‹ Traité des fièvres intermittentesChapitre 33 sur 97 · GO «S CM · texte numérisé non relu

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En Algérie (2)..

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I/influence de la chaleur sur le rapprochement des accès et sur la tendance à la continuité ressort en second lieu du rapport intime des formes avec les saisons. A Rome, on ne rencontre, d’une manière presque absolue, les rémittentes et les continues qu’au moment des grandes chaleurs, au mois de juillet et pendant la première quinzaine d’août où elles constituent presque à elles seules toute l’épidémie ; les quotidiennes, puis les tierces, ne deviennent fréquentes

(1) Rapports annuels de l'hôpital général de Vienne, pour les années 1855-62. (In Griesinger, loc. cit., p. 27.)

(2) Finot, Compte rendu du service médical de l'hôpital militaire de Blidah, pendant l'année 1842. ( Recueil des mémoires de médecine militaire , t. LVI.)

(3) James Raynald Martin, Statistique de l'hôpital général de la Présidence du Bengale pendant 12 ans; l’auteur de cette statistique donne simplement, dans son livre (The Influence of tropical climat, p. 55), le chiffre de 5116 rémittentes et de 501 intermittentes, sans indiquer le type de ces dernières; nous avons cru cependant pouvoir diviser ces 501 intermitentes en tierces et en quotidiennes, en prenant, pour base de cette répartition, les proportions indiquées par un autre auteur observant dans le même pays; cet auteur est Morehead, qui affirme n’avoir pas eu une seule quarte dans 243 fièvres intermittentes, et avoir constaté parmi ces dernières une telle fréquence du type quotidien, que, pour 27 tierces, il a observé 21 1 quotidiennes. (Morehead, Clinical researches on diseases in India. 1860, p. 17.)

qu’à la fin d’août, égalant alors seulement le nombre des rémittentes qui disparaissent pendant le mois de septembre, et laissent entièrement la place aux types périodiques ; parmi ceux-ci, le dernier à se produire est le type quarte, extrêmement rare avant la fin de septembre, devenant plus commun en octobre, et parfois égalant en novembre le nombre des autres types, moins compatibles avec l’abaissement de la température.

Les mêmes faits se passent en Algérie (1); rien de plus évident que cette transformation de l’endémo-épidémie à mesure que tombent les chaleurs : « A l’appareil inflammatoire, qui caractérise les fièvres estivales, succèdent peu à peu les phénomènes asthéniques des fièvres de l’automne (2). »

Mais, chose bien plus importante, en dehors de cette zone méditerranéenne, dans les Indes d’une part, d’autre part dans l’Europe centrale et même septentrionale, nous voyons se traduire également par les faits les plus irréfutables ce rapport des types fréquents, et des types continus avec les saisons les plus chaudes.

« C’est pendant la saison chaude et sèche, dit Annesley (3), que prévaut aux Indes la forme la plus inflammatoire, la plus continue des affections palustres ; » et plus loin : « les intermittentes ne viennent que plus tard, et le changement d’un type en un autre semble résulter uniquement d’un changement de saison ou de température (4). »

Ces observations sont confirmées par Raynald Martin et par Morehead(5).

(1) Voir les statistiques des fièvres réparties par trimestre, et suivant leur type, par Durand, de Ltinel. [Loc. cil., p. 19.)

(2) Ilaspel, Maladies de l'Algérie, t. II, p. 195.

(3) Annesley, liesearches, etc., p. 520 et 531.

P) Annesley, Ibid., p. 533 et 534.

(5) C'est au maximum des clmlcurs, de juin à octobre, que se manifestent le plus grand nombre de fièvres rémittentes, et de fièvres continues; les fièvres intermittentes ont lieu surtout pendant la saison fraîche. (Raynald Martin,

SYMPTOMES

Môme affinité, disons-nous, entre les types fréquents et les saisons chaudes dans les climats septentrionaux.

Ici, les types rémittents et continus sont rares, vu l’insuffisance habituelle de la chaleur ; aussi n’y apparaissentils que dans les étés exceptionnellement chauds.

