‹ Traité des fièvres intermittentes (volume 2)Chapitre 40 sur 87 · L. GoLiN^ Fièvres. i · texte numérisé non relu

L. GoLiN^ Fièvres. i

On VOUS apportera un malade chez lequel vous ne trouverez que peu ou pas de fièvre, mais dont Taspect et Vmterrogatoîre dénotent un trouble intellectuel plus ou moins profond, le plus habituellement de la tendance à la loquacité, à ce rire niais et parfois bruyant de certains individus atteints de paralysie générale ; si cet état dure quelques jours, on constatera souvent des accès périodiques incomplets, caractérisés surtout par des sueurs profuses, et qui indiqueront la nécessité d'un traitement spécifique. Si cette indication passe inaperçue, le malade peut être brusquement emporté par un accès comateux dont le sulfate de quinine eût prévenu Tapparition ou la gravité,

Obs. XII. — Cachexie palustre, symptômes pernicieux délirants, jpms comateux, — Guiller, fusilier au 85« de ligne, est évacué le 21 |oillet 1865^ de l'hôpital civil d'Orte sur l'hôpital militaire de Saiol- André (n° 1 07 de mon service).

Cet homme présente les attributs d'une intoxîcatioD palustre avancée^ teinte jaune- paille, développement considérable du foie et de la rate, sourfle vasculaire, etc. ; il est en Italie depuis 3 ans, et son entrée à l'hôpital civil d'Orte a été motivée par une atteinte de fièvre tierce, dont les accès sont enrayés depuis six jours.

On prescrit un régime réparateur, et, à titre prophylactique, deux doses de sulfate de quinine (huit décigrammes) par semaine.

Le 20 août au moment de notre visite, le malade se lève, et vient se joindre aux personnes qui nousaecompagnaieat, désirant, dit-il, nous accompagner et retourner en France avec nous (il avait été proposi^ pour un congé de convalescence) ; il se laisse du reste reconduire facilement à son lit, et à nos demandes d'explications se contente de répondre par un éclat de rire; rien» n'est changé an régime, mais nous faisons prendre à Tinstant huit décigrammes de sulfate de quinine.

Le 21 août, à la visite du matin, ce malade est dans le coma sans fièvre (forme apoplectique), sans qu'il y ait eu d'agitation pendant la nuit; nouvelle dose d'un gramme de sulfate de quinine^ et 20 sangsues aux apophyses mastoides.

Le même jour« à 3 heures, persistance de l'état comateux; peau légèrement moite^ sans chaleur, pouls à 7()° ; disparition du trismus, sensibilité légèrement revenue (potion avec io grammes d'acétate d'ammoniaque, frictions vinaigrées^ sinapismes, et lavement purgatif).

Le 22 aoûf, le malade a repris coonaissance depuis la veille au soir. La faiblesse générale est considérable, mais aucun nouvel accident ne survient, et, le tO septembre, G. peut être renvoyé en France.

J'attribue, dans ce dernier cas, la plus grande utilité à la dose préventive de sulfate de quinine donnée le 20 août, au moment de la visite, en raison des conceptions délirantes manifestées par ce malade ; sans cette précaution, Taccôs comateux de la nuit suivante eût été sans doute bien plus grave, et peut-être suivi de mort.

Il arrive souvent que ce subdélire persiste assez longtemps^ sans donner lieu à aucun accident grave si Ton a la précaution d'administrer ainsi le sulfate de quinine. Ainsi dernièrement je recevais, dans mon service du Val-de- Gràce,uD gendarme récemment revenu de Corse où pendant plusieurs années il avait été atteint de fièvre intermittente ; celle-ci se présentait, depuis le retour en France, sous forme d'accès irréguliers et incomplets, consistant surtout en sueurs. Or, pendant les 15 premiers jours de sa résidence à l'hôpital, ce malade fut poursuivi d'hallucinations nocturnes, qui se reproduisirent rarement pendant la journée ; sang les renseignements les plus dignes de foi, nous aurions cru à un état d'alcoolisme subaigu ; aussi, nous rappelant nos observations de Rome et d'Algérie, eûmes-nous recourir au sul&te de quinine qui enleva simultanément et la fièvre et les aberrations intellectuelles.

