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L. Colin, Fièvres

SYM PTOM ES.

sont l’apanage de l’intoxication récente, tout aussi bien que la fièvre quarte semble en être la dernière expression.

Les fièvres rémittentes et continues sont dans presque tous les pays à malaria la forme initiale des manifestations fébriles ; à Rome, celte règle était tellement absolue, que parmi les malades atteints en septembre ou octobre de fièvres périodiques, tierce ou quotidienne, je n’en ai pas rencontré un sur dix qui n’ait eu antérieurement, aux mois de juillet et d’août, soit de la même année, soit des années précédentes, une atteinte de fièvre rémittente ou continue. C’est ce qui nous explique l’immunité habituelle des étrangers, venant à Rome au mois de septembre, alors que les fièvres périodiques sont cependant si nombreuses parmi les habitants et les anciens résidents ; arrivant en automne seulement, le voyageur prendra difficilement ces fièvres, parce qu’ayant vécu hors du foyer d’infection, au moment où régnait la fièvre rémittente, il n’a pas subi cette forme initiale de l’intoxication (1).

Mais non-seulement la fièvre rémittente ou continue est propre aux individus atteints pour la première fois; elle présente en outre ce caractère important et unique, de ne récidiver jamais ou presque jamais (2); tel malade sera repris à chaque instant, sous l’influence la plus banale, de fièvres périodique, quotidienne, tierce, etc., il n’aura qu’une

(1) Voir plus haut, page 123.

(2) Cette proposition ressort, parfaitement évidente, des chiffres de récidives de fièvres que nous indique la statistique médicale de l'armée pour nos garnisons d’Algérie et de Rome; nous y voyons, par exemple, qu’en 18G5 on a reçu aux hôpitaux militaires de l’Algérie 3,199 cas de fièvre rémittente, dont 359, c’est-à-dire le neuvième, par récidives ; tandis que, pour 15,080 cas de fièvres intermittentes, il y a 4 ,29G récidives, presque le quart de ces malades. ( Statistique médicale de l’armée, I8G5, p. 208.)

La même année, à l’hôpital militaire de Rome, on reçoit 449 cas de fièvre rémittente, dont 1 8 seulement (ou 1 sur 25) par récidives; tandis que sur 1,682 entrées pour fièvres intermittentes, il y a 322 récidives (ou 1 sur 5). (Statistique médicale de l'armée pour 18G5, p. 224.)

fois la fièvre chaude; ou plutôt la récidive de celle-ci est marquée par une atteinte de fièvre intermittente, conformément à la loi que nous avons posée plus haut de la transformation des formes continues en périodiques, par le fait seul de leur succession chez le même individu.

On comprend que, ne se renouvelant pas, et frappant l’homme sain jusque-là, ces fièvres soient bien autrement communes parmi la masse d’étrangers qui constitue une armée, et qu’on transporte tout d’un coup dans un pays à fièvres, que chez les habitants de ce pays. On comprend aussi, dès lors, que le tableau pathologique, fourni par notre garnison de Rome, ait notablement différé de celui que présentait simultanément la population civile.

Si les mêmes régiments étaient restés sur le territoire Pontifical pendant toute la durée de l’occupation française, nul doute que les fièvres rémittentes n’eussent disparu peu à peu du champ de notre observation pour laisser entièrement la place aux fièvres d’accès.

Et ce résultat de nos observations, nous pouvons encore le généraliser, en l’appuyant sur les relations des auteurs quiont étudié le même sujet dans les pays les plus différents.

A. Nous avons pour nous, dans les climats tropicaux, les observations,

\° D’Annesley :

« Les fièvres continues sont propres aux individus récemment arrivés aux Indes ; elles frappent aussi de plus anciens résidents ou des indigènes, mais chez ceux-ci on peut en général trouver des rémissions quoiqiC obscures (1). »

« Les formes les plus inflammatoires de fièvre continue sont observées aux Indes parmi les recrues et ceux qui, depuis leur arrivée, n’ont encore souffert d’aucune maladie (2). »

(1) Annesley, Diseases of India, p. 529.

