‹ Traité des fièvres intermittentesChapitre 48 sur 97 · L. Colin, Fièvres · texte numérisé non relu

L. Colin, Fièvres

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SYMPTOMES

paludéen n’est pas l’élément prédominant dans l’étiologie de ces pneumonies, que cetélémentnelesdéveloppepas d’emblée, mais qu’il intervient dans l’évolution de la maladie pour lui donner un cachet de gravité extrême ; la pneumonie de ces cachectiques est en effet aussi meurtrière que celle des scorbutiques, que celle des ivrognes ; mais elle ne mérite pas, à d’autre titre, le nom de pernicieuse.

Ce qui prouve encore combien ces accidents pulmonaires diffèrent des manifestations aiguës de l’intoxication, c’est qu’ils surviennent à Rome, comme en Algérie, comme dans la Bresse, non pas durant le règne de l’épidémie annuelle, non pas à l’époque des fièvres intermittentes simples et pernicieuses, mais en hiver, au moment où le sol semble être devenu complètement inoffensif, et ils expliquent l’énorme mortalité de cette saison (1).

Ces accidents éclatent dans les pays fiévreux, presque tous les ans, avec bien plus de régularité dans leur retour annuel que notre pneumonie franche; ils coïncident avec l’abaisse-

(1) D’après le compte rendu des malades traités aux hôpitaux civils de Rome en 1864, la mortalité maximum par mois tombe en janvier. Pendant ce mois l’hôpital du Saint-Esprit reçoit 55 cas de pneumonie, tandis qu’il n’y en a que 16 en septembre, et 4 en août, les deux mois cependant les plus chargés d'accès pernicieux ( Resoconto slatistico, etc. ). Si, dans nos hôpitaux militaires français, la mortalité par pneumonie en hiver était moindre que dans la population civile, ce fait tenait à l’évacuation sur France de la plupart de nos cachectiques, qui augmentaient, il est vrai, la mortalité des garnisons de France sur lesquelles ils étaient dirigés (Voir Statistique officielle de l'armée, 1865); ils n’y succombaient pas aux affections palustres pour lesquelles nous les renvoyions, mais aux plilegmasies pulmonaires si redoutables chez les individus débilités.

En Algérie, c’est aussi en novembre, décembre, janvier et mars, après la saison des fièvres, que ces pneumonies sont le plus fréquentes. (Catteloup, de la Pneumonie d'Afrique , in Recueil des mémoires de méd. mil., t. 11,2e série, p. 268.)

Dans le canton de Montluel, au commencement de l’année 1S25, surtout dans les mois de février, mars, avril, il se manifesta une épidémie de pleuropneumonies si meurtrières que plus de 200 individus en périrent, c’est-à-dire la moitié de ceux qui furent atteints. (Nepple, toc. eit., p. 124.)

ment de température des mois d’hiver, et présentent des recrudescences souvent terribles sous l’influence du souille des vents du nord (1).

Comme les pneumonies scorbutique et alcoolique, celles de la cachexie palustre sont remarquables par le peu d’intensité du frisson initial et de la douleur ; l’expectoration est moins visqueuse, et le râle crépitant moins sec que dans la pneumonie franche ; la réaction est si faible que souvent la dyspnée et la coloration d’une pommette sont les premiers phénomènes qui attirent l’attention du médecin ; de même que dans le scorbut et l’alcoolisme, la pneumonie est fréquemment double (2), et de plus les points du parenchyme non envahis par la phlegmasie sont souvent le siège d’infiltrations séreuses ou sanguines, dont l’état du sang explique la facilité.

En voyant l’étendue de ces lésions bien plus considérables que celles de la pneumonie franche, on comprend mieux encore l’impossibilité d’admettre un type intermittent aux manifestations qui en résultent ; on ne peut supposer que cette splénisation si considérable du tissu pulmonaire, les noyaux apoplectiques qui parfois s’y trouvent disséminés, soient susceptibles de se résorber partiellement ou même de

(1) Nous avons déjà dit combien Lancisi redoutait pour ses compatriotes le souffle de la tramontane (vent du nord), qui cependant purifie l’atmosphère de la Campagne romaine, mais qui, glacée au contact des cimes neigeuses de l’Apennin, est mortelle pour grand nombre de cachectiques.

