L. Colin» Fièvres
SYMPTOMES
pliquer surtout les fièvres intermittentes à périodicité marquée, à longues intermissions, les tierces et les quartes môme dont elle est presque la seule transformation pernicieuse. Elle appartient donc, non plus à l’été, mais à l’automne, saison des fièvres froides et des cachexies.
Ici, le processus morbide s’accomplit conformément à la description donnée par les auteurs qui ont considéré la continuité comme due à la fusion des accès ; la chaleur persiste pendant l’intermission,qui devient de plus en plus courte et qui disparaît plus ou moins, en même temps qu’apparaissent certains symptômes généraux graves : épistaxis, délire nocturne, soubresauts des tendons, pneumonies hypostatiques, gangrène de décubitus, quelquefois parotides.
Malgré cet appareil, l’affection diffère de la fièvre typhoïde par le faciès jaunâtre des malades, par la tuméfaction du foie et de la rate, quelquefois par l’œdème généralisé de la cachexie palustre ; les paroxysmes persistent souvent avec beaucoup d’intensité, et sont précédés de frissons ; il est des moments où la température glaciale de la peau indique la perte de la caloricité ; cette affection a une durée plus longue que la fièvre typhoïde, pouvant aller jusqu’à cinq à six semaines., pendant laquelle l’existence du malade semble à la merci d’un accès plus violent que les précédents : « Il traîne ajnsi une vie misérable pendant trente ou quarante jours, quelquefois plusieurs mois, avant d’arriver à la guérison ; c’est un long marasme entrecoupé de crises (I). » L’autopsie révèle l’intégrité de l’intestin grêle.
C’est à cette forme que reviennent la plupart des fièvres putrides automnales, observées par Sydenham à Londres alors entouré de marais, la plupart aussi de celles qui s’attachaient aux armées guerroyant en Hongrie, en Hollande,
(1) llaspcl, loc. cit. , t. II, p. 414.
au milieu de conditions telluriques heureusement modifiées aujourd’hui.
Sous les tropiques, aussi bien que dans le Nord, c’est la forme propre aux anciens fébricitants, aux cachectiques (1).
übs. XXIV.— Fièvre subcontinue, automnale ; 'pétéchies , parotides. Guérison. — Bresch, fusilier au 59e de ligne, en Italie depuis deux ans, est entré trois fois aux hôpitaux pour fièvre intermittente. Jaune, amaigri, atteint d’œdème des membres inférieurs, il est dirigé de Rome sur France le 25 août 1866 ; mais, en arrivant à Civita-Vecchia où il doit s’embarquer, il est pris d’un violent frisson avec vomissements et défaillance, et son état me paraît si grave que je le fais transporter à l’hôpital militaire de celle ville, dont j’étais le médecin en chef.
Le lendemain, 26, à la visite du matin, peau chaude, pouls à 120, ondulant, pommelles rouges, sans complication pulmonaire ; toute la nuit le malade a poussé des cris et cherché à se lever; urines involontaires. — Prescription : 1 gramme de sulfate de quinine, café, bouillons.
Le 27, langue noire, fendillée, épistaxis, météorisme sans diarrhée ; soubresauts des tendons; pouls à 116.
Cet état se prolonge sans modification notable jusqu’au 2 septembre; ce jour-là, au moment de notre contre-visite, le malade est en proie à un violent frisson, dont son air de souffrance, malgré sa stupeur profonde, indique qu’il a conscience. — Prescription : Lavement opiacé avec 2 grammes de sulfate de quinine ; potion avec musc (5 centigrammes).
Le 3 septembre, coma depuis la veille au soir, sensibilité conservée, trismus. — Prescription : 15 décigrammes de sulfate de quinine en lavement.
Le 4, amélioration notable, intelligence revenue, langue encore
(1) Annesley la dépeint à merveille, quand il en oppose les traits aux allures vives et inflammatoires de la rémittente inflammatoire (notre subcontinue estivale) : « La forme adynamique apparaît surtout dans les marais voisins du littoral, le long des rivières, ou à l’intérieur dans les bas-fonds entourés de jungles et de bois épais. Quand la fièvre prend cette forme, c’est à l’époque où dominent les types quarte, quotidien et irréguliers; alors les intervalles des paroxysmes sont remarquables par les symptômes de profond épuisement, par la débilité, et l'affaiblissement du pouvoir vital. Tout révèle une atteinte profonde : l’anxiété du sujet, l’aspect terreux (squalid) de la peau, le tremblement de la langue, la tuméfaction des ypochondres. ( Diseuses of India, etc., p. 525.)
