GG
SYMPTOMES
l’algidité est toujours au môme degré. — Prescription : Bouillon, café, bain d’air chaud.
La tolérance est complète, et, à partir du 27 août, le malade peut être considéré comme hors de tout danger.
Mais à côté de celle amélioration rapide, commençant le troisième jour de l’accès cardialgique. G... nous a offert un exemple remarquable de développement rapide de la cachexie palustre.
Dès le 27 au soir, au moment de la rétrocession de cet accès, nous constations un œdème général, la teinte jaunâtre de la peau, le développement considérable du l'oie et de la rate. Les jours suivants le ventre devient énorme, ainsi que les jambes, et au moment du départ de G... pour France (20 septembre), tous ces symptômes persistaient, accompagnés d’un tremblement général qui nous faisait redouter à chaque instant le retour d’un accès pernicieux.
9° Fièvre pernicieuse syncopale.
Quelques-unes des formes précédentes, l’algide en particulier et surtout la cardialgique, pourraient revendiquer le titre de pernicieuse syncopale, le malade succombant parfois subitement par collapsus ou défaillance. Torti lui-même reconnaît que c’est ainsi que se manifeste surtout l’accès pernicieux syncopal; il admet cependant que la syncope peut constituer toute l’affection, le malade mourant subitement à la suite d’un mouvement, en essayant, par exemple, de se retourner dans son lit, ou même d’étendre simplement le bras ou la main (1).
Bien que nous ayons maintenu nous-même cette forme dans notre cadre des fièvres comitées, nous avouons que rien ne ressemble moins à ce qu’on appelle vulgairement un accès, qu’une syncope tuant le malade en quelques secondes. Nous croyons que sous la zone torride un individu pourra être foudroyé brusquement par le miasme palustre, mourir subitement par syncope, comme Lind en. rapporte des exemples, en travaillant à la terre; mais dans les cli-
(1) « Sivc de latore in latus se vêtit convertere, sive solummodo brachium, aut manum tentet loco movere. » (Torti, Therap. spec., lib. III, cap. i.)
mats tempérés, nous sommes disposé, dans bien des cas, à considérer la syncope beaucoup moins comme une atteinte directe comparable aux fièvres pernicieuses proprement dites, que comme un accident de la cachexie palustre.
C’est en effet chez les individus épuisés par une intoxication ancienne déjà, chez les malades atteints quelquefois d’hydropisies multiples qui intéressent les cavités les plus importantes de l’organisme, chez ceux dont le tissu du cœur a subi en outre un ramollissement particulier, que nous voyons ces cas de morts subites classées sous le titre de fièvre syncopale. Aussi est-ce à la fin de la saison des fièvres, en octobre et novembre, quand les cachexies sont à leur maximum, que ces accidents sont le plus fréquents.
Obs. XIX. — Fièvre pernicieuse syncopale. Mort. — Bohn, caporal au 19e de ligne, n’est en Italie que depuis uu an; mais il vient de tenir garnison pendant deux mois sur la lisière des Marais Pontins, et, le 14 octobre 1864, il est évacué à Rome dans un état d’anémie très-prononcée, après avoir subi plusieurs atteintes de fièvre tierce et quotidienne; c’est dans ces conditions qu’il entre dans notre service à l'hôpital militaire Saint-André (n° 26).
A notre visite du 13 septembre, ce malade nous Trappe par sa physionomie, à la fois souriante et empreinte de stupeur, on dirait un homme ivre ; il n’y a du reste aucun trouble marqué de l’intelligence, pas de fièvre, l’appétit est bon, et B... peut rester levé toute la journée. — Prescription : 8 décigrammcs de sulfate de quinine.
Pendant la nuit suivante (du 15 au 10 octobre), sans avoir accusé aucun malaise, le malade se lève, prend son vase de nuit, et tombe; on le relève mort.
A l’autopsie, cœur rempli de sang noir, très-peu caillé; les ventricules, une fois vidés, s’aplatissent comme dans le ramollissement de ce viscère, qui offre en effet ici une coloration jaune clair et un aspect granulo-graisseux de ses fibres musculaires.
Rate et foie volumineux et pigmentés ; un peu de sérosité dans les plèvres et le péricarde ; cerveau et poumons sains.
Dans ce cas -on pourrait regarder, comme prodrome d’un accès pernicieux, la stupeur que le malade nous avait présentée à notre visite du matin ; mais l’état du cœur à
SYMPTOMES
l’autopsie, et la soudaineté de la mort semblent indiquer que cette terminaison fatale a été plutôt le résultat d’un trouble fonctionnel que d’une fièvre pernicieuse proprement dite.
Nous en dirons autant, à plus forte raison, d’un autre malade que nous observions deux ans plus tard, en 1866, à l’hôpital militaire de Civita-Vecchia; arrivé au degré le plus avancé de la cachexie, atteint d’œdème généralisé et d’un double épanchement pleural, ce second malade succombe sous nos yeux et tombe mort à la suite d’un mouvement qu’il faisait dans son lit pour se placer sur son séant. A l’autopsie nous trouvions un épanchement péricardique considérable, que rien ne nous avait révélé à nos visites antérieures, et qui, grâce à la mobilité des hydropisies dans la cachexie palustre, avait dû se produire extrêmêment, vite.
On voit que ce malade est mort comme ceux dont parle Torti, à la suite d’un mouvement très-borné, ce qui semble justifier notre tendance à rapporter à de simples accidents de la cachexie palustre grand nombre des cas de pernicieuse syncopale admis par ce grand observateur.
j. Fièvres pernicieuses solitaires (rémittentes, pernicieuses, subcontinues).
La pernicieuse solitaire se présente sous deux formes bien distinctes : 1° forme subcontinue estivale qui est en rapport plus spécial avec la rémittente simple de cette saison, et qui est remarquable par l’intensité des symptémes fébriles, la rapidité de son évolution, et sa tendance à la transformation typhoïde; 2° forme subcontinue automnale, qui frappe de préférence les cachectiques, et se distingue parla lenteur et la durée de son décours, et la fréquence des accidents septiques et gangréneux.
Nous avons dit déjà que, malgré le mot solitaire, ces formes n’étaient pas exemptes des accidents graves, coma, délire, algidité, qui ont valu leur nom aux comitées (I);
(1) Voir plus haut, page 200.
nous venons en outre, dans les pages précédentes, d’insister sur la durée et la continuité fréquente des accidents pernicieux qui constituent ces dernières ; en sorte que, malgré leur séparation comme nomenclature, les solitaires et les comitées ont bien des points communs, et sont même, comme l’établissent les faits, susceptibles de transformations réciproques.
