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Nombre restreint des formes pernicieuses

Nous venons d'énumérer dans les considérations précéientes sur les pernicieuses comitées, huit formes particuières, à savoir :

La comateuse (apoplectique, soporeuse, léthargique).

La délirante.

La convulsive.

L'algide.

La cholérique.

L'ictérique (hémorrhagique).

La diaphorétique ou sudorale.

La cardialgique.

La syncopale.

Si nous y ajoutons les deux formes spéciales de la perniciosité des fièvres solitaires, à savoir :

La solitaire ou sub-continue estivale,

La solitaire ou sub-continue automale, Nous aurons indiqué le tableau complet de nos observations à cet égard ; et nous croyons que dans ce tableau on peut faire rentrer presque toutes les affections qui méritent le titre de pernicieuses. On voit que dans ce cadre manquent cependant certaines formes, citées fréquemment par les observateurs, en particulier les pernicieuses dyssentérîques et pneumoniques dont nous contestons ainsi l'existence.

La pernicieuse dyssentérique a été admise cependant par Torli lui-même ; son existence, et de plus sa fréquence, semblent confirmées par les observations recueillies dans nos colonies et particulièrement en Algérie, où même les accî-

écraaera d'emblée larésssUnoe, et le rendra impuissant à manifester cette réaction salutaire, qui, dans la majorité des cas, « si elle ne ya pastrop loin, ou ne compromet pas tel on tel org^ane important, » produit les effets les plus heureux » (Anneslej, Retearchet on tfie causes, etc., p. 515 et 51G).

20ii SYMPTOMES.

Ouniitnnx fièvres porniciousos pneiimoniqiies, noussoffimes <^f:alcinont bien loin de nier la fréquence et lecaractm cxtrômeinent redotitable d\'icci(lents piilmonairessunenui chez les fiévreux ; mais on verra plus loin, quand ^ouspari^ rons des complications les plus habituelles de la caches palustre, (pie la plupart des faits décrits sous le nom i pernicieuses pncumoniques ne sont autre chose que Ai pneumonies d*imc gravité extrême et d'une marche rapil!, comparables par leurs symptômes et leur pronostic à ceDfi qui atteignent les scorbutiques et les ivrognes.

On ne peut, suivant nous, transformer en fièvres pemidn* ses les accidents parfois soudainement mortels qui frappai les individus atteints de cachexie palustre, que ces accidenb soient des pneumonies, que ce soient des hémorrhag^eslite à Tétat organique du foie, des paralysies résultant de l'aK* ration de nutrition et de la rupture des capillaires cérébno, des épanchemcnts de sérosité foudroyants par leumpdité, entraînant le coma par leur siège dans les ventricoks cérébraux, l'asphyxie ou la syncope par la distension subite des cavités pleurale ou péricardique ; tous ces acddeots que nous mettrons plus loin au compte de la cacheôi dont plusieurs sont des conséquences mécaniques du AéàA nutritif des principaux organes, ne peuvent à aucun titre figurer au nombre des fièvres pernicieuses.

Nous prendrons bien moins la peine d'éliminer toutesls formes admises par des nosologistes du plus grand taletit^ mais qui n'ont pas été à même d'observer par eux-mêmes, comme Alibert (1), ou qui ont observé à une époqueoù rimperfection des moyens de diagnostic ne permettait pis encore de retrancher du cadre des fièvres pernicieuses une

( 1 ) Alibert^ Traité des fièvres petmicieuses iniermittentes. Ayant écrit il traité sans observer lui-mômo, cet auteur admet des formes très-cootertiUBi comme Taphonique, la néphrétique, rexanthémalique, aTec la mfioM fadM que les types les plus réels et les plus communs do fiè?re pemiciensei

lyssenteries qui ne viennent pas, dans cette localité, compli- |uer les affections palustres ; nous concluons donc à Timposûbilité du soi-disant accès pernicieux dyssentérique, là oîi a dyssenterie ne règne pas à côté de la fièvre (1).

Il est d'autre part dans l'évolution clinique de la dyssenterie elle-même, non compliquée de fièvres, un symptôme qui a été souvent cité comme preuve d^me manifestation pernicieuse; c'est Talgidité dans laquelle succombent la plupart des malades ; récemment encore un auteur s'appuyait sur ce symptôme pour décrire comme fièvres pernieieuses dyssentériques des affections qui étaient purement et simplement des dyssenteries se terminant, comme d'habitude, dans Talgidité.

Dans presque tous les pays chauds, la dyssenterie constitue la plus terrible complication de la cachexie palustre ; nous en signalerons tous les dangers à l'article de l'intoxication chronique, mais à ce titre elle ne rentre en rien dans le cadre des affections qu'on doit appeler fièvres pernicieuses.

(1) Dans l'épidémie de Breslaii, qui nous a valu les remarquables recherclics de Frerichs sur la mélanémie, cet observateur vit des malades atteints d*hémorriiagirs intestinales^paroxystiques, et même de dyssenteries qu'il attribue à la gène de circulation de la veine porte, dont les ramifications terminales dans le foie étaient gorgées de pigment.

Mais Frerichs ajoute que ces accidents intestinaux, diarrhée et dyssenterie, apparaissaient surtout chez les individus qui, pendant Tinondation de 1854, avaient dû travailler dans l'eau {Traité pratique des Maladies de foie, p. 290 61291).