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sèche et noirâtre ; pouls tombé à 90. Le symptôme dominant est l’adynamie profonde avec tremblement musculaire général (potage, vin, café, décoction de quinquina).
Le 8 septembre, pendant la nuit, le malade a été repris de frissons et de vomissements ; la stupeur est revenue, miction involontaire, langue fuligineuse et fendillée, tuméfaction considérable des hypoehondres, et développement de la matité splénique. Peau chaude, pouls à 110. — Prescription : 1 gramme de sulfate de quinine, potion éthérée, glace.
A partir de cette époque jusqu’au 2b septembre environ, les symptômes adynamiques vont en augmentant ; une éruption pétéchiale discrète, violacée, se développe sur les flancs et les cuisses ; au sacrum apparaît une rougeur érysipélateuse; subdélire continuel; le pouls et la température offrent des oscillations irrégulières ; bronchite généralisée avec congestion de la base droite, se révélant par du souffle.
Le 2 o septembre, la parotide droite, qui la veille semblait un peu rénilente, a pris un énorme développement, augmenté par l’œdème du tissu cellulaire du cou.
Le 27, incision de l’abcès parotidien.
A partir du 30 octobre suivant, le malade, arrivé à un degré d’affaiblissement extrême, semble renaître complètement ; l'appétit, le sommeil, reparaissent ; la plaie parotidienne, l’excoriation du sacrum se réparent rapidement; mais ce n’est que le 2b octobre, deux mois après son entrée à l’hôpital de Civila, que le malade peut se lever. Il est alors encore très-jaune, infiltré, et atteint d’un tremblement général ; c’est dans cet état que nous l’embarquons pour France le 12 novembre.
On voit de combien d’accidents graves a été menacé ce malade depuis les phénomènes pernicieux, coma en particulier, jusqu’aux plus graves complications des fièvres malignes, pétéchies, gangrène, parotides suppurées.
C’est à des formes de ce genre, mais arrivées à leur summum de gravité, que M. Haspel a donné le nom de fièvre putride scorbutique (1), appellation qui résume à merveille les tendances hémorrhagiques et gangréneuses de l’affection. Tous les malades atteints étaient aussi d’anciens fébricitants, souvent hospitalisés depuis longtemps ; chez tous,
(1) fiaspel, toc. dit. * t. II, p. 389.
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l’affection survenait à l’arrière-saison, au moment où la cachexie est à son maximum; chez presque tous enfin, au coma, à l’algidité, aux épistaxis, se joignirent des gangrènes de la joue, des gencives, de la langue, des organes génitaux, de la surface des vésicatoires.
Tous ces cas étaient, à notre avis, des formes très-graves de subcontinue automnale.
1° Anémie et cachexie palustres.
Malgré l’unité évidente de la cause qui semblerait, au premier abord, devoir produire des effets identiques sur tous les individus qu’elle influence, l’autonomie de l’organisme est démontrée, dans les pays à fièvres, par la différence des impressions qu’il reçoit de la malaria.
Tandis que l’étranger, et surtout le nouveau venu, semble particulièrement disposé aux manifestations aiguës, simples ou pernicieuses, l’indigène jouit h cet égard d’une immunité relative, mais à condition de compenser cette immunité par un autre mode d’impression morbide, impression très-profonde, puisqu’elle s’accuse par une véritable déchéance organique; sans être complètement réfractaire aux accidents aigus, dont il est trop souvent victime, l’habitant de ces tristes contrées est voué surtout à l’intoxication chronique, à la cachexie, dont les traits, exprimés par Hippocrate à propos des habitants des bords du Phase (1) , se retrouvent empreints sur les populations actuelles de tous les pays à fièvres. Bailly a parfaitement mis en relief cette tolérance remarquable de la malaria chez les individus arrivés à la
(1) Ils sont d’une haute taille et d'un embonpoint si excessif qu’on ne leur voit ni articulation ni veine; leur coloration est aussi jaune que celle des ictériquos. (Hippocrate, Œuvres complètes, trad. 15. Littré. Des Airs, des Eaux et des Lieux. Paris, 1810, t. II, p. CI.)