( 2 ) Id., ibid.y p. 531.

SYMPTOMES

2° De Raynald Martin :

« Les Européens venant résider dans les districts à malaria sont atteints de fièvres continues et rémittentes, puis intermittentes (1). »

3° De Thévenot au Sénégal :

« Les maladies qui atteignent les marins du commerce sont presque exclusivement des fièvres intermittentes plus ou moins aiguës; c’est la maladie de tous ceux en général dont le sang est riche et les forces encore intactes (2). »

4° Nous lisons dans Griesinger: «Tandis que les indigènes ou les individus acclimatés des côtes marécageuses des tropiques paraissent ne souffrir que delà fièvre intermittente, les nouveaux arrivés et, dans certaines localités, tous ces nouveaux arrivés sans exception, sont atteints des formes graves de la fièvre rémittente (3).»

« 3° Ces fièvres, dit enfin l’un de nos confrères de la marine qui les a observées dans le haut Sénégal, sont en quelque sorte le premier mode de réaction de l’organisme contre le paludisme demeuré jusqu’alors à l’état latent (4). »

B. Mêmes observations dans la zone méditerranéenne : Soit en Algérie où « ces fièvres sont la manifestation la plus ordinaire d’une première atteinte endémique chez les individus non encore impressionnés par l’élément fébrii'ère (5) ; »

Soit en Italie où elles ont constitué en 1839 l’affection dominante de notre armée subitement transportée dans les plaines marécageuses de la Lombardie (6) ;

(1) James Raynald Martin, The Influence of tropical climats, p. 185.

(2) Thévenot, Traité des maladies des Européens dans les pays chauds, p. 158 et 1 G3-

(3) Griesinger, loc. cit., p. 70.

(4) Thaly, Essai de topographie médicale du haut Sénégal ( Archives de médecine navale, 1807, t. Vil, p. 350).

(5) Périer, Études complémentaires des observations de Tringle , p. 129.

(G) Cazalas, Mémoire cité.

Soit à Constantinople où les fièvres rémittentes sont observées, le plus habituellement, sur des personnes venues du dehors, des soldats, des marins ; tandis que chez l’habitant la fièvre intermittente est la forme la plus fréquente (1).

C. Enfin il n’est pas jusqu’aux contrées septentrionales où cette affinité de la fièvre rémittente pour les nouveaux venus n’ait été notée par des observateurs du plus grand mérite :

« Le type de la fièvre pernicieuse est bien plus souvent rémittent qu’intermittent ; cependant il y a une distinction à faire à cet égard. La fièvre pernicieuse dont est atteint le Bressan est plus ordinairement intermittente ; tandis qu’elle est rémittente chez V étranger (2). »

« En Hollande, dit Lind, la fièvre ardente continue atteint particulièrement les étrangers (3). »

C’est à sa position de médecin dans l’armée anglaise en Hollande que Pringle a dû l’occasion de nous décrire la fièvre rémittente si commune chez les soldats nouvellement débarqués, si rare chez les. indigènes.

Enfin l’historien de l’épidémie qui, en 1868, a frappé le delta de l’Elbe, Ritter indique formellement le même fait : « Rarement la fièvre a été intermittente à la première atteinte ; toujours elle l’a été aux récidives. Les cas de première invasion étaient continus, même très-rarement rémittents (4). »

Ainsi nous voilà, de par les faits, arrivés forcément à cette conclusion : que la fièvre est d’autant plus continue ou rémittente, qu’elle se manifeste chez des sujets plus indemnes de toutes manifestations antérieures ; comment se

(J) Fauvel, Constitutions médicales à Constantinople {Bulletins de la Société médicale des hôpitaux de Paris, I8G5, p. 148).

