‹ Traité des fièvres intermittentes (volume 2)Chapitre 38 sur 87 · L. Colin, Fièvres · texte numérisé non relu

L. Colin, Fièvres

Si nous insistons autant sur ce point, c'est pour combattre, avec des faits nombreux, Terreur si familière aux auteurs qui, n'ayant pas observé dans les pays à fièvres, exagèrent singulièrement la proportion de ces accidents graves, trop communs sans doute, mais perdus pour ainsi dire dans le nombre relativement immense des cas simples et bénins.

Que ces chiffres relatifs de fièvres pernicieuses augmentent dans les pays plus chauds, sous les tropiques, là où le miasme est à son maximum d'intensité, nous ne pouvons en douter d'après les observations que nous en cm rapportées les médecins anglais (1) et français (2) ; il peut arriver, et Lind en cite plusieurs exemples, qu'un corps de troupes débarquant à Theure la plus dangereuse, sur une côte insalubre, ne présente que les formes les plus redoutables de l'intoxication, et à peine quelques fièvres bénignes.

Il n'en est pas ainsi en général, dans la zone Méditerranéenne surtout, oîi l'on voit annuellement se confirmer la remarque faite déjà par Torti de la rareté des pernicieuses relativement aux fièvres intermittentes simples (3) ; si ces

(1) Pour que la mortalité par fièvres de Tannée anglaise soit de t sur 8 atteints à la Jamaïque, 1 sur 14 au Bengale^ 1 sur 2 dans les stations de la côte occidentale d'Afrique (sir Raynald Martin, loc, cit., p. 183), il faut que la proportion des cas pernicieux soit environ 10 fois plus considérable qu'en Algérie ou en Italie.

(2) Pendant Tannée 18C2, un corps de 7000 hommes français perd en Cochiuchino 95 malades de fièvre pernicieuse (Linquette, Une année en CocAûichine^ in Recueil de mémoires de médecine militaire, t, XI, 3« série, 1864;. Ce chiffre de décès suppose environ 300 cas de fièvre pernicieuse, quatre fois plus que nous n'en avions annuellement à Rome avec un effectif à peu près identique.

(3) A Modène, où observait Torti, il y avait des années où tel médecio, même répandu, en voyait à peine : « Neque enim illœ (perniciosa»), licèt non admodùm fréquentes sint comparative ad intermittentes benignas, sunt adeè Infrequentes, ut quoh'bet anno aliquas saltem carum cuilibet medico sgros plurimosinvisenti noncontingatobservare. ^ {Therapeutice^etc. lib. II. cap.i.)

Nous verrons plus loin, chapitre du pronostic, les conditions au milieu desr quelles le nombre proportionnel des pernicieuses peut subir, môme dans ces pays méditerranéens, une brusque augmentation.

dernières augmentent, le chiffre des pernicieuses s'élèvera également en leur restant parallèlement subordonné.

C'est ainsi qu'en 186S, année pendant laquelle le nombre des fiévreux fut moins considérable qu'en 1864 à notre hôpital militaire de Rome (1), nous eûmes également à constater parmi eux un chiffre moins élevé de cas pernicieux que dans cette dernière année.

Cette proportion se maintient en raison de l'unité étiologique de la fièvre simple et de la pernicieuse ; que par ses conditions météorologiques une année soit plus favorable que les autres aux émanations du sol, les résultats pathologiques en seront plus nombreux, mais sans différer autrement de ceux des années précédentes ; c'est-à-dire qu'en général la proportion des cas graves aux cas légers ne variera pas (2) .

N'est-il pas bon de rappeler cette rareté relative des fièvres pernicieuses, de la rappeler surtout aux observateurs qui, à Paris même,pré tendent rencontrer assez souvent des accidents de ce genre ; le diagnostic, en pareil cas, doit toujours être basé sur l'étiologie, et cette étiologie se révèle constamment, quand il n'y a pas de marais pour l'indiquer, par le nombre considérable de fièvres bénignes se manifestant dans les mêmes lieux, à la même époque que les accès pernicieux, et dans une proportion infiniment plus^ élevée que ceux-ci (3).

(1) Voir notre tableau II, p. 55.