n semble que, dans ses formes les plus intenses et les plus brayanies, le délire des fièvres pernicieuses soit en rapport intime avec les conditions de température exté* rieure ; à Rome, conune en Algérie (1), comme dirii$ la Bresse même (2), c'est en juillet et en août que m nuni^ (estent les p^nideases délirante^ les plus grades et 1^ plu^

(i; La grande a^wité des pcnockiwt* 4éi:trMUrf 'Jm0!r%<*% yw M^ M^t^A Mit Oit nfliiiwqij;.flto€t

fréquentes, et Taction d'un soleil ardent prend souvent une grande part à leur développement. C'est au moment des plus grandes chaleurs qu on observa en Hollande, dans l'armée anglaise, ces flèvres continues et rémittentes, signalées à leur début par une frénésie subite et tellement violente, que des soldats s'élançaient de leurs chariots dans les marais qui bordaient la route (1).

C'est à des accidents du même genre, produits par une influence simultanée du sol et de la température, qu'il but rapporter TafTection dont on avait voulu faire une entité morbide spéciale, la calenture, et qui n'est qu'une variété de fièvre pernicieuse palustre frappant les équipages qd remontent les fleuves de la côte occidentale d'Afrique (2).

Lind a rapporté des faits analogues, survenant à terre parmi des équipages allant faire du bois, et s'exposant ainsi de trop près aux émanations d'un sol meurtrier et brûlant, pour ne pas en subir brusquement l'influence : oc Dans le temps où les équipages du Lyon^ du Spence^ et de plusieurs autres vaisseaux de guerre, étaient employés au port Antonio à la Jamaïque, et allaient abattre des bois dans l'Ile Navy, plusieurs de ceux qui coupaient les arbres étaient atteints au même instant de fièvre et de délire. Cette firénésie se manifesta chez l'un d'eux avec tant de violence, qu'il se serait servi de sa hache pour tailler en pièces ses voisins, si on ne l'eût pas arrêté, etc. (3). »

On voit donc combien sont communs tous les cas oille délire n'a été précédé d'aucun accès fébrile, et a lui-même

(1) Pringle, Observations sur les maladies deta9*mées, ch. it n* î.

(2) Voir Le Roy de Méricourt, {de la Calenture^ Archives générales de n^ dedne^ 1857) ; Fonssagrives, Traité d'hygiène navale^ i866, p. 891; Bu" rallier, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. VI Paris. \W% page 98. # > »,

(8)Lind, Essfli^ etc., 1. 1 et II, p. 289.

« La délirante frénétique, dit M. Lebeau qui l'a observée à Mi^yottt, coïncide avec les chaleurs de ia saison sèche. ■ (Dutroulau, loc. ciU, p. 275.)

et lui seul, ouvert la scène morbide. Dans certaines circonstances, le danger qui en résulte est plus proche, plus immédiat qu'on ne le suppose ; sous l'influence d'une conception délirante, d'une hallucination survenant subitement en dehors de tout accès fébrile, le malade est entraîné aux actes les plus graves, et en particulier aux suicides. Ainsi, pendant la période épidéraique où les salles sont remplies de malades, où le personnel est nuit et jour surchargé d'occupation et de soins, il n'est pas rare de voir aller, venir des individus guéris de leur fièvre depuis quelques jours, et auxquels il n'y a .lieu d'appliquer aucune surveillance spéciale ; ils sont cependant quelquefois victimes d'une de ces hallucinations. En 1864, une même fenêtre de l'hôpital militaire Saint-André à Rome, fenêtre située à la hauteur d'un quatrièmeétage, a été le théâtre de deux suicides de cegenre.

3* Fièvre pernicieuse convulsive.

Contrairement aux deux précédentes, cette forme est extrêmement rare.

Autrefois on admettait avec la plus grande facilité la fièvre pernicieuse épileptique, tétanique, hydrophobique même, dont je ne veux pas nier d'une manière absolue l'existence, mais dont on peut à bon droit contester la fréquence. Chaque jour des observations mieux faites viennent prouver que des accidents décrits sous ce nom étaient complètement étrangers au cadre des affections qui nous occupent. Pendant la période épidémique 1865, j'ai vu succomber rapidement, à l'hôpital militaire de Rome, un malade, qui avait offert des symptômes tétaniques extrêmement caractérisés, puisque la mort avait été hâtée par la contracture des muscles thoraciques ; et, bien que le diagnostic porté durant la vie eût été : fièvre pernicieuse tétanique, j'éprouvai le plus grand doute à cet égard quand l'autopsie nous eut révélé une quantité considérable de pus sous les méninges.

