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L. Colin, Fièvres

TUAITEMENT.

Mais, tout en reconnaissant l’importance des services rendus par ceux qui, en formulant d’une manière aussi absolue le danger des émissions sanguines, ont remédié à l’abus qu’on en faisait tout d’abord, nous verrons qu’il est des cas où ces émissions sont formellement indiquées ; nous le prouverons en traitant de la thérapeutique spéciale des lièvres comateuses (1). 11 en est de même des méthodes évacuante et stimulante, qui seront toujours dominées comme importance par l’emploi du quinquina, mais qui, conjointement à la méthode antiphlogistique, constituent en première ligne ces médications dites éventuelles par M. Durand (2), auxiliaires par Boudin (3), et dont l’importance est telle parfois qu’on peut à bon droit leur rapporter le salut des malades.

« 11 pourra donc y avoir selon les formes, selon les éléments morbides, selon les degrés de gravité, selon les organes souffrants, et selon divers épiphénomènes, des médications diverses à ajouter à la médication fondamentale, à la médication par le quinquina (4). »

3° Æction médicale du sulfate de quinine.

L'action médicale du quinquina et en particulier du sulfate de quinine semble indépendante et de son action physiologique et de ses propriétés chimiques.

Le quinquina suffisait au siècle dernier pour combattre et guérir en mainte occasion les fièvres même pernicieuses; il

(1) Morehead consacre des considérations intéressantes à 1 étude de ces difficultés d’un traitement, où le praticien hésite forcément entre l’excitation générale qui demande les déplétions sanguines, et l'imminence d un collapsus auquel il faudra opposer l’emploi des stimulants. (Morehead, toc. cit., p. 107.)

(2) Durand (de Lunel), toc. cit., p. 338.

(3) boudin, toc. cit., p. 31 C.

(4) Durand (de Lunel), toc. cit., p. 340.

ACTION MÉDICALE DU SULFATE DE QUININE

suffirait aujourd’hui encore dans presque tous les cas, et, comme il est aussi d’autre part le meilleur remède aux accidents de l’intoxication chronique, on doit le considérer comme la base de la médication des affections telluriques dans toutes leurs formes.

La découverte du sulfate de quinine est venue multiplier les bienfaits de l'écorce du Pérou, en mettant aux mains du médecin une substance qui, sous un petit volume, en recèle toutes les vertus contre les manifestations aiguës de l'intoxication; grâce à cette découverte, il n’est plus nécessaire de ces doses énormes de médicament, comme en donnaient Morton, Sydenham etTorti, qui n’avaient à leur disposition que le quinquina dont l’administration, en quantité relativement considérable (de 8 à 30 grammes), était bien difficile et parfois impossible au milieu de l’orgasme fébrile, et des troubles gastriques si constants dans les formes graves.

On a cherché à analyser l’action thérapeutique du sulfate de quinine, en se basant d’une part sur ses effets physiologiques, d’autre part sur l’analogie de cette action avec celle d’autres substances médicamenteuses.

Les recherches si intéressantes de M. Briquet établissent nettement la diminution et de la chaleur et du mouvement circulatoire sous l’influence du sulfate de quinine (1) ; les observations et les expériences du même auteur prouvent également l’action hyposthénisante de ce composé sur le système nerveux, fait qui ressort évident au reste des symptômes du quinisme, ou ivresse quinique.

On peut même, comme l’a lait M. Gubler (2), réunir, en une seule conception physiologique, ces deux influences exercées et sur le système nerveux et sur la circulation, en

(1) Briquet, loc. cit ., p. 21 et suivantes.

(2) Gubler, Commentaires thera/ieutiques du Codex medicamentarùis. I’aris, 1808, Art. Qiin ne.

TRAITEMENT

admetlant que le sulfate de quinine agit comme excitant des nerfs qui président à la marche et à la répartition du sang, et qu’en produisant ainsi la contraction spasmodique du système vaso-moteur, il entraîne le resserrement et la tendance à la vacuité du système capillaire; il en résulte des conditions opposées à celles qui constituent la fièvre : 1° diminution de la circulation périphérique; 2° diminution analogue de la quantité de sang dans les organes riches en capillaires, dont l’anémie cérébrale des individus atteints de quinisme, l’anémie splénique des malades soumis à la médication spécifique ne sont que les conséquences et les preuves.