La fièvre solitaire présente deux formes extrêmement distinctes, non-seulement par leur évolution pathologique, mais encore par leurs conditions de développement.
Tandis que l’une, la solitaire ou subcontinue estivale, s’attaque aux organisations encore vierges, aux tempéraments sanguins, et se développe surtout comme transformation pernicieuse de la rémittente simple de la saison chaude, l’autre forme, que nous appellerons subcontinue automnale, semble un des accidents ultimes d’une intoxication prolongée, et se manifeste à l’époque où l’abaissement de la température, la débilitation des organismes prédisposent aux manifestations torpides et adynamiques; elle complique donc surtout les intermittentes à types éloignés, les tierces, les quartes. Elle apparaît au moment où « la physionomie des fébricitants est bien différente de celle qu'ils avaient en juillet et en août : à la place de cette rougeur de la face, de l’injection sanguine des conjonctives, on remarque l’affaissement des traits, une décoloration générale ou une teinte jaune-paille de la peau, l’anéantissement physique (1). »
La différence de ces deux formes de fièvre solitaire est donc une nouvelle confirmation du rapport que j’ai fait ressortir à chaque pas entre les conditions saisonnières et les manifestations morbides produites par la malaria.
(1) Ilaspel, loc. ctY. , l. Il, p. 168.
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1° Fièvve'subcontinue estivale ( ataxique , typhoïde, rémittente typhoïde).
Cette affection qui, à Rome comme en Algérie, se manifeste presque exclusivement à l’époque des plus grandes chaleurs, peut se développer à la suite d’accès de fièvre périodique; mais elle atteint surtout les individus qui sont en cours de fièvre rémittente simple.
Son existence s’établit par la prolongation de durée de cette fièvre rémittente, par une aggravation très-notable de tous les symptômes, par l’apparition enfin d’un appareil morbide qu’on ne peut mieux résumer que sous le titre d’état typhoïde. Cette transformation est en effet caractérisée par une augmentation du délire nocturne, parla tendance de ce délire à la continuité, par le tremblement musculaire, la sécheresse et les fuliginosités de la langue, le météorisme, les épistaxis, les sudamina. En somme, à part la diarrhée qui n’est pas constante, nous trouvons chez ces malades les traits principaux de notre fièvre typhoïde, envisagée spécialement dans sa forme ataxique, la plus rapidement mortelle de toutes.
Ce qui donne à cette question un grand intérêt, c’est que de plus, chez tels de ces malades, vous rencontrez à l’autopsie les lésions de la fièvre typhoïde, et sous leurs formes les plus accentuées (plaques dures, gangréneuses de M. Cruveilhier) ; que, chez d’autres, au contraire, l’autopsie ne révélera que les altérations des fièvres pernicieuses.
Cette assertion, basée cependant sur des faits, est tellement contraire à l’opinion commune, qui regarde comme essentiellement différents d’une partie groupe des typhus, d’autre part celui des affections palustres, que nous allons d’abord donner quelques-unes des observations sur lesquelles nous nous appuyons ; puis, comme conclusion de ces faits, nous indiquerons notre opinion sur la manière de
INTOXICATION AIGUE, comprendre et d’interpréter ce point de contact entre des maladies réputées si incompatibles.
A. Observations. — La gravité de ces formes me permet de trouver facilement dans mes notes des observations terminées par l’examen nécroscopique nécessaire à la solution de cette question.
Ous. XX. — Fièvre subcontinue typhoïde, mort en douze jours; à l'autopsie, plaques gangréneuses dans l’intestin grêle. — Galhcron, voltigeur an 19e de ligne, en Italie depuis trois ans, entré cinq fois déjà aux hôpitaux pour fièvre intermittente, actuellement caserné au quartier de San Giovanni Decollalo.
Le 4 juillet 1861, il éprouve des frissons, suivis d’une réaction très-vive, d’agitation nocturne, de vomissements, et on l’apporte le S juillet dans mon service de Saint-André (n° 68).
A la visite du 6 : céphalalgie intense, peau chaude, face congestionnée, pouls à 120, vomituritions bilieuses, langue saburrale, constipation. — Prescription : Eau de Sedlitz, puis 1 gramme de sulfate de quinine.
Le 7 juillet, persistance de la fièvre sans rémission depuis la veille; douleurs extrêmement vives dans les membres, tension de l’épigastre ; envies de vomir. — Prescription : 2 grammes d’ipéca, 10 sangsues aux apophyses mastoïdes.
Le 8 juillet, il a eu la nuit un violent délire; le malade s’est plusieurs fois levé pour retourner à la caserne; peau toujours chaude, langue sèche, fendillée, soif intense. — Prescription : 2 grammes de sulfate de quinine en potion.
Le 9, subdélire au moment de la visite; il y a plusieurs selles involontaires : le météorisme, à peine sensible la veille, est considérable ; pouls précipité, à plus de 130, pommettes violacées. — Prescription : 1 gramme de sulfate de quinine; lavement huileux
Le 10, épistaxis pendant la nuit, tremblement musculaire, respiration bruyante, accélérée; le malade ne répond pas aux questions.
Ces accidents typhoïdes s’accroissent chaque jour; le 14 commence une éruption sudorale qui devient confluente le lendemain ; à la visite du 15, coma profond, 50 respirations par minute. Mort le 16 juillet.
Autopsie le 17 juillet. — Congestion des vaisseaux sous-arachnoïdiens et de la substance grise du cerseau, sans adhérences ni épanchements.
Congestion hypostalique des deux poumons ; l ien de notable dans le cœur ni le péricarde.
Le foie pèse 1,800 grammes, présente une teinte rouge uniforme,
SYMPTOMES
sans aucune altération des cellules ; vésicule distendue par une bile noire et poisseuse ; la rate hypertrophiée (près de 600 grammes) offre une charpente solide et résistante, sans ramollissement notable do son parenchyme.
L’intestin grêle présente le type de la lésion typhoïde dite gangréneuse; les plaques sont énormes, saillantes de près d’un centimètre au voisinage de la valvule, et laissent apparaître, au milieu des nombreuses ulcérations de la muqueuse, des escharres dures, cassantes, colorées en jaune parla bile. Hypertrophie des ganglions mésentériques.
O lis. XXI. — Fièvre subconlinue typhoïde ; mort clans l’algiditè; à l'autopsie plaques gangréneuses dans l'intestin grêle. — Lefondré,- voltigeur au 59e de ligne, en Italie depuis un an et demi, âgé de 28 ans, entré quatre fois déjà à l’hôpital pour fièvres intermittentes, caserne au quartier de Ponte Rotto, est apporté, le 31 août 1863, dans mon service de l’hûpital Sainte-Thérèse (n° 76).
