‹ Traité des fièvres intermittentesChapitre 75 sur 97 · L. Colin, Fièvres, , ïa · texte numérisé non relu

L. Colin, Fièvres, , ïa

TRAITEMENT

dissemblables par leur origine, qu’on est arrivé à des statistiques qui relégueraient le sulfate de quinine à un rang secondaire. Quel est le fébrifuge qui, dans la plupart de nos hôpitaux de France, ne semblera donneren effet de meilleurs résultats que le sulfate de quinine en Algérie, à Rome, ou dans les pays chauds? C’est par des comparaisons aussi mal fondées qu’on a fait la fortune de certains médicaments (1).

3° Les malades ont-ils été traités pendant la même saison ? Consultez les tableaux du mouvement de nos hôpitaux de Rome, qui regorgent de fiévreux durant les six derniers mois de l’année, tandis que de janvier à juin les maladies internes sont si peu nombreuses qu’elles égalent à peine le chiffre des blessés et des vénériens ; vous reconnaîtrez toute l’influence de la saison sur les récidives, et l’on comprendra pourquoi il est une période de l’année, l’hiver et le printemps, pendant laquelle tous les succédanés du sulfate de quinine auront les plus belles chances de réussite. Qu’on se mette donc en garde contre des essais tentés dans des conditions aussi favorables, où il semble que la fièvre soit essentiellement transitoire.

4° Le meilleur éloge en faveur des médicaments prétendus fébrifuges consiste à établir qu’ils ont. réussi après un recours inutile au sulfate de quinine. Or il est certain que quelques organismes sont réfractaires à l’action de ce dernier sel ; il est certain, de plus, que l’usage prolongé de ce médicament

(1) « Sur 311 fièvres intermittentes traitées à Versailles par Boudin, dans une période de 32 mois, Masselot n’a compté que 10 récidives, soit 1,2 pour 100 par an. A Rome, au contraire, où l’on emploie le sulfate de quinine, l'armée française comptait après dix mois de séjour 91 récidives sur 100, soit 109 dans l’année. » Cette comparaison, d’où ressortirait une puissance thérapeutique près de 100 fois plus forte dans l’arsenic que dans le sulfate de quinine ne doit pas être faite. C’est comme si nous donnions la même valeur à nosobservations du Val-de-Grâce et cellesquenous avonsrecueillics en Algérie et en Italie au point de vue de l’efficacité des fébrifuges.

SUCCÉDANÉS DU SULFATE DE QUININE. 387

amène parfois une tolérance telle que l’économie n’en ressent plus qu’imparfaitement la vertu thérapeutique; aussi cst-ce généralement chez les vieux fiévreux, chez ceux qui ont pris beaucoup de quinine, que l’on cite des guérisons par l’emploi d’autres moyens. En conclura-t-on à une supériorité réelle de ces moyens sur le sulfate de quinine dont les succès sont assez innombrables pour que des faits de ce genre, dépendant de conditions tout individuelles et très-restreintes, puissent en rien constituer un argument contre la valeur du spécifique ? Et, parmi les insuccès, combien n’en est-il pas qui dépendent des sophistications du médicament (1)?

5° Enfin il faut tenir essentiellement compte aussi des médications adjuvantes employées concurremment avec les succédanés. Nous avouons que fréquemment le sulfate de quinine a besoin lui-même de moyens auxiliaires, dont l’indication surgit suivant les formes de l’affection et les conditions individuelles du malade; mais ces moyens sont généralement accessoires, et ne peuvent à eux seuls expliquer la guérison dont ils méritent souvent tout l’honneur dans les expérimentations faites avec les autres fébrifuges.

Ces réserves étant faites, on ne s’étonnera pas de nous voir n’accepter parfois qu’avec hésitation les conclusions émises sur la vertu de certains succédanés, et appuyées sur des observations dont le nombre est plus imposant que la valeur scientifique. Non solum numerandœ , secl etiam perpendendœ observationes.

(I) Récemment encore, M. Gnibout signalait la résistance tenace d’une fièvre intermittente, malgré les doses considérables de sulfate de quinine employées. La guérison immédiate eut lieu dès que l’on eut recours à un autre pharmacien ; et la fièvre disparut devant une dose deux fois moins forte que céilcs qui étaient antérieurement prescrites. (Guibout, Bulletin de la Société de médecine de Paris, in Gazelle des hôpitaux, '21 octobre 1°G9 )

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