(2) Nepple, loc. cit., p. 131 et 132.

(3) Lind, Essai , etc., p. 30 et 31.

(i) Ritter von Oborndorf, Virchow' s Archiv, avril I8G9.

SYMPTOMES

fait-il donc qu’aujourd’hui encore on soit enclin à une doctrine inverse, à considérer, par exemple, les fièvres rémittentes ou continues, non pas comme la période initiale, mais au contraire comme le terme des fièvres intermittentes ?

Que disent, en effet, un grand nombre d’auteurs qui ont traité cette question? Que la fièvre rémittente n’est que le résultat de fièvres franchement périodiques dont les accès se rapprochent au point de se fondre les uns avec les autres, de façon à constituer une affection continue ; que celle-ci a dès lors été à son début précédée par une série plus ou moins longue d’accès nettement caractérisés, en sorte que c’est par l’intermittence pure et simple que la maladie a commencé.

Les uns apportent à cette théorie l’appui de leurs observations : « La continuité n’est pas le type habituel des fièvres légères, c’est au contraire celui des fièvres graves ou pernicieuses, et ces fièvres sont toujours précédées d’accès ou d’attaques de fièvre simple. Je ne prétends pas dire qu’il n’existe pas de fièvre continue d’emblée, mais je crois que c’est surtout par la préexistence d’accès intermittents que se dévoile la nature paludéenne de cette fièvre (1). »

Les autres, s’appuyant sur le dogme de la périodicité comme caractère absolu des fièvres palustres, admettent avec Bailly (voir p. 133, note 1), l’intermittence même quand elle n’est pas apparente au début de ces fièvres continues (2).

Nous verrons, au contraire, dans la description clinique

(1) Dutroulau, Traité des maladies des Européens dans tes pays chauds* 2° édition , p. 218.

(2) Toujours influence delà tradition, basée sur l’observation, faite en Europe seulement, où le type périodique est en effet la règle; à ceux qui contestent la continuité d’emblée on répond que la nature de l’affection est intermittente; elle est continue de fait, mais intermittente d’origine. Torti indique à merveille cette exigence de l’Ecole : « Febris crta intermittens, statim vero subcontinua reddita. » ( The'rap . sp ., liv. IV, ch. v.j

loi

de la fièvre rémittente de première invasion, combien cette forme est spontanée, dégagée de toutes manifestations périodiques antérieures, ne présentant de véritables accès chez quelques malades qu’au moment de la convalescence ; et ce n’est en général que dans les cas rares de récidives de fièvre rémittente, alors que l’individu a déjà par conséquent subi une ou plusieurs atteintes de la malaria, que son affection débutera par des accès périodiques.

Je ne puis en résumé formuler plus complètement le résultat de mes observations que par le passage suivant emprunté à l’un de nos anciens confrères de l’armée d’Afrique :

« On pense généralement que les accès d’une fièvre simple, en se renouvelant et en se répétant, déterminent du côté des organes internes des congestions ou irritations qui deviennent la cause d’un mouvement fébrile continu, sur lequel vient s’enter l’accès intermittent ; à ce compte, une fièvre tierce, par exemple, deviendrait successivement quotidienne, rémittente, et enfin continue, par le seul fait de la répétition des accès. Cette théorie est séduisante. Mais il n’est pas vrai qu’une rémittente ou une continue ait commencé par être tierce ou quotidienne. Ce qui pourrait être vrai, ce serait précisément l’inverse. Depuis huit ans que nous étudions la fièvre comme médecin traitant dans nos hôpitaux militaires de l’Algérie, nous n’avons jamais constaté ce mode de transformation. Nous avons toujours vu les fièvres rémittentes et continues apparaître d'emblée. Elles sont telles dès le premier accès, et ce n’est qu’ensuite qu’elles pourront peut-être prendre le type tierce ou quotidien (1). »

J'ai vu identiquement la même chose, et je puis affirmer, d’après des centaines d’observations, que, dans notre garni Lacroix, Une liée nouvelle sur la manière d' envisager les fièvres intermittentes. Lyon, I8G4, p. 31.

