entendons^ disent les premiers médecins qui ont observé dans notre colonie, par année épidémique, celle pendant laquelle le nombre des malades se trouve rapidement augmenté, triplé ou quadruplé par l'effet des causes pathogéniques nouvellement développées- ou devenues plus actives. Cette période comprend environ six mois; juin, juillet, août, septembre, octobre et novembre lui appartiennent ordinairement. Les autres derniers mois de l'année ne sont guère que le temps des maladies sporadiques en rapport avec les prédispositions individuelles. » (Antonini et Monard frères. Considérations sur les fièvres intermittentes in Recueil des me'm, de médecine m'ii^ taire, 1" série, tome XXXV. )
11 est évident qu'observant dans un pays correspondant, comme sol et comme température, à celui où observait Hippocrate, on devait revenir à la division en deux saisons imposée à l'année par le père de la médecine.
plet que celui de période endémo-épidémîque consacré par nos collègues en Algérie, par eux encore et surtout par F. Jacquot, à Rome.
A pari quelques difiFérences que nous mentionnerons plus loin, en expliquant leur raison d'être, les hôpitaux civils fournissent également cette preuve de rapport intime entre la nosologie et la météorologie.
C'est là du reste une règle 'parfaitement reconnue par nos confrères de l'armée d'Afrique, et, sans quitter les environs de Rome, nous voyous, d'après Minzi, médecin en chef de l'hôpital central de Terracine, dont les marais Pontins fournissent à peu près toute la population, que le mois de juin est également l'époque du maximum de salubrité (1).
C'est ce que prouve le chiffre des entrées à l'hôpital central des marais Pontins, pendant 11 ans :
Janvier 603 Juillet 859
Février 408 Août 918
Mars 417 Septembre........ 747
Avril 503 Octobre 627
Mai 376 Novembre 611
Juin 394 Décembre .. 639
On comprend dès lors qu'à Rome on puisse, vu l'absence de marais autour de la ville, se laisser aller à croire que les fièvres tiennent avant tout à l'élévation de la température ;
(I) Voir Minzi {Soprà la Genesi deîle febbri intermittent i, 1844). Le même fait a été constaté au Sénégal, où en juin les hôpitaux sont à peu près vides (Thévenot, Maladies des Européens dans les pays chauds ^ p. 47). Un de nos collègues de l'armée, M. Balley, a pubUé (Recueil de mémoires de médecine militaire, 1863, t. IX) un intéressant travail sur le rapport des courbes nosologiques et météorologiques à Rome. 11 suffit d*un coup d'œil sur Tatlas annexé à ce travail pour voir : lo qu'aux mois extrêmes de Tannée il y a peu de malades surtout dans les hôpitaux militaires (en voir la raison à la note précédente); 2^ que, de mars à la fin de juin, les malades sont au minimum parmi les indigènes comme parmi les étrangers ; 3^ que le maximum a lieu au coniraire de Juillet à novembre.
58 ËTIOLOGIE.
faisant explosion avec les chaleurs, augmentant de nombre et de gravité avec celles-ci, diminuant avec elles, ces maladies semblent au premier coup d'œil dépendre beaucoup plus de Faction d'un climat chaud que d'un sol qui n'a rien de palustre.
C'est précisément pour avoir observé dans une plaine analogue à celle de Rome que Raymond Faure émit celte opinion de l'action unique de la température comme cause de la fièvre (1).
Malgré la marche de l'épidémie à Rome, et malgré Tautorité de ce dernier observateur, nous ne pouvons admettre . que la chaleur seule suffise à produire les fièvres :
1"* Parce que le sol est toujours indispensable au développement des fièvres, qui n'éclatent en mer qu'autant qu'un bâtiment vient se placer au voisinage d'une côte insalubre (2).
2** Parce que, malgré l'identité des conditions de température, les fièvres ne paraissent plus dans certains pays où elles étaient jadis fréquentes, mais dont le sol a été modifié (3).
3** Parce que le nombre des malades n'est pas plus con-
(1) « A Modon (en Morée) on pouvait encore moins qn*à Navarin accnser rinfluence des marais ; car, auprès de Modon, il n'y a pas de marais. Une partie de la plaine est, à la vérité, couverte d'eau l'hiver ; mais cette eau s'écoule et s'évapore dès les premières chaleurs ; la contrée demeure bientôt aride ; il ne faut pas creuser à une grande profondeur pour trouver l'eau. ■ (Raymond Faure, Traité des fièvres intermittentes. Paris, 1833-38, pp. 59 et 60.)
(2) Nous avons ea un exemple frappant de ce fait dans le port de la petite ville de Cività-Vecchia ; un bâtiment de guerre français, le Catinaty s'y trouvait ancré avec 160 hommes d'équipage pendant toute l'année 1866, et, bien que venant de Rochefort où plusieurs de ses matelots avaient été atteints de fièvre, il ne nous euvoya que deux à trois malades à notre hôpital militaire qui, en revanche, était encombré par les soldats de l'armée de terre.
(3) Au temps de Sydenham, Londres, quoique bien moins peuplé qu'au^ jourd'hui, perdait par an un à deux mille personnes de fièvres intermittentes; à peine y en a-t-il actuellement un cas mortel par an. De même, en Normandie, il y avait encore au siècle dernier de graves épidémies de fièvres intermittentes (Voir Lepecq de la Clôture) limitées aujourd'hui à quelques localités.
CONDITIONS MÉTÉOROLOGIQUES o9
sidérable dans les années exceptionnellement chaudes, à condition que ces années n'aient pas été pluvieuses ; c'est ainsi qu'à Rome nous avons eu moins de malades en 186S qu'en 1864, et que, dans cette même ville, Bailly avait noté déjà un chiffre de malades moindre dans l'année 1822, dont la chaleur est demeurée proverbiale, que dans l'année 1821.
Il est vrai que, si l'élévation thermométrique n'est pas à craindre dans un milieu comme Rome, où la fièvre provient simplement des exhalaisons telluriques, il n'en est pas de même dans les pays réellement marécageux, oîi la haute température met à nu une quantité plus considérable des surfaces immergées. C'est pour cela que l'année 186S, si bénigne à Rome, comme nous l'avons dit plus haut (page 31), fut si funeste aux habitants des villages voisins de la plaine Pontine (1) ; car l'extrême chaleur rend plus dangereux les marais en mettant à nu leur vase toujours humide, tandis qu'elle produit l'effet inverse sur les terres vierges, analogues à la Campagne romaine, en leur enlevant l'humidité nécessaire aux exhalaisons du sol (2).