24S STMPTOMSS.

commune que la comateuse qui domine alors, la fièvre algide a le privilège d'étendre ses manifestations à toute la durée de cette période ; tous la rencontrerez presque ausà commune en automne qu'en été.

Malgré son nom, cette fièvre est celle où les malades éprouvent en général la sensation la plus violente de chaleur et de brûlure intérieure ; la masse sanguine et la température qui lui est inhérente sont venues s'accumuler, poor ainsi dire, dans les cavités splanchniques où leur premier effet est de causer aux malades une soif inextinguible.

A la périphérie, au contraire, il semble que nous ayons la condition inverse de ce qui a lieu dans les comateuses et ks délirantes ; tandis que ces dernières, dans leurs variétés inflammatoires, semblent jusqu'à un certain point l'exagération des symptômes de la réaction fébrile, l'algidité en semble plutôt rinverse,la négation. Est-ce à dire qu'elle représente l'exagération du stade de froid, du frisson de h fièvre intermittente ? Écoutons M. Maillot : a La fièvre algide n'est pas généralement, comme on le dit, la prolongation indéfinie du stade de froid ; je l'ai vue rarement débuter de la sorte. Il y a même, entre ces deux états, un contraste frappant : dans le premier stade des fièvres intermittentes, la sensation de froid est hors de toute proportion avec l'abaissement réel de la température de la peau, tandis que, dans la fièvre algide, le froid n'est pas perçu par le malade, alors que la peau est glacée. C'est ordinairement pendant la réaction que commencent à paraître les symptômes qui la caractérisent ; souvent ils surviennent tout à coup au milieu d'une réaction qui paraissait franche (1). Au trouble de la

(1) Trousseau a eu bien tort de ^ire : a Dans lu fièvre algide, le froid dore du début à la fin de l'accès, et commence par un frisson plus violent que d'ordinaire. » {Clinique médicale de l'Hôtel- Dieu^ t. III, p. 428.) Même erreur dans Piorry : « L'algidité est constituée par le frisson qui devient excessif. » [Médecine clinique, t. VJ, p. 05). Lind avait dit déjà: « Longtemps oo acra

circulation succède en peu d'instants, et presque sans transition, le ralentissement du pouls, qui devient bientôt rare, fuit sous le doigt et disparaît; les extrémités, la face, le torse se refroidissent successivement; le contact de la peau donne la sensation de froid que procure le marbre (1). »

Aussi quelle différence entre le malade qui tremble la fièvre j et celui qui est atteint de pernicieuse algide ; autant le premier exprime et ressent vivement son angoisse et ses souffrances, autant le second semble indifférent à ce refroidissement périphérique qui, chez lui cependant, est absolu et aussi considérable que dans le choléra. Son intelligence est intacte, il se sent mourir (2), et rabattement est tel « qu'il se complaît dans cet état de repos ; sa physionomie est sans mobilité ; l'impassibité la plus grande est peinte sur son visage (3). »

Rien de plus frappant que ces physionomies immobiles dont l'expression est celle du repos, de la tranquillité, auxquelles le médecin s'arêterait à peine, si, cherchant le pouls comme d'habitude, il n'était frappé du froid glacial de la peau, et de l'arrêt de la circulation (4).

Loin de correspondre au stade de frisson, l'algidité indique donc avant tout une chute radicale entraînée par l'excès du mouvement fébrile ; l'abondance de l'élimination d'urée atteste l'usure énorme subie en quelques heures par Torga-

qqo dans les fièvres intermittentes la période du frisson était la plus dangereuse, et que la plupart de ceux qui succombaient périssaient dans le rigor.» (Essaie etc. , t. II, p. 198.)

(1) Maillot, ioc, cit , p. 32 et 33.

(2) « Mens sola lucidissima est, et sentit homo se paulatim mori. » (Torti, /oc. ciï., 1. 1, lib. III, chap. i).

(3) Maillot, loc, cil,, p. 33.