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nison de Rome, la fièvre rémittente, loin d’être secondaire, a été presque toujours initiale, comme si elle était la clef obligée de la série des accidents causés par la malaria.

Résumé. La succession des types fébriles semble donc assujettie à une double loi basée et sur l’influence de la chaleur et sur la date de l’infection du sujet atteint.

Les formes continues sont redevables de ce caractère et à l’élévation de la température, soit climatique, soit saisonnière, et à la puissance de réaction de l’organisme qui, indemne jusque-là, réagit contre la première atteinte du miasme avec toute l’énergie de ses forces encore intactes ; tandis qu’ensuite, lorsque ces forces tombent devant une intoxication croissante, la réaction ne peut plus s’accomplir qu’en plusieurs temps, par accès de plus en plus éloignés, et dans lesquels, à mesure que leur intermission de\ient plus longue, on voit se prononcer davantage la durée du stade de froid (si long dans la quarte), indice de la dépression progressive de l’économie (1).

On peut s’expliquer ainsi les raisons de la diversité des formes morbides atteignant, dans un pays à fièvres, telle ou telle catégorie d’individus, les étrangers par exemple et les habitants.

De même qu’à Rome nos soldats, avons-nous dit, différaient à cet égard des Romains, qu’en Algérie ils diffèrent des Arabes (2), que les Anglais observés par Pringle en

(1) Un de nos confrères de l’armée d’Afrique a fait ressortir, dans un travail intéressant, la prédominance du type quarte chez les indigènes de la Kabylie (Ghassagne, Recueil de mémoires de médecine militaire , t. VII, 3e série), ce qui n’est autre chose que la prédominance d’une fonde d intoxication plus avancée que celle de nos troupes.

(2) Comme certaines affections, en particulier comme la fièvre jaune, la lièvre rémittente semble être le propre des tempéraments sanguins et des constitutions vigoureuses. Anneslcy a remarqué avec raison que les enfants, les femmes, les vieillards jouissent d’une certaine immunité contre les fièvres des pays chauds, en particulier contre leurs formes continues et dangereuses. (Annesley, Researches, etc., p. 524.)

INTOXICATION AIGUE. lo3

Hollande différaient des habitants de ce dernier pays, de môme nous verrons des différences analogues entre les types fébriles d’une population indigène et ceux des émigrants qui viennent s’installer auprès d’elle. On dit généralement, d’après les relations des médecins américains, et cette opinion a été soutenue par Hirscli (1), que, sur le littoral du nouveau monde, le type rémittent prédomine à tel point qu’il semble être l’apanage plus spécial des foyers palustres de cette région.

Nous nous demandons si la fréquence de cette forme de l’intoxication ne tient pas au mouvement d’émigration qui, chaque année, jette sur ce littoral des populations entières, en général indemnes d’atteintes antérieures de fièvres, et chez lesquelles, comme dans notre armée d’Italie en 1859 (2), la série morbide doit commencer par son type initial, le type rémittent.

Nous nous demandons si l’on ne peut pas expliquer d’une manière analogue cette prétendue différence entre les miasmes de deux foyers différents, l’un donnant des fièvres tierces comme Tours par exemple, l’autre des quartes comme Saumur et Rochefort (3) ; ces différences doivent tenir surtout à la date de l’intoxication chez les individus observés ; tandis que dans les localités de tout temps marécageuses, comme la Bresse, la Sologne, les environs de Rochefort, la population sera arrivée aux types extrêmes de la maladie, aux types quartes, on verra les habitants d’une localité voisine, récemment impaludée ou défrichée, n’offrir encore que les types moins avancés, le tierce ou le quotidien.