C’est ainsi que dans la Bresse il faut déjà pour leur explosion des" conditions anomales de température. «Lorsque l’été a été brûlant et sec, dit Nepple, les fièvres rémittentes paraissent à la fin du mois d’août ; elles sont alors d’une grande violence. L’irritation gastro-céphalique est d’une intensité effrayante. Dans les trois ou quatre premiers jours on croirait avoir affaire à une fièvre continue grave ; mais bientôt, soit spontanément, soit plutôt à la suite d’évacuations sanguines, le type rémittent se prononce ; c’est alors que les paroxysmes ne sont presque jamais précédés par le frisson, mais simplement par une chaleur progressive et par une anxiété, par une angoisse inexprimables, qui ne se montrent jamais dans la fièvre continue (J ). »

C’est ainsi que, plus au nord encore, les fièvres rémittentes et continues des pays marécageux sont tellement en rapport avec la saison chaude, qu’on les a décrites souvent sous le nom de fièvres d’été ( Sommer fieber) ; elles furent très-communes au mois de juillet et d’août 1826 dans toute l’Allemagne du Nord, au début de la célèbre épidémie de fièvres intermittentes qui affligea tout ce littoral (2).

L’an dernier encore (1868), elles y reparurent dans les mêmes conditions, sous l'influence d’un été exceptionnellement chaud, et l’auteur de cette relation, Ritter d’Oberndorf, signale avec soin les formes du début de l’épi-

The influence, etc. , p. 183 et 185, et Morehead, Clinical, etc., p. 17 etsuivantes, 57 et suivantes.)

(1; Nepple, Inc. cit., p. 130.

(?) C’est l’épidémie décrite sous le nom d’Épidémie du littoral (Küsten Epidémie), et dont l’histoire a été admirablement faite par Hæser l l.ehrbuch der Geschichte , etc., n° 148, t. II».

INTOXICATION AIGliE.

démie, c’est-à-dire do juillet et d’août, formes qui « étaient continues, et même très-rarement rémittentes (1). »

Des faits semblables, et dans les mômes pays, en Hollande surtout, avaient été observés au siècle dernier par Lind et Pringle ; ce dernier auteur n’a-t-il pas insisté, dans chaque relation médicale de ses campagnes en Hollande (2), sur ce rapport intime entre la chaleur et la continuité de la fièvre? « Dans la plus grande chaleur de la saison, et dans la fureur de la maladie, la plupart de ces fièvres s’accordent avec la description du xauo-oç, ou fièvre ardente des anciens, qu’Hippocrate place toujours parmi les épidémiques de l’été ou de l’automne (3). »

La plus grande fréquence dq ces fièvres continues parmi les militaires, comme dans cette armée anglaise de Hollande, comme dans nos armées en campagne, soit en Italie en 1839 (4), soit en Algérie, tient précisément aux conditions spéciales qui font subir d’une manière bien plus complète au soldat, soit en marche, soit au bivouac, l’influence du milieu extérieur et en particulier du soleil et de la température. De même, à Rome, elles frappaient de préférence les soldats qui étaient obligés de circuler au

(1) Von Ritter in Oberndorf, Studien über Malariàinfeclion ( Virchow' s Archiv , avril 1869).

Il n’est pas jusqu’aux marais delà Finlande, cette limite septentrionale du domaine des lièvres en Europe, où ces affections ne prennent au début de l’épidémie, c’est-à-dire en été, un type si continu, qu’il est parfois difficile de les distinguer du typhus abdominal. (F. de Willebrand, Archives générales de médecine, juillet 1869.)

(2) Pringle, Observations sur les maladies des armées, passim.

(3) Pringle \id., cliap. iv, parag. 2). « Quoique ayant pratiqué un an en Hollande et en Belgique, je n’ai pu y voir, comme je l’aurais désiré, la complication des affections gastriques avec la fièvre intermittente. » (Broussais, Phi. chr., t. II, p. 897.) Si les observations de Broussais en Hollande ne furent pas analogues à celles de Pringle, cette différence tient sans doute à la différence môme des conditions météorologiques entre les années où l’un et l’autre séjournèrent dans ce vaste foyer de malaria.