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dernière limite de la cachexie : « J’ai souvent vu des obstructionnaires arriver à l’hôpital du Saint-Esprit, ayant le "ventre dur comme une pierre, la rate occupant toute la partie antérieure de cette cavité ; quelques accès de fièvre étant la seule maladie pour laquelle ils venaient, on les traitait comme tous les autres, le quinquina en faisait justice, et ils repartaient au bout de deux ou trois septénaires, le ventre aussi dur qu’auparavant, et bien portants relativement à la fièvre qui les avait dérangés de leurs travaux. Ils peuvènt être ensuite des années entières sans avoir la fièvre (1). »
Chez les étrangers, les signes de l’intoxication chronique ne se développent habituellement qu’à la suite d’une série plus ou moins longue de manifestations fébriles, et à l’époque où le malade en est arrivé aux types périodiques, à longue intermission ; c’est dire que l’anémie palustre se rencontre surtout d’une part chez les anciens fébricitants, et d’autre part en automne, époque où dominent les fièvres les plus remarquables par la durée des intervalles apyrétiques.
Il est cependant des exceptions à cette règle générale ; chez certains malades cette intoxication, dite chronique, se développe avec une singulière rapidité ; j'ai vu des fièvres de première invasion conduire en quelques heures à la cachexie des individus dont l’organisation, jusqu’à cette atteinte initiale, avait conservé tous ses attributs de force et de santé; tel est le malade suivant dont je résume l’observation en quelques mots :
Obs. XXV. — Fièvre rémittente simple. Cachexie consécutive. — Guyonnet, fusilier au 29° de ligne, caserné à Sainte-Marie Majeure, en Italie depuis un an seulement, entre à l’hôpital, pour la première fois, le 23 août 4864 (dans mon service à Saint-André, n° 129). Ce malade est atteint de fièvre rémittente simple dont le décours n’offre aucune circonstance notable. Mais dès le 28 août,
( I ) Bailly, loc. cit., p. 421 .
époque oii Guyonnet se lève pour la première fois, il présente tle l’œdème de la face et des extrémités, de l’ascite, un gonflement énorme de la rate qui descend jusqu’à l’ombilic, et nous nousemprcssons de le renvoyer en France en convalescence.
Nous avons également mentionné la rapidité avec laquelle se développèrent les symptômes de la cachexie chez un de nos malades atteints de fièvre pernicieuse (1). Comme nous, P. Jacquot a observé « en Algérie, mais surtout à Rome, des cachexies réellement galopantes, à la suite d’une première atteinte de fièvres (2) » ; et des faits du même genre ont été relatés par Nepple (3), et Bretonneau.
Mais il y a plus; dans certains cas, l’intoxication chronique se développe directement, sans aucune manifestation fébrile antérieure, absolument comme on peut voir les accidents ultimes de la cachexie saturnine apparaître sans avoir été précédés des phénomènes initiaux de l’intoxication aiguë par le plomb, coliques, arthropathie, paralysie des extenseurs, etc. (4).
Tous ceux qui, comme nous, ont observé dans les pays à fièvres, regardent comme erronée l’opinion de Nepple, quand il dit : «Les miasmes agissent de suite, en produisant des effets plus ou moins apparents, ou n’ont aucune prise sur l’économie animale (5). »
Il est certain, au contraire, que l’intoxication chronique
(1) Voir plus haut Obs. XVIII.
(2) Jacquot, de l'Origine miasmatique des fièvres intermittentes, p. 104.
(3) « J’ai vu un individu de 40 ans, établi depuis peu comme fermier dans le pays d’étangs, être guéri spontanément d’une tierce violente, au deuxième accès, par la formation rapide d’une collection aqueuse dans le ventre. » (Nepple, loc. cit., p. 237.) Il y a de l’optimisme à appeler guérison un semblable fait; mais pour Sydenham lui-même, dans les fièvres intermittentes chroniques, l’apparition de l’œdème et de l'anasarque est un signe de guérison. Nouvelle preuve de l’immunité des cachectiques à l’endroit des manifestations aiguës de l’intoxication tellurique.
(4) Boudin, loc. cit., p. 191.
