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PROPHYLAXIE

civilisés, les gouvernements en ont fait à bon droit une question d'hygiène et de salubrité publique, et ont substitué leur puissante initiative aux efforts isolés, le plus souvent inefficaces, des particuliers. On sait les résultats obtenus déjà en Sologne où la richesse et la salubrité s’accroissent parallèlement chaque jour (1) ; les landes de Gascogne dont la stérilité, bien plus que les conditions palustres, entretenait l’endémicité des fièvres intermittentes, ont été l’objet d’une loi, promulguée le 19 juin 1857, et dont le principe est aussi simple qu’efficace (2).

Partout, en France, on est entré résolûment dans cette voie d’amélioration de la richesse et de la santé publiques. Le vaste territoire de Bresse et de Bombes, présentant une surface totale de 100,000 hectares, dont un sixième était recouvert d’eaux stagnantes, est redevable des travaux d’assainissement et de culture qui le transforment, à l’initiative de l’un de nos plus éminents ingénieurs, M. Hervé-Mangon (3).

Aujourd’hui môme deux autres ingénieurs, MM. Régy et Dellon, après les études les plus sérieuses sur l’excès de mortalité des populations qui habitent les localités palus-

(1) La hausse de la rente foncière résulte principalement de l’amélioration des cultures; or tous les faits cités dans l’enquête agricole indiquent une hausse rapide, et c’est encore les pays les plus déshérités, comme la Sologne, qui semblent marcher le plus vite, comme s’ils avaient hâte de regagner le temps perdu. (P. C. Dubost, V Agriculture en France, d’après les documents de l'enquête agricole, in Journal officiel du 22 novembre 18G9.)

(2) Ce principe est le suivant : Les terrains qui ne sont propres aujourd’hui qu’au parcours du bétail doivent être assainis et ensemencés ou plantés aux frais des communes qui en sont propriétaires. A défaut des communes, l’État pourvoit à ses frais à l’exécution des travaux dont l’utilité a été constatée, et se rembourse de ses avances en principal et intérêts sur le produit de l’exploitation des terrains mis eu valeur. ( Rapport à l’Empereur par MM. les ministres de l’intérieur , des finances, de l’agriculture et du commerce, 17 janvier 1850, in Tardieu, Dictionnaire, etc., t. II, p. 649.)

(3) Ilervé-Mangon, Rapport sur l'amélioration sanitaire et agricole de la Dombe.

ASSAINISSEMENT DU SOL PAR LA CULTURE

très du département de l’Hérault, proposent d’assainir et d’enrichir par la culture ce vaste foyer de malaria (1) ; et leurs espérances doivent être confirmées par le souvenir de l’antique prospérité (2) de cette plage aujourd’hui si insalubre : « Belle transmutation que celle qui doit changer en blé le miasme palustre (3) ! » Julia présumait, il y a cinquante ans, que les marais de la France, convertis en terres labourables, donneraient un revenu de sept millions, et nourriraient plus d’un million d’habitants (4). « Depuis que les marais de Châtillon (Ain) ont été desséchés et convertis en plantations, depuis que l’industrie a pénétré dans cette petite ville, sa population a doublé en trente années (S). » Dans certaines localités de la Corse on est arrivé, par les progrès de l’agriculture, aux mêmes résultats (6).

Dans les climats tempérés, et en général dans les régions

(1) Régy et Dellon, ingénieurs des ponts et chaussées, Assainissement du littoral méditerranéen du département de l'Hérault ;voy. Fonssagrives, Études hygiéniques sur les marais. ( Annales d’hygiène , Paris,) 869,2e série, t. XXXil. )

(2) A l’époque de la domination romaine, des villes florissantes s’élevaient sur ce littoral, la Camargue était le grenier d’abondance et le magasin de vivres de la milice romaine. A l’abandon du sol, résultat lui-même ou de la négligence des habitants ou des déprédations des Sarrazins, succède ici^encore l’apparition de la malaria et sa marche progressive du littoral vers l’intérieur des terres; quelques centres plus grands avaient pu résister à l’action du mauvais air, comme saint Gilles, Frontignan, Aigues-Mortes surtout, remarquable encore au commencement du douzième siècle par son importance maritime et son commerce ; ils sont atteints à leur tour, et subissent dès lors une décadence tellement rapide que, sous Philippe.IlI (1279), Aigues- Mortes en était presque arrivée déjà à son état actuel de misère et d’insalubrité. (Scipion Gras, ingénieur en chef des mines, Assainissement du littoral de la Corse , p. 152 et suivantes).

(3) Fonssagrives, Influence des marais. ( Annales d'hygiène, juillet 1869.)

(4) Julia Fontenelle, Recherches historiques, chimiques et médicales sur fuir marécageux (1823), p. 128.

(5) Monfalcon, loc. cit., p. 128.

(6) « 11 n’est donc pas étonnant de retrouver en Corse, avec l’extension du travail et les encouragements donnés à l’agriculture, le décroissement considérable des fièvres et la modification caractéristique de leurs phénomènes morbides. (P. de Pietra-Santa, La Corse et la station d’Ajaccio , p. 100.)

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