B. SUCCÉDANÉS NE DÉRIVANT PAS DU QUINQUINA
Parmi les fébrifuges qui ne proviennent pas de l’écorce du Pérou, il en est peu qui aient été aussi vantés depuis
(I) Voir O. Henry. Alfroy-Duguet et E. Perret, Sur un nouvel agent médical tonifébrifuge succédané congénère de la quinine ( Bulletin de l'Académie impériale de médecine , Paris, 24 août 1 809, t. XXXIV, p. GSG).
0) L’acide quino-picrique aurait réussi chez quatre sujets atteints de fièvre contractée aux environs de Fontainebleau (Bulletin, loc. cit.).
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quelques années que l’acide arsénieux, administré, suivant la formule de Boudin, en solution dans un liquide composé d’eau et de vin blanc à parties égales (1) ; la liqueur arsenicale de Boudin, ne renfermant qu’un centigramme d’acide arsénieux pour vingt grammes de véhicule, est infiniment plus maniable que les liqueurs de Foxvler et de Pearson, dont l’administration exige toujours les plus grandes précautions, et dont le dosage ne doit être fait que goutte par goutte.
Boudin lui-même aurait obtenu les plus merveilleux résultats de l’emploi de son médicament : « J’ai souvent obtenu, avec une seule prise d’un centième de grain d’acide arsénieux, la disparition radicale de fièvres contractées soit en Algérie, soit au Sénégal, et qui avaient jusqu’alors résisté aux médications les plus variées, y compris le sulfate de quinine et le changement de climat (2). » Plusieurs autres observateurs, notamment MM. Maillot (3) et Fremy (4), ont aussi constaté la puissance fébrifuge de l’arsenic chez des malades traités dans les hôpitaux de France (S) ; et les expérimentations faites aux Indes par Morehead (6), en Perse et en Algérie par différents praticiens, ont également établi les succès incontestables de cette médication dans les pays les plus chauds et les plus dangereux. Un de nos collègues de l’armée, M. Sistach, a fait de cette ques-
(1) La liqueur arsenicale de Boudin s’obtient en mélangeant un gramme d’acide arsénieux à un litre d’eau ; après avoir fait bouillir pour dissoudre, et remplacé l’eau qui s’est évaporée, on môle la solution avec partie égale (un litre) de vin blanc.
(2) Boudin, Traité des fièvres intermittentes, p. 217.
(3) Maillot, Gazette médicale , 1850.
(4) Fremy, Médication arsenicale dans les fièvres intermittentes. Paris, 1857 .
(5) Ces observations ont été confirmées par MM. Néret à Nancy, Tessier à Lyon, Bernier à Sarreguemines, Vaulpré et Travail dans les marais de la Bresse, Goldschmidt à la colonie pénitentiaire d’Ostwald pi ôs de Strasbourg, et Fuster à Montpellier.
(G) Morehead, Clinical Researches, etc., p. 33.
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tion le sujet d’un travail extrêmement intéressant (1), dans lequel il confirme par une nombreuse série d’observations les propriétés fébrifuges de la liqueur arsenicale de Boudin (2). Malgré les bons résultats obtenus par ces cliniciens, et par le plus grand nombre de ceux qui ont adopté leur méthode, nous avouons que nous n’avons osé pour notre compte la mettre en pratique pour combattre les fièvres de Rome et d’Algérie ; nous redoutions d’abord l’incertitude de cette médication, incertitude reconnue et proclamée par celui même qui en a été le plus ardent promoteur : « Un fait très-remarquable, c’est que le degré d’efficacité des préparations arsenicales, dans le traitement des fièvres intermittentes, soit subordonné d’une manière bien manifeste à la constitution médicale régnante, de telle sorte qu’on les voit parfois perdre à un haut degré de leur vertu fébrifuge, alors que, quelques jours auparavant, aucune fièvre intermittente ne résistait à leur action héroïque (3). »
Cette inefficacité, dont l’aveu, fait par Boudin, a déjà . tant d’importance, a élé reconnue par d’autres, qui parfois même en ont exagéré la fréquence, et contesté d’une façon trop absolue la valeur thérapeutique de l’acide arsénieux (4).
(1) Sistach, de l’Emploi des préparations arsenicales dans le traitement des fièvres intermittentes ( Recueil des mémoires de médecine militaire, 1 8G I , t. V, 3e série).
(2) Les fiévreux traités à l’hôpital de Vincennes, en 1SG0, par M. Sistach provenaient en grande partie de l’armée d’Italie; sur 164 malades, 71 avaient subi un traitement préalable, le plus souvent insuffisant, toujours infructueux (Mémoire cité).