La veille il a été subitement pris de violentes douleurs dans la télé, la nuque et les lombes ; la face est rouge, les pommettes violacées, le pouls i\ 110, large et dur, la céphalalgie arrache encore des cris au malade; la langue est jaunâtre, envies de vomir continuelles, constipation. La palpation abdominale permet de reconnaître une hypertrophie considérable de la rate. — Presciiption : Potion avec 2 grammes d’ipéca; à trois heures, après la cessation des vomissements , nous faisons prendre devant nous lo décigrammes de sulfate de quinine.
Le 1er septembre, diminution marquée de la fièvre, de la céphalalgie, des envies de vomir. — Prescription : 15 décigrammes de sulfate de quinine, lavement purgatif.
Le 2 septembre, une épistaxis pendant la nuit qui a été fort agitée ; stupeur de la face, lenteur des réponses, tremblement des lèvres, langue sèche ; pouls ondulant, presque dicrote. — Prescription : 1 gramme de sulfate de quinine.
Le 3, délire nocturne alternant avec des rêvasseries, sous l’influence desquelles le malade voulait à chaque instant se lever; épistaxis ; un peu de météorisme; pas de garde-robes depuis Tarant* veille. — Prescription ; Potion avec musc, 1 décigramme ; lavement purgatif.
Le 4, subdélire au moment de la visite ; ces symptômes typhoïdes persistent sans s’aggraver les jours suivants, et nous croyions le malade en voie d’amélioration, lorsque le 9, â notre contre-visite, nous trouvons un abaissement considérable de la température, avec petitesse du pouls, affaiblissement de la voix, et, malgré l’emploi des stimulants les plus énergiques, Talgidilé augmente, et le sujet succombe le même soir à dix heures.
Autopsie le 10 septembre. — Crâne : Nous ne trouvons qu’une congestion du lacis vasculaire sous-arachnoïdien, sans épanchement ni altération de la pulpe cérébrale.
Cceur jaunâtre, très-ramolli, distendu par des caillots mous et noirâtres ; poumons sains.
Rate très-volumineuse, pesant 1,040 grammes, ramollie dans tous les points, mais plus spécialement il son centre, où la pulpe présente par places une coloration presque noirâtre, due à une grande quantité de granulations pigmentaires.
Foie aussi hypertrophié (près de 2,000 grammes), à couleur uniforme, de teinte acajou.
Intestins : Toutes les plaques de Peyer sont énormément tuméfiées, et dépassent en certains points le niveau de la muqueuse de b à 6 millimètres. Ulcérations nombreuses de ces plaques, près de la valvule iléo-cœeale ; les bords de ces ulcérations sont à pic, leur fond grisâtre et pulpeux. Hypertrophie des ganglions mésentériques.
Obs. XXII. — Fièvre subcontinue typhoïde; symptômes tétaniques; pas de lésions intestinales. — Barbier, fusilier au 19e de ligne, âgé de 22 ans, en Italie depuis onze mois, caserné au quartier de Salara (le plus dangereux, peut-être, de Rome), est apporté le 3 août 1864, dans mon service, à Saint-André (n° 1 o), atteint des symptômes d’une fièvre rémittente de moyenne intensité: céphalalgie, rougeur de la face, peau chaude, langue saburrale, soif intense, agitation et vomissements. — Prescription : 2 grammes de poudre d’ipéca, I gramme de sulfate de quinine à prendre à trois heures (pris devant nous à la contre-visite).
Le 4 août, persistance des mêmes symptômes, agitation nocturne considérable ; épistaxis au moment même de la visite. (Eau de Sedlilz, 6 décigranmies de sulfate de quinine.)
Le b, nouvelle épistaxis, pouls dédoublé, langue sèche, diarrhée, léger météorisme.
Les jours suivants, onconstale la persistance de l’état fébrile, de la diarrhée, l’augmentation du météorisme; le délire est devenu continu ; et à la date du 9 nous percevons des râles sibilants disséminés des deux côtés de la poitrine.
Le 12, éruption de sudamina presque confluente, soubresauts des tendons, pouls irrégulier, inégal, selles involontaires.
Le 14 le malade nous avait présenté une amélioration légère à la visite du malin ; on peut obtenir quelques réponses; mais, dans la nuit suivante, il est atteint de mouvements convulsifs, et le lendemain lb août, au moment de notre visite, nous le trouvons la tête renversée en arrière, les lèvres et la figure violacées, le thorax saillant, immobile, presque asphyxié déjà par la contraction téta- L. Colin, Fièvres.
274 SYMPTOMES
nique ries muscles de la poitrine (véritable accès tétanique). Malgré l’emploi immédiat d’inhalations chloroformées, de révulsifs aux extrémités el sur le thorax, mort le 15, à dix heures du matin.
Autopsie le 16. — Congestion des vaisseaux sous-arachnoïdiens sans trace d’infiltration sanguine ou séreuse de la pie-mère, sans adhérence de cette dernière tunique à la pulpe cérébrale.
Poumons très-distendus, faisant saillie à travers l’ouverture pratiquée à la cage thoracique; pas d’altération organique, écume abondante dans toutes les ramifications bronchiques.
Cœur un peu jaunâtre, présentant une ecchymose violette sous le péricarde, longue de 3 centimètres, large de 10 à 12 millimètres, le long du sillon antérieur; cavités droites distendues.
Congestion des veines mésaraïques, mais seulement dans leurs branches principales ; l’intestin grêle est même d’une pilleur qui tranche avec la coloration rouge violacée de l’estomac ; aucune altération de couleur, de volume, ni de consistance des plaques de Peyer; pas le moindre gonflement des ganglions mésentériques.
Rate environ triplée de volume, extrêmement molle, présentant des taches noirâtres où son tissu est plus spécialement diffluent, et dont l’examen microscopique permet de constater une immense quantité de corpuscules pigmentaires de toutes formes.
Foie un peu ardoisé, normal comme poids, volume, intégrité des cellules.
Ûbs. XX11I. — Fièvre rémittente comateuse , devenue subconlinue typhoïde ; mort ; ulcérations .et gangrène des plaques de Peyer. — Pécazaux, grenadier au 59e de ligne, en Italie depuis trois ans, sans entrée antérieure à l’hôpital, est en garnison à Civila-Vecchia depuis le mois de mai 1866, et est employé, comme moniteur, aux bains de mer où se rendent les hommes de son régiment.