4" La chaleur à elle seule ne produit pas la fièvre, puisqu'en marchant des pôles à l'équateur, on ne voit pas augmenter le nombre de ces affections d'une manière absolument concordante avec l'augmentation des moyennes thermométriques des divers climats parcourus; mais au contraire, par la circonscription bien nette des zones atteintes, on constate qu'elles dépendent surtout de conditions de localités.
(1) Hœser {Lehrhuchder Geschichte der Medizin undder epidemischfn Krankheiten, n* 158) raconte qu'en 1834 Tarmée autrichienne a donné 50,000 fiévreux au lieu de 5,000, chiffre annuel moyen. Évidemment la chaleur exceptionnelle de 1834 y fut pour beaucoup^ mais parce que cette armée occupe des cantonnements dans les pays les plus marécageux du monde, en Hongrio par exemple, où, comme dans les marais Pontins, l'extrême chaleur mot à nu d'immenses surfaces habituellement immergées.
(2) Doni avait dit déjà : « iËstas callida etsicca llomae perpetuô salutaris. (De restituendà salubritale Agri romani»)
60 ÉTIOLOGIE.
D'après ce que nous avons dit plus haut des rapports de rendémo-épîdémie avec les saisons, ne voyons-nous pas qu'il en est de même si Ton examine l'influence de la température seule sur le nombre des malades? « Ainsi juin, troisième mois de l'année quant à la température, est un des plus salubres ; juillet, le plus chaud, est bien moins dangereux qu'août, septembre et octobre (1). »
S** Mais la preuve la plus évidente du rôle secondaire delà température est ce fait qui chaque jour se renouvelle : un individu traversera impunément de jour les pays à fièvres, même les plus dangereux, les marais Pontins en Europe, les jongles dans les Indes; mais qu'il y passe le soir, il s'exposera à des accidents redoutables et mortels.
Aussi les ouvriers qui, dans ces pays insalubres, trar vaillent en plein soleil, comme les maçons, contractent-ils la fièvre bien moins souvent que ceux dont les occupations principales ont lieu le soir et le matin, comme les maraîchers, les jardiniers employés dans les villas qui entourent Rome.
On a prétendu qu'à mesure qu'on approche des tropiques, la température s'élève suffisamment pour produire la fièvre par elle-même ; mais il ne faut pas oublier que plus on descend vers l'équateur, plus cette température a de puissance pour féconder l'action toxique du sol, et agir ainsi indirectement sur l'organisme (2). Où le sol n'existe pas, en mer par exemple, vous observerez peut-être des accidents dus à la chaleur elle seule, des insolations, des apoplexies
(1) F. Jacquot, ée POingine minsmatique des fièvres endémO'épidérmqvet dites intermittentes {Ann, (Thygiène, 1854, 2« série, t. II, p. 66).
(2) « La chaleur, si elle n'est pas absolument indispensable à la prodoction du malaria, en accroît singulièrement la violence, et l'on ne peut révoquer en doute une sorte de proportionnalité entre son action délétère, sar li constitution humaine, et l'élévation de la température atmosphérique. > (Th. Hopkins, Observations sur la nature et les effets du malaria, trad. par A. Guérard, Ânn. d'Hygiène^ 1841, t. XXV, p. 83).
CONDITIONS MÉTÉOROLOGIQUES. 6i
t cérébrales et surtout pulmonaires (1), mais vous n'observerez pas la fièvre parce que la condition principale de sa pro-
^ duction, la condition tellurique, fait défaut.
, I Je m'empresse d'ajouter que, si la chaleur ne peut enfanter les fièvres qui nous occupent, elle a cependant, d'une
, manière indirecte, une influence considérable et sur leur apparition et sur la forme qu'elles revêtiront ; sur leur apparition d'abord, puisque l'absence de chaleur seule suffit, dans les climats froids, à annihiler Inaction, non-seulement du sol, mais des marais; sur leur forme ensuite, puisque nous prouverons que les affections palustres de l'été diffèrent essentiellement, par leur tendance à la continuité, de celles de l'automne et de l'hiver ; puisque à cette condition de chaleur se rattache la différence énorme en apparence, presque nulle au fond, de ces maladies suivant qu^on les observe dans les climats tempérés ou sous la zone tropicale; puisqu'enfin nos pays marécageux du Nord, la Hollande, le delta de l'Elbe, malgré toutes les fièvres qu'ils engendrent, ne pourront donner les formes analogues à celles des pays méridionaux que dans des années exceptionnellement chaudes, comme on l'a vu en 1826 (2), et en 1868 (3), et comme au siècle dernier l'avaient observé Lind et Pringle, particulièrement dans les années 1748 (4) et 176S (S), qui furent d'une chaleur extraordinaire.
D'autres, au lieu d'invoquer purement et simplement la chaleur, ont incriminé les oscillations thermométriques habi-
(1) Les lésions et les symptômes aujourd'hui mieux connus de rinsolatiou dans les pays chauds, et surtout dans Tarmée anglaise aux Indes (heatapoplexy) établissent son analogie avec Tapoplexie pulmonaire de nos cli-
maïa.
(2) Hœser, loc. cit.^ parag. 148 et suivants, Kûsten Epidémie.
(3) Ritier, Épidémie de 1808 dans VElbmarschen in Virchow's Archiv,
avril 1869.
(4) Pringle, Observations sur les maladies des armées, t. I, eh. viii.
(5) Lind, Essai sur les maladies des Européens dans les pays chauds, ch. 1, sect. \**.
62 ÉTIOLOGIE.
tuellement si marquées dans les pays chauds, où à des journées brûlantes succèdent des nuits relativement très-froides.
A Uome ces transitions sont parfois extrêmement brusques ; comme l'indique notre tableau météorologique, il peut y avoir 12 à iS degrés de différence entre la température du jour et celle de la nuit, surtout pendant les mois chauds ; et il est certain que ces oscillations ont une énorme influence sur la santé jpublique.