(2) Il est cependant certaines époques de l'année pendant lesquelles une influence météorologique exceptionnelle pourra produire une fréquence insolite de fiè?res pernicieuses; quelquefois, aux mois d*août et de septembre, mois les plus dangereux, la température devient tout à coup excessive, et cette chaleur anormale entraine, comme dans les pays tropicaux, des explosions relati- Tement plus nombreuses d'accès pernicieux : « Audeum asserre illas (perniciosas) in quibusdam constitutionibns prsesertim fervidioribus, et propedies ioprimis caniculares, adeô familiariter nonnunquàm grassari, utnescio quid, fere dixerim epidemici, redolere videantur. » (Torti, r/i^rap., etc., lib. II, cap. i.)

(3) A moins, bien entendu, que les fië?res pernicieuses en question ne soient observées chez des personnes revenant depuis peu de pays à malaria.

(l. InflucDeo des saisons sur la forme dos fièvres pernicieuses.

Ouoiquo ilrpcndaiU surtout du miasmo tellurique, li fièvres porniriousos prouvent, parleur diversité suivant II saisons, toute l'influence que possèdent les agents météon l(»f;iques sur leur mode de manifestation ; nous retrouvon ici un ordre d«* faits analoj^ues à ceux que nous avons si pnalés pour les fièvres simples, dont le type et la forme son en rap[»ort intiuie avec les climats et les saisons. En décrivant chacune des fièvres pernicieuses, nous insisterons sœ sa fréquence plus ou moins grande suivant ces dellxde^ nières conditions ; nous verrons que certaines formes, J réaction féi)rile violente, comme la plupart des délirantesei comateuses, ou à symptômes gastro-intestinaux très-intet ses, comme les cholériques, sont propres par exemple àh saison chaude; que celles au contraire où la tendance m collapsus est plus considérable, comme les cardialgiques, les syncopales, se manifestent de préférence à la fin i Tépidémie, au moment oii la température s'est sensiblement abaissée (1).

Ces rapports, entre les diverses formes pernicieuses et te diverses périodes de la saison des fièvres, sont assez préé parfois pour qu'au lit du malade un observateur, qui sd avec soin la marche générale de l'épidémie, hésite à reofr naître comme fièvre pernicieuse tel appareil morbide q« plus tôt ou plus tard il eût considéré comme telle.

e. Influence des conditions individuelles sur la production desfiënei

pernicieuses.

Les conditions individuelles exercent de leur côtéu*

(1) Dans ses intéressantes considérations sur les variations de moàt^l pernicieuses suivant les épidémies, Puccinotti regarde comme plus frtq* tes, en août les cholériques et les délirantes^ en septembre les ictériqoeiH les comateuses, en octobre et novembre les apoplectiques, les algid»et*j ByncopileB (Storia délie febOre Romane. 1821}.

INTOXICATION AIGUË. n^

influence incontestable sur la fréquence comme sur la forme des fièvres pernicieuses.

Au point de vue de la fréquence, une des conditions les plus essentielles pour leur apparition, c'est d'avoir eu antérieurement des accidents palustres plus bénins, la fièvre rémittente simple par exemple ou quelques accès périodiques ; il est extrêmement rare qu'une fièvre pernicieuse fasse explosion d'emblée, au moins dans le climat Méditerranéen, chez un individu qui n'a pas eu d'autre manifestation antérieure. Ce sont là néanmoins des faits possibles, dans le cas où, à l'époque la plus dangereuse de l'année, on s'exposerait subitement à l'action d'un milieu extrêmement insalubre ; il n'est que trop vrai que des individus ont succombé, sans atteinte préalable, à un premier accès pernicieux contracté dans un voyage de nuit à travers les marais Pontins, et même à travers les maremmes Toscanes ; en septembre 1866, j'ai reçu, à notre hôpital de Civita-Vecchia, un officier indemne jusque-là de tout signe d'intoxication, et qui, à la suite d'une partie de chasse aux environs de cette ville, fut atteint d'un accès comateux.

Ces faits de fièvre pernicieuse initiale sont loin d'être rares aux Indes, et au Sénégal ; mais à Rome, et dans la majorité des localités que nos troupes occupaient sur le territoire pontifical, le miasme semble n'avoir pas le degré d'intensité voulue pour produire d'emblée ces terribles accidents.

Le fait d'avoir eu antérieurement la fièvre constitue donc en somme une prédisposition individuelle ; mais il ne faut pas en conclure que les fièvres pernicieuses soient spécialement le partage des individus dont l'intoxication date de longtemps ; au contraire, ainsi que nous l'avons dit plus haut (page 121), les indigènes semblent jouir, malgré leur état de cachexie profonde, d'une certaine immunité contre ces affections ; et l'on voit de malheureux pâtres vivre toute

ti i SYMPTOSISw

Tannée sur ce littoral, ou en quelques heures un étranger peut contracter on accès mortel.