Le 8 juillet 1866, il éprouve, élant sur la plage, une violente céphalalgie, des vomissements, perd connaissance, el dans cet état est rapporté au quartier où on lui fait prendre immédiatement une potion vomitive, et où l’on applique des sinapismes. La fièvre persiste les jours suivants; mais, l'inlelligence étant revenue, le malade n’est pas envoyé de suite à l’hôpital, où il n’entre que le. 12 juillet, après une nuit pendant laquelle il avait été atteint d’un violent délire.
Visite du 12 août : stupeur profonde, face turgescente, peau chaude, pouls à 120, langue sèche, fuligineuse ; ni diarrhée, ni vomissements, ni météorisme. — Prescription : 15 sangsues aux apophyses masloïdes; 15 décigrammes de sulfate de quinine; une potion avec 1 décigramme de musc.
Le 13, selles involontaires, météorisme; pendant toute la nuit,
délire bruyant et brutal ; impossible d’obtenir une réponse du malade, qui marmotte des phrases inintelligibles; pouls irrégulier, dépressible, très-rapide et très-fréquent. (12 sangsues, potion avec musc, 1 décigramme, sinapismes.)
Le 14, le ventre est devenu énorme, et rend partout un son tympanique; coma profond, dont aucun moyen ne peut tirer le malade, et qui persiste jusqu’à la mort, survenue le 16 août, quatre jours après l’entrée.
Autopsie. — Nous comptons dans l’intestin environ trente-cinq plaques toutes extrêmement saillantes, les plus inférieures confluentes et comprenant ainsi toute la circonférence de l’intestin grêle ; ces dernières seulement commençaient à s’ulcérer, présentant un fond jaunâtre sous leurs bords à pic ; hypertrophie des ganglions mésentériques. Rate doublée de volume, complètement ramollie. Foie normal.
Rien de notable dans les autres cavités.
En somme, les deux premiers malades (observations XX et XXI) ont été atteints de fièvre rémittente qui est devenue typhoïde, qui s’est rapidement terminée par la mort, et aux deux autopsies nous avons rencontré les lésions types de notre fièvre typhoïde ; et pourtant ces deux malades étaient entrés auparavant plusieurs fois aux hôpitaux pour des fièvres d’accès : nous devions donc croire chez eux au développement anatomique de la fièvre typhoïde beaucoup moins que chezlesujet de l’observation suivante (obs. XXII), jeune soldat nouvellement incorporé, nouvellement arrivé en Italie, appartenant à cette catégorie d’hommes qui, dans l’armée, sont plus spécialement disposés à la fièvre typhoïde ; et cependant, il nous en a offert les symptômes sans que les lésions se soient développées.
Mais le fait le plus remarquable que nous ayons recueilli à l’appui de cette thèse du développement de la fièvre typhoïde à titre de complication pernicieuse des fièvres rémittentes, est la dernière de ces observations (XXIII), dont le sujet est le nommé Pécazaux.
Cethomme, d’une stature athlétique, résidant en Italie depuis trois ans, ne présentait aucune des conditions itidivi- 1 duelles prédisposant, dans l’armée, à la fièvre typhoïde qui
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frappe surtout les faibles et les recrues ; il n’y avait pas eu, dans la garnison de Givita-Vecchia, un seul décès depuis quatre mois, pas un seul cas de fièvre typhoïde depuis le mois de décembre précédent, lorsque ce militaire est atteint, le 8 juillet 1866, d’une fièvre rémittente comateuse qui devient typhoïde, et succombe en huit jours, présentant les altérations intestinales les plus caractérisées, comme on n’en voit que dans les épidémies très-graves de fièvre typhoïde. Et comment avait-il contracté cette maladie ? Il était moniteur aux bains de mer, restait sur la plage insalubre de Civita jusqu’au coucher du soleil, c’est-à-dire jusqu’au moment où l’influence palustre agit avec la plus violente énergie ; ce qui prouve que son atteinte inaugurait non pas une épidémie de fièvres typhoïdes, mais une épidémie de fièvres rémittentes, c’est que, dans la même semaine, nous recevions à l’hôpital, outre un grand nombre de fièvres rémittentes bénignes, trois autres cas pernicieux dont un comateux terminé par la mort (obs. VII), un algide également suivi de mort (obs. XIV); mais, en revanche, aucun autre cas de fièvre typhoïde.
B. Conclusions sur les rapports à établir entre la pernicieuse subcontinue et la lièvre typhoïde. — D’après
les faits précédents, nous sommes amenés forcément aux conclusions suivantes : entre la rémittente ou subcontinue pernicieuse estivale et la fièvre typhoïde, il y a une connexion symptomatique telle qu’elle défie souvent tout diagnostic ; souvent même il n’y ajpas lieu à diagnostic, la rémittente pernicieuse s’identifiant anatomiquement à la fièvre typhoïde dans un grand nombre de cas.
Nous ne nous dissimulons pas la gravité d’une semblable opinion ; tous nos prédécesseurs, et parmi eux les plus imposants par leur autorité, ont insisté sur la séparation absolue à établir entre lafièvre rémittente typhoïde etla dothiénentérie proprement dite.
On a été guidé vers cette distinction formelle par un premier fait: la rareté relative de la fièvre typhoïde dans les pays chauds et palustres, rareté qui, exagérée par Boudin, était devenue une des bases de sa thèse de l’antagonisme entre le typhus abdominal et la malaria.
C’est avec une certaine timidité, avec une véritable appréhension qu’on a fini cependant par se rendre à l’évidence des faits, et qu’on a dû accepter de visu , à la suite d’autopsies, la possibilité de la fièvre typhoïde en Afrique.
Un de nos maîtres les plus éminents, M. Laveran, a livré un des premiers à la publicité des observations authentiques et suffisamment nombreuses recueillies dans notre colonie, et son exemple a donné l’impulsion à des travaux analogues qui mettent aujourd’hui hors de doute (1) l’existence de cette affection en Algérie.
Depuis on l’a constatée également dans des régions palustres bien plus méridionales. Observée à Taïti, à Bourbon par les médecins de la marine française (2), en Cochinchine par Linquette (3), elle l’a été aux Indes par Robertson, par Morehead; et sur la côte occidentale d’Afrique, dans ses points les plus essentiellement palustres (littoral du Niger), par William qui en a constaté les lésions anatomiques (4).