Établissons d'abord qu'elles ne sufBsent pas à produire la fièvre :
La meilleure preuve, c'est que des oscillations plus considérables ne produisent pas la fièvre dans les pays où le sol ne présente pas les qualités requises pour cette intoxication (1).
Nous pouvons également nous appuyer sur ces deux faits constatés de longue date, et parfaitement mis en lumière par F. Jacquot (2), à savoir :
1° Que sur le littoral, où, grâce au voisinage de la mer, la température offre des oscillations bien moindres, les fièvres sont plus communes et plus graves qu'à Rome (3).
2® Qu'à Rome même, comme en Afrique, c'est au moment où règne le sirocco, dont le souffle est aussi chaud la nuit que le jour, et qui, par conséquent, égalise la température des diverses périodes du nyctémère, que c'est à ce moment que le nombre des accès, et des accès graves, prend les proportions les plus élevées.
Le même fait a été observé même en France (4).
(1) A quelques lieues de Rome, sur les montagnes confinant aux Abiuzzes, se trouve le couvent de Trisulti, où Puccinottî a constaté jusqn'à 16 degi^ de différence entre la température nocturne et diurne ; c'est plus qu'à Romei et cependant les moines de Trisulti n'ont pas la fièvre {loc. cit,^ p. 766).
(2) Jacquot, de VOrigine miasmatique des fièvres endémo-t^idémiques^ dites fièvres intermittentes, etc. {Annales d'hygiène, 1854, 2« série, tome II)»
(3) Ainsi à Ostie, et dans les autres villes du littoral, Palo, San Severa.
(4) Jamais les fièvres n'ont été plus fréquentes que quand les nuits étaient cliaudes, et que leur température différait peu de celle du Jour (Berenguier, loc. Cl/., p. ?6).
Cette insuffisance des agents météorologiques à produire la fièvre a été admirablement traitée par un de nos prédécesseurs à Rome et au Val-de-Grâce, F. Jacquot, dans un de ses derniers travaux (1) qui restera comme un modèle d'analyse et de discussion scientifique.
Mais, cette insuffisance comme cause absolue étant établie, il nous reste à prouver le rôle énorme de ces oscillations dans la pathogénie des fièvres.
Par elles seules, et dans un pays salubre, elles constituent la cause la plus fréquente des récidives qui sont, comme on le sait, entraînées par les causes occasionnelles les plus banales (2).
C'est ce qui nous explique les accès, pernicieux quelquefois, que nous voyons éclater, après leur débarquement en France, chez nos soldats atteints antérieurement en Algérie.
Que ce fait résulte d'une suppression de la transpiration et par conséquent d'un arrêt momentané dans Télimination du miasme accumulé dans l'économie, ou qu'il tienne à une action directe sur le système nerveux, il est extrêmement fréquent.
Mais c'est surtout chez les individus qui, après une première atteinte, continuent leur résidence dans un pays fiévreux, que la moindre impression de froid est redoutable : œstate sudore madère ^ et auram frigidam accipere^ pestis estj a dit Baglivi, et il semble que cet adage, écrit à Rome,
(1) F. Jacquot^ de r Origine miasmatique des fièvres endémo-épidémiques^ etc. {Annales cThygiène, Paris, 1854, 2« série, t. II, p. 33).
(2) Les rechutes, dit M:ic-Grégor, reparaissent sous les causes les plus diverses : s'exposer à la pluie ou aux rayons directs du soleil, se mouiller le pieds, commettre un excès quelconque de fatigue ou d'alimentation (Aitken, /oc. ciL, t. 1, p. 504 et suivantes).
Les variations de température et Thumidité déterminent avant tout les rechutes ; il suffit de se mouiller les pieds ou d'être surpris par la pluie pour voir reparaître une fièvre intermittente (Maillot, /oc. cit., p. 360).
64 ÉTIOLOGIE.
soit devenu, en fait d'étiolo^ic des ûèvres, le dogme de la population romaine.
Insensil)Ie à peu près à riiifluence météorologique dont nous parlions plus haut, la chaleur, qui affecte surtout Tétranj^er, et sachant, du reste, s'en préserver par ses mœurs et ses habitudes (i), cette population redoute avant tout rimpression du froid, et quiconque a habité Rome a vu avec quel ^oh\ les habitants se cou\rent chaque soir, môme en été, au moment où la température s'abaisse rapidement à l'heure réputée si redoutable de VAve Maria ; la transition est d'autant plus brusque que dans ces pays méridionaux il n'y a presque pas de crépuscule, et les vapeurs atmosphériques se prennent subitement en brouillard qui imprègne les vêtements d'humidité.
Mais ce ne sont pas seulement les anciens fiévreux qui sont influencés à ce moment du jour; c'est alors aussi que s'accomplit le plus fréquemment l'intoxication des individus
(t) Pendant l'été, les étrangers seuls, insouciants des usages locaux, se hasardent en plein jour dans les rues de Rome, tandis que les habitanta M sortent habituellement que le soir, une heure après le coucher du soleil, et passent une partie de la nuit à se promener dans le Corso, évitant avec soin de s*exposer soit aux ardeurs du soU'il, soit aux brusques refroidissements qui; chaque soir et chaque matin, précipitent en brouillards la vapeur des plaioei environnantes. — De niùme^à Florence, il n'y a danger à contracta la fièvre dans la promenade des Cascines que de 7 à 8 heures du soir, et de 4 à 5 heures du matin ; dans le rostc de la nuit il n'y a aucun danger ; il en est de même en Corsc^ où l'on se piomèncra impunément à minuit là où quel* ques heures plus tût on eût contracté la fièvre.
Dans la maremn^ de Toscane, comme dans les localités insalubres des en* virons de Bonic, les propriétaires aisés se préservent par un bon feu le soir, et par la précaution de regagner toujours leur domicile avant le crépuscule* (Yoir Pietra Santa, Cottsidérations sur quelques points de réiiologie et de la thé' rapeutique des fièvres intermittentes {JBievue médicale et la Corse et U station d'Ajaccio, Paris^ 18C4, p. 104). ,
Dans l'épidémie de fièvres intermittentes qui a éclaté à Bordeaux en 1866, les servantes principalement furent atteintes, ce qu'on peut attribuer à l'osage où elles sont de rester le soir devant la porte des maisons pour y prendre le frais (Coutanceau, Notice sur les fièvres pernicieuses qui ont régné épidé' miquement à Bordeaux en 1805, p. 8).
qui n'ont subi aucune atteinte antérieure ; et c'est précisément ce fait d'une fièvre de première invasion succédant à rimpression du froid humide qui a pu entraîner des auteurs distingués II nier le miasme pour affirmer que ces affections ne relevaient que de circonstances météorologiques banales (1).