(4) « Si l'on ne m'avait indiqué ce malade comme atteint de fièvre algide. Je ne me serais pas arrêté pour Tobserver, bien qu'il fût si voisin du terme de son existence, • (Bailly, loc. cit,,XL\X«^^ observation.)

oisme rou* l'inflaence de réléfatîon de la température ; tiMiteâ les maladies où ceUenri dépasse brusquement un certain niveau, dan? les eipêriences jAydcdogiques où die est éleié^ ar.ific:e!>raent à 43 ou 4i degrés, on \oit un coikpsus plus ou moins brusque ; l'accès pernicieux algide n'est autre chose que ce collapsus, affectant particulièrement les fibres musculaires du cœur.

Nous comprenons d^ lors pourquoi, malgré les conditions de température extérieure qui sembleraient plus £i\orables à son développement dans les pays froids, la pernicieuse als^ide est au contraire plus oonunune dans les pa]S chauds, où les mouvements fébriles sont plus intenses; si fréquence dans la zone tropicale^est attestée pas nos con&i* res de Tannée (1) et de la marine (2).

Nous comprenons de même pourquoi, loin d'être l'attribut des fièvres à frisson, ou fièvres périodiques, TaceèB algide est également très-commun dans la fièvre chaude, sans frisson, la rémittente ou continue; aussi est-ce sousle titre de rémittente algide qu'elle est décrite par les auteun anglais qui l'ont rencontrée aux Indes orientales (3) ; etc*est le même titre que nous donnons nous-même à l'observation suivante, qui figure parmi celles que nous avons recueillies à Civita-Vecchia.

Observation XIY. — FUtre rémittente algide ; mort. — Martnl, voltigeur au 59^ de ligne, en Italie depuis quatre ans, entré auté-

(i) En Cochinchine, « les formes lesplas fréquentes soas lesquelles se trent les fièvres pernicieuses sont les types algide et choiériforme.» (Linqnecie, Une année en Cochinchine, in Recueil de mémoires de méd. mtV., 1864, tH, p. C6.)

« Parmi les fièvres pernicieuses, c'est la forme algide ou choiériforme <liB s'est maaifestée le plus fréquemment. » (Didiot, Relation de la campagne it Cochinchine, môme Recueil de méni. de med. mil., 1865, t. XIV, p. ÎS8).

(2) Au Sénégal la fièvre algide est aussi commune que la comateuse. (Dotroulau, loc, ciï., p. 283).

(3) Moreliead, Clinical Researches, etc., p. 65.

ement trois fois aux hôpitaux pour des fièvres d'accès, est aple n juillet 1866 dans mon service, à rhôpital militaire de L-Vecchia. Il est depuis deux jours atteint de fièvre intense, lue, sans Trissons, de vomissements, et d'une céphalalgie qui rache des cris continuels. Peau chaude, pouls à 110,race turite, langue saburrale et jaunâtre. — Prescription: 2 grammes Ldre d'ipéca ; 15 décigrammes de sulfate de quinine^ à prendre

heures dans une potion éthérée.

S juillet le malade accuse un grand hien-élre ; la face, décoa pris une teinte subictérique ; mais le phénomène dominant refroidissement et la teinte cyanique des extrémités enduites ftueur visqueuse et glacée. — Prescription : Lavement lauda- ^ ce 2 grammes de sulfate de quinine, potion avec 15 grammes i te d'ammoniaque, bain de vapeur.

S, l'algidité persiste sans que le malade ait eu le moindre k«nt de froid ; voix éteinte, urines supprimées, intelligence ^nient normale. — Prescription : Potion camphrée et opiacée,

4ivec 15 grammes d'acétate d'ammoniaque, sinapismes. ^0, subdéiirium tranquille, physionomie souriante, pouls i 6 imperceptible. Malgré l'application de nouveaux stimulants, ^ulsifs, l'algidité augmente de plus en plus, et le malade s*é- Q 21 juillet, à six heures du soir.

^psiB. — Crâne : Les mailles de la pie-mère sont distendues à liquide transparent, comme gélatineux, s*écoulant difficile- ^ la pression; augmentation de consistance de la pulpe céré-

*omen : Congestion uniforme de tout le tube intestinal ; rougeur Dément vive de l'estomac, surtout le long de la grande cour- Foie normal. Rate doublée environ de volume (pesant 280 nés), à enveloppe épaissie, mais très-ramoUie à l'intérieur : lieu de son parenchyme existent deux foyers gros comme des de pigeon, où la diffluence est complète, et dont la coloration re, due à des accumulations de pigment, tranche nettement ) reste du parenchyme. Reins violacés, renfermant dans les lets uu liquide jaunâtre où se trouvent de petites granulations e urlque.

ccBur est jaunâtre, distendu par une quantité énorme de 8 mous et diffluents ; splénisation des lobes pulmonaires surs.