(5) Nepple, loc. cit., p. 14G.
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se développe, chez quelques individus, insidieusement pour ainsi dire, et sans accès fébriles antérieurs ; ce fait a été mis surtout hors de doute par M. Gatteloup (1).
Parfois même l’hydropisie, regardée généralement comme un symptôme consécutif à beaucoup d’autres troubles, apparaît d’emblée, véritable accident primitif de l’impression morbide (2).
Dans l’immense majorité des cas, c’est, comme nous l’avons dit, chez les anciens fiévreux, et à la fin de la saison épidémique, en octobre et en novembre pour la zone méditerranéenne, que l’anémie palustre prend son plus grand développement; c’est alors que les hôpitaux sont remplis de ces malades à teint jaunâtre, à figure bouffie, à démarche chancelante, chez lesquels toute puissance de réaction semble abolie, et dont l’organisme, aussi bien que l’intelligence, n’exprime plus qu’une indolente passivité.
Les caractères de l’anémie palustre ont été bien décrits par nos collègues de l’armée d’Afrique ; les trois symptômes dominants sont : 1° le teint des malades, rappelant celui des gens hâlés par le soleil, avec cette différence que la coloration jaune terreuse s’étend à toute la surface du corps sans être limitée aux parties habituellement découvertes (3); la peau reste habituellement moite, et n’offre pas cette sécheresse spéciale à la cachexie dysentérique ; 2° les hydropisies (4), remarquables par leur généralisation, leur mobilité qui explique tant de morts rapides prises à tort pour des accès pernicieux, œdème de la glotte,
(1) Catteloup, de la Cachexie paludéenne en Algérie , iu Recueil de mémoires de méd. mil.t 2e série, t. VIJI, p. 1.
(2) Périer, Études complémentaires des observations de Pringle, p. 105.
(3) Catteloup, loc. cit.
(■i) On a voulu, bien à tort, rapporter ces liydropisies à l’albuminurie qui est, en somme, un fait rare dans l’anémie palustre; les urines sont habituellement denses en raison de l’abondance des sueurs, et de l'état semi-fébrile de ces malades; il n’est pas étonnant que l’acide azotique y produise souvent
œdème pulmonaire, épanchement péricardique, apoplexie séreuse ; 3° le développement plus ou moins considérable du foie, delà rate, et la veinosité abdominale qui en estle résultat.
Nous n’insisterons pas sur les symptômes par lesquels se traduit en outre l’anémie palustre, et qui lui sont communs avec les autres anémies, essoufflement, palpitations, lipothymies, bruits vasculaires et cardiaques, etc.
Les modifications subies par le sang ont été soigneusement étudiées par MM. Léonard et Foley (1); si, d’après ces observateurs, les variations du chiffre de la fibrine sont peu importantes (2), il n’en est pas de même de l’albumine et des globules rouges qui sont, en règle générale, tombés bien au-dessous de leurs chiffres physiologiques (3).
Or on sait que, de toutes les anémies, l’hypoalbuminose est celle qui prête le plus au développement des hydropisies, dont elle est sans doute la cause dans la cachexie palustre. Quant à la diminution des globules rouges dans la circulation, on peut avec raison la rapporter en partie à la destruction subie par ces éléments soit dans la rate et dans le foie, où, sous forme de résidus pigmentaires, on en voit de nombreuses traces, comme nous le rappellerons à l’ana-
: un précipité, qui n’est dù qu’à l'excès d’acide urique ; ceux qui ont regardé ce précipité comme une preuve d’albuminurie ont négligé le contrôle par la chaleur qui le redissout au lieu de le rendre plus marqué.
(t) Léonard et Foley, Recherches sur l’état du sang dans les maladies endémiques de l’Algérie. Paris, 1846.
(2) Léonard et Foley, loc. cit.y p. 38. «Le chiffre de .la fibrine a presque toujours oscillé entre les minime et les maxima de ses proportions physiologiques. «
(3) Dans 62 analyses, les globules sont descendus 29 fois au-dessous du il chiffre 110 pour 1000; leur moyenne a diminué d’autant plus que les réci- ; dives avaient été plus nombreuses (id. , p. 41 et suiv.). Quant à l’albumine,
généralement diminuée, elle est tombée une fois à 40, résultats, disent ces il auteurs, en contradiction avec cette proposition deM. Andral: « La diminui : tion de l’albumine dans le sang n’a été, jusqu’à présent, trouvée chez l’homme
ique dans les cas où le sang a perdu d’abord de son albumine par les reins. » (Loc. cil., p. 58.)