(4) Cazalas, Maladies de l'armée d'Italie ( Recueil de mémoires de médecine militaire, t. XI, 186-i).

SYMPTOMES

moment de lagrande chaleur du jour, aux heures où tous les Romains se confinent dans leurs appartements; elles étaient communes, par exemple, parmi les hommes qui, partant de leurs quartiers vers deux ou trois heures de l’après-midi, avaient à traverser une grande partie de la ville poua aller aux provisions, soit à l’abattoir, soit à la manutention.

C’est dans ces conditions que nous avons vu se manifester, comme nous le rappellerons plus loin, des accidents intermédiaires à l’insolation (Heat apoplexy) et à la fièvre pernicieuse comateuse, accidents dans lesquëls il est parfois difficile au clinicien de faire la part étiologique exacte des deux facteurs qui sont intervenus pour les constituer, l’influence tellurique d’une part, l’influence solaire d’autre part.

Il n’est donc plus possible d’hésiter à reconnaître cette action de la chaleur sur la continuité des fièvres palustres ; et l’on peut ériger en loi basée sur ce principe, les aphorismes indiqués à cet égard par un grand nombre d!observateurs de tous les temps, de tous les pays, Lancisi (1), Grant (2), Littré (3), etc.

C’est là un fait qui a frappé les gens même étrangers à la médecine; ainsi, pour nos soldats, ces fièvres estivales, si remarquables par l’absence du frisson qui, dans les autres formes, vient scinder soit tous les jours, soit tous les deux jours, la marche de l’affection, sont désignées sous le nom defièvres chaudes, par opposition aux fièvres froides de l’automne.

N'est-ce pas 'a l’élévation de la température qu’on doit

(1 Adaucto vero a?stu, febres coDtinuæ atque etiam exitiales urgent. (Lancisi, De noxiis paludum effluviis.)

(2) « Le froid rend intermittentes les fièvres d’accès informes; la chaleur au contraire rend continues les fièvres intermittentes. » (Grant, m Lepecq de la Clôture, Introduction aux observations sur les maladies et constitutions épidémiques, p. 40.)

(3) « Ce qui est accidentel dans les pays froids et tempérés devient permanent dans les pays chauds. » (Littré, in Hippocrate, Œuvres, traduction, t. II, p. 582);

attribuer presque complètement cette suppression des stades de froid, et la continuité du mouvement fébrile qu’ils ne viennent plus interrompre? Nous le croyons d’autant mieux que dans nos climats tempérés on voit, sous l’influence d’une chaleur élevée , diminuer notablement et parfois disparaître le froid initial des maladies dont cependant l’invasion est le plus habituellement signalée par un frisson caractéristique (1).

Il semble donc, en résumé, que l’élévation de la température extérieure ait pour effet réel la diminution et la suppression du stade de froid initial dans les fièvres palustres ; que de plus la même action s’oppose aux atténuations périodiques du mouvement fébrile ; n’est-ce pas, en effet, à l’époque où cette température s’est abaissée, en . automne, en hiver même, que se manifestent les types dont l’intervalle apyrétique d’une part, d’autre part le stade de frisson avant chaque accès, offrent le plus de longueur, comme nous le voyons dans les fièvres quartes?

Maintes fois nous avons observé à Paris des militaires qui, ayant contracté la fièvre en Algérie, remarquaient une intensité plus considérable du frisson initial dans les accès qu’ils éprouvaient depuis leur retour en France.

3° INFLUENCE DE l’iMMDNITÉ OU DES ATTEINTES ANTÉRIEURES SUR LE TYPE DF. LA FIÈVRE. — LOI DE SUCCESSION DES FORMES.

11 nous reste à étudier l’influence, beaucoup moins bien établie jusqu’à ce jour, que possède, sur le type de la manifestation, la date de l’infection du sujet atteint. Cette question nous semble d’une importance extrême. C’est pour l’avoir négligée, que l’on n’a pas compris pourquoi, dans le môme milieu, tels individus sont frappés de fièvres pério-

(I) Le frisson initial de la pneumonie est infiniment plus constant dans les pneumonies d’hiver et de printemps que dans celles d’autOmne et d’été. (Grisolle, Traité de la pneumonie, symptômes, 2" édit., Paris, 1SG4).