^oit que chez ce malade Talgidité a duré trois jours ; le les phénomènes pernicieux dont nous avons parlé l'ici, comme le coma, le délire, Talgidilé n'a donc ie transitoire ; et, en disant accès algide, on n'indique

§niPTOBE&

fAS un appareil morbide durant quelques heures comme un accès de fiêrre intermittente, mais un état qui peOi persister pendant plusieurs jours sans offrir rien de périodique dans ses aggravations comme dans ses rémissions ;i).

Placée par Torti au ncmibre de ses pernicieuses coagolatives, cette forme a peut-être ainsi été trop soigneus^nent séparée par lui de certaines formes colliquatives auxqueDa cependant Talgidité vient s'annexa d'une manière presque fatale ; telles sont les formes cardialgique, cholérique et fl dorale ; ces apparitions de Talgide à titre de complicatkoi viennent encore augmenter sa fréquence ; nous vemni' qu'il n'est pas jusqu'aux pernicieuses solitaires, où b symptômes pernicieux algides ne fassent fréquemment explosion (2).

Nous venons d'étudier les formes principales puni les pernicieuses comitées, les formes qui dominent diBi presque tous les pays à malaria où elles constituent peri^ être à elles seules les neuf dixièmes des accès penicieux.

Celles dont nous avons encore à faire rhistoire snt relativement bien moins importantes, en raison du peA nombre des cas qu'elles fournissent relativement, en raisoi

(1) 0 Je n*ai Jamais vu les symptômes qui constitaent la fièfre ilgidepM' céder par accès; à peine m*oot-iIs présenté quelquefois des rémissiODBapfrfciables, et encore je ne Rassurerais pas. Us m*ont para, une foisétaUiittf^ cher incessamment vers la mort, si on ne panrenait à les maîtriser. » (MA loc. Cl/., p. 85.)

Torti lui-même, qui professait un respect si profond pour la périodidttài aiïoctions palustres, convient cependant de la persistance des symptAmei lo plus graves de l'algidité durant la prétendue intermission des accès: «lukic BtiUu durât œger per totum tempus intermissionis» • {Thérap, sp,^ lir. HL cli. I, p. 383.)

(2) Voir, entre autres observations, celle du nommé Lcfondré (XXI** ob«vntion).

INTOXICATION AIGITE. 253

Élssi de leur développement limité, pour quelques-unes Rentre elles, à certaines régions spéciales du globe.

■f- S'* Fièvre pernicieuse cholérique.

l^'Cette forme n'a fait défaut dans aucune des trois périodes lémo-épidémîques que j'ai observées à Rome et à Civitaîhia ; mais toujours elle m'a offert ce caractère plus dal pour elle que pour toutes les autres, de n'apparaître l*à une phase restreinte de ces périodes ; je n'en ai jre vu que pendant les mois de juillet et d'août, et la re cholérique me paraît la plus saisonnière de toutes les ticîeuses, celle qui dépend le plus des conditions météologiques. Sous ce rapport, elle diffère notablement de fièvre algide, propre à l'été comme à l'automne ; nous fvons vue reparaître chaque année à l'époque où dans nos [îons du nord reviennent périodiquement aussi les attade choléra nostras, c'est-à-dire au moment des grandes leurs (1).

f' Il nous semble donc que les accès cholériformes ne sont Ms aussi exclusivement dus au miasme palustre que les itres accès pernicieux ; ce qui confirme notre opinion à cet ird, c'est le fait de l'extrême fréquence de cette forme is les pays où règne, à côté de la malaria proprement I, l'influence spéciale qu'on pourrait appeler cholérigène ; m Gochinchine, où notre armée a perdu un grand nombre pto cholériques, la manifestation pernicieuse la plus com- Inune a été la fièvre cholériforme (2). ' Une remarque analogue ressort de l'examen des faits