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tomic pathologique; soit dans divers autres tissus, et en particulier dans la couche sous-épidermique où se font des dépôts du même genre.
Pendant les années 1864 et 1866, j’ai examiné. au microscope le sang de presque tous les anémiques qui, en automne, étaient admis dans mon service; je croyais trouver dans le sang une altération, correspondant à la pigmentation splénique et cutanée, constater la mélanémie.
Sur 65 cas dont j’ai noté les résultats de cet examen, je n’ai rencontré que trois fois dans le sang des granulations pigmentaires; et cependant chez tous ces malades le sang avait perdu sa coloration rouge vif ; il était brun sale, couleur jus de pruneaux ; et l’on pouvait espérer trouver dans sa pigmentation les résultats d’une évidente destruction des globules rouges (1).
Mais ce que je puis établir en revanche, comme résultat de cette même enquête, c’est l’augmentation fréquente, et parfois très-notable, du chiffre des leucocytes. C’est par erreur d’observation sans doute qu’on a voulu établir une différence absolue entre la leucémie et la cachexie palustre, en affirmant que, dans cette dernière, les globules blancs ne subissent pas d’augmentation, que parfois même ils dirai n Lient (2); dans les neuf dixièmes des cas (50 fois sur 65 malades), je les ai trouvés augmentés, dans une proportion moindre certainement que chez les leucémiques arrivés au plus haut degré de leur affection, mais assez forte cependant pour que j’aie pu souvent l’évaluer, sous le champ du microscope, au décuple de l’état normal.
(1) C’est là une preuve, comme nous le rappellerons au chapitre de 1 Anatomie pathologique, de la formation sur place de la pigmentation dans la cachexie palustre, et de l’erreur de ceux qui admettent comme règle absolue le transport circulatoire, vers la peau ou d’autres organes, du pigment splénique.
(2) Griesingcr, loc. cil., p. 35.
D’après la saison où prédomine la cachexie palustre, on comprend pourquoi les individus qui en sont atteints offriront presque toujours, en cas de manifestations fébriles, les types périodiques à grandes intermissions, ceux qui sont les plus communs à l’arrière-saison ; les types quartes, et ceux où l’apyrétie est plus longue encore, les types septénaires, bisepténaires (1) y apparaîtront relativement fréquents. Parmi les pernicieuses, ce seront l’algide, la syncopale, l’ictérique,la comateuse apoplectique, la subcontinue automnale, qui menaceront surtout le cachectique; leur état semble incompatible avec la comateuse inflammatoire, avec la subconlinue estivale, formes qui réclament un organisme vigoureux, susceptible d’une violente réaction.
Cet état semble en revanche la condition la plus favorable au développement des formes atténuées de la fièvre, consistant en frissons incomplets, en sueurs peu abondantes mais prolongées, et de ces troubles variés classés sous le titre de fièvres larvées, parmi lesquelles les névralgies susorbitaire et intercostale sont les plus fréquentes chez cette catégorie de malades.
L’anémie palustre présente les degrés les plus variés correspondant à la dose du poison absorbé; on a prétendu à tort que les formes de l’intoxication chronique variaient de nature suivant les foyers d’infection; il n’en est rien (2) ; quand nous voyions à Rome nos régiments revenir des différentes garnisons qu’ils occupaient sur le territoire pontifical, nous reconnaissions presque à coup sûr, d’après la physionomie et les allures des soldats, la provenance de ces divers détachements ; mais il n’y avait là que des différences de degrés tenant à l’insalubrité plus ou moins grande des localités occupées par nos troupes. Considérez la cachexie palustre des Hollandais et des riverains de la Baltique, vous lui recon-
(t) Voir Archives de médecine navale, février 18G7.
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naîtrez, comme à celle des Arabes et des Indiens, les traits indiqués par Hippocrate et par Galien : tumidi ventres , lienosi , inflalis cruribus , flavo viridive colore exsnnques.