Comme au temps d’Hippocrate, les indigènes des Palus-

(1) Hirsch, U and bu-: h der hislorisch-géographischen Pathologie, art. Mata riafieber.

(2) Voir Cazalns, loc. cil.

(3) Ce qui faisait dire à Trousseau : « Le type semble tenir bien plus à la

nature du miasme, à la localité, qu’à l’individu. » ( Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu, IIIc v0!., p. « 5.) ,

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Méotides et des Marais Pontins sont encore atteints surtout de fièvre quarte, tandis que les étrangers, soldats ou voyageurs, contractent dans ces régions des fièvres rémittentes ou quotidiennes. À Rome les plus anciens seulement des résidents, parmi les militaires français, arrivaient à nous présenter le type quarte, grâce au degré plus avancé de leur intoxication, qui les rapprochait de la population civile.

Quand, -sous l’influence d’inondations, de pluies et de chaleurs exceptionnelles, la malaria se développe, comme une véritable épidémie, dans les pays où elle ne règne pas d'habitude, la forme morbide dominante est presque toujours la fièvre continue ou rémittente, vu le grand nombre de sujets atteints pour la première fois.

Telle fut en particulier l’épidémie qui en 1826 ravagea tout le littoral allemand de la Baltique (Ivüstcn Epidémie) ; elle ne se borna pas à frapper les populations voisines de foyers palustres, mais attaqua un grand nombre de localités où la malaria est habituellement inconnue; or, dans ces dernières localités où il y avait tant de sujets vierges de toute intoxication antérieure, le type le plus fréquent et le plus grave de l’épidémie fut, au début, en juillet, une pyrexie essentiellement continue, décrite, par ceux qui l’observèrent, sous le nom de fièvre d’été (Sommerfieber), et identique en tout, jusque dans ses complications pernicieuses, à la fièvre continue des pays chauds (1).

On peut donc, jusqu’à un certain point, trouver dans ces deux conditions : température et date de l’intoxication, la

(1) Ilæser nous apprend de plus qu’en octobre, l’allure de cette maladie se j modifia, que peu à peu les stades de froid se manifestèrent et prirent une place de plus en plus grande dans le décours de l’affection. (Lehrbuch (1er Geschichte , etc., t. Il, cliap. cxi.vm et cxi.ix.) N’cst-ce pas là l’histoire de la modification habituelle et régulière que subissent, sur l’influence des saisons, les fièvres qui constituent l’endémo-épidémie de nos armées à Home et en Algérie ? •

raison qui, dans tel pays, ou chez tel individu, déterminera l’apparition de tel type plutôt que de tel autre (1).

A cette règle générale de succession des types il est certainement des exceptions, exceptions même laciles à prévoir, et apportant à notre thèse leur part de confirmation.

Supposons qu’une masse d’hommes, une armée, originaire d’une région salubre, pénètre dans un pays à malaria ; devra-t-elle y subir toutes ces phases de l’intoxication, en commençant forcément par la première des manifestations, la fièvre rémittente? Oui et non.

Oui, si l’armée arrive au moment où cette fièvre est susceptible de se développer, comme, par exemple, l’armée française pénétrant en Lombardie pendant l’été de 1859 ; elle est frappée presque immédiatement d’une épidémie de fièvres rémittentes ; comme encore ce régiment que j’ai cité plus haut et avec lequel je débarquais en Algérie au mois de juin 1855.

Non, si cette armée pénètre dans un pays insalubre de la zone tempérée après les chaleurs de l’été; ainsi, en 1 8 G 7 , ce n’est qu’aux mois d’octobre et de novembre que nos soldats sont débarqués sur le littoral des États Pontificaux, pendant la période, non plus des fièvres rémittentes, mais des fièvres d’accès; et alors pour eux les premières manifestations de l’intoxication ont été, non plus la forme initiale habituelle, la fièvre d’été, mais les types de l’automne, tierce ou quotidien.