- (1) Même remarque faite par Pacdaotti^ sur Tapparition en août desperidcieuses cholériques {Observations sur les maladies de l* année 1821, in Sto-

rta, etc.)*

(2) Didiot, Lienquette, loc. cit. ; et Libermano^ des Fièvres pernicieuses de la Cochinchine, in Recueil des mémoires de médecine militaire, t. VU, p. 112.

qui se sont passés à Ancône en 1865 ; on sait combien fut terrible alors en cette ville Tépidémie de choléra ; or lo moment où le mal indien avait presque entièrement disparu, il se manifestait encore chaque jour un certain nombre d'atteintes fort graves, faisant croire à sa persistance; c'étaient des fièvres pernicieuses, qui sont loin d'êtres rares à Âncône, mais qui, en cette année 1865, sous Tinfluenee de la constitution cholérique, se manifestèrent sous cette dernière forme avec une fréquence inusitée. L'année suivante, en 1866, le choléra était aux portes de Civita-Vecchîi parmi les ouvriers occupés à construire la ligne ferrée da littoral, et je remarquai également alors l'augmentation do nombre des pernicieuses cholériques dans notre garnison de cette ville.

Il semble donc qu'une constitution médicale spéciak favorise l'explosion des accès de ce genre, que cette constitution soit basée sur l'influence d'une épidémie cholérique venant de l'Inde, ou simplement sur l'éléyation de température qui, dans nos pays, et particulièrement en Angleterre, fait éclater chaque année quelques cas de cholén nostras.

A ceux qui seraient tentés d'émettre l'opinion que li pernicieuse cholérique ne dépendrait que de cette dernière cause et ne se rattacherait pas étroitement aussi à l'influence toxique du sol, nous répondrions qu'à Rome la provenance des malades atteints d'accès cholériques prouvait avant tout l'origine miasmatique de leur affection. Tous ou presque tous provenaient en effet des quartiers les plus notoirement insalubres (1), et qui nous envoyaient le plus de pernicieuses de tout genre.

Bien que l'algidité soit un des symptômes de la fièvre cholérique, celle-ci diffère de la fièvre algide non-seulement

(1) Quartiers Salara, Bocca-della-Verhà, Saiot-Jean décapité.

S vomissements et la diarrhée qui en sont le caractère pal, mais encore par le faciès des malades ; au lieu de 'sionomie p&le et tranquille des individus atteints de

algide, ces derniers ont les yeux cernés, les orexcavés, et la figure empreinte des souffrances que lausent des crampes incessantes.

st généralement pendant le frisson de la fièvre intertite, contrairement à ce qui a lieu pour l'algide, late l'accès cholérique, signalé par des \omissements 3 selles bilieuses dont la nature le rapproche ainsi du ra nostras en le séparant du choléra Indien, tous les accès pernicieux, l'accès cholérique est celui le moins de tendance à récidiver ; nous avons d'autant c acquis cette conviction, exprimée déjà par M. Maillot, îtte fièvre est une des moins graves parmi les perises, et que par conséquent on conserve un plus grand re de sujets atteints une première fois et chez lesla rechute pourrait se reproduire ; quand cette 5re a lieu, c'est généralement sous une autre forme, Buse ou algide particulièrement.

a cependant quelques exceptions à cette règle ; et *\ation suivante est relative à un malade atteint, à emaines d'intervalle, de deux accès pernicieux cholé- • ; il est vrai que, dans cet intervalle, le malade, sorti ipital, était retourné dans le quartier insalubre où il ^té frappé une première fois ; il y a eu plutôt deux inlions consécutives qu'une véritable rechute, comme •utend pour les fièvres périodiques.

•OVATION XV. — Fièvre pernicieuse cholérique ; récidive, guérison:— t grenadier au59« de ligne, en Italie depuis cinq ans, a élé

en 1801 de fièvre rémillenle.

; octobre 1864, il est apporté, de la caserne de la Bocca-della- » dans le service que j'avais alors à Thôpitàl Sam le -Thérèse

il alleinl de vomissemenl8,do diarrhée, de crampes, de refroi-

disscment, d*aphoDie ; les urines soot supprimées, les yeui entourés d'un cercle bleuâtre, le pouls imperceptible ; ces symptOmes ont débuté, dit le malade, au momeut où il tremblait la fièvre. — Prescription : lavement avec 3 grammes de sulfate de quinine et 3 décigrammes de teinture d'opium, potion avec 15 grammes d*acét«te d'ammoniaque; glace ad libitum.