Un fait intéressant à constater, c’est la rapidité avec laquelle on voit s’effacer, dans un très-grand nombre de cas, les symptômes de l’anémie, alors même que le développement des viscères abdominaux, l’œdème des extrémités, indiquent une altération déjà marquée du sang et de la nutrition des organes.
Je ne nie pas d’une manière absolue la ténacité de l’intoxication chronique ; je serais contredit par trop de faits, observés journellement dans nos hôpitaux de France même, où nous voyons à quelles nombreuses rechutes, et à quelle existence misérable sont parfois voués pendant longtemps ceux qui en ont subi l’atteinte soit en Algérie, soit en Italie.
Mais, d’une manière générale, on s’exagère la fréquence des cas de ce genre; on voit souvent des malades qui, après un séjour plus ou moins long dans ces pays, sont enclins, une fois rentrés en France, à rapporter constamment à une intoxication palustre antérieure tous les troubles que leur santé pourra désormais éprouver, et parfois les médecins acceptent trop facilement cette étiologie ; en général, quand le masque de l’impaludisme a disparu, quand les viscères abdominaux ont repris leur volume normal, et qu’il n’y a plus de récidives de fièvre, on doit considérer ces individus comme rendus à leur santé habituelle, et leurs maladies' comme indépendantes de leur séjour dans des pays à fièvres (1).
J’ai vu, en France, des régiments rentrer soit de Rome, . soit d’Algérie, et, à part quelques individus plus profondément éprouvés, l’ensemble des hommes avait perdu en quel-
(I) Parfois même la rate demeure grosse chez des individus guéris radicalement; nous verrons que les lésions de cet organe ne peuvent se prêter, dans tous les cas, à un retour entier à son volume normal.
ques mois les apparences et les imminences morbides de l’intoxication chronique.
A Rome même, ce rétablissement des masses était frappant ; à peine arrivions-nous à la fin du mois de décembre que le masque de l’anémie commençait à disparaître chez la plupart de nos malades ; en deux ou trois mois ils avaient repris les attributs de leur santé normale; et jusqu’au mois de juillet suivant, époque d’explosion d’une nouvelle épidémie, souvent rien ne venait trahir l’influence sur leur santé d’une diathèse morbide persistante (1).
Ces alternatives d’intoxication et de rétablissement correspondaient à Rome, comme ils correspondent dans la majorité de nos postes d’Algérie, aux alternatives annuelles d’une saison salubre et d’une saison dangereuse (2). Dans les climats où les fièvres dureront toute l’année, l’intoxication n’éprouvera pas ces temps d’arrêt, et ira s’aggravant d’une manière continue. « Aussi, est-ce dans les pays où existent le moins de variations dans les conditions qui président à la formation du miasme palustre, que la cachexie se généralise le plus, et est le plus rebelle à tout moyen de traitement. Les ravages qu’a faits l’intoxication dans les postes
(1) Il est vrai que les mesures les plus libérales avaient été prises par l’autorité militaire pour nous accorder l’évacuation sur France des hommes qui étaient entrés fréquemment aux hôpitaux, et dontla constitution était appauvrie. Aussi nos malades rentraient-ils dans un pays salubre avant d’arriver à cette profonde cachexie, dont on rencontre tant de types soit dans les quartiers périphériques de Rome, soit dans la campagne parmi les malheureux préposés à la garde des troupeaux, des villas et des antiquités disséminées dans cette plaine ; à ces derniers s’applique le triste tableau où Doni nous dépeint la rentrée des moissonneurs de la Campagne romaine : « Horum plerosque videas morbosos, pallidosque aspectu, ac vix flrmatis vestigiis catervatim mœstos ingredi, quippe quorum magna pars in urbanis nosocomiis vel vitamrelinquunt, vellongo tempore cum morte luctantur» (De restiluenda, etc. )
(2) Chez les habitants même du centre de Rome, où l'intoxication chronique ne va pas jusqu’à la cachexie, on voit reparaître, en hiver les attributs d’une bonne santé, et la coloration du teint «coloro fioritissimo nei mesi invcrnali. » (Secchi, Sulle condizionc , etc., p. 4.)
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du continent de la Guyane pendant ces dernières années, le nombre comparativement moindre des accidents graves qui arrivent aux Antilles, où les malades peuvent reconstituer leur santé par le passage des localités insalubres dans des points élevés et salubres, en peuvent fournir la preuve (1).