Il y a donc eu, dans ces faits, une étiologie double, miasme palustre d'une part, impression du froid humide de l'autre, dont la conséquence a été une double condition pathologique, la fièvre et la dyssenterie.

Ces observations nous rappellent l'histoire de nos armées en Algérie, armées qui, frappées de la fièvre par l'influence du sol, contractaient en outre la dyssenterie, quand certaines nécessités militaires leur faisaient subir un refroidissement identique à celui qu'avaient éprouvé les malades de Frerichs, quand par exemple il fallait passer à gué un torrent ou une rivière à l'époque des chaleurs; les fantassins, ayant de l'eau parfois jusqu'au ventre ou jusqu'aux épaules, présentaient des accidents dyssentériques qui épargnaient les cavaliers. (Voir Gambay,(fe la Dyssenterie^ Paris, 1847, 1. 1, Étiologie.)

2^rt SYMPTOMES.

n . Vréqntnce des ûhrre» pernideiues reUtiremeDt miz fièvres simples.

Kri général l'apparition d'accès pernicieux, au moins chez les individus placés dans les conditions de notre armée à lUirne, n'a lieu que pendant la durée de la période eudémoépidérnique, du commencement de juillet à la fin du mois de novembre. Une fièvre pernicieuse dans les six premiers mois de l'année a toujours été chose, rare à notre hôpital militaire, et n'a pas même été observée dans mon service; on peut voir d'après les chiffres suivants qu'il en était de môme à peu près dans la population civile. Ainsi sur 281 cas de fièvre pernicieuse traités en 1864 à l'hôpital du Saint- Ës[)rit, nous en trouvons :

8 en janvier.

1 en février.

2 en mars.

4 en avril.

2 en mai.

2 eu juin.

38 CD juillet.

102 en août.

67 en septembre.

30 eu octobre.

i5 en novembre.

10 eu décembre.

C'est-à-dire qu'il y en eut 262 pendant le second semestre, et 19 seulement pendant le premier (1) ; l'absence pluscomplète encore de fièvres pernicieuses dans notre armée, pendant ce premier semestre, tenait à ce que nous renvoyions en France un très-grand nombre de convalescents, soustraits ainsi en partie aux chances de récidive grave que la population indigène continuait à subir pendant toute l'année. Mais on voit, en somme, d'après la rareté des aceès pemicioux à partir du mois de décembre, que le r^ne de ces afTivtions est limité à la même période de l'année que celui des autres manifestations aiguës de l'intoxication.

Il est eu outre intéressant d*étudier leur fréquence rela-

^r Voir J(«MKM<o ttmiittko^ etc., pour 1864, p. 3S.

tivement à celle des fièvres intermittentes simples ; dans le compte rendu dont nous venons de parler (1), nous trouvons qu'en 1864, l'hôpital civil du Saint-Esprit a reçu S828 fièvres intermittentes simples, et 281 pernicieuses, c'est-à-dire environ une fièvre pernicieuse pour 20 fièvres intermittentes simples ; dans notre armée la proportion était un pew moindre et ne s'élevait, d'après nos calculs basés sur le mouvement de l'hôpital Saint-André, qu'à environ \me fièvre pernicieuse sur 2S intermittentes simples (2). Cette proportion nous semble correspondre à peu près exactement à celle de la fréquence des fièvres pernicieuses en Algérie comparativement aux fièvres bénignes (3).

(1) Resoconto statistico^ etc., p. 33.

(2) Pendant deux années où répidémie fut assez gra?e à Rome, en 1863 et 1864, lastatistique officielle établit que les Hôpitaux militaires français OAtreça ::

En 1863, 1559 cas de fièvre intermittente simple, et 58 cas de fièvre pernicieuse.

En 1864, 2245 cas de fièvre intermittente simple, et 53 cas de fièvre pernicieuse.

Ces chiffres qui donneraient, comme proportion, t fièvre pernicieuse sur 27, en t863, et 1 seulement sur 42 en 1864, demandent une importante modification : Quand un malade entrait, atteint de fièvre pernicieuse, il était inscrit comme tel sur les registres de Thôpital; mais à côté de ces cas venant du dehors, un grand nombre d'accès pernicieux (le tiers environ de ceux qve' j'ai observés dans mon service) se développaient dans les salles alors que le' malade était entré et avait été inscrit sous la formule, fièvre intermittente simple; et, pendant ces mois d'août et de septembre, où nous étions réelle^ ment surchargés de malades, on négligeait, parfois faute de temps, la rectification de ce diagnostic initial, en sorte que nous avons eu à Rome plus db» pernicieuses que n'en indique la statistique ; cette inexactitude, dont j'avoue ma part de responsabilité, a eu comme conséquence d'exagérer en apparencQ; le pronostic des fièvres pernicieuses de notre garnison de Rome, le chiffre des décès étant devenu ainsi plus éle?é relativement au nombre total des cas dont". Dne partie seulement a figuré aux éléments de lastatistique. A cette époquede l'année, il est difficile de satisfaire à toutes les exigences d'un service' qur absorbe si complètement le médecin : « Âccedit œgrortfm multitudo, ceitis* priesertim anni temporibus, quœ curantis mentem obruit, impeditque quomi-' nùs in nonnullis segris attentiùs examinandis immoretur, cunctasque nota? memorift teneat, quas chartœ committendas slbi proposuit (Folchi, Exercittdio Pathologica, 1840).

(3) Voir Statistique médicale officielle de Varmée, 1863-69.

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