Il est évident que dans les régions palustres qui confinent aux climats froids comme la Hollande, l’Allemagne du Nord, certaines localités de l’Angleterre, les conditions habituelles

(1) En tout cas, personne ne serait autorisé à répéter aujourd’hui : « Dans l’état actuel de la science, on ne sait pourquoi une lièvre est plutôt tierce que quarte, plutôt quotidienne que tierce. » (Piorry, Truité de médecine ' pralû/ue, t. VI, p. 5G.j

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de la température d’été ne suffiront pas au développement de la fièvre rémittente; pendant les années exceptionnellement chaudes seulement, comme celles (1746 et 1747) où a observé Pringle (1), comme encore les années 1820 (2) et 1808 (3), la série des manifestations commencera par les types rémittents ; mais habituellement, dans ces climats, la fièvre sera d’emblée périodique, môme chez les nouveaux venus.

Au contraire, dans les pays fiévreux voisins de l’équateur, comme certains districts des Indes, la température, non seulement de l’été, mais d’une grande partie de l’année, présentera une élévation suffisante pour que tout individu, récemment débarqué n’importe à quelle saison, soit fatalement condamné à subir la forme initiale de l’intoxication, la fièvre rémittente ou continue; aucun n’y échappera, et n’arrivera d’emblée aux types intermittents ; c’est ce que font parfaitement remarquer les trois observateurs que nous avons déjà cités, Annesley (4), Ravnald Martin (o) et Morehead (G) ; c’est ce qui a fait supposer que ces fièvres continues de l’Inde, qui frappent ainsi tous les nouveaux venus, étaient des affections purement climatiques, opinion que nous aurons lieu de discuter dans le paragraphe suivant, mais à laquelle nous nous bornons ici à opposer ce fait que ces pyrexies continues des districts fiévreux des Indes sont identiques, dans leurs symptômes, à celles de l’Algérie, de Rome, et môme de la Bresse et de la Hollande, où certes on ne peut les rattacher qu’à des influences de sol et non de climat.

Nous ne saurions trop faire remarquer que cet ordre de

(1) Pringle, Observations sur les maladies des arme'es , Ir0 partie, cli. vu.

(2) Voir ELæser, loc. cit., Küsten Epidémie.

(3) Ritter von Oberndorf, Virchow’ s Archiv , mai 1SG9.

(4) Annesley, loc. cil., p. 529 et 531.

(5) Raynald Martin, The influence, etc., p. 185.

(6) Morehead, Clinical Researches, etc., p. I G et suivantes, 51 et suivantes.

succession des types est déduit de l’ensemble des faits observés sur des masses, sur des populations entières; nous sommes loin de prétendre que chaque individu atteint subira forcément la série de ces manifestations depuis la rémittentejusqu’à la fièvre quarte. Chez un grand nombre, l'un ou l’autre de ces termes manquera; ou bien l’un des types, le tierce, le quotidien , se reproduira exclusivement pendant une longue suite d’années.

Mais en outre un nouvel élément clinique intervient, plus accusé après chaque rechute, c’est la délérioration générale de l’organisme, dont nous décrirons plus loin les symptômes sous le titre d’intoxication chronique. Or, comme nous le verrons, cet état général d’anémie, puis de cachexie, crée au malade une certaine immunité contre la durée et la gravité même des manifestations aiguës; la fièvre l’atteint fréquemment encore, mais, au lieu d’être plus longue et plus tenace à mesure des rechutes, elle semble ne plus trouver dans ces organismes affaiblis un terrain favorable au développement d’une longue série d’accès. On la voit reparaître parfois tous les do jours, tous les mois, même en dehors de la saison épidémique ; mais elle ne se manifeste alors que par l’explosion de deux ou trois accès reliés entre eux par un type périodique quelconque, variant d’une atteinte à l’autre. Gomme ces malades portent au plus haut degré l’empreinte de la cause morbide et que cependant chez eux la fièvre dure trèspeu et cesse spontanément en quelques jours, on a été souvent entraîné à qualifier de succédanés du sulfate de quinine certains médicaments employés alors, et dont on s’exagérait d’autant plus l’action que l’état général du malade révélait une cachexie plus avancée.