Voilà la raison du degré de cachexie auquel parviennent les indigènes, sans qu’il y ait entre eux et les étrangers d’autre différence que la durée d’action de la malaria.
Monfalcon a décrit mieux que personne les misérables ; conditions auxquelles sont réduites les populations des pays j à fièvres. « L’habitant de ces tristes lieux souffre dès sa nais- . sance et montre, pendant les premiers jours de sa vie, la profonde empreinte de l’insalubrité du climat. A peine at-il quitté la mamelle qu’il languit et maigrit ; une couleur jaune teint sa peau et ses yeux, ses viscères s’engorgent ; il meurt souvent avant d’avoir atteint sa septième année (2) ».
Dans certains de nos départements où il existe encore des marais, l’homme n’atteint pas la taille voulue pour la conscription (3), et la mortalité excède notablement la mortalité normale (4).
(1) Dutroulau, loc. cit . , p. 357.
(2) Monfalcon, Histoire médicale des marais , p. 128.
(3) Ce fait est noté pour les conscrits de la Brenne (Indre), par M. Bergeron, Rapport sur les épidémies de 18G5, in Mémoires de P Académie de médecine, Paris, 1868, t. XXVIII, p. 411.
(4) Dans la Dombe, la vie moyenne est inférieure de 1 1 ans à la moyenne des autres départements (Rollet, Étangs de la Dombe, leur influence sur la population , Annales d'hygiène, 1862. 2e série, t. XVIII, p. 225);sur les bords marécageux de la Sprée, la mortalité excède d’un douzième celle des localités voisines (Reinhard, Étude statistique de l'influence des contrées paludéennes sur la durée moyenne de la vie. Annales d’hygiène , 1862. 2e série, t. XVllii p. 217). Dans certaines localités palustres du département de l’Hérault la mortalité, pour la période de 0 à 10 ans, dépassé de 6/10 celle du reste de la France (Foussagrives, Éludes hygiéniques sur les marais. Annales d'hygiène, 1869. 2e série, t. XXXII, p. 74). Suivant Aitken (foc. cit.), la mortalité des pays à fièvres dépasse de t à 38 sur 1000 habitants celle des autres pays. Voy. aussi Tardieu, Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité, t. II, p. 643, Paris, 1862.
2° Danger «les maladies iutercurrcutes. — Pneumonie palustre.
Si la cachexie palustre n’entraîne pas en général la mort directement, si même elle semble mettre à 1 abri des formes les plus redoutables de la perniciosité, elle prédispose malheureusement à certaines affections indépendantes en elles-mêmes de la malaria, et leur donne un terrible caractère de gravité.
D’une part, c’est la dysentérie qui tue par centaines les fiévreux de nos armées dans les climats chauds, et même dans certaines régions de l’Algérie; aux Indes, la dysentérie, si grave déjà par elle-même, l’est bien plus encore chez les anciens fébricitants (1). Mais la dysentérie n’est redoutable pour eux que dans les pays où elle trouve elle-même ses conditions de développement; comme nous l’avons rappelé, elle n’est point une affection palustre, bien qu’ayant certains foyers communs avec la malaria. Aussi à Rome, où la dysentérie n’est pas plus fréquente qu’à Paris, faisaitelle bien peu de victimes parmi nos fiévreux ; dans les régions même où elle atteint et décime ces malheureux cachectiques, comme dans notre province d’Oran, elle n’est pas plus qu’ailleurs la conséquence des fièvres ; elle naît sous l’influence de conditions toutes différentes ; mais, rencontrant des organismes affaiblis par la malaria, elle les prend de préférence comme, dans d’autres circonstances, elle le fait des scorbutiques; et, sur un terrain pareil, ses lésions anatomiques et son pronostic acquièrent une gravité peut-être sans égale.
L’autre affection, redoutable aux cachectiques, non plus seulement dans certains foyers, mais à peu près partout, et spécialement dans les parties les plus septentrionales du domaine des affections telluriques, c’est la pneumonie ; cette
( I ) Auneslcy , loc. cil,, Dïsentliue.
S YM PTOM ES.
maladie joue un rôle si considérable dans la mortalité de cette catégorie de malades, qu’elle constitue, en maintes localités, le plus redoutable danger qu’ils aient à courir.