On a été plus loin dans cette voie, et des propriétés physiologiques et thérapeutiques du sulfate de quinine, on a conclu à la possibilité de lui créer une place parmi tous les autres agents delà matière médicale, en le faisant rentrer dans un groupe de médicaments qui lui seraient analogues, synergiques, par opposition à un autre groupe qui en renfermerait les antagonistes. Telle est la doctrine de M. Gubler qui, de l’action spasmodique du sulfate de quinine sur les nerfs vaso-moteurs, conclut aie rapprocher du froid, des acides, des amers, des astringents, en lui donnant au contraire pour antagonistes les agents stimulants qui, paralysant le grand sympathique, et par conséquent les nerfs vaso-moteurs, causentainsi l’irritation qui mène à la phlogose ; tels sont les alcooliques, l’opium, l’iodure de potassium (2).

M. Briquet avait également cherché à créer des rapprochements entre le sulfate de quinine et certains médica-

(1) Au lieu de mener à la phlegmasie ou à l'hypérljéinie encéphalique, le sulfate de quinine est avantageux surtout, suivant M. Gubler, contre les accidents méningiens dont il préviendrait plutôt qu’il ne favoriserait l’explosion dans le rhumatisme; car il diminuerait la circulation intra-crAnienne et produirait l’inverse de la stimulation, Vubincilation cérébrale. ( Commentaires thérapeutiques du Codex.)

(2) Gubler, Ibid.

ACTION MÉDICALE DU SULFATE DE QUININE

ments hyposthénisants (éther, chloroforme, acide cyanhydrique) on stupéfiants (opium, digitale) (1).

Ces dernières conclusions diffèrent beaucoup de celles de M. Gubler, et, bien que cette divergence puisse tenir aux progrès actuels de la physiologie qui ont ouvert un nouveau champ d'explications aux propriétés de tant de médicaments, nous croyons que la difficulté d’analyser l’action curative du sulfate de quinine dépend essentiellement de la vertu thérapeutique spéciale à cette substance, vertu qu’on ne retrouve dans aucun des agents dont on peut lui comparer cependant les caractères physiques, chimiques, et même les effets physiologiques sur l’organisme.

Comme beaucoup d’autres substances, il modifiera l’intensité du mouvement fébrile, ralentira le pouls, abaissera la température (2), diminuera l’activité des mouvements organiques d’assimilation et de nutrition (3), mais de plus

(1) On voit que la p'ace assignée par M. Briquet au sulfate de quinine parmi les agents de la matière médicale est b:en différente de celle que lui donne M. Gubler; mais aussi les appréciations de ces deux observateurs reposent-elles sur des points de départ opposés; ainsi, pour M. Briquet, les troubles encéphaliques produits par le quinisme se rattachent, non pas à l’anémie cérébrale, mais à une congestion qui peut même aller jusqu’à la méningite (Briquet, loc. cit., p. 1 63) : et pour lui dès lors le sulfate de quinine se rapproche de l'opium dont il doit au contraire être l’antagoniste aux yeux de ceux qui attribuent les accidents quiniques à l’anémie des méninges et du cerveau,

(2) « Les actes qui s’accomplissent dans les capillaires sanguins s’amoindrissent, et la température s’abaisse. » (Gubler, lue. cit., p. 588 )

(3) Le sulfate de quinine diminue le nombre des leucocytes (Binz, Archiv für mikrof/iopi'c/ie Annlomie, 1807); la cause de cette diminution serait le ralentissement qu’il imprime à la respiration et par conséquent à la formation de nouveaux globules blancs; on a voulu expliquer par ce fait et par le ralentissemeut parallèle de la circulation l’action antiphlogistique du sel de quinine qui s’opposerait ainsi à l’épanchement des leucocytes dans les divers tissus, c'est-à-dire à une des conditions anatomiques de l’inflammation. (Martin, Centralb/att , 1808, n° 087.)

Redenbacher aurait fait cette observation in:éressante, et qui demande à être confirmée, à savoir, que si la quinine est donnée avant un accès qui ne

TRAITEMENT

que toutes ces autres substances, il préviendra presque constamment un accès périodique, ‘ produira la cessation presque subite d’un symptôme pernicieux, ou en empêchera la réapparition.

11 doit donc avoir une place, mais une place à part dans la matière médicale.

