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B. CONGESTIONS ENCÉPHALIQUE, PULMONAIRE ET ABDOMINALE

Ces congestions sont à leur maximum, et dans tous les vicères, encéphaliques, pulmonaires, abdominaux, lorsqu’il y a eu un refoulement violent et prolongé de toute la masse sanguine, comme dans les formes algides ; quelquefois elles affectent plus spécialement un des grands appareils de l’économie, les centres nerveux, par exemple, comme dans la forme comateuse inflammatoire; ainsi, pour M. Maillot, qui a décrit avec une si grande précision les altérations de l’axe nerveux, ces congestions spéciales lui ont semblé les plus

locale (Frerichs, p. 267). Mais, dans les maladies aiguës elles-mêmes, on trouve des pigmentations bien plus analogues à celles des fièvres intermittentes : on constate des granulations pigmentaires dans les parois des capillaires cérébraux chez les individus morts de la fièvre typhoïde (Griesinger, loc. cit., p. 275), cette affection si voisine des fièvres pernicieuses; on eu a même constaté (Stein, de Dorpat) à la suite de lésions traumatiques du crâne.

Heschl a prétendu que dans la substance corticale on trouvait, chez les individus morts de fièvres pernicieuses, de petits anévrysmes capillaires produits par des embolies pigmentaires; pour nous encore le pigment est ici l’effet et non la cause de la stase sanguine, absolument comme dans le piqueté cérébral des formes rapides de la fièvre typhoïde.

(1) Loc. ait.., p. 273.

constantes de toutes, et l’ont amené à considérer les fièvres intermittentes comme des irritations cérébro-spinales.

Chez les sujets jeunes surtout, rapidement enlevés parles formes propres à la période estivale de l’épidémie, la masse cérébrale est habituellement turgescente, et semble, après l’enlèvement de la calotte osseuse, prendre un développement plus considérable que celui de la cavité qui la renfermait. «L’incision des téguments crâniens etdu cerveau laisse couler une incroyable quantité de sang poisseux ; l’injection veineuse, indiquée par le piqueté de la pulpe nerveuse, est en relief sur les circonvolutions, dans les cavités, les méninges, les plexus; elle augmente le volume du cerveau et sa consistance (1). »

Dans trois cas nous avons constaté la distension des mailles de la pie-mère par de la sérosité opaline, et, chez deux de ces malades, il y avait adhérence de cette membrane à la substance grise dont nous enlevions des fragments en tirant avec un scalpel sur l’enveloppe méningienne. Il est certain que dans ces deux cas, dont l’un était un type remarquable de pigmentation cérébrale, les limites de la congestion étaient dépassées, et que nous avions sous les yeux une véritable périencéphalite diffuse à l’état aigu (2).

Dans la plupart des cas il n’y a cependant, vers les centres nerveux, qu’une congestion analogue à celle que l’on rencontre dans beaucoup de maladies aiguës, la variole par exemple, la fièvre typhoïde, quand la mort y survient rapide-

(I) Laure, Considérations , etc., p. 17.

(?) Piedagnel [Gazette médicale, 1839) et Beau (Archives générales de médecine, t. XXVIII, 4e série) ont cité des exemples de ramollissement aigu de la substance grise à la suite de fièvre typhoïde. En 18Ü4, Cliédevergne, après avoir constaté la congestion, l’œdème des méninges, et leur adhérence à la substance grise chez des sujets morts de fièvre typhoïde à forme cérébrale rapide, qualifie également cette lésion de périencéphalite diffuse aigué. (Thèse citée, 18G4.)

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ment. Dans les autopsies de fièvres pernicieuses qu’il a fuites en Algérie, M.Laveran n’a jamais constatéque l’hypérhémie des méninges sans trace de phlegmasie (1).

Au reste, les apparences inflammatoires de l’enccphale ne sont pas spéciales aux formes cérébrales, et se rencontrent aussi bien dans les fièvres algides (2), quand elles ont enlevé des sujets à organisation encore riche, et à peine intoxiqués ; lors, au contraire, que l’accès pernicieux tue un cachectique, il y a une pâleur reelle de la substance cérébrale, comme si l’apparence phlegmasique était en rapport avec la quantité de sang de l’individu (3).

Deceque cette congestion méningienne n’est pasconstante, de ce qu’elle semble susceptible d’une résolution rapide comme tout ce qui n’est pas inflammation, il n’en faut pas conclure à son absolue bénignité ; si cet état hypérémique persiste quelque temps, il en résultera des exsudats qui, agissant par compression sur l’encéphale, détermineront le passage d’un accès pernicieux à l’état chronique (4), comme nous l’avons vu chez nos malades des observations Vllet VIII où, sous l’influence de processus de ce genre, le coma dura ! deux et trois mois. Deux faits du même genre ont été obser-

(1) Laveran, Recueil de mémoires de méd. mi lit , lre série, t. I.V, p. S4.

