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L. Colin, Fièvres

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Si nous insistons autant sur ce point, c’est pour combattre, avec des faits nombreux, l’erreur si familière aux auteurs qui, n’ayant pas observé clans les pays à fièvres, exagèrent singulièrement la proportion de ces accidents graves, trop communs sans doute, mais perdus pour ainsi dire dans le nombre relativement immense des cas simples et bénins.

Que ces chiffres relatifs de fièvres pernicieuses augmentent dans les pays plus chauds, sous les tropiques, là où le miasme est à son maximum d’intensité, nous ne pouvons en douter d’après les observations que nous en ont rapportées les médecins anglais (1) et français (2) ; il peut arriver, et Lind en cite plusieurs exemples, qu’un corps de troupes débarquant à l’heure la plus dangereuse, sur une côte insalubre, ne présente que les formes les plus redoutables de l’intoxication, et à peine quelques fièvres bénignes.

Il n’en est pas ainsi en général, dans la zone Méditerranéenne surtout, où l’on voit annuellement se confirmer la remarque faite déjà par Torti de la rareté des pernicieuses relativement aux fièvres intermittentes simples (3) ; si ces

(1) Pour que la mortalité par fièvres de l’armée anglaise soit de 1 sur S atteints à la Jamaïque, 1 sur 14 au Bengale, 1 sur 2 dans les stations de la côte occidentale d’Afrique (sir R&ynald Martin, loc. cit., p. 183), il faut que la proportion des cas pernicieux suit environ 10 fois plus considérable qu’en Algérie ou en Italie.

(2) Pendant l’année 1862, un corps de 7000 hommes français perd en Cochinchine 95 malades de fièvre pernicieuse (Linquette, Une année en Cocltinehine, in Recueil de mémoires de médecine militaire, t. XI, 3e série, 1SG4). Ce chiffre de décès suppose environ 300 cas de fièvre pernicieuse, quatre fois plus que nous n’en avions annuellement à Rome avec un effectif à peu près identique.

(3) A Modène, où observait Torti, il y avait des années où tel médecin, môme répandu, en voyait à peine : « Neque enim illæ (perniciosæ;, Jicèt non admodùm frequentes sint comparative ad intermittentes beuiguas, sont adeô infrequentes, ut quolibet anno aliquas saltem earum tuilibet medico ægros pturimos invisenti non contingatobservare. » ( Therapeutice,etc . lib. II, cap. t.)

Nous verrons plus loin, chapitre du pronostic, les conditions au milieu desquelles le nombre proportionnel des pernicieuses peut subir, même dans ces pays méditerranéens, une brusque augmentation.

dernières augmentent, le chiffre des pernicieuses s’élèvera également en leur restant parallèlement subordonné.

C'estainsi qu’en 1863, année pendant laquelle le nombre des fiévreux fut moins considérable qu’en 1864 à notre hôpital militaire de Rome (1), nous eûmes également à constater parmi eux un chiffre moins élevé de cas pernicieux que dans cette dernière année.

Cette proportion se maintient en raison de l’unité étiologique de la fièvre simple et de la pernicieuse ; que par ses conditions météorologiques une année soit plus favorable que les autres aux émanations du sol, les résultats pathologiques en seront plus nombreux, mais sans différer autrement de ceux des années précédentes; c’est-à-dire qu’en général la proportion des cas graves aux cas légers ne variera pas (2).

N’est-il pas bon de rappeler cette rareté relative des fièvres pernicieuses, de la rappeler surtout aux observateurs qui, à Paris même, prétendent rencontrer assez souvent des accidents de ce genre ; le diagnostic, en pareil cas, doit toujours être basé sur l’étiologie, et cette étiologie se révèle constamment, quand il n’y a pas de marais pour l’indiquer, par le nombre considérable de fièvres bénignes se manifestant dans les mêmes lieux, à la même époque que les accès pernicieux, et dans une proportion infiniment plus élevée que ceux-ci (3).

(1) Voir notre tableau II, p. 55.

(2) I! est cependant certaines époques de l’année pendant lesquelles une influence météorologique exceptionnelle pourra produire une fréquence insolite de fièvres pernicieuses; quelquefois, aux mois d’août et de septembre, mois les plus dangereux, la température devient tout à coup excessive, et cette chaleur anormale entraîne, comme dans les pays tropicaux, des explosions relativement plus nombreuses d’accès pernicieux : « Audeam asserre illas (perniciosas) in quibusdam constitutionibus præsertim fervidioribus, et prope dics in primis caoiculares, adeô familiariter nonnunquàm grassari, utneseio quid, feredixerim epidemici, redolere videantur. » (Torti, 77(era/).,etc.,lib. Il, cap. i.)

(3) A moins, bien entendu, que les fièvres pernicieuses en question ne soient observées chez des personnes revenant depuis peu de pays à malaria.

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d. Influenee des saisons sur la forme des fièvres pernicieuses.