SYftl PT0R1ES.

diques, tels autres de fièvres continues, et pourquoi, dans des milieux différents, domine tel type plutôt que tel autre, ce qui a inspiré à des cliniciens éminents, Trousseau par exemple (1), la pensée qu’il y avait des foyers spéciaux pour chacun de ces types.

Nous pouvons émettre d’abord les propositions suivantes : d’une manière générale, plus l’individu est intoxiqué et sujet par conséquent aux récidives, plus il aura de prédisposition aux types à paroxysmes éloignés; plus, au contraire, aura été grande son immunité antérieure, plus -chez lui sera grande la tendance aux types à accès très-rapprochés, et au type continu.

C’est ainsi que, dans notre armée à Rome, les nouveaux venus étaient atteints de fièvre continue, rémittente, ou quotidienne, alors que leurs anciens étaient atteints des types tierce et quarte.

Nous prions le lecteur de ne pas nous prêter l’idée d’une succession absolue et systématique entre toutes ces manifestations de l’intoxication palustre ; nous voyons, à chaque instant, des types différents se succéder chez le même sujet sans la moindre apparence de conformité à la loi que nous exposons, ainsi des fièvres quotidiennes remplacer des fièvres tierces ; mais ces faits n’empêchent pas que d’une manière générale notre proposition ne soit parfaitement vraie, et ne devienne évidente par la comparaison de catégories considérables de malades : à Rome précisément, à nos malades français dont l’intoxication était en somme récente , ne datant que de quelques mois ou de quelques années, nous pouvions comparer la population civile adulte atteinte, elle, dès sa naissance; eh bien, tandis que, d’après les relevés de nos hôpitaux militaires, nos soldats offraient à peu près autant de fièvres tierces que de fièvres quotidiennes, nous trouvons que chez les indigènes admis à i'hô-

(I) Trousseau, Clinique médicale de l' Hôtel-Dieu, tome III, p. 425.

pital du San Spirito, il y a dix fois plus de tierces que de quotidiennes (1).

Qu’on fasse bien attention que nous n établissons ici la comparaison entre nos soldats et les Romains qu’au point de vue des types tierce et quotidien, qui sont pour ainsi dire les degrés moyens de la série des manifestations palustres; ces deux types sont moins astreints que les autres à la loi de succession des formes, et on les voit alterner souvent chez le même malade; mais, somme toute, sur une grande masse d’observations on reconnaît, comme nous venons de 1 établir par la comparaison précédente, que le type tierce tend à remplacer le type quotidien à mesure que l’intoxication se prononce davantage.

Nous trouvons beaucoup moins d’exceptions à notre règle, si nous considérons les termes extrêmes de la série des manifestations aiguës; quoi de plus tenace dans sa forme qu’une fièvre quarte, qui pendant des années se renouvellera chez le même individu sans jamais repasser aux types antérieurs, quotidien ou tierce ? Ne trouve-t-on pas la même ténacité dans ces types à longue échéance , types sextane, octane, mensuel même, et auxquels les malades n’arrivent en général qu’après être passés par la série complète des types à accès rapprochés ? Ainsi, les manifestations éloignées de l’intoxication rétrocèdent fort rarement, et celui qui en est atteint semble presque réfractaire aux formes qu’il a subies antérieurement.

D’autre part, il en est de même pour le terme opposé de la série, pour les fièvres continues ou rémittentes; celles-ci

(I) Voici, par exemple, les chiffres des malades civils admis au San Spirito, pour ces deux types de fièvres, pendant les mois de juillet et d'août 18G4.

Juillet, 7 IG tierces, — 54 quotidiennes.

Août, 255 tierces, — 45 quotidiennes.

Voir E. de Cinque Quintili, Resoconto slatistico degli in fer mi curati , l'anno 18G4, negli ospedali di Roma , p. 19 et 20.

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