(3) Boudin, Traité des fièvres intermittentes, p. 27S. L’auteur ajoute, il est vrai, que l’aciion du sulfate de quinine, aussi bien que celle de l’arsenic, est également influencée par le génie épidémique des maladies. Nous pensons au contraire qu’un des caractères les moins contestables de la médication quinique est son identité d’action, en tous tesiips et en tous lieux, sur les malades atteints de formes similaires de l’intoxication.
W Ainsi nous trouvons trop sévères les conclusions de M. Laure sur l’inefficacité de la médication arsenicale. (Considérations pratiques sur les maladies de la Guyane , p. 43.) Si, comme cet auteur, nous en proscrivons l’em-
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Quoi qu’il en soit, le nombre de nos malades à Rome, la nécessité où nous étions, durant la saison épidémique, de prescrire chaque jour à la plupart d’entre eux un traitement efficace et sûr, nous ont en outre toujours empêché de recourir à une substance qui n’avai.t pas notre confiance entière, et dont le mode d’administration, quelque perfectionné qu’il soit, exige encore les plus grandes précautions. Nous eussions réussi contre les fièvres simples, que jamais nous n’eussions songé à l’emploi de doses élevées dans les formes plus graves. En. pareille circonstance, le sulfate de quinine possède déjà, malgré son innocuité habituelle, des propriétés toxiques, peu énergiques aux doses qu’on ne doit pas dépasser, mais suffisantes cependant pour qu’on ne puisse songer à lui substituer un agent bien autrement dangereux, et dont l’usage doit être réservé aux affections qui n’exigent qu’une intervention calme, et des prescriptions d'une application lente et facile (1).
Nous savons que les dangers d’empoisonnement sont moindres qu’on ne le redoutait tout d’abord, que Boudin a pris lui -même jusqu’à 10 centigrammes d’acide arsénieux, que des doses tout aussi considérables ont été administrées par mégarde et sans accident dans le service de M. Fuster à Montpellier (2); mais en somme, dans les cas graves, cette médication exigera toujours le fractionnement de la dose ordonnée, fractionnement prescrit par Boudin et qui impo-
ploi contre les formes graves de l’intoxication aignë, nous sommes loin de la regarder comme contre-indiquée dans le traitement de l’anémie et de la cachexie palustre. M. Berenguier aurait également employé sans succès l’arsenic contre les fièvres. (Bérenguier, loc. cit., p. 215.)
(1) « Le sulfate de quinine est complètement inoffensif aux doses réclamées par la plus grave des affections palustres ; mais il n’en saurait Être de môme avec les préparations arsenicales, qu’on ne pourrait employer avec une égale sécurité contre l’impaludisme pernicieux ; aussi ne peut on les donner qu’à titre de médication auxiliaire. » (Poznanski,c/e V Impaludisme, p. 30.)
(2) Fuster, Comptes rend us de l'Académie des sciences, 1855.
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sera des limites trop absolues à la rapidité de son absorption. On ne pourra jamais agir vite avec l’arsenic sans se rappeler le jugement porté par un des premiers auteurs qui en aient parlé, par Gold, pour qui ce médicament était à la fois extrêmement sûr et extrêmement dangereux, certissimum ac nequissimum (Trousseau et Pidoux).
Au reste, des observations recueillies par des praticiens fort autorisés (1), il ressort que l’arsenic est plus utile dans les formes de la fièvre qui ne réclament aucune précipitation thérapeutique, dans les types tierce, quarte par exemple, si voisins de la cachexie, ou si fréquemment accompagnés de celle-ci ; or, nous dirons plus loin que l’emploi de l’arsenic est en effet parfois indiqué contre les symptômes de l’intoxication chronique, où il est appelé à remplir le même rôle que dans certaines autres anémies.
Nous ne mentionnerons que pour mémoire les essais infructueux constatés par les documents envoyés au Conseil de santé des armées, essais entrepris au moyen de deux médicaments qui ont eu une vogue bien éphémère, l’hydroferro-cyanate de potasse et d’urée, et le ferro-evanure de sodium et de salicine (2). L’expérience confirméfa-t-elle davantage l’espoir que pouvait faire naître l’action physiologique du perchlorate de potassium (3)?