Quant au rapport des formes de la pemiciosité avec les conditions individuelles, nos obsenrations nous ont prouvé que les tempéraments sanguins, que les constitutions relati?ement les plus épargnées jusque-là, présentaient une prédiposition réelle aux formes en apparence inflammatoires (comateuse, délirante, solitaire estivale) ; que les tempéraments nerveux et bilieux, épuisés par un plus grand nombre d'atteintes antérieures, étaient au contraire plus accessibles aux formes adynamiques (ictéro-hémorrhagique, syncopale, algide, solitaire automnale) (4).

/. Inflaeoce da type de la fiërre aotérieare sur la prodaction des fièYres

pernicieiises.

La fièvre pernicieuse se manifestant ie plus souvent pendant le cours d'une atteinte de fièvre simple, continue ou périodique, il est essentiel d'établir quelles sont, parmi les formes bénignes, celles qui semblent conférer la prédisposition la plus marquée aux accidents pernicieux.

Nous avons signalé plus haut déjà le rôle majeur joué dans l'antiquité par la fièvre tierce, dont on agrandissait le domaine en qualifiant de double tierce presque tous les cas de fièvre quotidienne. (Voir page 136.) Aussi les au-

(I) Ces influences ont été également indiquées par Ânnesley {loc, ci7., p. &iS cl 618), et par Piiccinotti (S/orm, etc). Ce dernier auteur a créé le nom homopathio (ôjAk);, ensemble, TràÔo;, maladie) pour indiquer les modifications imprimées îi l'action morbide du miasme par certaines conditions accessoires, dont une dns plus importantes est le tempérament du sujet. A l'homopatliie phlogistiquc, qui est la plus commune, appartiennent les pernicieuses à type inflammatoire, plus propres aux tempéraments sanguins; à Thomopathie bi* llouso, rossorlissent les pernicieuses ictériques, cardialgiques, cholériques communes chez les individus débilités par une intoxication ancienne déjà ; aax homopathies scorbutique et nerveuse, il rapporte les formes les plus rapidemont fatales, comme la syncopale, propres aux malades antérieurement »tlolnts d'une cachexie invétérée.

leurs qui ont donné les premières descriptions de fièvres pernicieuses, Rivière (1), Mercurialis (2), Morton, Mercatus (3), semblent-ils les avoir observées presque uniquement dans le cours des fièvres tierces. Torti lui-même insiste, au commencement de chacun des chapitres qu'il consacre à la description des différentes pernicieuses, pour établir également la fréquence extrême de ce dernier type (4).

Et, chose remarquable, ce ne sont pas seulement les pernicieuses comitées ou périodiques que Ton regarde comme relevant surtoutdu type tierce, mais encore tout le groupe des pernicieuses solitaires, de nos subcontinues d'aujourd'hui, dont chacune est pour Torti une tierce double transformée : a Tertiana duplex per subintrantes accessiones continua. »

(1) Dantur enim terfiancu malignes, quae, quamvisevldenter habeant intermissiones, aîgrotaiites tamen non rarô de medio tollunt. (L. Rivierus, op, omniOy p. 129.)

(2) Tertiana quœ fit à bile aaragineâ, non solàm periculosa, verùm etiàtn exitiosaest. (IVlercurialis, Medicina pvactica^ lib. II.)

(3) In eo febrium génère, quod febres compiectitur tertio die exacerbationem efficientes, perniciosa hœc, neque satis vulgata, aut cognita tertianae species, non sine magno laborantium exitio, et medicorum admirationereperitur. (Mercatus, cité par Torti, lib. I, p. 273.)

Et cependant, comme pour prouver qu'en cette matière le type tierce s'imposait plutôt par tradition scolastique que par observation, Mercatus ajoute : « TertianaB tamea Tocabulo, et simplicem et duplicem sabaudiendum esse diximus, cùm utramque perniciosam esse haud rarô mihi et multis compertum sit. » (Mirf., p. 274.)

(4) Ainsi il commence par la description clinique de la pernicieuse cholérique, et dit : a Primo necat hominem perniciosa intermittens, potissimùm tertiana (quartana etenim, aliave intermittens rariusculë in primo membro nosirae divisionis locum haberc solet), etc. Torti, Therap. spec^ etc., lib. III, cap. I, p. 376).

