L. Colin, Fièvres. B
114 ÉTIOLOGIE.
que celle do la Seine (1), est potable, et pendant quatre siècles, dit Frontin, avant la fondation des aqueducs, elle a été la seule boisson des Uomains (2).
Parlerons- nous d'un autre avantage éminent des eaui de Rome, de leur abondance? les trois aqueducs qui restent seuls aujourd'hui amènent encore, par les fontaines Paolina, Felice et de Trevi, 180,000 mètres cubes d'eau en 24 heures, plus d'un mètre cube par habitant; ajoutez-y les fontaines, les puits si nombreux, et le Tibre enfin, vous verrez qu'il n'est pas de grande ville actuellement mieux fournie.
Devant une abondance pareille, on se rappelle les thermes de l'ancienne Rome, thermes dont les ruines prouvent la grandeur et la magnificence (3), et l'on se demande d'où vient, pour les bains, la crainte et l'aversion de la population actuelle.
Ce sont encore là les effets de cette opinion vulgaire, que le refroidissement a la puissance de produire la fièvre; nous avouons qu'un bain froid peut, suivant nous, causer une rechute, et que dès lors les Romains, dont grand nombre ont été atteints de fièvre, ont le droit de s'en défier à juste titre; mais pour les étrangers, pour les individus que n'a pas éprouvés la fièvre, les bains n'ont rien de dangereux, et chaquesoir, en été, grand nombre de nos officiers français se rendaient aux établissements de bains installés sur le Tibre.
(1) Commaiile et Lambert (mém. cit. p. 529} ont constaté que l'eau da Tibre donnait à Thydrotimëtre 29o, c'est-à-dire 14o de plus que la Seine en ainoot de Paris.
(2) Lanclsi rapporte que Paul III s'était tellement habitué à Teaa da Tîbiey que dans ses voyages il se faisait suivre d'une certaine provision de cette eau préalablement décantée (Lancisi, De nalivis, etc., XI). C'est là une préférence bien difficile à comprendre, car la couleur jaune du Tibre (flavos Tiberis) est loin d'offrir la mônie séduction que la limpidité des eaux de la fontaine de Trevi ou de la fontaine Paolina.
(3) Après le Ck>lisée, y a-t-il à Rome rien de plus colossal que les restes des thermes de Dioclétien et surtout de ceux de Caracalla ?
RÉSUMÉ DE L'ÉTIOLOGIE. 115
Ce n'est pas, en résumé, dans la classe vulgaire des ingesta, des applicata, des cîrcumfusa, etc., qu'il faut espérer trouver la cause des fièvres intermittentes ; une opinion de ce genre ne peut reposer que sur une étude incomplète des faits, ou sur le désir de relever la réputation sanitaire de Rome, en niant l'existence d'une cause miasmatique (1), et en égarant ainsi, pour la rassurer, l'opinion publique.
Nous allons voir, en traitant de l'incubation, que certaines conditions hygiéniques ont une valeur incontestable sur l'époque et le mode d'explosion de l'intoxication tellurique.