Nous avons signalé déjà une opinion qui a cours dans la science, et d’après laquelle ces pneumonies de la cachexie palustre sont regardées comme des accidents aigus inhérents à la malaria, et, comme tels, désignées sous le nom de fièvres pernicieuses pneumoniques ; on a vu, dans notre nomenclature des fièvres pernicieuses, que nous n’admettions pas d’accès de ce genre, qui nous semblent devoir rentrer pour la plupart, comme les accès dits pleurétiques, dans la forme pernicieuse cardialgique (1).
Grisolle (2) admet cependant une lièvre pernicieuse pneumonique, c’est-à-dire une pneumonie présentant cette allure singulière de se manifester d’une manière intermittente pendant plusieurs accès successifs, en disparaissant presque complètement pendant les intervalles apyrétiques ; une pneumonie de ce genre différerait non-seulement de la pneumonie habituelle, ce type de l’évolution phlegmasique continue depuis le frisson initial jusqu’à la défervescence; mais elle différerait en outre de tous les autres accès pernicieux qui, par leur retour, ramènent simplement un état grave comparable à celui de l’accès précédent; tandis qu’en
(1) Pendant nies trois années d’observation à Rome, je n’ai vu qu’un seul cas auquel on eût pu tout d’abord appliquer l’appellation de fièvre pernicieuse péripneumonique; c’était chez un de mes collègues de l’hôpital de Rome, qui nous présenta un violent accès de fièvre avec symptômes incontestables de pneumonie au premier degré, point de côté, crachats sanglants, râles crépitants et souffle bronchique ; la fièvre se reproduisit les jours suivants sous type tierce, sans répétition des accidents thoraciques du premier accès. Sans ce seul fait qui s’impose à mon sou venir, je nierais plus complètement encore l’existence des fièvres pernicieuses pneumoniques, bien que chez ce malade on puisse admettre une simple coïncidence entre le premier accès et la phlegmasie pulmonaire qui ne s’est pas renouvelée aux accès suivants, comme lo veut la description donnée par ceux qui admettent cette forme de perniciosité.
(2) Grisolle, Traité de la Pneumonie. 2° édition. Paris, 18G4.
revenant à chaque paroxysme, la pneumonie pernicieuse, bien que supprimée durant l’apyrétie, reparaîtrait à un échelon plus élevé de son évolution, de façon à parcourir celle-ci dans une série d’accès, dont le premier correspondrait au simple engouement, le dernier à la résolution ou à l’hépatisation grise.
Nous affirmons l’impossibilité d’une affection de ce genre ; Grisolle l’a admise sur la foi de deux observateurs éminents, à la vérité, mais qui, pour des raisons presque opposées, ne peuvent -être considérés comme des autorités absolues en cette matière : d’une part Morton, qui a bien connûmes fièvres pernicieuses, mais qui vivait à une époque où les signes physiques de la pneumonie étaient encore ignorés ; d’autre part Laennec, qui a fondé la base de cette séméiologie, mais qui n’a pas observé dans les pays à fièvres.
Un de nos collègues les plus distingués de l’armée d’Afrique, M. le docteur Frison, a publié un mémoire fort intéressant sur la fièvre rémittente 'pneumonique (1), indiquant par ce titre, comme par l’esprit du travail, que dans cette affectionla pneumonie est une affection secondaire, deutéropathique, causée par l’élément fièvre, qu’elle n’est en un mot qu’une forme morbide suscitée par la fièvre intermittente.
Nous ne le pensons pas ; ces accidents frappent surtout les individus atteints de cachexie avancée comme le prouve l’auteur lui-même (2), c’est-à-dire ceux qui sont en général le moins aptes aux manifestations pernicieuses de l’intoxication aiguë.
Nous croyons donc, avec M. Catteloup, que le miasme
(1) Frison, Mém. sur la fièvre rémittente pneumonique ( Recueil des mémoires de médecine militaire, 18GG, t. XVII).
(2) La lièvre rémittente pneumonique ne s’observe que chez les personnes qui ont éprouvé antérieurement les effets de l’impaludation, qui ont eu des atteintes plus ou moins répétées de fièvre intermittente, et surtout chez ceux qui portent déjà les stigmates de lacachexie palustre. (Frison, loc. ci'f.,p. 100.)