On a voulu en faire un antipériodique; mais, dans l’intoxication tellurique, son indication n’est pas limitée aux types intermittents; son efficacité n’est pas moindre, et toujours elle est plus utile, vu leur gravité, dans les formes continues et rémittentes ; n’avons-nous pas dit que les pernicieuses, même les comitées, cessent presque constamment d’être périodiques à l’apparition des symptômes graves?

On a voulu conclure de son action physiologique générale à son action thérapeutique; il faudrait alors que les symptômes du quinisme, ou ivresse quinique, les vertiges, les tremblements, la titubation, parfois même le délire et les troubles convulsifs, constituassent un appareil morbide inverse de ce que nous observons dans les fièvres graves ; or ces symptômes ressemblent singulièrement au contraire aux troubles prodromiques dont nous avons signalé ailleurs (1 l’importance chez certains malades menacés d’une atteinte pernicieuse (2).

s’en développe pas moins, l’élimination do l’urée est plus faible que dans d’autres accès où la quinine n’a pas été administrée. (Griesinger, !oc cit., p. 79.)

Quant à l’action du sulfate de quinine sur la fibrine du sang, qui en serait diminuée suivant Méfier, Monneret, Legroux, augmentée suivant Briquet, cette action est encore bien obscure en raison du véritable dimorphisme de cet élément du liquide sanguin; et l’augmentation ou la diminution absolue eu fussent-elles démontrées, on ne saurait en conclure positivement aujourd’hui à la valeur réelle du sulfate de quinine sur la r.rase de ce liquide, les travaux de l'École allemande ayant singulièrement modifié l’opinion qu’on su fa sait en France de l’importance de la quantité plus ou moins grande de la fibrine du sang.

(1) Voir page 225.

Je ne parle bien entendu que de malades auxquels on n’avait pas admi-

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Quoi qu’ilen soit, l'influence très-contestable du quinquina et de son principal dérivé, le sulfate de quinine, sur les Gèxres en général, leur puissance presque absolue au contraire contre toutes les manifestations aiguës de l’intoxication palustre (1), devaient inspirer l’idée d’une action directe de ces médicaments contre la cause toxique elle-même, contre ce miasme qu’on se représente habituellement comme un produit de décomposition putride. Et, depuis deux siècles, les expérimentateurs les plus renommés ont cherché à pénétrer cette puissance occulte du médicament.

Morton admettait, sans plus d’explication, que le quinquina neutralisait le miasme ; Torti émettait l’hypothèse de cette même neutralisation qui s’opérait, suivant lui, dans l’intestin où le quinquina atteignait le ferment fébrile avant que celui-ci ait pénétré dans les chylifères.

Un des médecins les plus éminents du siècle dernier, Pringle, a essayé, par des expériences bien connues , de prouver l’action antiseptique du quinquina sur les matières animales en putréfaction ; il constatait que la viande, saupoudrée de quinquina, se décomposait moins vite (2); et il se demandait si la vertu fébrifuge de l’écorce du Pérou n’était pas simplement une propriété antiseptique; mais l’esprit sage et philosophique de Pringle ne se contentait pas d’une première série d’expériences ; ce grand observateur üt des essais comparatifs; et, constatant dès lors la même

nistré de sulfate de quinine en quantité suffisante pour expliquer de semblables symptômes.

(1) « De plus, le sulfate de quinine est tout aussi efficace contre toutes les irrégularités ou les variétés qui rendent souvent la fièvre si peu semblable à elle même, que contre les fièvresdont l’ordre des symptômeset la régularité des accès n’ont subi aucune altération, ce qui ne peut se comprendre que d’une action plus spéciale que celle qui ne s’adresse qu’à la périodicité.» (Dutroulau, Inc. cit. , p. 243.)

(2) Pringle, Mémoires sur les substances septiques et antiseptiques. Expériences 12 et 13.

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action antiseptique dans la camomille, la. serpentaire, l’absinthe, il en conclut sagement que, si relativement à ces autres substances, le quinquina guérit si rapidement la fièvre, c’est qu’il recèle une bien autre vertu que la propriété antiseptique qui lui est commune avec elles (1).

Ces expériences de Pringle sont devenues, depuis quelques années, le point de départ d’autres recherches, ayant pour but l’étude de l’action antiseptique, non plus du quinquina en nature, mais de ses dérivés salins, et en particulier du sulfate de quinine.