(1) Celai dont ropinion dans ce sens nous semble la plus extraordinaire, c'est Miiizi, qui cependant a observé pendant de longues années dans le pays du monde où le miasme est le moins contestable^ à Terracine, dont Tbôpitai est alimenté par rinfluence.presque unique des marais Pontins ; et cependant il résume sa profession de foi dans cette formule : « La postérité se moquera de notre croyance superstitieuse et de nos romans sur le miasme » {Soprà U genesi délie febbri intermittenti) ; mais si on lit avec attention tout cet ouvrage, on voit combien Tauteur est obligé d'admettre à chaque pas une influence tout autre que le simple refroidissement.
Ainsi quand il dit, pour définir la fièvre : « Ëssere la febbre intermittente la più commune dichiarazione patologica deir improviso freddamento dell' organismo modificato dallo stato spéciale deli' atmosfera palustre. »
Quand encore, parmi ses conclusions étiologiques, il énonce la proposition «oivante (n"* 6) :
« Non è impossibile perô che uu modificatore specifico^ iuconcepibile dalla mente, ignoto ai sensi, e non ricouoscibile dagli stromenti fisici e chimici, esistà neir atmosfera délie paludi, e sia Telemento indispensabile per la formazione délie febbri intermittenti ; ma prova la quotidiana osservazione, che esso resta completamente inattivo ed innocuo per Teconomia animale, a meno cbe délie particolari circostanze non concorrano a provarne l'efficacia morbosa. »
11 prouve évidemment par ces deux passages pris entre beaucoup d'analogues que pour lui le refroidissement seul n'est pas absolument tout.
11 est évident que cet observateur distingué a été frappé comme nous de l'influence énorme des refroidissements sur les récidives; et cette cause banale mais réelle de la rechute est devenue à ses yeux la cause originelle, ^autant plus aisément qu'il raconte, dans ce travail, avoir eu lui-môme à suoir pendant 15 mois les atteintes d'une fièvre quarte, dont chaque rechute (et il en eut 14 ou 15) fut exclusivement entraînée par l'impression du froid.
C'est également avec le plus grand étonnement que nous avons lu, dans l'ouvrage du baron Michel, cette opinion que la fièvre n'avait à Rome d'autre cause que le brouillard et le froid du soir (1). Mais on comprend une pareille opinion devant le scepticisme formulé par l'auteur quelques pages plus loin. « L£ miasme n'est qu'une fiction et une hypothèse que le défaut de recherches a accréditées ; les fièvres intermittentes simples et pernicieuses peuvent
(I) Barou Michel, Topographie médicale de Rome et de l'Agro romûno. t833, page S2. L. Colin, Fièvres. 5
M ETT0L06IE.
Folchi attribuait avec raison une grande valeur à Fensemble des vicissitudes atmosphériques, et considérait comme un de leurs résultats les plus importants sur l'économie la soustraction brusque du fluide thenno-électrique (1), opinion qui depuis a été également avancée par M. Burdel (2). M. de Pietra-Santa admet avec Santardli rinfluence considérable des météores, et semble même révoquer en doute l'existence d'un principe méphitique que nulle tentative n'est arrivée à rendre coercible (3).
Mais l'auteur, qui a soutenu le plus brillamment Tinfluence fébrigëne des conditions atmosphériques seules, est M. Armand, qui nie l'intoxication miasmatique, et rapporte les manifestations morbides à l'ensemble des conditioDS thermo-électro-hygrométriques (4),
Malgré toute l'autorité de ces observateurs, nous trouvons, comme la majorité de nos collègues, tant d'analogie entre les fièvres de la Campagne romaine et celles des régions palustres, que nous ne pouvons admettre que la cause essentielle n'en soit pas dans les émanations telluriques; comme l'a parfaitement établi Puccinotti, l'atmosphère ah plus grande influence sur le développement de la malaria, mais grâce à son action sur un sol dont les principes méphitiques ne diffèrent pas de ceux des marais (5).
se développer partout où il iTy a pas de marais, pourvu que le système iwveux acquière 'cette diathèse prédisposante qui leur convient et qui leorvt propre (l). »
(1) Armand, V Algérie médicale , p. 84 et 86.
(2) Burdel, Recherches sur les fièvres paludéennes. Paris, 1858.
(3) Pietra-Santa, la Corse et la station d'Âjaccio^ p. 101 .
(4) Armand, \^ Algérie médicale, Paris, «1854.
(5) « Lo svolgimento del miasma essendo sottoposto aile legi délia radiaxone ne'climi meridionali, non ë necessaria Tesistenza délie paludi per prodorio; e dovunque nella campagna di Borna sono febbri miasroatiche senza la presenza di acque stagnanti, esse sono sempre Teifetto del miasina svolto dille
(1) Baron Michel, même livre, p. 96.
Par conséquent, comme Ta dit un médecin qui avait aussi observé ailleurs que dans les États pontificaux, Tinsalubrité de cette dernière région est de nature identique à celle de^ pays les plus incontestablement marécageux (1). Dans n'importe quelle contrée, la fraîcheur du soir et le brouillard qui en résulte ne produiront de fièvres pernicieuses s'il n'y a pas de conditions telluriques spéciales ; et le développement de ces fièvres dans ,une ville, où nous ne trouvons pas de marais pour les expliquer, est un des meilleurs arguments que nous puissions invoquer pour affirmer que le sol, dans les conditions que nous avons indiquées plus haut, suffit à lui seul à produire les maladies dites palustres (2).
Il faut bien admettre que, dans les pays à fièvres intermittentes, le brouillard de chaque soir renferme autre chose que de la vapeur d'eau ; sans doute il contient, dissous et à leur maximum de concentration, les gaz exhalés du sol pendant le jour. L'intoxication se fait alors à haute dose, et tel individu, qui aura impunément affronté durant plusieurs journées l'atmosphère des marais, contractera le soir un accès pernicieux (3).
coodizioni ineteorologiche cbe promovono nelle terre basse ed incolte la ra« diazone. » (Puccinotti, cité par Armand, loc., cit., p. 89.)