Mais une opinion générale, qui a surgi comme pour expliquer ces faits, c’est que, dans ces climats qui ne sont pas le sien, la fièvre typhoïde ne frappe que les nouveaux venus, et respecte les anciens résidents. « Un mois après l’arrivée sur le sol algérien, l’organisme, influencé par le miasme
()) Parcourir le Recueil des mémoires de médecine militaire, qui est riche aujourd’hui d’observations de ce genre, dues en particulier à MM. E. Collin, Netter, Masse, Frison, J. Arnould et Kelsch.
(2) Dutroulau, loc. cit., p. 127 et suivantes.
(3) Linquette, Une année en Cochinchine [Recueil de méd. mil. 1 80-i ) .
(;0 Hirsch, Handbuch , etc., fièvres typhiques.
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paludéen, se montre déjà réfractaire à l’exanthème dothiénentérique (1). »
Bien que cette limite de temps, imposée par Boudin, soit trop étroite, il est certain qu’en général la fièvre typhoïde frappe surtout, en Algérie comme en France au reste, les jeunes soldats auxquels elle impose son tribut d’acclimatement, non pas au pays, mais à la vie militaire nouvelle pour eux. C’est ainsi qu’à Rome j’ai vu une petite épidémie de fièvre typhoïde sévir sur des recrues arrivées à la fin de l’année 1864 pour combler les vides produits dans l’effectif de la garnison par les évacuations de convalescents sur France.
Mais dans ces cas, comme dans les épidémies analogues observées en Afrique, la maladie a sévi dans une saison tout autre que les affections palustres, par conséquent a été complètement indépendante de celles-ci, et ne peut, à aucun titre, rentrer dans le faisceau des affections telluriques. Il y a donc une grande différence entre ces épidémies tout à fait isolées de fièvre typhoïde, et les observations que nous venons de rapporter plus haut, dans lesquelles la dothiénentérie s’est associée, non pas seulement, d’après les symptômes, mais d’après ses lésions, aux manifestationspernicieuses de lamalaria.
Dire, pour expliquer ces faits, que l’affection, en ces cas, a été essentiellement double, due à l’influence parallèle de deux éléments morbides, l’élément palustre, et l’élément typhique, c’est recourir à la doctrine invoquée par certains observateurs qui ont également trouvé les plaques de Peyer ulcérées dans la rémittente pernicieuse, doctrine contre laquelle je ne saurais trop m’élever.
Si l’on se rappelle en effet, que nous avons établi, dans nos considérations sur l’étiologie, que les fièvres les plus graves ont surgi parmi les habitants des casernes les plus périphé-
(I) Boudin, Fièvres intermittentes, p. fl2.
riques, les moins peuplées, on récusera de prime abord chez ces malades l’influence d’un principe ou élément typhique qui aurait dû atteindre surtout les soldats logés au centre de la ville, et dans les quartiers encombrés ; quant aux faits cliniques que nous exposons dans nos observations XX, XXI, XXII, XXIII, peut-on admettrequ’il y ait eu chez ces sujets, au lieu d’une affection unique, coïncidence de deux maladies distinctes, que la fièvre typhoïde se soit développée de son côté, la fièvre rémittente du sien, marchant l’une et l’autre parallèlement sous nos yeux, et même s’empruntant réciproquement quelques symtômes en raison de cette complexité de la constitution médicale? Nous l’aurions cru, si nous avions observé pendant une année seulement ; mais, en voyant le fait se reproduire pendant trois étés consécutifs; en voyant la fièvre typhoïde naître toujours en juillet avec les fièvres rémittentes ; présenter dès les premiers cas son maximum de gravité, n’offrant ni période d’augment, ni période de déclin, comme dans ses épidémies ordinaires, nous avons cru pouvoir la considérer comme faisant partie du faisceau morbide de l'endémie romaine ; quoi de plus convaincant surtout que de voir cette fièvre typhoïde surgir au milieu des phénomènes les plus caractérisés de fièvre rémittente, simple ou pernicieuse, de la voir également se terminer si fréquemment et si brusquement dans le coma et l’algidité !
Est-il dans les allures de la fièvre typhoïde de frapper ainsi tout à coup quelques individus, sans s’être annoncée, comme dans ses épidémies habituelles, par une modification progressive de la constitution médicale? N’aurions-nous pas eu des cas de moyenne intensité ?
Si nous entrons dans l’analyse même des symptômes, je puis affirmer que ces fièvres rémittentes typhoïdes ne diffèrent pas plus de la dothiénentérie que celle-ci ne diffère d 'elle-même.
Les derniers cas de fièvre typhoïde que j’avais vus à Paris
280 SYMPTOMES
m’avaient frappé par leur décours rapide, et leur extrême gravité ; c’était pendant l’été exceptionnellement chaud de 18G3, et la malignité de la maladie durant cette période avait fourni précisément matière à quelques observations devant la Société des hôpitaux (1). Eh bien, les premiers cas de fièvre rémittente typhoïde que je rencontrai à Rome pendant l’été suivant me semblèrent l’exacte reproduction de ceux que je venais de voir à Paris. Les seules différences symptomatiques ont été parfois le début, signalé à Rome, par un accès comateux, ou bien la terminaison, parfois aussi subitement entraînée par un accident pernicieux, coma ou algidité (2).
Combien diffèrent également de la description classique de Louis toutes les variétés de fièvre typhoïde observées depuis les travaux de cet observateur.
A Rome, je me suis appliqué au lit du malade à étudier tous les signes donnés comme différentiels entre la rémittente typhoïde et le typhus abdominal. Ayant pratiqué pendant plusieurs années au Val-de-Grâce, dans cet hôpital qui est un champ perpétuel d’observations de la fièvre typhoïde, je me sentais parfois assez de confiance en mon habitude de cette affection pour en établir ou en exclure le diagnostic ; et pourtant l’autopsie venait renverser les conclusions de mon observation clinique. Là où, pendant la vie, j’avais constaté quelques-uns de ces accidents qui constituent la perniciosité, coma, délire violent dès le début, algidité, où aussi, en raison d’atteintes antérieures de fièvre, je pouvais croire à une maladie dépendant exclusivement de la malaria, je trouvais les lésions types de la dothiénentérie ; et dans d’autres cas, où la lenteur et le calme relatifs
(1) Voir Bulletin de la Société médicale des Hôpituux in Union medicale ,
(2) C’est à cette épidémie de 1803 que se rapportent les observations qui ont servi de base aux intéressantes monographies de Fritz et Chédevcrgne sur les Formes spinales et cérébrales de la fièvre typhoïde, Paris, 1805.
de l’évolution morbide, l’absence d’affections palustres antérieures, semblaient assurer le diagnostic : fièvre typhoïde, l’autopsie, négative à cet égard, ne me donnait que les lésions de la fièvre pernicieuse.