On a fait des observations identiques dans d’autres pays à fièvres; l'habitant delà Vera-Cruz jouit, par son acclimatement, d’une immunité absolue contre la fièvre jaune, et franchit sans péril les mois les plus chauds de l’année; mais il n’a aucune immunité contre les fièvres palustres et la cachexie consécutive ; pour lui, le moment le plus fatal, c’est la saison froide avec ses vents du nord (vents de mort), qui moissonnent tous ces cachectiques. (Crouillebois, Epidémie de la Vera-Cruz, in Recueil des mémoires de méd. mil., t. X.)

(2) Sur les 55 pneumonies reçues en janvier à l’hôpital civil du San-Spirito, il y en a 30 qui sont notées comme doubles ou bilatérales. ( Resoconto statistico.)

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se dissimuler à l’oreille du médecin pendant de prétendus intervalles d’apyrétie ou de rémission. Nous admettons, chez quelques malades, la coïncidence de semblables pneumonies avec des accès de fièvre qui augmenteront momentanément et le malaise et la congestion pulmonaire ; mais, en pareille circonstance, la complexité de l’affection en explique suffisamment l’allure spéciale (1).

Par la gravité encore, la pneumonie de ces cachectiques se rapproche de celle des ivrognes et des scorbutiques ; sur les 55 pneumonies traitées, en janvier 1864, à l’hôpital civil du San-Spirito, la mortalité a été de 32 ou 60 sur 100 (2).

Dans notre armée où, grâce aux évacuations, les cachexies étaient moins avancées et moins nombreuses, nous avons eu cependant une preuve analogue de la gravité de cette complication ; sur 6 malades atteints d’intoxication chronique, et entrés à l’hôpital de Rome, en novembre et décembre 1865, étant atteints de pneumonie, la mortalité a été de moitié, chiffre énorme pour ceux surtout qui connaissent la bénignité habituelle de la pneumonie dans notre armée (3).

(1) Voir Catteloup, loc. cit.

(2) Resoconto, etc.

(3) D’après les documents que nous fournit la statistique officielle de l’armée, la mortalité des soldats atteints de pneumonie est environ de 8 p. 100 ; cette bénignité relative me semble une simple question d’âge, car elle correspond â peu près au chiffre de mortalité dans la pneumonie des malades civils d’un âge correspondant (8 morts sur 1 1 G atteints de 20 à 30 ans, in Grisolle, de ln Pneumonie ).

Dans cette même année 1865 où nous perdions à Rome 3 pneumoniques sur G, mais dans’ des conditions de cachexie palustre, nous avions eu précisément l’occasion de constater que la pneumonie franche est tout aussi bénigne dans cette ville que dans nos garnisons de France. Nous avions eu en effet au printemps précédent, à l’époque où depuis trois mois il n’y a plus de malaria, et où chacun a repris les attributs d’une santé normale, une petite épidémie de pneumonie qui nous envoya environ 3G hommes à l’hôpital; la maladie fut franche, identique en évolution à celle de France; grâce à la douceur

Nous n’avons pas vu de faits assez convaincants pour admettre avec Griesinger l’influence de l’intoxication palustre sur le développement des maladies mentales ; une grande faiblesse intellectuelle se joint le plus souvent aux symptômes de cachexie physique, et l’on connaît la torpeur proverbiale des habitants des contrées à fièvres.

Quant à des formes bien déterminées, et surtout persistantes de la folie, nous n’en avons pas vu à la suite de semblables conditions.

Il en est de même des affections nerveuses ; l’œdème, comprimant le cerveau, pourra produire certaines formes de paralysie générale, comme j’en ai publié un exemple (I) ; mais bien rarement verra-t-on survenir des atteintes partielles indiquant une lésion locale; c’est hasarder beaucoup que de faire intervenir, comme le fait également Griesinger (2), l’hypothèse d’une embolie pigmentaire pour expliquer l’hémiplégie d’un individu précédemment atteint de fièvre tierce. Cette forme de paralysie est certainement aussi commune parmi ceux qui n’ont jamais souffert de la fièvre que parmi les victimes de l’anémie palustre.

du climat, la convalescence fut môme plus rapide; sui les 36 malades, nous n’eûmes que deux décès. Ainsi, dans le môme hôpital, sur des hommes du même âge, d’un même pays, la mortalité varia, suivant qu’il y eut ou non cachexie, de l sur 18 à 3 sur 6, ou, si l’on veut, de 5 à 60 sur 100.

(1) L. Colin, Gazette hebdomadaire. 1860.

(2) Griesinger, loc. eit ., p. 54.

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