(1) Quoique le mot malaria ait été longtemps réservé poar caractériser l'insalubrité de Tatmosphëre de la Campagne romaine, les fièvres qu*on y observe sont bien les mêmes que celles du Lincoinshire et d'Essex, de Hollande et d'ailleurs, d*ûne gravité plus grande seulement en raisen de la température plus élevée, « only increased in severity, cœleris paribus^ as the température of the climate increases. » (Clark, The influence ofcUmate, p. 145.)
(2) L'eau serait elle-même un poison, dit Hacculoch, si les brouillards, qui ne sont que des nuages composés uniquement d'air atmosphérique et d'eau, suffisaient à la production de la fièvre.... Les nuages des pays de montagnes ne produisent pas de fièvre, et cependant ce sont aussi des brouillards. (Hopkins, toc. cit.,p, 33.)
(3) Dans les pays tropicaux le danger est plus grand encore. « La simple obligation où l'on est^ dans les Indes orientales et occidentales, d'aller chercher pendant la nuit la viande destinée aux équipages, a fait périr annuellement des milliers d'hommes. » (Lind, Essaiy etc., 2« partie, ch. i^ section 11.) Aussi,
6H ÉTIOLOGIE.
Telle est la raison de l'atteinte des nouveaux venus euxmêmes sous rinfluenoe de ces brouillards ; les conditions météorologiques y sont pour beaucoup certainement, mais, comme Tont indiqué Puccinotti et F. Jacquot, c'est grftce à leur action sur les fovers fébrifères.
A Rome même, on n*a que trop souvent occasion d'apprécier les dangers de cette vapeur miasmatique ; les Romains modernes ont converti en amphithéfttre découvert l'intérieur du mausolée d'Auguste dont les vastes dimensions se prêtaient à cette transformation ; pendant la saison chaude, on y donne des représentations qui commencent vers six heures du soir pour finir quelques instants après le coucher du soleil, en sorte que les spectateurs subissent en plein air et immobiles cette brusque transition du jour à la nuit ; des accès pernicieux sont parfois contractés dans ces conditions (1).
C'est pour éviter ce danger que beaucoup d'habitants ont coutume h Rome de fermer leurs fenêtres chaque soir, au moment où à une journée brûlante succède cette fraîcheur de l'atmosphère si impatiemment attendue dans les pays salubres. C'est une mesure incontestablement utile et qui, en certaines années, a été appliquée, sur la demande des médecins, à quelques-unes de nos casernes les moins bien situées.
Bien que, pendant la nuit, l'atmosphère soit moins imprégnée de vapeur toxique qu'au moment môme de bette transition, elle n'en est pas moins très-dangereuse pour ceux qui,
pour Lind, le premier signe d'an pays malsain est-il le cliangement sobit et considérable dans la teropératare après le coucher du soleil. {Êssai^ etd 2* partie, cb. i, section H.)
(1) Le danger de ces représentations au mausolée d'Âaguste a été signalé par Puccinotti {St</riay etc.); ce monument, situé à Textrémité nord de laville^ près du Tibre (voir, page 88^ notre plan de Rome, n^SS), participe, comme noas le verrons, des conditions spécialement désavantageuses des quartiers périphériqaes de Rome, en particulier de ceux qui avoisinent la place du Peuple.
CONDITIONS MÉTÉOKOLOGIQUES. 69
par une certaine activité, ne luttent pas contre son action ; il est à Rome des quartiers où il suffira de dormir la fenêtre ouverte pendant la nuit pour être atteint de fièvre pernicieuse.
L'influence dangereuse de ces brouillards ressort encore de l'immunité relative des individus qui, dans certaines conditions spéciales, en évitent ou en diminuent l'action ; c'est ainsi que les feux, allumés au bivouac par nos soldats, comme les feux allumés par les bergers des marais Pontins, sont un excellent préservatif.
Lancisi a établi Timmunité des ouvriers employés, dans un quartier cependant peu salubre de Rome, h la fabrication des briques, et obligés, à cet effet, d'entretenir un feu ardent et continuel (1).
Ces feux agissent sans doute en dissipant le brouillard par la simple action de la chaleur, ou en favorisant le développement de courants atmosphériques, qui ont un effet analogue ; peut-être aussi agissent-ils sur l'organisme lui-môme, en élevant la température périphérique de la peau et favorisant ainsi son action éliminatrice.
Un savant géologue romain, Brocchi, a cherché précisément à ramener au trouble de cette dernière fonction l'étiologie des fièvres, et il regrette que la laine, base du vêtement des anciens Romains^ ait fait place au lin et à la toile (2). Cette vertu prophylactique de certains vêtements semble justifiée par l'immunité prétendue de quelques ordres religieux et en particulier de celui des Capucins ayant, comme on sait, pour vêtement immédiat une tunique de laine.
(1) « In urbe siquidem Romà foraaces, io quibus lateres coquuntur, extra portam cognoaiento de Gavallegieri, loco alioquin cavo, udo, ac suftpte naturà iiis&lubri positae sunt ; et tamco propter ardentes perpétué ignés salubritatem cœlo illi conciliant. » (Lancisi, De noxiis paludum effluviis^ lib. I, cap. V.)
(2) N'est-ce pas en manteau de laine, dit Brocchi, que nos anciens nous ont représenté une de leurs divinités médicales, le jeune Télespbore, compagnon d'Hjrgie ? (Voir Brocchi, Del h stato fisico dei suolo romano^ 1820.)
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Mais ce qui prouve que l'action de ce préservatif est loin d'être absolue, c'est que ces corporations ont soin d'entourer leurs demeures de forêts et de plantations, barrières les plus assurées contre la malaria, et qu'on les voit au besoin se soustraire à cette influence par des émigrations pendant la mauvaise saison (1).
Nous avons pu d'autre part constater, aussi bien que Félix Jacquot l'avait fait avant nous, que la fièvre est loin de ménageries religieux obligés de rester à leurs postes, quand ceux-ci ont une insalubrité notoire, comme les Dominicains du couvent de Sainte-Sabine sur TAventin, comme les Chartreux logés dans le cloître de Michel-Ange sur remplacement des thermes de Dioclétien.
