‹ Traité des fièvres intermittentesChapitre 76 sur 97 · A. SUCCÉDANÉS DÉIUVANT DU QUINQUINA · texte numérisé non relu

A. SUCCÉDANÉS DÉIUVANT DU QUINQUINA

Parmi les médicaments qui ont été proposés comme succédanés du sulfate de quinine, il est certaines substances dont la composition chimique, analogue à la sienne, a pu faire espérer l’efficacité, et dont l’expérimentation a été tentée, dans notre armée spécialement, d’une manière d’autant plus régulière que ces essais étaient encouragés par le conseil de santé (1).

Tel est le sulfate de cinchonine, qui se trouve en abondance dans le commerce, dont le prix est bien inférieur à celui du sulfate de quinine, et qui, après avoir été employé avec succès par Chomel à l’Hôtel-Dieu, fut soumis à des expériences officielles dans nos principaux hôpitaux militaires d’Algérie, * ainsi que dan? les hôpitaux de Rome et de la Rochelle, placés, par la nature des maladies, dans des conditions à peu près analogues.

Les résultats démontrent d’une manière incontestable la vertu fébrifuge du sulfate de cinchonine ; il y a eu 194 guérisons sur 20S cas ; mais, parmi ces cas, ne figurent point de fièvres signalées par des symptômes graves, précurseurs d’un état pernicieux, qui «repoussent tout essai d’une thé- « rapeutique incertaine et commandent l’emploi immédiat « du médicament le plus efficace (2). »

Mais, en outre, des observations recueillies particulièrement par M. Laveran à Blidah, par M. Mayer à Rome, il résulte : que, même dans les fièvres simples, l’efficacité du médicament était infiniment moindre que celle du sulfate de quinine; que le nombre des accès qui se reproduisaient était

(1) Voir Résultats des expérimentations faites dans les hôpitaux militai) es sur les succédanés du sulfate de quinine-, etc. (Recueil des mémoires de n.édecine militaire , 1859, t. II).

(2) Ibid., p. 9.

SUCCÉDANÉS DU SULFATE DE QUININE

bien plus considérable que par l’emploi de ce dernier sel ; qu’en résumé la puissance thérapeutique du sulfatede cinchonine était inférieure à celle du sulfate de quinine à peu près dans la proportion de 3 : 10. Or, la puissance toxique des deux sels étant à peu près égale (1), on comprend de quelle difficulté serait l’emploi du sulfate de cinchonine contre les fièvres pernicieuses, quand même on en aurait constaté l’action contre Ces fièvres.

Les expériences faites dans d’autres localités palustres, au Pirée, à Varna’, d’après les instructions de M. Michel Levy, ont pleinement confirmé ces résultats. «Une partie des succès attribués à la cinchonine n’ont pas plus de valeur que ceux d’une foule d’autres substances employées à titre de fébrifuges ; ils témoignent d’un fait clinique important, bien connu des anciens, à savoir : de l’épuisement spontané des accès fébriles (2). »

A Paris même, tout en établissant, par une série d’observations prises avec soin, les propriétés fébrifuges du sulfate de cinchonine, M. Moutard-Martin a reconnu l’infériorité

(1) L’action toxiquedu sulfatede cinchonine semble cependant plus variable que celle du sulfate de quinine (Moutard-Martin, Mémoire sur la valeur du sulfate de cinchonine datis le traitement des fièvres intermittentes , 1860, in Mémoires de l'Académie de médecine , Paris, 1860, t. XXIV, p. 447) ; elle n’est pas en rapport avec son action thérapeutique, qui parfois est énergique sans que les malades aient senti l’action du médicament; tandis que d’autres fois l’action thérapeutique manque et les symptômes d’intoxication sont tri;s- marqués. M. Lemattre a constaté que le sulfate de cinchonine différait notablement du sulfate de quinine par la nature des troubles produits du côté du système nerveux; dans les expériences qu’il fit A Alfort, cet observateur vit le premier de ces sels se rapprocher, comme action, des poisons qui lèsent surtout les fonctions de la moelle épinière, et il se manifesta des convulsions tétaniques d’une durée et d’une intensité bien plus considérables chez les animaux soumis à cet -alcaloïde que chez ceux à qui l’on avait injecté du sulfate de quinine dans le tissu cellulaire. (Voir Griesinger, loc. cit., p. 82, note 1.) Kuchcnmeister aurait constaté do son côté que le sulfate de cinchonine con trairement au sulfatede quinine, produisait la dilatation de la rate, {kl.)