Pour chacune des cinq formes suivantes, il prouve en effet, vu qu'il commence par la môme formule, ou à peu près, qu'à ses yeux toutes relèvent presque exclusivement des fièvres tierces.

11 ne fuit d'exception que pour la septième des fièvres comitées, la léthargique dérivant, elle, de n'importe quel type, sans prédilection pour la tierce : • Sepiimum deniquè lethale symptoma pernîciosse cuilibet intermittent!, non uni tertianse familiare, est gra?is affectus soporosiis. » (Torti, loc. aï., lib. III, cap. I, p. 383.)

On ne peut mettre en doute la base scientifique d'une pareille doctrine, puisqu'elle s'appuyait sur des faits relevés par d'excellents cliniciens. Mais il faut bien remarquer que ces différents auteurs observaient soit dans le nord de Vltalie, comme Torti et Mercurialis, soit dans le centre de l'Europe, soit en Angleterre, comme Morton, dans les régions par conséquent où domine le type tierce ; ils observaient de plus des malades appartenant aux populations indigènes de ces divers pays à fièvres, malades présentant dès lors une intoxication généralement avancée et par conséquent, d'après les règles que nous avons énoncées plus haut , plus enclins aux accès périodiques à longue intermission qu'aux fièvres quotidiennes ou rémittentes.

Qu'y a-t-il d'étonnant à ce que, n'observant pas dans les mêmes conditions, on arrive à des résultats différents? A Rome, où nous avions pour malades nos soldats, c'est-à-dire des étrangers parmi lesquels dominaient les types initiaux des manifestations fébriles, la quotidienne et la rémittente, c'est parmi les sujets atteints de ces dernières formes que nous avons vu le plus souvent éclater les symptômes peN nicieux.

Il devait en être de même en Algérie, et, en effet, d'après les relevés de M. Maillot, nous voyons que la fréquence des fièvres pernicieuses est à son maximum chez les malades atteints de rémittentes ou pseudo-continues, qu'elle est moindre chez ceux qui sont atteints de fièvres .quotidiennes, moindre encore, contrairement àla tradition des médecins qui n'avaient observé qu'en Europe, chez les sujets dont la fièvre présente le type tierce (1).

(1) Sur 144 cas, pris au hasard, parmi les fièvres pernicîeases traitées i rhôpital de Bône, M. Maillot dit que : 79 fois les accidents ont éclaté dans le cours d'une pseudo-continue ; 46 fois dans le cours d'une fièvre quotidienne; 19 fois seulement dans celui d'une fièvre tierce {ioc, ciY., p. 44).

Descendons plus au sud; quels sont, pour Annesley, Raynald Martin, Morehead, les types les plus susceptibles de revêtir la forme pernicieuse? Ce ne sont certes pas les fièvres périodiques, si rares sous cette latitude parmi les Européens dont elles ne frappent que les plus anciens résidents (1), et auxquels elles ne causent qu'une mortalité minime (2) ; ce sont les rémittentes et les continues dont, en certaines années, la gravité a été telle qu'elles ont enlevé le tiers de l'armée anglaise (3).

Ce n'est donc qu'en scindant le tableau des affections telluriques, qu'on a pu soutenir la prédilection des accidents pernicieux pour un type intermittent particulier. La malaria étendant ses limites à mesure qu'on se rapproche de Téquateur, 011 dominent les manifestations continues, ce sont ces dernières qui, sans contredit, doivent figurer pour la plus large part dans la production des fièvres pernicieuses à la surface du globe.

On a fait et Ton imprime chaque jour une erreur basée sur le même vice d'observation ; attribuant le privilège de la pernîciosité aux types périodiques, qui dominent en automne, on répète que c'est surtout pendant cette dernière saison que se manifestent les fièvres pernicieuses ; nous ne le nierons point poi^r la population indigène atteinte, elle, surtout de fièvres automnales ; mais nous le nierons pour les agglomérations étrangères, soldats ou immigrants, venant occuper un pays à fièvres ; dans ces dernières conditions ce seront les fièvres continues et rémittentes, c'est-à-dire les fièvres d'été, propres à cette classe d'individus, qui subiront spécialement la transformation pernicieuse.