(2) Maillot {lue. cit., p. 286 et suivantes); Bailly ( loc . cil., p. 255 à 280); dans le choléra même n’y a-t-il pas souvent dans les méninges des lésions l d’apparence inflammatoire? (Voir Périer, Rapport sur l'épidémie de choléra 1 2 3 4 de 1865 dans la province d'Alger , in Bulletin de la Société de médecine d’Alger, 1865.)

(3) C’est pourquoi Nepple, dont les recherches cadavériques ont porté sur les habitants de la Bresse, c’est-à-dire sur des sujets atteints préalablement d’intoxication chronique, a noté la pâleur du cerveau, et l’état exsangue des vaisseaux.

(4) On a voulu trop distinguer l’hypérémie de l’inflammation ; lamuqneuse bronchique, hypérémiée par un obstacle au cœur, donnera une exsudation qui, anatomiquement, différera peu du produit de la simple inflammation de cette muqueuse ; l’hypérémie méningienne déterminera de même des exsudats soit aigus, comme ceux que nous venons déqualifier de périencéphalite, soit plus souvent chroniques comme dans nos observations vu et vnt.

vés par M. Cambay, dont les autopsies ont en outre ceci d’important pour nous, qu’elles confirment d’une manière incontestable le rapport qui existe entre la pigmentation cérébrale et l’intensité du mouvement congestif vers les centres nerveux : « chez ces deux hommes, j’ai trouvé un léger épaississement des méninges, avec teinte opaline et des adhérences avec la dure-mère le long de latente du cerveau : tout l’encéphale était plus consistant, plus dur qu’à l’état normal, et il offrait à l’extérieur une coloration d'un gris violacé très-foncé, que l’on rencontre rarement (1). »

Les poumons offrent également des traces de congestion, caractérisées par 'l’augmentation de volume et l’engouement des lobes inférieurs ; les bronches sont obstruées par des mucosités, quelquefois sanguinolentes (2), abondantes surtout chez les sujets morts asphyxiés par un accès comateux. Une lésion plus rare de ces organes, et propre exclusivement aux fièvres algides, c’est la présence d’infarctus hémoptoïques, qui se présentent plutôt sous la forme de marbrures noirâtres que de noyaux, et rappellent une des lésions pulmonaires du choléra indien.

Nous avons pu vérifier, dans la majorité des autopsies, l’intensité de la congestion sanguine, qui envahit également tout le système vasculaire mésentérique, et sur laquelle ont spécialement insisté trois de nos premiers observateurs en Algérie (3); chez deux sujets enlevés par des accès algides, tous deux présentant des infarctus pulmonaires , la congestion péritonéale était si vive que les replis du mésentère offraient des plaques noires d’extravasation sanguine.

C’est à des cas de ce genre que correspond, surtout quand

(1) Cambay, Topographie médicale de Tlemcen, (Recueil des mémoires de médecine militaire, t. L VII) .

(2) Laveran, loc. cit.

(3) Antonini et Monard frères, Considérations sur les fièvres intermittentes (Recueil des mémoires deméd. milit ., Ire série, t. XXXVj.

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l’autopsie a lieu en été, l’apparence inflammatoire de la muqueuse digestive ; nuancée dans l’estomac de plaques violacées, ecchymotiques, quelquefois noirâtres et saillantes au point d’évoquer le mot de gangrène, si fréquemment prononcé par Bailly, cette muqueuse présente un fond rouge uniforme, depuis le pylore jusqu’au gros intestin.

Quant aux altérations typhiques de l’intestin grêle, nous renvoyons à notre chapitre sur la subcontinue estivale, nous bornant à rappeler ici le caractère gangréneux offert, dans certains cas, par les ulcérations des plaques de Peyer.

Dans les fièvres pernicieuses, quand il n’y a pas cachexie antérieure, l’état du foie révèle aussi une intense congestion. Nous en trouvons la preuve d’abord dans la nature de la bile épaisse, poisseuse, noirâtre, qui distend la vésicule, et accuse, par ces caractères, la prédominance de la sécrétion hépatique sur celle de la muqueuse des conduits biliaires. Nous la trouvons surtout dans l’augmentation notable du volume du foie ; sur six cas où nous l’avons pesé, la moyenne a été 1950 grammes (maximum 2300 grammes, minimum 1890).

L’hypérémie de cet organe peut avoir une conséquence plus grave que la pigmentation, qui en est un des résultats habituels, et contribue à donner à la coupe du foie une coloration spéciale, sans altération de consistance ; dans ces cas, les cellules hépatiques, quoique fortement colorées en brun, ont conservé leur forme normale. Mais, dans d’autres cas, l’organe est décoloré, jaunâtre, peu consistant (1) ; alors il y a commencement de stéatose, les cellules perdent leur contour polygonal, s’arrondissent et présentent l’aspect de celles du foie gras des phthisiques, sans se détruire comme dans l’atrophie aiguë.

(IJ Haspel, loc. cit., t. II, p. 319. — Maillot, loc. cit., p. 285.

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