C’est d’abord Polli qui étudie comparativement l’action antiputride du sulfate de quinine et de l’arsenic, et voit dans leur analogie sous ce rapport la raison d’être d’une vertu fébrifuge commune (2).

C’est ensuite Pavesi qui renouvelle à Milan ces expériences sur une plus grande échelle, et qui constate l’action

(1) Pringle, loc. cit., 13e expérience.

(2) Suivant Polli, deux grammes de sulfate de quinine ont un pouvoir antiseptique identique à un décigramme d’acide arsénieux, d’où rapport entre ce pouvoir et la puissance fébrifuge des deux substances ( Memorie del reale Istitulo Lombardo, 1 80 1 ). On sait au reste toute l’extension que Polli a donnée, dans une série d’intéressantes recherches, à l’élude de l’action sur l’organisme des substances antiputrides et antifermentatives. Parmi ces dernières il a préconisé tout spécialement les sulfites, se basant d’une part sur cette considération que les propriétés antifermentatives de l’acide sulfureux sont parfaitement conservées dans les sulfites alcalins ou terreux, d’autre part sur l’innocuité pour l’homme de doses quotidiennes de 8 à LO grammes de sulfite, doses bien suffisantes pour empêcher ou arrêter les fermentations morbides.

Les animaux auxquels on a administré une certaine quantité de sulfites, et que l’on tue, présentent leur urine, leur sang, leurs viscères et leurs muscles plus réfractaires à la putréfaction; ils résistent à l’action morbifique du pus, du sang putréfié, ou du virus morveux injecté dans leurs veines.

Les sulfites sont donc pour Polli la base d’un traitement autifermentatif extrêmement puissant dont l’expérience clinique aurait confirmé l’action dans plusieurs maladies graves de l'homme, maladies parmi lesquelles figurent les fièvres intermittentes. (Polli, SuUemalutie da fermenta mort, ifi.cn; Milan, 1804, et Boucliardat, Annuaire de thérapeutique pour 1888.) Voir plus loin : Succédanés DU SULFATE DE QUININE.

ACTION MÉDICALE DU SULFATE DE QUININE

antiputride de la quinine sur la chair musculaire, le sang-, l’urine, l’albumine (1); d’où il conclut, bien rapidement il nous semble, à la neutralisation dans le sang, par la quinine, des éléments du miasme palustre (2).

Un professeur de l’université de Bonn, M. Binz, vient de donner un intérêt tout spécial aux recherches de ce genre, en les étendant à l’action du sulfate de quinine sur les substances mêmes qui ont été considérées comme recélant le miasme fébrifère (3).

Comme les précédents observateurs, il constate d’abord que la viande, mise en contact de solutions, même très-étendues, soitdesulfate dequinine, soitd’acide arsénieux, résiste d’une manière très-marquée, même à une haute température, aux progrès de la putréfaction (4). Il rappelle les preu-

(1) De même sur le lait et le beurre; suivant Pavesi, la quinine retarderait aussi la fermentation du lait de sucre, l’aciion de ladiastase sur l’amidon, de i’amygdaline sur l’émulsine, de la pepsine sur la viande, etc. [Virchow' s Archiv für pathologiwhe Anatomie, fév. 1869.)

(2) « Par une admirable concordance (dit M. Durand qui admet cette lutte, dans l’économie, du quinquina contre le miasme), le quinquina agit à la fois comme tonique sur l’essence de la Hèvre, et comme antiseptique sur la cause matérielle la plus énergique de cette affection : comme antiseptique, il ira détruire la substance délétère, le miasme, accumulée dans le foie et la rate; comme tonique, il rendra à ces deux organes, depuis longtemps asthénisés par le contact du miasme, l’énergie voulue pour se débarrasser à tout jamais delà matière infectante. » (Durand de Lunel, loc. cit., p. 325.)

(3) Voir Binz, Virchow’s Archiv, février 1869.

(4) Une remarque que nous voyons, avec satisfaction, enregistrée par cet observateur, c’est que, malgré sa vertu antiputride, le sulfate de quinine favorise, plutôt qu’il ne l’entrave, la production de certains parasites microscopiques, auxquels on est cependant aujourd’hui disposé à faire universellement jouer le rôle de ferments putrides. Nous-môme avons constaté que les solutions acidulées de sulfate de quinine présentaient, au bout de quelques jours, des nuages de plus en plus épais, dues à une végétation cryptogamique. Notons donc, en passant, que les substances les plus antiputrides peuvent

' favoriser le développement de parasites ; le bicltlorure de mercure lui-même, mêlé à l’eau de mélisse, entraîne de nombreuses productions de ce genre; on I ne peut donc conclure aussi absolument qu’on l’a fait de l’action toxique d’ttne substance sur les microorganismes à son action antiputride.

