BÉNIGNITÉ APPARENTE DU PRONOSTIC
lité de 438 sur SS, 764 fiévreux, soit un décès sur 127 malades.
Si nous ne considérons, pour le moment, que ces résultats fournis par l’observation dans la zone méditerranéenne, nous voyons que peu d’affections générales offrent une aussi faible mortalité relative, et nous reconnaissons l’erreur de ceux qui croient trouver la preuve d’action du miasme dans le caractère menaçant des maladies qui en dérivent.
C’est dans une autre condition qu’il faut chercher la raison de la gravité pourtant bien réelle, dans ces mêmes milieux, des épidémies de fièvres telluriques, gravité qui s’accuse par une augmentation souvent fort sensible de la mortalité moyenne de nos troupes en Afrique ou en Italie (1). Cette condition est la masse considérable des individus atteints; il n’est aucune affection endémique qui se généralise aussi complètement que ces fièvres.
Ainsi le chiffre 3,128, qui indique le nombre de nos soldats entrés en 1864 aux hôpitaux de Rome à titre de fiévreux, représente presque la moitié de l’effectif de notre armée d’occupation, qui ne comptait, cette année-là, que 7,952 hommes; d’où il résulte que, malgré la bénignité générale de la maladie, il y a tant d’individus atteints qu’on arrive à un chiffre de décès en somme considérable (2).
(1) Voir Statistique médicale de t'armée ; tandis qu’en France, la mortalité annuplle de l’armée oscille autour des chiffres 10 et 11 pour 1000, nous voyons, en Italie et en Algérie, cette proportion s’élever à 12 et 13 pour 1000, déduction faite pourtant des autres épidémies et des 'faits de guerre; et cependant les armées occupant ces deux pays renvoient en France leurs cachectiques dont le déplacement atténue d’autant le chiffre de la mortalité à Rome et en Algérie.
(2) Grâce à cette bénignité relative des affections telluriques, le chiffre des décès dans les hôpitaux militaires d’Italie et d’Afrique est beaucoup moins élevé que dans ceux de France relativement au nombre des entrées; ainsi, en 18G5, nous ne perdons à Rome que 17 malades sur 1000 hospitalisés, tandis qu’en France nous en perdons 31 sur 1000 (voir Statistique médicale de -l'armée). Mais comme nos armées d’Afrique et d’Italie envoient aux hôpitaux
PRONOSTIC ET MORTALITE.
Ramazzini fait parfaitement ressortir cette proportion énorme des malades atteints de fièvre, comparativement au chiffre des décès ; l’année 1691 fut remarquable, dit-il, par le nombre immense des individus atteints, par la faible proportion des cas mortels ; les médecins furent épuisés de fatigue, mais leurs succès furent magnifiques : «nullus annus medicis questuosior, et gloriosior. »
Ces considérations sur le pronostic des affections produites par la malaria relèvent, comme on le voit, de faits et de chiffres authentiques ; mais remarquons bien qu’elles n’expriment que des résultats locaux dont l’analyse et la comparaison avec les faits observés ailleurs sont indispensables.
Si nous rappelons qu’à Rome même, telle caserne, notoirement insalubre, supportera à elle seule, relativement au chiffre des malades, une mortalité plus élevée qu’un grand nombre d’autres casernes aussi peuplées, mais moins heureusement situées, on sentira combien sont variables en gravité les influences de la malaria.
Même réflexion si à cette mortalité moyenne de 1 sur 127 malades, qui n’est basée que sur une période d’observations en Italie et en Algérie, nous comparons les résultats observés : A, soit dans ces mêmes pays, par M. Maillot qui à Bône a vu succomber 1 malade sur 9, par Bailly qui à Rome a constaté une mortalité de 1 sur 10 malades ; B, soit dans des climats différents : à Bordeaux, par exemple, où
bien plus de malades que les régiments en garnison à l’intérieur, on arrive ii un résultat inverse pour la mortalité absolue des corps de troupes. C’est à cause du nombre immense des individus frappés que la malaria entraîne une mortalité si élevée; c’est à son influence que sont dus la plupart des décès de la zone tropicale, et plus au nord, en llnlie, en Grèce, en Sicile, cette influence est telle encore qu’on peut lui attribuer les deux tiers des décès annuels (voir Aitken, loc. cit.). En Corse il y a annuellement 7,000 individus atteints de fièvre; on peut affirmer que 90 personnes sur 100 qui séjournent dans les plaines ne parviennent pas à l’éviter. (Carlotti. Du mauvais air m Corse, page G.)