IMPORTANCE DE LA MÉDICATION SPÉCIFIQUE
Au moment même où M. Maillot fondait Thisloire de la pyrétologie algérienne, en basant l'homogénéité de toutes ses formes sur l'identité d'action du sulfate de quinine, Bailly publiait son livre où, de tous les moyens employés contre la fièvre, le meilleur, le plus sûr était la saignée, au point que, si entre elle et le quinquina il eût dû choisir une méthode exclusive, c'est aux antiphlogistiques qu'il eût donné la préférence (1).
Et cependant, c'est grâce à l'emploi généralisé du quinquina contre toutes les formes de la fièvre tellurique que M. Maillot est arrivé, en notrç siècle, au même résultat que Torti au siècle dernier ; c'est grâce au quinquina que la « moyenne qui avait été, à l'hôpital militaire de Bone, en 1832, de 1 mort sur 7 sortants, et, en J833,. de l sur 3 et demi, fut portée à 1 sur 20 en 1834 et 183S; c'est par cette médication que, pendant le même laps de temps, avec 856 malades de plus que pendant les deux annéesprécédentes, on a eu 1437 morts en moins (2). »
L'impulsion, donnée par M. Maillot, à la médication spécifique, a été basée sur des faits si nombreux et si évidents, elle a depuis été tellement confirmée par la pratique de tous ses successeurs que cette fois le triomphe de la bonne cause semble consacré sans retour, et peut être rangé au nombre des grands bienfaits rendus à l'humanité.
Sydenbam à la connaissance des affections telluriques, indiquait \ merveille déjà la rareté relative de ces affections dans les grandes villes, et le motif de la résistance opposée au quinquina par les praticiens dont Tobserv^tion 8*exerce dans les limites d*nn centre habité et par conséquent réfractaire à la malaria: «Le docteur Sydenbam, excellent praticien pour l'endroit quMlbabitaît, non-seulement ne sortit point de TAngleterre, mais môme se borna à un canton particulier et très-sain do cette ilo, la ville de Londres. Vraisemblablement, s'il eût exercé la médecine seulement à quelques milles de la métropole, il n'aurait pas trouvé que la saignée fût un remède aussi universel pour la plupart des fièvres. » (Lind, Essat\ etc., 1. 1, p. 9G.)
(1) Bailly, ioc, cif,y p. 3C5 et suiv.
(2) Maillot, ioc, c»7.,p. 393.
Mais encore faut-il, dans l'intérêt même de ce médicament, se mettre bien en garde contre d€ux écueils opposés; il faut, d'une part, ne pas en exagérer les indications, et d'autre part, quand on a recours à son action, ne pas repousser systématiquement les moyens accessoires qui en ont maintes fois assuré le succès.
On peut en effet, et sans exagération aucune, proclamer Taction héroïque de l'écorce du Pérou, qu'on l'eniploie directement ou qu'on lui emprunte son principal dérivé, le sulfate de quinine ; elle constitue un remède incomparable contre une classe immense d'affections; elle en est, comme on l'a dit (1), le pivot médicateur autour duquel les autres agents thérapeutiques n'occupent en général qu'un rang secondaire. Mais en même temps il faut se rappeler que, comme tous les spécifiques, celui-ci n'a d'action certaine que contre une classe déterminée de maladies ; le plus grand tort qu'on ait fait peut-être à sa réputation si justement acquise, c'est d'avoir voulu eïi généraliser l'action contre <Ies affections d'une nature complètement différente, n'ayant de commun que le mouvement fébrile avec les fièvres à quinquina.
Certes, si quelqu'un était en droit de se laisser entraîner à Tabus de ce médicament, c'était l'homirie auquel il se révélait avec sa merveilleuse puissance, et qui osait le premier en opposer l'emploi aux formes continues de la fièvre palustre; eh bien, Torti a le génie au contraire de nous mettre en garde contre cet entraînement qui arriverait à compromettre la réputation du quinquina en voulant l'élever au rang de fébrifuge universel (2). « Ne croyez à l'action du
(1) Durand de Lunel, loc, cit.^ p. 331.
(2) « Ad febrifugi iiniversalis fastigîum elevare. » (Tortî, /oc. ci7., lib. V. CAp. II, p. 268.) Et il ajoutait : a Mihi namque soleoine est, saltem per totao ▼er, et per primani sestatem quasi perpetuo Teriari ab cxhibitioôe ejusdeoi corticis, quein in usus longe diguiores ampla manu profusurus reservo..'» (Wm ibid,^ lib. 1, cap. jx).