Aussi à Rome la mortalité dans notre armée a-t-çlle tou-

(1) Annesley, loc. cit.y p. 5Î4.

(2) Morehead estime à 1,33 sur 100 malades la mortalité par fièvre intermittente aux Indes {Ciinical researches^ etc., p. 24).

(3) James Raynald Martin, The influences^ etc., chap. i, p. 140.

jours été plus marquée en juillet, août et septembre que pendant les trois mois suivants ; et ce qui prouve que notre observation n'est pas là un fait isolé, c'est que tous ceuxqœ ont vu dans les mêmes conditions nous rapportent des masses de faits à l'appui de notre thèse : c'est en été que Tarmée anglaise offre en Hollande le plus de rémittentes pernicieuses (1), en été que les étrangers venus dans h Bresse sont le plus souvent atteints de ces mêmes affections (2), en été enfin que notre armée d'Afrique présente, comme celle de Rome, la mortalité la plus élevée par accès pernicieux (3) ; et si, encore une fois, le règne de ces accidents cesse presque d'avoir des limites saisounières sous les tropiques, c'est qu'à cette latitude la fièvre rémittente ellemême, qui en est la plus fréquente origine, peut, en raison de la température, se manifester pendant la plus grande partie de l'année.

Ce qui confirme singulièrement encore notre doctrine, c'est l'immunité presque absolue, contre les accès pernicieux, des individus qui présentent au contraire le type périodique le plus accentué d'une part, et d'autre part le plus éloigné de la continuité par la longueur des intennissions, je veux dire Ktype quarte ; tous les auteurs ont remarqué combien il était rare de voir ce type conduire aux fièvres pernicieuses (4), et, pour notre compte, il n'est

(1) Pringle, Maladies des armées, passim.

(2) Nepplo^ loc. cit, , p. 130 et suivantes.

(3) Plus des trois quarts des observations relatées par M. MaiUot ont traita des fièvres pernicieuses qui se sont déclarées en juillet, eoût^ et dans la première quinzaine de septembre.

(4) Dans le chapitre émouvant où il raconte l'histoire de la lièvre sudorale dont il failit être Ttctime, Torti énumère les prodromes de sa maladie; effrayé lui-inôiue, il redoute une afiection mortelle; que ne peut-il être at« teint, pour la détourner, d'une autre maladie salutaire, à type chroniqoe, la quarte par exemple ! « Anno 1696, tôt et tàm varias eiperiebar in me Délestas, insolitasque sensationes, mcqne à me ipso tàm diversum Doscebam, nt lethalem aiilii legritudinem impendere, nisi per quampîam aliam salubreo

guère, parmi celles-ci, qu'une seule forme, la subcontinue automnale, que nous ayons vue se manifester chez les sujets atteints de fièvre quarte.

C'est que ce type est l'antipode de la rémittence et de la continuité, qu'il est plutôt l'attribut des saisons et des pays froids que des pays et des saisons dont la température élevée favorise les manifestations pernicieuses ; c'est qu'enfin ce type est également l'attribut des organismes profondément îatoxiqués par le miasme, plus réfractaires, dès lors, comme nous l'avons dit, à ces accidents que les individus atteints des formes initiales de l'impression morbide.

g. Evolution clinique des fièfres pernicieuses. Leur type.

La fièvre pernicieuse est-elle soumise dans son évolution à un type périodique ? Importance des observations recueillies aux Indes; la fièvre pernicieuse est presque toujours continue.

Cette question du rapport des fièvres pernicieuses avec les différents types de la fièvre simple nous amène à l'étude du type de la pernicieuse elle-même. C'est ici que nous avons le droit de répéter la formule énoncée déjà plusieurs fois dans ce travail, à savoir, que le plus grand obstacle à l'étude synthétique de toutes les manifestations palustres à la surface de la terre a toujours été le dogme traditionnel de leur périodicité.

Jamais avec une pareille croyance on ne comprendra la signification pathologique des observations recueillies ^ non-seulement dans les pays chauds, mais même à la limite

iffectionem chronicam, putà quartanam praeservatus forem, pluribus amicis oon semel nunciaverim. » (Torti, Therap. spec, lib. IV, cap. ii).