(1) Dufour, de Lyon, conclut, d’après les expériences faites par Tessier, Rodet et par lui-même, que l’arsenic est préférable dans les fièvres anciennes, les quartes par exemple ( Journal des connaissances médico-chirurgicales., mars 1851). L’acide arsénieux, dit Girbal, a une propriété fébrifuge réelle dans les fièvres intermittentes par intoxication paludéenne profonde. (Union médicale , mai 1802. )
(2) Résultats des expérimentations , etc., in Recueil des mémoires de médecine militaire, t. II, 1859. II semble cependant que le second de ces médicaments, appelé aussi quinitc, ait une vertu fébrifuge réelle, bien qu’inférieure à celle du sulfate de quinine. (Voir Hulraagrand, de /’ Administration de la quinine. Paris, 18G9.)
(3) M. Rabuteau a constaté que le perchlorate de potassium produisait, à une certaine dose, une ivresse analogue à la quinine; il a constaté de plus
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Il en est de môme de l^apiol , et de la colophane traitée par l’acide azotique, qui, soumis à des expérimentations cliniques dans les hôpitaux militaires de Rome, d’Ajaccio et de Perpignan, ont motivé les conclusions suivantes du Conseil de santé : « 1° les documents sont peu favorables à l’emploi des nouveaux fébrifuges ; — 2° pour le traitement des fièvres bénignes, ils n’ont pas révélé plus d’efficacité qu’une foule d’autres agents proposés comme succédanés de la quinine, et la simple expectation, aidée des moyens hygiéniques, a donné des résultats approximativement équivalents ; — 3° pour le traitement des fièvres rémittentes et pernicieuses, il y aurait danger à en autoriser l’emploi dans les hôpitaux de Corse, de Rome, d’Algérie et de toutes les localités à endémies marécageuses (d). »
A combien d’autres médicaments ne pourrait-on pas appliquer à bon droit des conclusions aussi réservées sur leur vertu fébrifuge?
De l’analogie qu’une substance peut présenter avec la quinine au point de vue de la saveur et des autres propriétés physiques, au point de vue de la composition chimique, et de l’action sur les substances organisées, au point de vue même de ses propriétés physiologiques, on ne peut conclure à 'priori à une analogie thérapeutique.
Ainsi Binz, dont les recherches ont été faites non pas au lit du malade, mais dans un laboratoire, compare à la quinine la bébeerine ou bébirine (2), alcaloïde provenant de
l’extrême rapidité d’absorption de ce sel qui, moins de dix minutes après son administration, est éliminé par l’urine et la salive. On comprend combien serait précieuse une instantanéité d'action aussi complète, s’il existait un nombre de faits cliniques suffisant pour établir la valeur fébrifuge de ce composé chimique. (Voir Bulletin général de thérapeutique, 1SG8, t. LXXV, p. 417.)
(1) Résultats des expérimentations, etc. ( loc . cit., p. 2.)
(2) Substance différant de la berbérine, prétendu fébrifuge, qui se rencontre dans des plantes appartenant it diverses familles, aux Renonculacées, aux Mémspermées, et plus spécialement aux Berbéridées, surtout ù l’espèce Berberis.
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l’écorce du Nectandra Rodiei , de la famille des Lauritiées. Cette substance a la môme action que la quinine sur les sucs animaux et végétaux dont elles détruisent rapidement, l’une et l’autre, les micropliytes parasitaires (1 ) ; malgré les espérances qu’on pouvait en concevoir pour une ressemblance d’action thérapeutique, la bébeerine et son sulfate figurent aujourd’hui déjà au nombre des fébrifuges incertains (2).
Les substances amères et riches en principes astringents ont été de tout temps conseillées contre les fièvres intermittentes ; pour Nepple, après le quinquina, la petite centaurée était le remède le plus efficace à leur opposer (3) ; on a vanté plus encore le simarouba, la quassia amara, l’absinthe, la chicorée, le plantain, dont le suc aurait fourni à M. Ghevreuse les meilleurs résultats (4).
Les propriétés astringentes de l’écorce de chêne, son action antiseptique, devaient évidemment faire concevoir la pensée que cette écorce recelait une vertu thérapeutique comparable à celle de l’écorce du Pérou ; Gullen lui-même avait vanté la puissance fébrifuge du tan (5); quant au fait rapporté par Barbier, d’Amiens (6), savoir : qu’il existe dans un faubourg d’Amiens un moulin à tan dont les ouvriers n’ont jamais eu la fièvre intermittente, tandis que ceux qui sont occupés dans le voisinage à d’autres ouvrages en sont atteints, nous partageons pleinement l’opinion de Trousseau et Pidoux : « Nous ne révoquons pas en doute ce fait, puisque Barbier l’affirme; mais comme, dans d’autres pays, les ouvriers occupés à la mouture de l’écorce
(1) Binz, loc. cit. (VirchovO's Archiv, mars I S GU).