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ves cliniques de la vertu antiputride delà quinine, constatées par Gieseler qui l’a employée topiquement contre certaines plaies de mauvaise nature, le noma, les ulcères chroniques, etc.

Mais les recherches les plus intéressantes de M. Binz reposent sur les expériences dans lesquelles, après avoir introduit dans les veines ou le tissu cellulaire de certains animaux (chiens et lapins) des liquides provenant de matières végétales en putréfaction, d’herbe et de foin pourris par exemple, il constate que le sulfate de quinine atténue les symptômes septicémiques, et retarde notablement la mort.

Malheureusement nous constatons dans ces expériences un fait qui en restreint considérablement l’importance à nos yeux, c’est que les phénomènes provoqués chez ces animaux ont été les symptômes d’infection putride, et nullement ceux que produit la malaria, même dans les cas pernicieux (1); aussi M. Binz est-il arrivé à des résultats du même genre en injectant du pus dans les veines, puis en administrant le sulfate de quinine ; ces expériences sont donc

(1) On sait au reste que la plupart des animaux sont réfractaires à cette intoxication. Bailly avait contribué largement à accréditer l’opinion de l’influence pernicieuse de la malaria sur les animaux; il cite en particulier (/oc. Ci/., p. 7) les épizboties qui parfois ont décimé et même presque entièrement détruit les grands troupeaux de la Campagne romaine. L’une de ces épizooties est restée célèbre et par la description que nous en a donnée Lancisi, et par sa gravité qui fit périr 26,000 animaux de l’espèce bovine dans la Campagne romaine. Au moment même où nous arrivions à Rome, en 1S64, une épizootie tout aussi meurtrière et d'une nature identique venait de sévir cruellement sur ces mêmes troupeaux, et de ruiner plusieurs propriétaires. Mais ces désastres ne sont que des épisodes locaux de l’invasion, sur presque toute l’Europe, de la peste bovine, de cette maladie née dans les steppes du sud-est de l’Europe, dont elle franchit parfois les limites pour se répandre sur le reste du continent. Une commission instituée à Rome pendant cette dernière épizootie en a parfaitement établi l'importation dont elle a démontré l’itinéraire par l’Illyrie, l’Adriatique, les Abruzzes; cette même commission, par une série d’expériences parfaitement dirigées, a prouvé le caractère contagieux de cette peste, qui ne relève donc d’aucune cause locale, endémique.

Lancisi lui-même insiste sur l'importation de l’épizootie qu’il a obsetvée

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plutôt faites pour encourager les adeptes de la médication quinique dans les affections septicémiques, que pour nous donner une preuve directe de la neutralisation dans 1 organisme du miasme fébrifère dont, au reste, les produits de putréfaction végétale ne suffisent pas, comme nous l’avons établi plus haut (voir page 8 et suivantes) à représenter et à fournir tous les éléments (1).

Somme toute, rien encore ne nous indique d’une manière positive l’action intime du sulfate de quinine ; nous n’avons aucune preuve de son influence directe, dans l’organisme, surle principe même de la maladie; la fréquence même des récidives, chez les individus qui ont pris des doses considérables de ce médicament, et qui en outre ont été soustraits depuis à de nouvelles conditions d’infection, semblerait au contraire prouver que le sulfate de quinine ne guérit pas les fièvres intermittentes par sa lutte contre un principe nuisible, matériel, emprisonné dans l’organisme, et qu’il n’a de

en 1713, comme l’indique le titre de son travail: Visser latio historien de Bovilla peste, ex Cumpaniœ fintbus Latio imporlata.

Au reste, tous les voyageurs qui ont parcouru la Campagne romaine et même la zone palustre du littoral des États Pontificaux, ont pu admirer le développement magnifique des bœufs et des buffles qui habitent ces milieux insalubres ; si, dans la Bresse et la Sologne, le gros bétail dépérit rapidement, c’est sans doute sous l’influence d’autres causes que les émanations du sol.