Enfin l’on observera des infractions apparentes à la règle d évolution successive des types sous l’influence de conditions tout individuelles : si les hommes que vous transportez dans un milieu palustre ont subi préalablement ailleurs une

SYM PTOM ES.

première intoxication, ils n’auront plus dans ce nouveau milieu que les manifestations secondaires, les types périodiques, tierce ou quotidien. Qu’un régiment soit envoyé d’Algérie à Rome, ou de Rome en Algérie, il arrive à sa nouvelle destination sans avoir à subir les formes initiale? de l’affection, formes auxquelles il a déjà payé son tribut, et l’on verra apparaître d’emblée la fièvre intermittente (1). En pareille circonstance, il y a simplement continuation de la série des manifestations qui ont débuté ailleurs.

§ B fi. — Etude clinique.

1°. FlïiYIlE RÉMITTENTE ET CONTINUE SIMPLE.

Malgré sa prédominance en été et clans les pays cliands, cette fièvre ne resuite pas de l'influence de la chaleur; comme les autres formes, elle est d’origine miasmatique.

Sa différence de toutes les affections décrites sous le titre de Maladies climatiques.

Durant tout le temps de notre occupation de Rome, les fièvres rémittentes d’été ont constitué la première phase de l’endémo-épidémie annuelle ; on a, pendant seize ans, pu constater la régularité remarquable avec laquelle revient la date de leur explosion : les premiers cas apparaissent, presque à jour fixe, comme l’a si bien remarqué M. Mayer, vers le 5 ou 6 juillet ; puis le chiffre des entrées aux hôpitaux atteint son maximum vers le 20 juillet, se maintient à ce niveau jusqu’au 20 août environ, époque à laquelle se manifeste un mouvement de déclin tellement rapide, qu’à

(1) C’est ainsi que durant l’épidémie de fièvre rémittente qui frappait notre armée en Italie, pendant la campagne de IS59, les types franchement périodiques 11’aflectaient guère que les sujets préalablement atteints dans d’autres pays à fièvres, comme l’Algérie : « La fièvre intermittente primitive ou de première invasion n’existait peut-être jamais sans mélange d’accidents continus, et ce n’est que parmi les fièvres anciennes et récidivées que l’on en rencontrait quelques-unes sans cette complication. » (Cazalas, Maladies de l’armée d’ Italie, p. lil.)

la fin de ce mois les fièvres rémittentes sont devenues rclativement rares, et que, pendant le mois de septembre, elles ne sont plus ordinairement représentées que par quelques cas isolés, perdus pour ainsi dire dans le nombre immense des fièvres intermittentes.

Cette marche de l’endémie apparaît évidente par la comparaison du mouvement des malades à l’hôpital militaire de Rome, durant quelques années, aux dates successives du 30 juin, du 30 juillet et du 30 août.

Pour s’assurer de l’importance et de la constance de ces variations dans l’état sanitaire suivant la marche des saisons, il suffit de se reporter à notre tableau II (page 55), dont chacune des colonnes en établit la preuve pendant toute la durée de l’occupation de Rome par une garnison française.

Si, pendant le mois de septembre, ces chiffres ne baissent pas rapidement, c’est que les fièvres rémittentes sont alors remplacéés par les fièvres d’accès, qui, devenant plus nombreuses à partir du 20 août, s’élèvent rapidement à leur tour au rang d’affection dominante, et constituent, par leur développement épidémique ultérieur, en septembre et en octobre, la seconde phase de l’endémie.

On peut se faire une idée nette du mode de succession de ces deux périodes morbides en comparant, à des dates successives, les nombres de leurs manifestations respectives.