A ceux qui, pour établir ce diagnostic, en chercheraient la base dans les prétendues rémissions qui ont valu à cette forme palustre le nom si peu mérité de rémittente (1), nous répéterons encore que le type en est aussi continu que celui de la fièvre typhoïde (2).
Pourquoi donc, et c’est ici le point le plus délicat, pourquoi ne rencontrerons-nous les lésions typhiques que dans quelques-uns de ces cas ? Question bien obscure en effet, insoluble pour celui qui, suivant la tendance actuelle des esprits, voudra assigner à chaque affection un germe unique comme condition sine quâ non de son développement.
Il faut en effet, pour résoudre cette question, attaquer l’arche sainte de la spécificité de la fièvre typhoïde, de cette affection si bien étudiée dans ces dernières années, à laquelle il ne manquait, après les beaux travaux de Louis qui ont établi la spécificité de sa marche, que la démonstration aujourd’hui accomplie de sa contagiosité, pour qu’on s’empressât de la proclamer spécifique dans sa cause, à l’égal des fièvres éruptives.
Or, malgré cette contagiosité, connaissons-nous toute l’étiologie de la fièvre typhoïde? Repose-t-elle sur une base absolue, unique, matériellement déterminée? En Angle-
(1) Bien moins juste que celui de subcontinue.
(2) Combien ont dû, comme nous, hésiter en pareil cas et pour la même raison! combien d’observateurs, pour prouver la justesse de leur diagnostic, ont fait appel à l'anatomie pathologique qui leur a donné tort!
« Si, en dehors des maladies endémiques de l’Algérie, la fièvre typhoïde figure sur nos tableaux, c’est que, insidieuse à son début, et nous en ayant imposé pour des fièvres rémittentes, nous n’avons reconnu que plus tard notre erreur de diagnostic. » (Léonard etFolley, Recherches sur l'état du sang dans les maladies endémiques de l’Algérie , p. 14.)
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terre, William Budd lui a assigné pour germe une cellule spéciale, provenant des évacuations alvines, comme celle qu’il attribue à la dyssenterie ; en France, où cette maladie est cependant si commune, si bien étudiée, on est assez sage pour ne pas aller si vite, et tout ce qu’on a pu faire jusqu’à ce jour a été de circonscrire, d’une manière encore bien vague, les conditions qui semblent, non pas enfanter fatalement, mais favoriser le développementdela lièvre typhoïde ; aujourd’hui le cercle où se trouve cette inconnue est encore assez vaste pour que nous voyions invoquer dans son étiologie les causes les plus variées depuis les impressions morales jusqu’aux émanations de foyer putrides. Que cette affection soit spécifique dans ses allures et sa marche, nous l’admettrons volontiers ; mais avec cette réserve que de toutes les affections de ce genre, elle est celle dont la cause est la moins déterminée, la moins exclusive, en un mot la moins spécifique.
Eh bien parmi les conditions, encore si peu précises dans leur mode d’action, qui semblent présider au développement de cette maladie, il en est une que nous voyons peut-être chaque jour sans vouloir ou sans oser la reconnaître, c’est l’organisme lui-même dans certaines circonstances morbides. Quoi de plus semblable au début d’une fièvre typhoïde qu’une de ces affections classées souvent .sous le nom de fébricules, d’embarras gastrique fébrile, et par les plus hardis sous le nom de typhus abortif ; elles se terminent soit par rétrocession, soit par une transformation silencieuse où l’on voit le malade s’engager insensiblement dans le décours d’une fièvre typhoïde aussi caractérisée que celle qu’il aurait puisée dans un foyer d’infection ou de contagion ; n’est-ce pas, comme corollaire de ces faits, qu’a été proclamé ce dogme de l’École de Paris, que toute fièvre continue, durant plus de huit jours, est une fièvre typhoïde ?
Comment naît, en pareille circonstance, la lièvre typhoïde, si ce n’est par la prédisposition spéciale qui se développe dans un organisme soumis à un mouvement fébrile prolongé, à certains troubles gastriques, et à l’influence de sécrétions plus ou moins altérées (1) ?
Ce n’est pas autrement que je m’explique le développement anatomique du typhus abdominal dans le cours de certaines fièvres rémittentes ; nous y voyons des troubles gastriques d’une extrême intensité, un mouvement fébrile si énergique qu’on l’a appelé fièvre ardente, et ces phénomènes durent plusieurs jours. Ne peuvent-ils suffire à produire les conditions favorables à l’invasion morbide des glandes intestinales ? Ces conditions ne seront pas plus fatales qu’aucune autre des causes de la fièvre typhoïde, et, comme preuve, tous ceux qui sont atteints de pernicieuse rémittente ne subiront pas nécessairement cette conséquence, simplement possible, de leur affection.
Pour récuser toute connexité entre ces maladies, on s’est placé quelquefois à un point de vue très-élevé ; et c’est au nom des progrès incontestables de la science moderne qui en effet a su débrouiller le chaos des anciennes fièvres pestilentielles et malignes, qu’on a proclamé la séparation absolue et désormais inébranlable des deux grandes familles morbides auxquelles doivent être attribuées ces affections jadis si mal connues, et pour cela même confondues, d’une part les fièvres à quinquina, d’autre part les typhus.
Il est évident que cette séparation est en effet une des œuvres les plus utiles des temps modernes ; elle nous donne un bien autre avantage que celui de pouvoir lire facile-
(I) « La maladie spécifique est quelquefois le fruit exclusif du travail intérieur de la spontanéité vivante; l’étiologie devient alors tout interne, et le monde extérieur ne semble pas y apporter sa part accoutumée. » (E. Chauffard, de lu Spontanéité et de la Spécificité dans les maladies.) Paris, 1S67.
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ment l’histoire des anciennes épidémies; en dehors de la simple spéculation et de la satisfaction scientifiques, elle a l’immense bénéfice d’une conséquence pratique toujours actuelle ; car on a séparé ainsi du groupe immense des fièvres graves le faisceau des maladies à quinquina, et l’on a isolé, pour les soumettre à la toute-puissance d’une médication héroïque, un nombre considérable d’affections livrées, avant Torti, aux hasards d’une thérapeutique incertaine et banale. « Séparez bien résolûment nos fièvres à quinquina et surtout la pseudo-continue de la fièvre typhoïde, me disait l’auteur auquel la France doit la conservation de tant de soldats, M. Maillot, nonseulement vous serez dans le vrai, mais vous n’introduirez pas un élément d’incertitude dans le traitement des fièvres palustres en les confondant avec d'autres espèces morbides.»