Parmi les influences météorologiques le plus souvent incriminées à Rome, figure celle des différents vents; on comprend cette accusation quand on a été témoin de la brusquerie de leurs changements ; il est peu de pays où les courants atmosphériques modiflent d'une manière aussi subite et l'état du ciel et celui de la santé publique.
Petronio, parmi les auteurs de la Renaissance, •est celui qui a le plus énergiquement insisté sur l'action morbifique de ces vents (2). Il est parfaitement juste de dire, avec cet auteur, que la conûguration topographique de la ville donne un accès facile spécialement aux vents du nord et aux vents du sud ; de ces deux côtés de la ville, en effet, la
(I) C'est ainsi que plusieurs ordres religieux de Roms ont, pour l'étO, des installations sur les coteaux qui environnent Frnscati ; que les capucins de Cività-Vecchia quittent leur demeure liabituvlle, fort insalubre du reste, pour venir s'installer en juin dans un couvent situé dans la partie la plus salubre de la ville, et bâti comme en pleine mer sur nue des anciennes jetées du port.
Nous trouvons dans Canceliieri une série de suppliques adressées, quelque* fuis sans succès, aux souverains pontifes, par différents ordres religieux, pour obtenir Tsutorisation d'aller habiter en été des résidences moins dangereuses que leurs couvents de Rome (Canceliieri, Lettera soprà Varia di liomafpaS" sim),
(2j Petronio, De viciu Rmanoruni et de salubnfate tuendâ, Roma, 1681.
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vallée du Tibre leur creuse, pour ainsi dire, un large et facile accès, d'une part, au nord, entre le mont Vatican et le mont Pîncio ; d'autre part, au sud, entre le Janicule et TAventin.
L'insalubrité prédominante dans le quartier du Transtevere (rive droite du fleuve) a été rapportée d'autre part à robstacle que les vents du sud, une fois entrés par la vallée éix Tibre, rencontrent dans la masse des monts Vatican et Janicule qui les maintiennent pour ainsi dire sur cette partie de la ville, en ralentissant leur cours, et augmentant ainsi leur influence malfaisante. Quelle que soit la valeur de cette explication, il est certain que le Transtevere est plus accessible à ces vents que le reste de la ville abrité du côté sud par les célèbres collines de la Rome antique, et particulièrement par l'Aventin, le Cœlius, l'Esquilin et le Quirinal.
Mais il rie faut pas exagérer l'influence de ces conditions topographiques et surtout attribuer les différences de salubrité de tel ou tel quartier à la répartition inégale sur ces points des vents réputés pernicieux ; quand le sirocco vient à souffler par exemple sur Rome, il donne et pénètre partout, et s'il ft*appe d'une manière plus directe et plus pénible l'habitant des quartiers exposés au sud, il n'en va pas moins féconder ailleurs les prédispositions morbides dont il n'est pas lui même l'origine (1).
(1) Ce qui prouve rexagératipn de )a doctrine de Pétronio^ c'est la modification, survenue depuis l'époque où il écrivait (lâSl), dans la salubrité relative des divers quai^tiers de Rome, bien que les vents y pénètrent comme de son tumpa. C'est par. la facilité d'accès et la difficulté de sortie des vents dn sud qui venaient, dit-il, s'y engouffrer, qu'il explique la fréquence des fièvres dans la partie de la ville appelée Vallée des Jaidins; or, malg;ré ces nièines vents, ce quartier est aujourd'hui un des plus sains de Romç, et nous pouvons en dire avec Laiicisi : m Nuilus Romœ situs magis clemens et saiubris est, quàmiqui Pincio et Quirinali continetur. » (De adventUiis^ etc. «11. VIII, n*^ 4.} Ce ne sont pas les vents qui ont changé, c'est l'uménagement de la fontaine de Trevi, autrefois entourée d'eaux stagnantes, et qui, grâce aux travaux faits sous Grégoire XIII, pour bâtir le collège delà Propagande, <de Propagandâ Dde), fut mise en l'état actuel, au grand bénéfice de tout le voitioage (Voir Lancisi, De nativis^ etc., cap. iv, u' 0).
72 ÉTIOLOGIE,
Il est certain que ce vent arrive à Rome chargé d'exhalaisons de la plaine environnante, exhalaisons dont, en raison de sa chalour et de sa capacité pour la vapeur d'eau, il se chargera bien plus que les vents provenant d'autres directions ; il recèle de plus en lui-même, par le fait encore de sa température, une des conditions qui favorisent le mieux l'action sur Torganisme de toutes les causes toxiques, toujours plus puissantes oîi il fait plus chaud (1).
Quoique passant aussi sur la Campagne romaine avant de frapper la ville, les vents d'est, de nord et d'ouest (2), ne s'imprègnent pas suffisamment pour être aussi dangereux (3), et ils ont même l'avantage de s'opposer aune autre condition plus fâcheuse pour la santé publique, je veux dire la stagnation des couches atmosphériques (4).
( 1) Que ce soient les poisons d'origine animale, comme les Tenins, on les poisons d*origine minérale, le plomb par exemple, dont Tanquerel Desplanclies a prouvé la plus grande nocuité pendant la saison chaude.
(2) On sait qu'il n*est aucun vent qui ne puisse devenir le véhicule do miasme, et qne c*cst à tort que le seul vent du sud a été iocriminé de ce rôle ; c'est ainsi qne dans la Bresse le vent le plus dangereux est le vent da nord qui n'arrive à Montluei qu'après être passé sur les marais de ce paj* (Nepple, Traité des fièvres intermittentes, p. 18); qne les vents d'est auront ailleurs la même influence, comme en 1826 quand ils ont transporté en Angleterre l'infection miasmatique du sol de la Hollande. Le vent du sud pent même, comme les autres vents, agir au contraire d'une manière favorable en repoussant des localités habitées les couches atmosphériques imprégnées de miasme. C'est ainsi que, lors de la première épidémie relatée par Lancisi,éiHdémie dont le point de départ avait été l'infection causée par les fossés du fort Saint-Ange qui est au nord de lu ville, le souffle de l'Auster fat trèsavantageux aux habitants du quartier voisin, et préserva le Transtevere.