Bailly cite en outre, comme épizooties dues au miasme, le sang de rate des moutons en Sologne, la clavelée en Hongrie (toc. cit., p. 7 et suiv.); ces affections, mieux connues aujourd’hui, inoculables, ayant leur virus spécial, n’ont aucun rapport avec les affections à quinquina. Quant à Monfalcon ( loc . cit., p. 737), il n’apporte aucun fait concluant à l’appui de la prétendue intoxication palustre des animaux.

(1) Polli a prouvé, du reste, comme nous l’avons dit plus haut (p. 376, n. 2), que le sulfite et l’hyposulfite de soude, qui, suivant nous, sont loin d être des fébrifuges, ont la même action antiseptique que le sulfate de quinine, quand on les administre à des chiens après avoir injecté dans les veines de ces animaux du pus ou du sang putréfié ^Polli, Suite malatie da fermenlo morbifico. Milan, 1864). N’avons- nous pas mentionné déjà les résultats fort douteux obtenus de l'emploi d'un autre antiseptique, l’acide phéuique? (Voir page 13, note 1.)

TRAITEMENT

vertu que contre les manifestations actuelles de l’empoisonnement, qu’il n’est en un mot quele remède des symptômes (1).

On le voit donc, c’est uniquement sur les résultats cliniques que s’appuie jusqu’aujourd’hui d’une manière certaine la valeur du quinquina et de son principal dérivé; heureusement, au point de vue pratique, cette base d’appréciation est-elle de toutes la plus solide et la plus désirable.

Une considération également toute pratique et par conséquent de la plus haute importance dans cette question du traitement, doit compléter encore le tableau des avantages spéciaux de la médication par le quinquina; c’est son innocuité habituelle malgré sa toute-puissance.

Il est certain que le sulfate de quinine, administré autrement qu’à doses médicales et rationnelles, peut donner lieu aux plus graves accidents; c’est un toxique dont l’énergie s’est révélée par de nombreuses expériences sur les animaux, malheureusement aussi par quelques accidents mortels chez l’homme. Mais nous pouvons affirmer que jamais le sel de quinine, alors même qu’il fautv recourir largement, et combattre les manifestations pernicieuses les plus graves, ne sera nécessaire à des doses qui en rendent l’administration dangereuse pour le malade. Nous ne nions pas la production fréquente d’une intoxication quinique parfois assez tenace, mais dont les symptômes, analogues en somme à ceux des hémorrhagies, se produisaient jadis sous un autre nom, et parfois avec unebien autre gravité, chez les fiévreux soumis uniquement au traitement antiphlogistique.

Les accidents du quinisme sont devenus moins alarmants depuis quel’on connaît mieux les limites qu’il ne faut pas dépasser dans son emploi thérapeutique, depuis surtout que les émissions sanguines ne sont plus employées qu’accidentelle-

(1) Le sulfate de quinine arrête simplement la manifestation morbide, sans en supprimer la cause. (Criquet, loc. cit., p. 308.)

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ment, et que, dans le régime des malades, la diète a fait place à une alimentation convenable et réparatrice.

Que de fois n’a-t-on pas reproché au sulfate de quinine les accidents qu’il est appelé à combattre, mettant à son v compte, comme nous le rappellerons plus loin, les récidives, l’anémie, l’engorgement des viscères abdominaux ; la majorité de nos soldats atteints d’anasarque d’origine palustre en attribue sans hésitation le développement au sulfate de quinine qui a coupé leurs fièvres, absolument comme leurs camarades, atteints de syphilis, reprochent au mercure la continuation de tous leurs maux.

De même que par une déplétion sanguine on favorise l’action des divers poisons sur les animaux soumis aux expériences, de même dans un milieu palustre, où le malade continue à s’intoxiquer chaque jour, on favorise par la saignée la puissance de pénétration et d’action du miasme; mais ce n’est pas au sulfate de quinine qu’on aura simultanément donné, qu’il fautattribuer l’aggravation de l’état du malade.

Les chirurgiens, qui observent dans les pays à malaria, remarquent fréquemment chez leurs blessés l’apparition de symptômes qui appartiennent, de la manière la plus évidente, aux manifesiations morbides de la malaria ; M. Cocud a résumé dans un travail intéressant les observations de ce genre qu’il a recueillies dans sa pratique en Algérie (1). Des faits analogues ont été relatés par M. Duboué (de Pau) (2) qui a vu se manifester des accès de différents types, mais de nature essentiellement palustres, chez des malades atteints de traumatismes , ou ayant subi quelque opération sanglante. Dans ces cas l’hémorragie a joué son rôle de cause

(1) Cocud, des Complications que la diathèse paludéenne peut apporter aux i lésions traumatiques (Recueil des mémoires de médecine militaire 3e série

t. XVII, p. I).