Quoique dépendant surtout du miasme tellurique, les fièvres pernicieuses prouvent, parleur diversité suivant les saisons, toute l’influence que possèdent les agents météorologiques sur leur mode de manifestation ; nous retrouvons ici un ordre de faits analogues à ceux que nous avons signalés pour les fièvres simples, dont le type et la forme sont en rapport intime avec les climats et les saisons. En décrivant chacune des fièvres pernicieuses, nous insisterons sur sa fréquence plus ou moins grande suivant ces deux dernières conditions ; nous verrons que certaines formes, à réaction fébrile violente, comme la plupart des délirantes et comateuses, ou à symptômes gastro-intestinaux très-intenses, comme les cholériques, sont propres par exemple à la saison chaude ; que celles au contraire où la tendance au eollapsus est plus considérable, comme les cardialgiques, les syncopales, se manifestent de préférence à la fin de l’épidémie, au moment où la température s’est sensiblement abaissée (1).

Ces rapports, entre les diverses formes pernicieuses et les diverses périodes de la saison des fièvres, sont assez précis parfois pour qu’au lit du malade un observateur, qui suit avec soin la marche générale de l’épidémie, hésite à reconnaître comme fièvre pernicieuse tel appareil morbide que plus tôt ou plus tard il eût considéré comme telle.

c. Influence des conditions individuelles sur la production des fièvres

pernicieuses.

Les conditions individuelles exercent de leur côté une

(I) Dans ses intéressantes considérations sur les variations de mode des pernicieuses suivant les épidémies, Puecinotti regarde comme plus fréquentes, en août les cholériques et les délirantes, en septembre les ictériques et les comateuses, en octobre et novembre les apoplectiques, les algides et les syncopales ( Storiu delle fcbbre Romane . 1821).

influence incontestable sur la fréquence comme sur la forme des fièvres pernicieuses.

Au point de vue de la fréquence, une des conditions les plus essentielles pour leur apparition, c’est d’avoir eu antérieurement des accidents palustres plus bénins, la fièvre rémittente simple par exemple ou quelques accès périodiques ; il est extrêmement rare qu’une fièvre pernicieuse fasse explosion d’emblée, au moins dans le climat Méditerranéen, chez un individu qui n’a pas eu d’autre manifestation antérieure. Ce sont là néanmoins des faits possibles, dans le cas où, à l’époque la plus dangereuse de l’année, on s’exposerait subitement à l’action d’un milieu extrêmement insalubre ; il n’est que trop vrai que des individus ont succombé, sans atteinte préalable, à un premier accès pernicieux contracté dans un voyage de nuit à travers les marais Pontins, et même à travers les maremmes Toscanes ; en septembre 1806, j’ai reçu, à notre hôpital de Civita-Vecchia, un officier indemne jusque-là de tout signe d’intoxication, et qui, à la suite d’une partie de chasse aux environs de cette ville, fut atteint d’un accès comateux.

Ces faits de fièvre pernicieuse initiale sont loin d’être rares aux Indes, et au Sénégal ; mais à Rome, et dans la majorité des localités que nos troupes occupaient sur le territoire pontifical, le miasme semble n’avoir pas le degré d’intensité voulue pour produire d’emblée ces terribles accidents.

Le fait d’avoir eu antérieurement la fièvre constitue donc en somme une prédisposition individuelle ; mais il ne faut pas en conclure que les fièvres pernicieuses soient spécialement le partage des individus dont l’intoxication date de longtemps ; au contraire, ainsi que nous l’avons dit plus haut (page 121), les indigènes semblent jouir, malgré leur état de cachexie profonde, d’une certaine immunité contre ces affections; et l’on voit de malheureux pâtres vivre toute

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l’année sur ce littoral, où en quelques heures un étranger peut contracter un accès mortel.

Quant au rapport des formes de la perniciosité avec les conditions individuelles, nos observations nous ont prouvé que les tempéraments sanguins, que les constitutions relativement les plus épargnées jusque-là, présentaient une prédiposition réelle aux formes en apparence inflammatoires (comateuse, délirante, solitaire estivale) ; que les tempéraments nerveux et bilieux, épuisés par un plus grand nombre d’atteintes antérieures, étaient au contraire plus accessibles aux formes adynamiques (ictéro-hémorrhagique, syncopale, algide, solitaire automnale) (4).

f. Influence du type de la fièvre antérieure sur la production des fièvres

pernicieuses.

La fièvre pernicieuse se manifestant le plus souvent pendant le cours d’une atteinte de fièvre simple, continue ou périodique, il est essentiel d’établir quelles sont, parmi les formes bénignes, celles qui semblent conférer la prédisposition la plus marquée aux accidents pernicieux.

Nous avons signalé plus haut déjà le rôle majeur joué dans l’antiquité par la fièvre tierce, dont on agrandissait le domaine en qualifiant de double tierce presque tous les cas de fièvre quotidienne. (Voir page 136.) Aussi les au-

(1) Ces influences ont été également indiquées par Annesley ( loc . cit., p. 515 et 518), et par Puccinotti (S toria, etc.). Ce dernier auteur a créé le nom homopathio (ôp.b);, ensemble, t ràQo;, maladie) pour indiquer les modifications imprimées à l’action morbide du miasme par certaines conditions accessoires, dont une des plus importantes est le tempérament du sujet. A l’homopathie plilogistique, qui est la plus commune, appartiennent les pernicieuses à type • inflammatoire, plus propres aux tempéraments sanguins; à l’homopalhie bilieuse ressortissent les pernicieuses ictériques, cardi algiques, cholériques communes chez les individus débilités par une intoxication ancienne déjà ; aux hoinopathies scorbutique et nerveuse, il rapporte les formes les plus rapidement fatales, comme la syncopale, propres aux malades antérieurement atteints d'une cachexie invétérée.

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