Qu’il me soit permis d’insister pour bien faire remarquer que je n’admets en rien la fusion originelle de ces espèces, que je ne conçois ici la fièvre typhoïde que comme transformation de l’appareil morbide d’une des manifestations de la malaria, de la manifestation qui, par les conditions où elle place l’organisme, en particulier par l’excès et la durée de la fièvre et du gastricisme, le met pour ainsi dire en puissance d’enfanter spontanément le typhus abdominal.
Je sais que les affections typhiques, considérées d’une manière générale, ont souvent semblé relever directement de la malaria. Pour Fracastor, le typhus succède aux inondations du Pô ; quelques' années après, l’armée de Lautrec, sous les murs de Naples, est presque entièrement détruite par le typhus qu’avaient également précédé des inondations et un grand nombre de manifestations palustres, surtout des fièvres tierces et doubles-tierces (1) ; la Hongrie,
jllarser, Lehrbuch der Geschichte , etc., n° 81.
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ce tombeau des Allemands, est le théâtre, pendant les trois siècles derniers, et de fièvres pestilentielles (typhus) et de fièvres palustres.
De ces faits je ne conclurai certainement jamais à une identité de nature entre le typhus et les affections nées des marais ; il est probable que, dans ces circonstances, le typhus n’a fait. explosion qu’en raison des conditions de misère, de débilitation antérieures, et surtout d’encombrement, auxquelles s’étaient trouvées réduites des masses humaines considérables à la suite de ces inondations (1).
Mais, à côté de ces grandes calamités, où le développement du typhus n’a eu probablement qu’un rapport indirect avec les conditions du sol, il est un certain nombre de faits que mon séjour à Rome m’a peut-être tout spécialement engagé à étudier, et dans lesquels il semble vraiment que cette transformation de la fièvre palustre en typhus pétéchial, ou abdominal, se soit très-fréquemment accomplie.
L’homme qui, au siècle dernier, a élevé le monument le plus remarquable à l’étiologie des fièvres palustres, qui est entré de la manière la plus complète dans l’analyse de leurs causes essentielles et accessoires, c’est incontestablement Lancisi ; non-seulement il les résume admirablement (2); mais, en outre, dans les cinq épidémies dont il nous raconte l’histoire, il établit parfaitement les conditions locales d’impaludisme dont elles ont été le résultat. Eh
(1) Ainsi dans l’épidémie décrite par Fracastor, et par lui attribuée aux inondations du Pô, ces inondations avaient agi indirectement en forçant les habitants de la campagne à envahir les villes voisines, et à y développer les conditions étiologiques du typhus, encombrement et misère; absolument comme de nos jours l’Irlandais, chassé de ses campagnes par la disette des pommes de terre, vient envahir les grandes villes d’Angleterre et y créer, par cet excès de population misérable, les conditions d’explosion de la même maladie.
(2) Lancisi, De acluenritiis Romani cœli qualilalibus.
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bien, quelles sont les formes graves qu’il nous décrira comme conséquences pathologiques de ces effluves miasmatiques ; ce sera avant tout le typhus, le typhus des camps ( febres castrensès ) ; non-seulement il énonce ce fait comme lin aphorisme absolu en tête de son ouvrage (1) ; mais dans le détail de chacune des épidémies, relatées par Lancisi, vous retrouvez en effet les traits incontestables du typhus pétéchial, quelquefois même du typhus abdominal (2). De ces faits nous ne tirons pas d’autre conséquence que celle-ci, à savoir que du temps de Lancisi il n’était pas impossible que les formes graves de l’intoxication palustre allassent jusqu’à subir la transformation typhique ; à cette
(1) Vitium noxiorum effluviôrum, quæ ex inductis prope, vel intra urbem Romam, stagnis, paludibus, cœnosisque locis egrediuntur; illinc oriuntur febres plerumque castrenses. [De adventitiis, etc., 2me paragraphe )
(2) Dans la première épidémie, qui sévit aux alentours du fort Saint-Ange, par suite de l’infection causée par la vase des fossés de ce fort, Lancisi indique les symptômes suivants : pouls petit, inégal, soubresaut des tendons, ventre météorisê, parotides, riiort au 7e, 9e, IIe jour (dates habituelles des morts par typhus). Les autopsies semblent prouver qu’il n’y avait pas seulement typhus pétéchial, car la lésion suivante, qu’il attribue à la morsure des lombrics, me semble bien indiquer des ulcérations intestinales qu’il ne pouvait appeler de leur nom à une époque où n'était pas constituée l’anatomie pathologique de la fièvre typhoïde : « Imù vero hic illic subnigras maculas exhibebant, quarum in centris scissuras quasdam insculptas vidimus, quas nemo nostrûm propter lombricorum vicinitatem ambigere potuit, eorumdem esse vestigia morsuum, atqne erosionum. » [De noxiis paludum effluviis, lib. II, ep. i, cap. v et vi. ) Lorsque, cinquante ans plus tard (1762), Rœdercr et Wagler constataient les premiers à Gœttingue l’altération essèntielle de la fièvre typhoïde, ils trouvaient aussi les intestins remplis de lombrics et de tricocéphales, et ils eussent pu, comme Lancisi, attribuer aux morsures de ces enlozoaires les ulcérations intestinales.
Dans la deuxième épidémie de Lanc isi, celle qui eut pour cause àOrvieto le voisinage de routoirs de chanvre, sa description indique formellement le typhus pétéchial: « Imo vero livida exanthemata, et vibices, nec secus parotides, quibus ægri jugulabantur, erumpebant. » [De noxiis, etc., lib. Il,ep. u, cap. îv.)
Dans la troisième, celle de Baguorea, causée également par des eaux stagnantes, nous trouvons l’éruption, les troubles nerveux, et la date habituelle de la mort des typhiques: «Ægri primuni anxietntibus, ne lipothymis, inox
époque parmi les typhus, c’était la variété pétéchiale, exanthématique qui dominait; aujourd’hui le typhus abdominal semble en avoir pris la place, au moins dans l’Europe méridionale, et c’est à cette forme que tendront, par le fait de leur continuité, les solitaires palustres, de même que dans les pays salubres y tendent aussi toutes les fièvres d’une certaine durée.
Il est évident, pour celui qui observe dans des climats opposés ou différents, que la médecine ne se prête pas à ces divisions mathématiques propres aux autres sciences naturelles ; l’organisme, ce centre commun des affections les plus diverses, est plus que le simple terrain où viendra germer la graine, si tant est que chaque affection ait son germe spécial ; mais il est en puissance de produire spontanément des maladies réputées à tort spécifiques, quand il a été amené à certaines conditions morbides favorables à ce développement.