(2) Giiesinger, toc. cit., p. 8G.
(3) Nepp'.e, Archives générales de médecine , 1831, p. Uil.
(4) Chevrcuse, Journal des connaissances médico-ihirurgicultn, IS5I.
(5) Gullen, Matière médicale, t. II, p. 4 7.
(6) Barbier, Matière médicale, t. I, p. 32«i
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de chêne prennent la fièvre d’accès comme les autres, nous croyons que l’immunité dont parle Barbier tient à quelques circonstances qui, probablement, lui auront échappé (1). »
A plus forte raison, le tannin devait-il être essayé comme fébrifuge; dès 1807, son efficacité avait été affirmée par Pezzoni (2); et en 1840 M. Ghansarel, de Bordeaux, publiait une série d’observations d’après lesquelles le tannin était entièrement comparable au sulfate de quinine, comme puissance et sûreté d’action (3). Dans un Mémoire plus récent (4), M. Leriche établit également des conclusions trèsfavorables relativement à la puissance fébrifuge du tannin ; et, bien qu’il ne mette pas tout à fait cette substance au niveau du sulfate de quinine, puisqu’il la proclame seulement le meilleur des fébrifuges indigènes, il fournit à l’appui de cette opinion des faits très-nombreux et bien observés (5). Nous ne savons pas si de nouveaux essais sont venus confirmer ou contredire ces résultats ; mais, pour
(I) Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique et de matière médicale , 8e édition, t. I, p. 144.
(2 ) Pezzoni, Histoire de la société de médecine pratique de Montpellier. 1S07.
(3) Ghansarel, Bulletin médical de Bordeaux , octobre 1840.
(4) Leriche, du Tannin, de son emploi en médecine comme succédané du quinquina. I8GI.
(5) Les expériences, auxquelles il s’est livré, ont conduit l’auteur à conclure : 1° que l’acide tannique, pur et convenablement administré, est un excellent antipériodique ; 2° qu’il paraît d’une efficacité réelle dans le traitement de toutes les fièvres intermittentes type simple quotidien ; 3° que la facilité de son extraction, la modicité de son prix, l'innocuité de ses effets le rendent préférable au sulfate de quinine, ou aux autres dérivés du quinquina; 4° qu’il réunit par conséquent toutes les qualités d'un bon succédané, et qu’il constitue jusqu’à présent le meilleur des fébrifuges indigènes. Quel que soit le type de la fièvre intermittente, il faut débuter par isr,50 à 2 grammes, selon la violence de la fièvre, et donner le médicament deux ou trois heures avant l'accès. Ordinairement deux ou trois doses suffisent pour amener la guérison ; quelquefois on est obligé d'élever la dose à 4 ou 5 grammes par jour. L’auteur dit n’avoir pas encore rencontré de fièvres qui aient résisté à ce moyen. (Leriche, loc. ci'-)
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notre compte, nous avons eu plusieurs fois l’occasion, comme nous le dirons plus loin, d’employer le tannin à titre de médicament astringent che^l des malades atteints de cachexie palustre; des accès de fièvre se manifestaient parfois dans le cours du traitement, et leur répétition nous a prouvé que la vertu antipériodique du tannin était fort contestable.
M. Gendron (1) aurait obtenu, dans le traitement de soldats fiévreux à l’hôpital de Vendôme, de bons résultats de l’emploi de la poudre d’Alkékenge, dont l’action physiologique se rapproche de celle de la quinine, mais dont les propriétés fébrifuges sont en somme bien inférieures à celles du spécifique; ce médicament ne possède, en effet, ni la promptitude ni la sûreté du sulfate de quinine; « mais comme il ne coûte rien dans certaines provinces de la France, les gens de la campagne s’astreignent aisément à en continuer l’usage après l’interruption de la fièvre, et ils sont moins exposés aux récidives. »
Personne aujourd’hui n’admet plus la vertu fébrifuge du chlorure de sodium, dont Thomas, de la Nouvelle-Orléans, avait prétendu faire un succédané du sulfate de quinine; les essais pratiqués dans nos hôpitaux militaires n’ont fourni que des résultats négatifs. Quant au pouvoir que lui a attribué M. Piorry, de faire diminuer instantanément le volume de la rate, Gouraud et Valleix (2) ont prouvé que ce prétendu changement de volume était une erreur d’observation ; et l’on sait l’argumentation remarquable dans laquelle Grisolle a si nettement résumé l’inefficacité de ce prétendu succédané des sels de quinine (3).