Hippocrate avait dit déjà : « Les maladies les plus aiguës, les plus considérables, les plus funestes sont dans la fièvre continue. La fièvre quarte est de toutes la plus 6ûre, la plus .supportable et la plus longue ; eial ôè ô^ÛTarai [iXy tal tiéyiaTai xal /aXeictoxaTai vouaoi, xal ôavaTcaSédTaTai iv rôi Çuvexeî Trupexcjk. *Aa?aXé<JTaTo; Se Tcàvxwv, xal f^îdro; xai pLaxpoxaxo; à xexapTaîo;. » Hippocrate, Œuvres complètes^ éû'it, Littré, t. II, p. 0"~

I I tl.

C'est pour cela que nous insistons aussi. longuement sur Tabsence si fréquente du caractère périodique dans les fièvres pernicieuses, fussent-elles nées d'une intermittente. Que de fois au commencement de mon séjour en Algérie, que de fois encore au début de ma pratique aux hôpitaux français de Rome, ai-je vu arriver à la visite du matin des malades offrant tous les symptômes d'un accès pernicieux, soit coma, soit délire, soit algidité 1 Souvent je les quittais, partagé entre la crainte d'une issue funeste et prochaine, et l'espérance d'une rémission des symptômes ; et quand, le soir, je revenais près d'eux, il n'y avait eu ni mort ni rémission, l'accès durait encore avec la même intensité, sans que rien indiquât une périodicité quelconque dans l'appareil morbide.

Comme nous le verrons, tous ces symptômes pernicieux, coma, délire, algidité, sont loin d'apparaître, ainsi qu'on se le figure, régulièrement soit chaque jour, soit tous les deux jours avec une périodicité analogue à celle de la fièvre intermittente; leur durée est très-variable, et peut s'étendre de quelques heures à plusieurs jours ; ainsi pour le coma et l'algidité, ces deux formes les plus fréquentes de la perniciosité, on les voit en général durer l'un et l'autre au delà de 24 heures, et ceux qui néanmoins appellent encore fièvres intermittentes des accidents aussi continus, ne s'appuient que sur les exigences scolastiques de la tradition, et substituent aux faits une interprétation qui en altère complètement la nature (1).

(1) Le passage suivant de Torti n*expliqiie-t-il pas à merveille ces abos de langage? il avuue la continuité réelle d'une fiôvre algide, tout en en faisant une intermittente : « Nonnunquàm accidit ut segrotans lethalem alioqui accessionem, œgrè licet ac difficillimè sustineat, vitamque protrahat usquè ad tempoi subsequentis accessûs, totoque hoc tempore intermedio verè febricitet, es» sit algidus, sine pulsu, ac moribundo similis; attamen adhuc febrem hujosmodi iuiermittentem appello » {Therap. spec.^ lib. lU, cap. i). Et il lui maintient ce nom d'intermittente, parce qu'elle est née d'une intermittente, et qu'elle

Et non-seulement c'est le symptôme pernicieux qui prend cette continuité, c'est encore l'appareil fébrile quand il existe ; on a prétendu, à Paris, pouvoir baser sur les courbes thermométriques la preuve de la périodicité des pernicieuses, etpouvoir retrouver quotidiennement, à des heures déterminées, les stades réguliers d'effervescence, d'état et de déclin de la température; ce sont autant d'allégations contraires aux faits cliniques.

La fièvre même cesse, dans un grand nombre de cas, d'être, pendant l'accès, une ressource diagnostique pour le dinicîen, puisque, dans bien des formes, l'algide, la cholérique, un certain groupe de comateuses, elle n'existe pas (1).

Dans son ^apparition enfin, la fièvre pernicieuse n'offre pas ces rapports si nets de la fièvre périodique avec certaines heures de la journée ; nous n'avons pas remarqué que les accidents comateux, délirants, algides se manifestassent plus souvent dans la matinée que dans la soirée, et nous croyons même, d'après l'ensemble de nos souvenirs, que, contrairement aux accès de la fièvre intermittente, ces phénomènes pernicieux ont plus souvent fait invasion pendant la nuit que pendant le jour.

est curable par l'écorce de quinquina ; mieux vaudrait dire, ce nous semble: c'est une fièvre à quinquina, que de la déclarer périodique en prouvant qu'elle ne Test pas.

C'est un fait tellement ignoré dans nos climats que cette durée prolongée, cette continuité des symptômes pernicieux que devant les observations par lesquelles M. Maillot établit que lu fièvre algide peut n'offrir ni rémissions ni intermissions, M. Piorry trouve naturel de s'exclamer: « ce serait donc là une fièvre intermittente qui ne serait pas intermittente » {Médecine pratique^ t. VI, p. 66), Cela prouve une fois de plus combien est fausse l'expression de fièvre Intermittente, employée comme représentant d'une manière générale les manifestations palustres.