(2) Duboué, de l’ Impaludisme, p. 1 12 et suivantes.

TRAITEMENT

occasionnelle, et favorisé les manifestations d’une diathèse antérieurement acquise ; il n’est pas même besoin, en semblable circonstance, qu’il y ait eu hémorrhagie ; et la simple dépression nerveuse produite par un accident, par une opération non sanglante (l),peut occasionner des troubles analogues.

Contre des complications de ce genre, nos collègues de l’Algérie n’ont jamais hésité à recourir au sulfate de quinine qui leur a donné les meilleurs résultats, sans qu’ils aient jamais songé à lui reprocher les complications qui pouvaient survenir dans l’état de leurs malades.

Ces faits nous amènent à parler du reproche adressé par Rayer au sulfate de quinine qui aurait, suivant lui, entraîné l’avortement dans presque toutes les circonstances où il l’avait administré pendant l’état puerpéral (2). Nous ne prétendons pas, que durant la grossesse, les femmes ne supportent pas plus difficilement que d’habitude le médicament en question ; nous admettons même qu’il peut en résulter des accidents plus sérieux que de simples douleurs gastralgiques, et que les vomissements, déjà si fréquents et si dangereux chez bien des femmes enceintes, peuvent prendre un caractère de gravité tout spécial sous l’influence de ce médicament.

Mais encore faut-il se rappeler que ladiathèse paludéenne a une action bien autrement dangereuse sur les femmes enceintes, et que c’est surtout à cette intoxication que l’on doit, dans les pays à fièvres, attribuer la fréquence des avortements. Les observations à l’appui de cette thèse sont nombreuses aujourd’hui (3), et nous ne signalerons que les con-

(1) Ainsi M. Duboué voit la fièvre intermittente se développer chez une malade qu’il venait d’opérer de la cataracte, par la méthode d’abaissement, et sans aucune inflammation locale consécutive. (De l’hnpaludisme, page 119, observation VII.)

(2) Rayer, Annales cle thérapeutique, 1S45.

(3) Voir Bulletin général de thérapeutique , 1 SA 5 ; et Gintrac, Cours théorique et pratique de pathologie interne, t. VIII, p. 954.

AC'l'.ON MÉDICALE DU SULFATE DE QUININE.

clusions auxquelles esl arrivé a cet égard M. Duboué, d après les faits qu’il a observés lui-même:

« Pour résumer en quelques mots les caractères spéciaux de l impaludisme dans les différentes phases que suit, chez la femme, l’importante fonction de la génération, je dirai: que cet impaludisme, né sur place ou importé, crée pour la femme enceinte, et à toutes les périodes de la gestation, un danger de plus d’avortement ou d’accouchement prématuré, danger que nous chercherons à expliquer plus tard par les congestions qu’il provoque dans plusieurs organes et en particulier dans l’utérus (1). »

Malgré les craintes exprimées par Rayer, le sulfate de quinine ne doit-il pas être dès lors considéré comme un médicament plutôt utile que dangereux pendant la grossesse? N’est-ce pas encore la fièvre qui fait ici ce que l’on a reproché au médicament?

Mais non-seulement la grossesse prédispose aux manifestations aiguës de l’intoxication palustre; l’ébranlement nerveux et l’hémorrhagie qui succèdent à l’accouchement aggravent encore cette prédisposition, et, dans les pays à fièvres, l’état puerpéral est une des conditions dans lesquelles, au lieu de repousser le fébrifuge, il y aura le plus souvent lieu de recourir à son action (2).

Il n’y a, en résumé, que bien peu de conditions physiologiques ou morbides que l’on puisse regarder à priori, d’une manière générale, comme une contre-indication à la prescription du sulfate de quinine. Tout en reconnaissant que chezc ertains fiévreux le médicament est difficilement supporté, et réclame un mode spécial d’administration, nous verrons que souvent on s’est exagéré aussi cette intolérance de l’organisme dont on saura triompher dans l’immense majorité des cas.