(3) Suivant Lancisi, lèvent du sud ou sirocco est un vent inférieur, léditnt le sol, pour s'élever ensuite « ventes austrinos surgere ab iroo, indè semper surgi ad montana » (Lancisi, De sylvâ Cisternœ consiiium)^ tandis que l'aquilon est un vent partant des hautes régions. Il est certain qu'après avoir été échaufiées par le sirocco^ toutes les surfaces, pavés, trottoirs, murs, envoient des bouffées de chaleur qui permettent de Juger du degré d'exbalaisoo qui se produit à la surface de la campagne environnante.
(4) On sait combien^ dans certaines zones palustres, les calmes sont dallg^ reux ; ils sont redoutés à Cayenne; à Cività-Vecchia même, il a été constaté que le maximum des entrées à l'hôpital correspondait au maximum des calmes
Le vent du nord, la Tramontana des Romains, est, pendant la saison chaude, le vent le plus désiré des étrangers ; peu de sensations plus agréables que celle causée par ce vent qu'on respire avec bonheur, et qui fait disparaître comme par enchantement la brume dont les vents du sud ont voilé Rome et sa campagne (1).
Mais ce vent, si salubre en été et si agréable aux hommes du Nord, devient en hiver pour les indigènes la source des aflFections les plus graves. C'est lui qui en partie contribue à reporter aux mois de janvier et de février le maximum de la mortalité des Romains, soit qu'il entraîne Tapparition de constitutions catarrhales inflammatoires, comme celle dont Lancisi nous a légué la célèbre histoire (2), soit qu'il vienne simplement ajouter son action à celle de l'hiver si difficile à traverser aux anciens fiévreux en raison des accidents pulmonaires propres à la cachexie palustre.
On comprend que nos valétudinaires français, habitués
(Schœuffelé, Recueil de mémoires de médecine militaire^ 1805). Pourquoi les affections telluriques sont-elles moins communes dans l'hémisphère austral que dans l'hémisphère boréal ? Ce fait tient sans doute à ce que le premier de CCS hémisphères renferme relativement une bien plus grande surface de mers, et une surface continentale moindre, d'où atténuation des influences des continents, car on sait « que les vastes proportions des mers du Sud de la ligne équatoriale, aussi bien dans TÂtlantique que dans le Pacifique, sont les seules nvisons connues de la grande énergie des vents généraux (vents d^ouest et alizés du sud-est) dans tout l'hémisphère austral (Pauly, Études de divers climats partiels, in Recueil de mémoires de médecine militaire^ t. XXI).
(1) Lancisi raconte qu'une forêt fut coupée au nord de la ville, au neuvième mille, par Sixte-Quint, pour détruire des repaires de brigands, et que depuis ci;tte époque les bons effets de la tramontana furent beaucoup plus sensibles contre la malaria dans la Campagne romaine.
(2) « Quod sanè confliientium malorum genus sub rigidissimà hyeme vertentis anni 1709 amarè deflevimus. » (De uativis, e/c, cap. m, parag. 12 et plus loin in Historia epidemiœ rhumaticœ anni 1109.)
Pour Lancisi ce vent est un des deux fléaux principaux du climat de Rome, et le plus tenace des deux, puisque l'autre, le marais, peut être attaqué par l'hygiène et la civilisation (Lancisi, De adventitiis^ etc.^ cap. i). Ne faut-il pas que cet émineut observateur se soit laissé eutrulner à un accès de patrio-
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par leur origine à des températures bien plus basses, soiitfrent moins que les Romains de Faction de ces vents du nord. Il n'est guère, parmi les étrangers, que les phthisiques auxquels cette influence soit redoutable, quand elle succède brusquement en plein hiver à une série plus ou moins longue de journées douces et tièdes, bien faites pour convaincre ces malheureux qu'ils trouveront dans l'atmosphère de Rome un soulagement certain à leur affection. Il n'en est rien, nous avons vu cette maladie accélérer sa marche sous Tinfluence de ces brusques oscillations, et en 1864, pendant l'hiver et le printemps, nous pcrdion?, dans notre seule garnison, six militaires enlevés par la phthîsie aiguë (1).
La conformation même du pays, son voisinage de la mer, contribuent sans doute pour beaucoup à élever le degré de l'humidité atmosphérique dans le bassin de Rome, fait dont on peut se rendre compte en consultant, dans notre tableau, la colonne des météores aqueux; cette extrême humidité est même une des conditions qui donnent tant d'éclat et de relief aux objets, tant de charme et de profondeur aux horizons delà campagne environnante.
Nous avons mentionné plus haut l'influence sur là santé publique des brouillards du soir que nous explique cet état hygrométrique de Tair; parmi les autres phénomènes
tisroe quand, dans son autre livre destiné à prouver les excellentes cooditÎpM de Rome, il vante au contraire Tiieureuse influence et de ce yent et des bras* ques variations de température comme ayant contribué au dévelopfeqimt intd.'cctuel et physique des Romains : « Atquè bine plané ortam arbitror» ut externe nationes ipsos olim Romanes corpore pariter, aoiraoque YaUdoe, et proptereà omnia cùm ratiune audentes, timori simùl atque admiratiooi babuerint. » (De nalivis^ etc.^ cap. v, parag. 5.)
(t) Contrairement i Topinion de Carrière [Climat de l'Italie^ p. S79),i celle de Clark {TUe influence ofcHmate^ page 143), nous ne pouvons dooc regarder Rome comme un séjour favorable aux phthisiques. La petite ville de Cività-Vecciiia, si à d*antres points de vue elle était habitable, leiirsenit bien plus avantageuse, en raison de la plus grande égalité de la tcoipératore sur le littoral.
de la malaria soit dans Rome et sa campagne, soit dans toute autre localité frappée de la même endémie, pour reconnaître un rapport intime entre ces deux termes : conditions sociales et affections telluriques, rapport d'autant plus remarquable qu'il semble au premier abord la négation des dogmes élémentaires de la pathogénie et des préceptes les mieux établis de Thygiène.