(1) Comme le dit Aitken {The science and practice ofmedicine^ p. 504, 1. 1), comme le dit Griesinger {loc, cit.^ p. G3), comme l'ont dit auparavant nos prédécesseurs en Algérie, l'action mortelle du poison palustre semble, en maintes circonstances, jouir d'une énergie inverse de l'intensité de la fièvre qu'il déreloppe.

224 SYiMPTOMES,

Le véritable caractère clinique de la fièvre pernicieuse n'est donc ni la périodicité ni le mouvement fébrile ; c'est, avant tout, l'apparition de symptômes spéciaux qui constituent, il est vrai, par leurs variétés, plusieurs formes parfaitement distinctes, mais qui n'en constituent qu'un nombre limité auquel rien n'autorise à ajouter, comme on le fait chaque jour, tel ou tel accident grave, sous prétexte qu'il a offert quelque périodicité; on arriverait ainsi à grossir démesurément le groupe des fièvres pernicieuses, en se fondant non plus sur la base certaine, l'étiologie, qui a servi à Torti et à ses successeurs, mais en se fondant siir une erreur clinique, la prétendue intermittence des symptômes. Il faut se rappeler qu'en général la fièvre pernicieuse n'a pas de type, que ses stades sont intervertis, confondus, eflfacés par une alternative de rémissions, de paroxysmes, de mouvements fébriles continus qui n'ont plus rien de régulier ni de périodique ; et que les phénomènes si graves qui la constituent n'ont pas le don merveilleux d'apparaître et de disparaître subitement, comme s'il ne tenaient qu'à une pure impression fonctionnelle des organes dont ils dérivent.

h. Prodromes des accès pernicieux. Leur importance pratique.

Il suffit de rappeler la puissance de la médication spécifique, quand elle est administrée en temps opportun, pour établir toute la valeur des symptômes qui permettraient de prévoir à l'avance un accès pernicieux.

En général, avons-nous dit, les individus ne sont frappés de ces accidents que pendant le cours d'une fièvre rémittente ou intermittente; mais, durant la période épi demique, le nombre des fièvres simples est tellement considérable relativement à celui des pernicieuses, qu'une bien faible minorité seulement des fébricitants semble être sous l'imminence de cette redoutable transformation ; une at-

teinte de fièvre bénigne ne peut être regardée que comme un prodrome heureusement très-incertain de fièvre pernicieuse, prodrome beaucoup moins menaçant, par exemple,* que n'est à Tégard du choléra la période de diarrhée prémonitoire.

Le praticien doit tenir grand compte de Tapparition de symptômes survenant brusquement pendant le décours d'une fièvre rémittente, ou durant un accès périodique, tels, par exemple, qu'une douleur épigastrique intense, des vomissements incessants, une grande tendance à l'assoupissement (1).

Quand, dans ces cas, la fièvre est intermittente et que les accidents en question disparaissent avec l'accès, on peut espérer qu'ils n'auront pas une valeur prodromique extrêmement grave.

Mais si la fièvre est rémittente et que Ton voie se prolonger ces phénomènes insolites par leur gravité, il y a lieu de craindre une transformation pernicieuse.

Il en est de même si ces symptômes, au lieu de disparaître avec un accès périodique, persistent pendant l'apyrétie; ils prennent dès lors une gravité pronostique considérable, et présagent le plus grand danger pendant l'accès suivant.

Ainsi que l'indique Torti(2),il faut, pendant l'intermission, regarder comme une menace des plus redoutables les moindres troubles présentés par le système nerveux ; chez l'un vous remarquerez du tremblement musculaire, de la difficulté à marcher, à se tenir debout ; chez d'autres une légère incohérence dans les idées, ou bien une certaine exaltation que révèlent la volubilité des réponses et les gestes dont elles sont accompagnées (3); parfois, au contraire, Tindividu sera

(1) «Oris veDtrîcuIi mordax dolor, veJ vomitns simùl etalvi fluxus, vel importuna in «omnuin proclivitas. » (Torti, /oc. et/., cap. i, lib. III}.

(2) Torti, loc, cit., lib. III, cap. i.

13) Un fait assez singulier, ^e»t la ressemblance qui existe parfois entue r«n-

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