Le soir môme soulagement très-marqué ; peau encore fraîche, mais retour du pouls, de la miction, suppression des vomitfements.

Le lendemain, 3 août, on prescrit une solution de 8 décigrammes de sulfate de quinine, du thé et du bouillon.

Le 5 le malade se levait, et la convalescence était si rapide et si franche, que, sur ses instances, nous le laissions sortir le 16 août suivant, quinze jours après son entrée.

Le 23 août, un brancard rapportait dans la môme salle (n«16)le même malade atteint de symptômes identiques à ceux qui avaient motivé sa première entrée ; cette fois encore il venait de it caserne de la Bocca-della-Verità.

Le môme traitement fut appliqué avec un succès aussi complet qu'au premier accès, et, le 10 septembre suivant, F. .. était lenvojé en France en congé de convalescence.

60 Fièvre pernicieuse ictérique {hémorrhagique, hématurique^ fièvre /tue

palustre).

Le domaine de cette forme pernicieuse est également restreint, mais dans un autre sens que celui de la pernicieuse cholérique.

La plupart des sujets atteints, au lieu de l'être au début de Tépidémie, le sont à son déclin ; ils ont antérieurement subi de nombreuses atteintes de fièvre, et en général sont arrivés à un degré avancé de cachexie.

Celte considération prouve déjà toute la différence qoi sépare la pernicieuse ictérique des fièvres rémittentes simples, à forme bilieuse. De plus l'ictère survient au milieu d'un appareil de symptômes graves, qui indiquent une profonde altération du sang ; il s'accompagne souvent d'hémorrhagies parles muqueuses, de pétéchies, parfois de suppression d'urines, d'hématurie ; et l'affection arrive alors au

degré décrit sous le nom de fièvre bilieuse grave, ou bilieuse hématurique des pays chauds.

C'est en effet ce degré maximum de la maladie qui a été observé par nos confrères de la marine, à Madagascar, à Mayotte (1), et surtout aux Antilles. La fièvre bilieuse hématurique a été particulièrement bien décrite par M. Barthélémy Benoît (2) ; on peut s'assurer que les sujets dont eet auteur nous rapporte les observations étaient tous d'anciens résidents, atteints de fièvres rebelles, et de la cachexie consécutive ; et cette règle est confirmée par les faits analogues recueillis sur d'autres théâtres d'affections palustres (3)» C'est pourquoi à Rome les accès îctériques sont plus communs dans la population civile que dans la classe moins intoxiquée des étrangers; c'est pourquoi, dans la Bresse^ Nepple a constaté sa fréquence plus marquée parmi les indigènes, tandis que les autres formes pernicieuses semblent au contraire menacer plus spécialement le nouveau venu»

Aussi, comme nous le disions plus haut, l'accès perni^ cieux ictérique apparatt-il surtout à l'époque de l'année où la cachexie est à son maximum, à la fin de la période des fièvres, en automne (4) ; ce fait a une grande valeur^ car, en cette saison, la température a subi un abaissement trop considérable pour qu'on puisse invoquer son action

(1) Voir Dutroulau^ loc^ cit»j fièvres bilieuses.

(2) Bartliélemy Benoît, Fièvre bilieuse hétnaturigue {Archives de médecine navale, t. IV).

(3) C'est ce que prouvent les observations citées par M. Dutroulau, p. 304 et 307 de son livre. C'est ce que prouvent les faits recueillis : !<> par M. Daullë à Hadagascar, où « la pernicieuse ictérique ne frappe ]amais d'emblée l'Eu* ropéen arrivant de France ou de la Réunion ; elle ne parait être que l'effet d*an impaludisme ancien (Dutroulau, loc. ctï., p. 309); 2» par M. Thèse à Saint-Louis, «où les fièvres bilieuses frappent surtout les militaires qui ont plusieurs années de séjour sous le ciel tropical » (tV/., p. 312); 3° par les médecins de la Pointe-à-Pltre où • on appelle cetle affection la fièvre jaune des acclimatés et des créoles » (idem^ p. 318).

(4) Celte forme figure en tête des fièvres automnales dans l'ouvrage de M. Hospel (Maladies de l'Algérie, té II, p. 201}4

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