AGGRAVATION PAR L’INTENSITÉ DE LA CAUSE
en 1805 il y avait 3,000 décès sur 12,000 fiévreux (I) ; dans la Bresse, où pendant quatre ans le chiffre des morts fut du douzième; dans file de Walcheren où en 1809 l’armée anglaise perdit par maladies, et surtout par fièvres, le tiers, non pas des hommes atteints, mais de tout son effectif; enfin, plus haut déjà, nous avons parlé de cette même mortalité dans les pays chauds, au Sénégal par exemple, et dans les Indes, où elle peut atteindre la proportion énorme de 1 sur 2 malades (2).
En rapprochant ces chiffres si disparates, il est possible d’en rapporter la différence à certaines conditions saisissables, qui semblent être les causes principales de ces variations dans la gravité des épidémies de fièvres telluriques.
B. AggraYation iln pronostic par l’intensité «le la cause
toxique.
La première de ces causes est l’intensité des effluves miasmatiques. C’est ainsi que les relevés de M. Maillot, relevé* qui indiquent tant de gravité dans la maladie, s’appliquent à la garnison de Bône pendant une époque où cette ville, aujourd’hui relativement salubre, était le centre de nombreux foyers palustres; c’est ainsi qu’à Rome on voit chaque jour des individus, qui en ville auraient continué à vivre avec les chances de mortalité moyenne que nous venons d’indiquer, contracter un accès pernicieux immédiatement mortel pour être allés s’exposer, dans la campagne environnante, à des causes toxiques plus puissantes. C’est ainsi enfin que le pronostic des fièvres sous la zone torride n’est en rien comparable à celui de ces mêmes affections dans les climats tempérés.
(1) Coutance.au, Notice sur les fièvres pernicieuses qui ont régné à Bordeaux en 1805.
(2) Aiiken, foc. cit.
PRONOSTIC ET MORTALITÉ
C. Aggravation «lu pronostic parle degré avancé de l’intoxication antérieure.
La seconde cause d’aggravation du pronostic est constituée par un certain degré d’intoxication antérieure des individus, intoxication qui les place sous l’imminence des rechutes, car rien ne prédispose plus à la fièvre que de l’avoir eue une fois, et qui dès lors multiplie d’autant le chiffre des malades, en aggravant les chances générales de mortalité.
C’est ainsi qu’une armée séjournant durant plusieurs années dans un pays à fièvres, perdra un nombre d’hommes graduellement croissant à mesure de la prolongation de ce séjour. A la Jamaïque, par exemple, la mortalité est :
durant la première année de séjeur, de 77 sur 1000 soldats anglais,
durant la seconde — 88 —
après la seconde — 97 — (1).
C’est pourquoi il n’est pas rationnel d’envoyer en campagne dans les pays à fièvres une armée qui a contracté antérieurement ailleurs les germes de l’intoxication palustre.
D’après la thèse de Michaud (2), un gouverneur de Cayenne avait, au siècle dernier (1742), établi également l’augmentation de la mortalité à mesure des progrès de l’intoxication ; les observations recueillies sur ses administrés, établissaient que :
durant la première année, cette mortalité avait été de 15 sur 1000
la seconde
la troisième
la quatrième
(1) Aitken, loc. cit.
( 2 1 Voir Bertillon, art. Acclimatement, in Dictionnaire Encyclopédique des Sciences médicales.