Il est un fait généralement reconnu, sur lequel nous insisterons peu, c'est l'immunité des habitants des villes relativement aux dangers des populations qui occupent les campagnes insalubres voisines ou environnantes (i). On peut même regarder comme une loi, en pareilles circonstances, l'augmentation de la salubrité à mesure que de la périphé* rie on se rapproche du centre de ces villes ; c'est à ce point
(1) Partout les villes constitaent de féritables refuges contre l'infection du sol : « Cootrairement à ce qa'on obsenre généralement en Europe, la mortalité dans les yiUesest inférieure à celle des campagnes en Algérie, car les lieux élerés et le littoral, seuls points où Ton rencontre des villes, offrent une mortalité moindre que les plaines dans lesquelles il n'existe que des villages et des centres de populations agricoles. • (Martin et Foley, Histoire statistique de l'Algérie, iSbl.)
Wood, en Pensylvanie, admet la neutralisation des miasmes par Tair des grandes villes des États-Unis, dont les faubourgpi seuls sont atteints par lamalana. (Aitken, The science andpraeiice ofmedicine^ 1. 1, p. â04 et suivantes.) Jonrdanet note que dans l'Amérique centrale les fièvres pernicieuses qui, toos les automnes, régnent épidémiquement dans les faubourgs de Campéche, frandiissent rarement les murailles pour venir au centre de la ville : « Nés dans la fange, ces miasmes aiment l'ombre et l'immobilité dans les grands vives, ils meurent au contact de l'air libre et à l'éclat du grand jour. « (loordanet, le Mexique et r Amérique tropicale, Paris, 1864.)
A la Rochelle^ ce sont les casernes placées à nne extrémité de la ville vers la
tiB|>agoe qui sont les premièies atteintes ; à elles parfois se limitent les coaps
et l'épidémie. (Crouigneau, Recherches sur les épidémies de la Rtjchelle, p. 62.)
A Ajacdo, dont la campagne est inhabitable en été, le quartier le plus in-
ttlobre est œloi de l'école normale, bâtie aux portes de la ville. (Pietra-
Sasu, Considérations sur quelques points de l'éliologie et de la thérapeutique
4ts fèeres intermiitentes, in Revue médicale et la Corse et la station dPA-
joedo. Paris, 1864, p. 96.) — M. Dobooé signale la bénignité des états mor-
Udcs observés à Pan, eu ^rd à ceux de la campagne environoante. {De
P Impaludisme. Paris. 1867, p 72.'
78 ETIOLOGIE.
qu'aboutit la résultante des obstacles opposés à la pénétration de la malaria par les murs, les édifices de tout genre, et à sa production locale par le pavage des rues et les autres moyens d'assainissement appliqués au sol. Les conditions sanitaires de ces centres de population seraient donc Tinverse de celles des villes des climats salubres.
Mais il y a plus; il semble qu'à Rome, en dehors de cette loi générale de répartition de Tinsalubrité, il en existe une seconde, celle de la préservation relative des quartiers les plus peuplés.
Des auteurs éminents ont insisté sur ce fait étrange : parmi eux nous devons citer en première ligne un patricien florentin, Jean-Baptiste Doni^ qui écrivait au dixseptième siècle un ouvrage demeuré célèbre sur les moyens d'assainir Rome et sa campagne (1), et qui, en maint endroit de ce livre, fait ressortir Timmunité des quartiers de la ville oii la population est la plus dense (2). Dans notre siècle, c'est le savant auteur que plusieurs fois déjà nous avons cité, le comte de Tournon, préfet du Tibre sous le premier Empire : « Je recommande, dit-il, à la méditation des lecteurs ce fait si remarquable, que le mauvais air cède à l'agglomération des habitations ; que plus elles sont entassées, mieux elles se défendent, et que c'est toujours au centre des villes qu'est le maximum de sécurité. Aussi, dès qu'un village commence à se dépeupler par une cause quiconque, le mauvais air l'attaque par la circonférence; fl avance à mesure que les maisons se vident ; il assiège les habitants, les poursuit vers le centre, oti il les atteint lorsqu'ils
(1) Doni, De restituendâ saluhritate Agri romani. Florentiœ, 1667.
(2) Pourquoi, par exemple, le fort Saint-Ange^ quoique exposé, au nord, an souffle bienfaisant de Taquilon, est-il moins salubre de ce côté que du côté sud? C'est que, dans cette dernière direction, il est protégé d'une manièn bien plus assurée' et plus permanente par la densité de la population: « Contra purgatio quse ab hominum frequentift, ac tectis focisque efflotar, perpétué durât. » (Doni, loc. cit.)
sont trop réduits pour combattre par leur réunion les germes de la mort (1). »
Dans sa topographie médicale de Rome, le baron Michel • accorde, comme Doni, une importance considérable au chiffre des habitants des différents quartiers, et divise ces quartiers en salubres et en insalubres, d'une part d'après leur position, d'autre part d'après la suffisance ou l'insuffisance delà population (2).
D'autres vont plus loin, et proclament, plus nettement encore, l'influence directe de la densité des habitants :
« L'observation semble prouver que la fièvre recule devant la population... Le conâte de Rossi attribuait la salubrité du Ghetto et la disparition de la malaria à l'envahissement de la population (3). »
Nous lisons dans un travail de M. Castano : « Ce qui est contraire à ce qu'on observe dans d'autres pays, c'est que le \oisinage des jardins, les chambres situées aux étages supérieurs, sont considérés avec raison comme malsains. L'on n'est certain de se prémunir contre la fièvre pendant l'été que dans des logements situés très-bas dans les maisons placées dans les rues les plus passantes. 11 semble que l'air ambiant, battu et remué sans cesse par les usages de la vie dans une grande cité, ne présente plus de caractère délétère (4). »
Ce passage indique non-seulement la protection de l'homme par l'homme, mais encore l'insalubrité relative des couches atmosphériques supérieures, opinion 'concordante avec nos considérations sur les altitudes insuffisantes (p. 80) ; la malaria, qui émane de tous les points de la Campagne ro-
(1) De Tournon, Études statistiques ^\\v, I, chap. ix.
(2) Michel, loc. cit.^ p. 117.
(3) De Pietra-Santa, la Corse et la station d'Aj'accio, p. 98^ note 2.
(4) Castano, Cannée médicale 1852, à Rome, in Recueil des mémoires de médecine militaire y 3« série^ t. XF, p. 288.