‹ Traité des fièvres intermittentes (volume 2)Chapitre 48 sur 87 · ANTÉCÉDENTS DU MALADE · texte numérisé non relu

ANTÉCÉDENTS DU MALADE

— Prescription : 15 décigramaies de sulfate de gninine en lavement» potion éthérée.

Pendant la nuit suivante, délire bruyant ; le malade cherche à quitter son lit^ où on est obligé de le maintenir parla camisole ; à notre visite du malin (31 août), pouls plein, large, somnolence.

— io décigrammes de sulfate de quinine, sinapismes, 15 sangsues aux apophyses mastoïdes.

Le 1^' septembre, coma et insensibilité presque absolue, selles involontaires, pouls à 130, respiration anxieuse (lavement opiacé avec 2 grammes de sulfate de quinine). Mort le lendemain, 2 septembre, à 10 heures du malin.

Autopsie. — Aucune lésion spéciale dans le crftne ni dans le thorax ; rate de volume et de consistance normale, sans infarctus pigmen faire.

L'altération dominante est celle du foie, réduit aux deux tiers de son volume normal, et pesant 9d7 grammes ; il esl flasque, jaune, uniforme à la coupe ; cellules détruites ou infiltrées de fraisse.

Certainement, sans Tautopsie, ce cas d'ictère grave restait à nos yeux ce qu'il avait paru être pendant la vie, un accès pernicieux délirant-comateux ; c'était pendant la période où ces accès sont communs ; les symptômes eurent à peu près la même durée, la mênae évolution que dans ces accès, et, quant à Tictère, c'est chose trop banale durant la maison épidémîq^ue pour éloigner l'esprit de la pensée d'une fièvre pernicieuse.

Voici le résumé de l'histoire de notre second malade :

' /Obs. XXVII. — Urémie/accès convulsifs périodiques^ mort. — Bulloz, jrpltigeur au 71® do ligne, entré à l'hôpital militaire de Saint-André de Rome le 25 mars 1864. Ce malade est atteint de fièvre tierce qui disparaît après l'administration de deux doses de sulfate de qaînfne.

Mais le malade reste profondément anémié : teint pâle, muqueuse décolorée, prostration considérable, palpitations ; un œdème généralisé apparaît bientôt, et le malade nous semble sous l'inflaence d*une cachexie palustre à marche progressive, au moment où nous prenons le service de cette salle, le 4 avril 1864.

Cependant, le 6 avril suivant, B... nous accuse un afTailjlissement graduel de la vue, surtout du côté gauche; Texamen ophthalmosco-

pique, fait immédiatement, nous révèle les signes de l'amaurose aii^umiDurique : taches blanches, brillantes, généralement arrondies sur la surface rétinienne, ecchymosesle long des veines.

Le diagnostic albuminurie fut contrôlé et confirmé de suite par l'examen des urines.

Le 11 avril suivant, le malade éprouve à la fin de la journée une agitation violente de tous les muscles du corps, du délire, et des vomissements.

Le 12, à la visite, nous le trouvons très-affaissé, les pupilles dilatées, avec tendance à la somnolence. A partir de cette époque, jusqu'au jour de la mort, de véritables crises çonvulsives se renouvellent ainsi chaque soir : nous recourons en vain au sulfate de quinine et B... succombe dans le coma le 19 avril. L'autopsie fait reconnaître une maladie de Bright au troisième degré, et les altération oculaires constatées pendant la vie à rophthalmoscopc.

Nous avouons que si ce malade, en attirant notre attention sur le trouble de sa vue, ne nous eût pas guidé pour ainsi dire vers le diagnostic albuminurie, nous eussions continué pendant assez longtemps peut-être à le regarder comme atteint de cachexie palustre, et nous eussions inévitablement considéré comme autant d'accès pernicieux les crises çonvulsives qui n'étaient que des accidents urémiques, et qui déterminèrent rapidement la mort.

J'ai tenu à signaler ces deux faits, parce qu'ils se rapportent à deux des affections qui certainement peuvent le plus facilement par leurs symptômes, leur rapidité d'évolution, leur allure périodique et leur gravité , en imposer pour des fièvres pernicieuses; et je suis convaincu que l'ictère grave et l'urémie, étudiées depuis si peu de temps, ont fourni on grand nombre des accidents qui, dans notre pays, ont été qualifiés d'accès pernicieux, nouvelle preuve que b nombre de ces accidents doit diminuer plutôt qu'augmenter avec les progrès de la médecine.

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