Un médecin de l’armée anglaise aux Indes, Pearson Nash,
(1) Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique et de matière médicale, 8e édition, p. 642.
(2) Valleix, Guide du médecin praticien , 5° édition. Paris, 1 8fiC, t. I, p. 24c.
(3) Voir Bulletin de V Académie de médecine , séance du 10 lévrier 1882, t. XVII, p. 300.
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aurait obtenu des succès remarquables de l’emploi de la strychnine, et son rapport établit quelle immense économie réaliserait le gouvernement anglais en substituant cette substance au sulfate de quinine (1).
Malheureusement ce n’est pas la première fois que de semblables essais sont tentés avec la noix vomique (2), ce qui nous empêche de croire entièrement à une telle valeur fébrifuge ; et, d’autre part, cette substance est, relativement au sulfate de quinine, d’un maniement si difficile que l’emploi ne saurait en être généralisé, avant qu’on ait établi, par des preuves irréfutables, la réalité de cette action thérapeutique.
Dans un travail récent, le docteur F. de Willebrand, professeur à l’université d’Helsingfors (Finlande), affirme avoir obtenu les meilleurs résultats de l’emploi interne de l’iode contre les fièvres intermittentes (3). Nous avons lu les observations citées à l’appui de cette médication ; plusieurs d’entre elles se rapportent certainement à des affections non palustres, et, quant aux autres, elles sont trop peu nombreuses pour suffire à établir la vertu de ce nouveau fébrifuge ; l’auteur ne s’est pas, à notre avis, entouré des précautions voulues pour qu’on ne puisse même expliquer ces quelques guérisons par la cessation spontanée des accès. De plus, ce n’estpas la première fois que cette médica-
(1) Voir Pearson Nash, llie Lancet, 18G7.
(2) Voir Fonssagrives, Revue de thérapeutique , in Gazelle hebdomadaire, 1SG8, p. 200.
(3) F. de Willebrand, de l' Iode contre tes fièvres intermittentes (Archives générales de médecine, juillet 18G9). La formule employée par cet auteur
est la suivante :
Iode. . . » 1 gramme
Iodure de potassium 2 —
Eau distillée 10 —
On prend toutes les deux heures, dans un verre à liqueur d'eau ordinaire^ 5 gouttes de cette solution.
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tion est conseillée contre les fièvres intermittentes; il y a longtemps qu’elle a été signalée par M. Boinet (1) ; elle aurait. donné de bons résultats à M. Barilleau (de Poitiers) qui, sur 40 cas traités par la teinture d’iode, aurait vu disparaître 37 fois la fièvre (2). M. Seguin (d’Albi) a employé également la teinture d’iode contre des fièvres soit récentes, soit invétérées et accompagnées de cachexie. L’auteur insiste spécialement sur les succès obtenus de ce médicament chez les anciens fiévreux. « C’est principalement dans les fièvres intermittentes chroniques, rebelles surtout aux préparations de quinquina, que la teinture d’iode peut rendre de véritables services au praticien ; » et il ajoute : « dans les pyrexies périodiques récentes, ce médicament ne m’a pas paru avoir la même valeur (3). » Nous pensons donc que la médication iodée a plus d’opportunité contre l’intoxication chronique que contre les manifestations aiguës1 2 3 de l’impaludisme, qu’elle se rapproche plus, en un mot, comme action thérapeutique, de celle du quinquina que de celle du sulfate de quinine. Elle est beaucoup plus indiquée, suivant nous, contre les engorgements du foie et de la rate, engorgements dont lesexsudats plastiques constituent la base anatomique, et où l’iode doit intervenir comme puissant résolutif, que contre les mouvements fébriles où ce médicament est loin de jouir de la même puissance.
Quand on se rappelle que, dès les premiers essais faits avec la cinchonine, on avait proclamé 713 guérisons sur
(1) Boinet, Trnité d'io'lothérapie, 2° édition, p. 920; et. Bulletin de la Société de médecine pratique de Paris { Gazette des hôpitaux, novembre 1809),
(2) La formule de M. Barilleau est la môme que celle de M. Boinet : 30 gouttes de teinture d’iode dans une infusion de camomille ; mais on peut élever successivement la dose, suivant l’effet produit, jusqu’à 40, !>0 ou même 60 gouttes, et en faire continuer l’usage plusieurs jours après la disparition des accès fébriles l Bulletin de ta Société de médecine pratique, de Paris, in Gazette des hôpitaux, novembre 1809).
(3) Seguin (d’AIbi), Bulletin général de thérapeutique, t. XXXI, p. 179.