Ce qui prouve que je ne fais pas ici seulement de la théorie, c’est, qu’aux faits observés par moi, il me serait facile d’en ajouter bien d’autres, empruntés aux auteurs qui ont le mieux travaillé cependant à distinguer les typhus des fièvres palustres (1), à ceux même qui ont observé sous les
apparentibus per cutim papulis modo subrubris, modo livescentibus, et accedente capitisdolore, subdelirio et comate, inductisque levibus tendinum convulsionibus, quas jectigationes appellant, nono plerumque, uudecimo, vel decimo quarto die mortem obibaut. » ( De noxiis, e te., lib. II, ep. m, cap. ni.)
Dans la quatrième, frappant, à la suite d’inondations, la petite ville de Pisaurum, encore les soubresauts et les éruptions: «In progressu vero febris, spasniodici manuum, pedumque motus; exanthemata livida, et parva collum, pcctus et dorsum obsidebant. » (De noxiis , etc., lib. 11, ep. tv, cap. v.)
Dans la cinquième et dernière, qui é.clata à Ferentino et Anagni, encore ; le typhus, et dans ses formes les plus graves : «Exanthemata modo purpui rea, modo livida, efflorescunt in ente. Parotides interdum exubérant, inter- 1 dum gangræuosi decubitus patefaciunt. » (De noxiis, etc., lib. II, ep. v I cap. n.)
(I) Ainsi, dans Haspul, l’autopsie nous révèle les altérations suivantes dans
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tropiques, là où la géographie médicale a contesté jusqu’à la possibilité de la fièvre typhoïde (1).
Le caractère le plus notable de ces fièvres typhoïdes est l’extrême violence de leur évolution ; parfois enlevés par un accident pernicieux d’un autre genre, comme le coma ou l’algidité (voir notre XXIe observation), le malade est entraîné dans presque tous les cas vers une terminaison rapidement mortelle (2).
Cette rapidité n’est-elle pas le fait du climat, et de la saison extrêmement chaude à laquelle se développe cette
la 7e observation de fièvre pernicieuse: «Quelques ganglions mésentériques sont engorgés; dans le tiers inférieur de l’intestin grêle, saillie des glandes de Brunner et des plaques de Peyer ; à mesure qu’on approche du cæcum, ce développement est encore plus remarquable ; la valvule présente même à sa surface une petite ulcération arrondie. » (Haspel, loc. cit., t. II, p. 275.) Chez un malade mort de rémittente pernicieuse, M. Maillot note: « l’intestin grêle ne présente rien d’anormal jusqu’à environ 2 pieds au-dessus de la valvule iléo-cœcale ; là commencent à se montrer des ulcérations, au nombrede 25 à 30, à bord d’un rouge violacé (Maillot, loc. cit., 34e observation). Dans un cas analogue, Nepple rencontre: «dans le jéjunum et l’iléon des plaques violacées de la largeur d’un centime à un écu de 3 livres; au centre de ces plaques, putrilage gangréneux, s’ouvrant en forme d’ulcération saillante; les glandes mésentériques sont blanches, dures, et de la grosseur d’une noisette (Nepple, loc. cit., p. 264.)
(1) Pour Annesley, qui voyait surtout les solitaires estivales, puisqu’aux Indes le climat doit rendre ces formes communes et permanentes, la lés:ou intestinale n’est plus une éventualité, c’est la règle : « Les altérations de l’intestin sont en général limitées à sa tunique interne. Le duodénum, le jéjunum, et l’ileum, surtout le duodénum et la fin de l'ileum, présentent des altérations très-fréquentes de leur surface muqueuse, qui est enflammée par places, souvent recouverte de muco-pus, et parsemée (studded) de petites ulcérations, en particulier la fin de l’iléon.
Quelquefois les ulcérations, qui sont tantôt larges et discrètes, tantôt petites et confluentes, mais surtout les premières, ont perforé .les tuniques intestinales; et «j’ai vu, dans quelques cas, une perforation et une péritonite consécutive. «(Annesley, Discases of India, etc., p. 647). De même enCochinchine, Linquelte a constaté les complications typhoïdes des fièvres pernicieuses, complications dont nous devons penser la même chose que de c. Iles qu’on voit à Borne et en Algérie. ( Une année en Cochinchine, in Recueil de médecine militaire, 3° série, t. XI, ISOl.p. 100.)
(2) « Les affections pseudo-continues, passées à l’état typhoïde, marchent
pernicieuse? C’est ainsi qu’en 1863 la fièvre typhoïde qui régnait à Paris, durant un été extrêmement chaud, tuait extrêmement vite, en huit, dix, douze jours. Qui sait si cette rapidité symptomatique n’est pas la cause principale de l’absence, dans un certain nombre de cas, des lésions anatomiques qui n’ont pas eu le temps d’accomplir parallèlement leur évolution ?
Nous croyons que de nouvelles observations viendront confirmer les nôtres, qu’en reconnaissant la connexité réelle de ces deux affections, on se rendra compte enfin des motifs bien réels d’hésitation où se trouve à chaque retour de l’été, en Algérie comme en Italie, le médecin qui cherche à distinguer une rémittente pernicieuse d’une fièvre typhoïde. Les médecins du midi de la France ont donné le nom de fièvres de campagne à ces associations morbides de la fièvre typhoïde et des fièvres palustres, comme on en a constaté un grand nombre l’an dernier dans leur pays, au camp de Lannemezan (l) ; pour que ces prétendues associations se reproduisent ainsi périodiquement à l’époque où dominent les influences telluriques, il faut qu’il y ait autre chose que coïncidence de deux affections différentes, et que de l’une à l’autre il existe une filiation analogue à celle que nous avons démontrée.
2° Fièvre subconlinue automnale ( adynamiquc , cachectique , putride).
Contrairement à la précédente, cette forme vient com-
avec une rapidité beaucoup plus grande f|ue les affections typhoïdes qui rccon-* naissent une autre origine. » (Maillot, loc. cit., p. 231.)
« Cette fièvre marche avec une grande rapidité, et à l’autopsie on ne trouve que des altérations insuffisantes pour expliquer la mort: hypertrophie des glandes de l’eyer, offrant à peine quelques points ulcérés. » (Linquette, loc, cit., p. 103.) Ces altérations suffisent au moins A caractériser la maladie.
(I) Philippe, Hopport médical sur le camp de Lannemezan , in Hecucil de méd ., mil., 3e série, t. XXII, 18G9, p. 27.