(1) Duboué, de l’Impaludisme, p. 128.

(2) ld., iLid., p. 12G.

TRAITEMENT

4L0 .Succédanés «lu sulfate «le «iiiinine.

Insuffisance relative des succédanés du sulfute de quinine. — Le sulfate de cinclionifie a une action thérapeutique bien inférieure, et une puissance toxique égale. — Des propriétés physiques et chimiques d’une substance, de ses effets physiologiques même, on ne peut conclure à son analogie d'action contre les fièvres avec le sulfate de quinine.

Le prix élevé du sulfate de quinine explique et justifie le grand nombre d’essais entrepris pour lui trouver un succédané. Nous commençons par reconnaître combien il est difficile d’établir la valeur fébrifuge d’une substance quelconque dont on désirerait faire le succédané du sulfate de quinine ; tandis qu’employé chaque jour contre les formes les plus redoutables de l’intoxication, ce dernier sel vient confirmer ainsi de plus en plus la confiance qui lui est acquise, on hésitera naturellement toujours à négliger une arme aussi sûre contre les cas graves, et à abandonner le salut du malade aux hasards d’une médication nouvelle. C’est pourquoi la plupart de ces remèdes n’ont été généralement employés que dans des conditions particulières de bénignité, contre les fièvres des climats tempérés, ou bien encore chez des malades qui, atteints dans des localités plus dangereuses, sont revenus en France, n’offrant plus, comme .. les anciens fébricitants, que des séries d’accès extrêmement courtes, s’épuisant fréquemment d’elles-mêmes, quels que soient les moyens employés.

Avant de se prononcer définitivement sur la valeur fébrifuge d’un médicament dont on a fait l’essai, et dont on pense avoir obtenu des résultats positifs, il faut se rendre un compte bien exact des conditions suivantes :

1° Les accès qui ont paru céder à la médicalion nouvelle, n’auraient-ils point cessé spontanément? La méthode employée par Chomel en 1830, quand il voulut expérimenter

SUCCÉDANÉS DU SULFATE DE QUININE. 385

les propriétés antipériodiques de la poudre de houx, est pleine d’enseignements pour ceux qui feront des essais analogues, puisqu’en somme les résultats obtenus par Ghomel peuvent se résumer ainsi : la poudre de houx n’a donné que des résultats négatifs, alors que l’expérimentation, faite d’une autre manière, eût pu indiquer 19 guérisons sur 22 malades (1).

2° Les malades sont-ils, pendant le traitement, à l’abri ou non de la malaria ? Une fièvre ne guérira pas au voisinage d’un marais, ou même à la campagne, aussi rapidement que dans les quartiers centraux d’une grande ville ; tel fébricitant à Rome voit’ses accès se suspendre spontanément en venant habiter la zone salubre de la ville ; comme nous l’avons dit plus haut, la distance à franchir est souvent minime pour passer d’une région dangereuse dans une région salubre, et, malgré le voisinage de nos deux hôpitaux du Quirina), les récidives étaient bien plus fréquentes dans l’un, chez les malades de l’hôpital Sainte-Thérèse, que chez ceux de notre hôpital Saint-André. Pourra-t-on dès lors comparer à l’action du sulfate de quinine, qui est toujours employé là où est le danger, l’action des succédanés dont on pratique généralement l’essai dans des conditions de lieux plus favorables? C’est en rapprochant des faits complètement

(l)Chomel choisit, comme sujets d’expérience, vingt-deux malades atteints de fièvre intermittente. Mais, avant de donner la poudre de houx, il voulut juger quelle serait l’influence de la simple expectation chez ces vingt-deux fébricitants. Dix-neuf guérirent spontanément à l'aide d’un régime émollient ou légèrement antiphlogistique. Les trois autres avaient, l’un une fièvre quarte, deux une fièvre quotidienne. Le houx leur fut inutilement administré à la dose de 30 grammes, et même de 90 grammes ; ils guérirent au contraire fort aisément avec la quinine. Si donc, imitant tous les expérimentateurs que nous avons tant de fois cités à propos des prétendus succédanés du quinquina, Chomel eût donné d’emblée la poudre de houx i\ ses vingt-deux malades, on aurait pu conclure à dix-neuf succès quand tout l’honneur revenait à la nature. (Trousseau et Pidottx, Traité de thérapeutique et de matière médicale , t. I, p. 518.)

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