(2) Michel Levy, Discussionsur le sulfatede cinchonine {Ihill. de l’Académie de médecine , séance du 24 avril 1860, t. XXV, p. 565).

TRAITEMENT

de son action comparativement à celle du sulfate de quinine ; celui-ci reste le médicament héroïque, que le sulfate de cinchonine ne peut pas remplacer, mais dont il devient, dans les fièvres plus graves, un adjuvant précieux et d’un prix relativement minime (1).

Expérimentés également en Algérie, à la Rochelle et à Rome, les tannates de cinchonine et de quinine n’ont donné lieu qu’à des résultats incertains ou insuffisants ; leur inefficacité tient-elle à ce que, dans ces sels, les alcaloïdes, cinchonine ou quinine, sont dans des proportions trois fois moindres que dans les sulfates (2)?Binz recommande précisément le chlorhydrate de quinine parce que ce sel renferme plus de quinine que le sulfate (3); et cependant, d’après Griesinger, le chlorhydrate a si peu d’action fébrifuge, qu’il ne mérite même pas d’être employé (4).

Ou bien l’inefficacité relative de ces divers composés ne tient-elle pas plutôt à leur moindre solubilité, question toute pratique (5), dont l’importance échappe souvent à ceux qui,

(1) Moutard-Martin, Mémoire sur la Valeur du sulfate de cinchonine, etc.

(2) Voir Résultats des expérimentations faites dans les hôpitaux militaires sur les succédanés du sulfate de quinine ( Recueil des mémoires de médecine militaire, I8a9, t. Il, 3' série).

(3) Binz, loc. cit. ( Virchow’ s Archiv, février 1869).

(4) Griesinger, loc. cit., p. 81.

(5) Récemment encore, M. Briquet rappelait qu’il avait dû renoncer à l'emploi du tannate de quinine, vu son peu de solubilité (Bulletin de la Société de médecine de Paris, in Gazette des hôpitaux, G novembre 1869). Et cependant le tannate de quinine aurait donné à une commission, nommée par l'Académie de médecine et présidée par M. Bouvier ( Bull de l'Academie de médecine, 17 février 1852, t. XVII, p. 4 15/, des résultats thérapeutiques analogues à ceux du sulfate de quinine, dont il n’offre en outre ni l’amertume, ni la difficulté de tolérance par l’estomac, ni le prix élevé.

Il y aurait plus d’avantages encore dans l’emploi del’urpte de quinine expérimenté à Bordeaux contre des fièvres simples et pernicieuses, par MM. Peraire et Armand de Fleury ; moins cher que le sulfate de quinine, cet autre sel aurait une puissance curative supérieure, et uue puissance toxique bien moindre; l’amertume en serait également bien moins considérable ( Bulletin général de thérapeutique).

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d’après la formule chimique d’un médicament, concluent trop précipitamment à sa puissance thérapeutique?

Rien n’est plus naturel et plus logique pourtant que la pensée d’utiliser, en dehors de la quinine, tous les alcaloïdes que peuvent fournir les diverses espèces de quinquina du commerce, comme la quinidine , la quinicine , la cinchonine , et la cinchonidine , presque tons isomères de la quinine ; il semble qu’il y ait lieu surtout d’en espérer une action efficace par leur combinaison à des acides qui semblent eux-mêmes jouir déjà de certaines propriétés fébrifuges. Tel est, parmi ces derniers, l’acide picrique, auquel certains observateurs auraient reconnu une vertu de ce genre, et qui provient au reste de diverses substances qui ont été vantées pour la cure des fièvres intermittentes (salicine, populine, phénol). C’est précisément en combinant cet acide avec les alcaloïdes en question, que MM. Ossian Henry, Alfroy-Duguet, et E. Perret ont récemment obtenu un composé jaune, cristallisé, parfaitement dosable, qu’ils ont désigné sous le nom d’acide quino-picrique, i et qui, d’un prix bien inférieur au sulfate de quinine, aurait une puissance thérapeutique comparable à celle de ce dernier sel (1). A l’avenir de consacrer par des succès nombreux et répétés les espérances à concevoir d’après l’administration de ce nouveau médicament à un nombre encore fort restreint de malades (2).

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