Ainsi, entrent dans mon service :

Le 21 juillet 1864, 15 fièvres rémittentes et 1 intermittente ;

Le 5 août 1864, 18 rémittentes et 4 intermittentes ;

Le 5 septembre 1864, 1 rémittente seulement et 15 intermittentes.

Et si l’on consultait le chiffre des entrées des jours intercalaires pour chacune de ces affections, on pourrait s’assurer

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que ce double mouvement de progression et de déclin s’accomplit en général d’une manière graduelle et régulière.

a. Formes de la fièvre rémittente d’été.

Nous verrons que, par leur transformation en pernicieuses, ces fièvres peuvent prendre les caractères les plus variés; mais ce qui au contraire frappe tout d’abord, c’est le nombre relativement immense, et la similitude des cas simples, qui donnent, au début de l’épidémie, un cachet extraordinaire d’uniformité à tous les malades; à cette forme d’une bénignité qui contraste avec la gravité des symptômes initiaux, nous pouvons maintenir la dénomination habituelle de fièvre gastrique.

Fobme gastrique. — Au milieu de la plus parfaite santé, au moins dans le plus grand nombre des cas, éclate une violente céphalalgie, accompagnée de douleurs dans les lombes et les membres, et en quelques heures le malade présente les symptômes d’une fièvre intense : peau sèche et brûlante, pouls vibrant à 110, 120 pulsations, respiration anxieuse, congestion de la face, des conjonctives, soif intense, urines rouges ; le plus ordinairement , il n’y a pas -eu de frisson initial, ou bien ce frisson n’a eu ni la netteté ni l’intensité de celui des fièvres d’accès; disons tout de suite que, presque jamais, il ne se répète dans le décours de la maladie.

La langue est blanche, ou colorée en jaune par les vomissements bilieux qui signalent fréquemment le début ; l’épigastre est tendu, très -vaguement douloureux à la pression ; peu d’augmentation de la matité hépatique; la constipation est la règle.

Pendant la nuit, exagération de la céphalalgie, des douleurs des membres, de l’agitation qui va parfois alors jusqu’au délire.

Ordinairement les malades accusent le matin une amélioration légère, sans que l’on puisse noter cependant une bien grande diminution ni du pouls ni de la chaleur.

Les symptômes qui cèdent les premiers sont les phénomènes fébriles ; presque toujours ils subissent un amendement notable vers le troisième ou le quatrième jour; les symptômes gastriques sont plus tenaces, l’appétit ne revient habituellement qu’à la fin du septénaire ; mais la violente secousse subie par le système nerveux subsiste plus longtemps ; les malades conservent une grande faiblesse, et j’ai même recueilli deux observations de paraplégie consécutive à cette forme bénigne.

A part ces derniers cas exceptionnels, la régularité d’évolution morbide est telle que les malades se ressemblent pour ainsi dire jour par jour ; que chez presque tous, l’affection débute, marche et décline avec une régularité dont nous n’osons faire honneur à l’uniformité du traitement, et que maintes fois il nous est arrivé défaire sortir simultanément des catégories de dix, quinze, vingt individus entrés le même jour à l’hôpital.

La durée moyenne de leur séjour dans mon service a été de quinze à vingt jours, dont les huit derniers exclusivement consacrés à la médication reconstituante, à l’affermissement de la convalescence, qui, généralement , se prononce sans secousse, sans accès de fièvre périodique.

Mais quels que soient les précautions et les remèdes employés, ces convalescents ne sortent pas avec les attributs de leur santé primitive ; ils sont décolorés, ont pris le teint des anciens résidents; ils deviennent d’une extrême susceptibilité aux impressions atmosphériques, et les frissons qu’ils éprouvent au moindre abaissement de température semblent indiquer qu’ils sont aptes dès lors à contracter les fièvres d’accès, celles que les malades appellent les fièvres froides.

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