L. Colin, Fièvres
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où l’intoxication tellurique ne se manifeste que sous les formes les plus bénignes, on comprend que les populations puissent, sans trop de souffrances ni de dangers, subir les phases toujours lentes de cette transformation d’un sol inculte en sol riche et salubre ; mais, dans tes pays chauds, il y aurait grand avantage à pouvoir hâter ce changement, et à demander à certains végétaux, dont le développement rapide témoigne de la puissance d’absorption, une protection plus rapide aussi contre les éléments toxiques du sol qu’ils détournent à leur profit.
On a préconisé spécialement à cet égard certains arbres récemment introduits en France et' en Algérie, arbres du genre Eucalyptus , et en particulier Y Eucalyptus globulus.
Quoique leur croissance soit extrêmement rapide, leur bois est très-dur et propre à toutes les constructions; et l’on peut espérer, d’après les faits cités par M. Carlotti (1), que des plantations de ce genre constitueraient à la fois une sauvegarde contre l’insalubrité du sol , et une opération avantageuse au point de vue financier.
Nous sommes bien loin cependant d’accorder à ces arbres l’influence occulte, spécifique, qu’on a voulu leur attribuer contre la malaria; ils agissent en modifiant rapidement
Voir aussi l’intéressant travail d6 M. Scipion Gras, ingénieur en chef des mines : Assainissement du littoral de la Corse. Paris, 18G6.
(1) Il est maintenant établi, par des essais faits sur plusieurs points de la Corse, que l 'Eucalyptus prospère daps toute l’étendue de la zone maritime, et l’on peut espérer qu’il végéterait dans les vallées de la légion intermédiaire ayant une exposition méridionale.
. Il en a été planté en 1865 dans les terrains dépendant de la colonie de Saint-Antoine; la tige, au moment de la plantation, avait le volume d’une plume de poulet. La grosseur du tronc, mesuré à 50 centimètres au-dessus du sol, est aujourd’hui (1869) d’un mètre 25 centimètres.
Dans un rapport inséré au Journal officiel (18 avril 1869), M. Frémy mentionne également la rapidité extraordinaire du développement de cet arbre en Algérie, sur les bords du lac Fetzara, son influence favorable sur la salubrité des contrées où on le multiplie, et la valeur considérable du bois obtenu. (Regulus Carlotti, Du mauvais air en Corse, passim. )
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le sol, en épuisant promptement cette force productive si dangereuse quand elle n’est pas utilisée; mais, suivant nous, cette action serait commune à tout végétal susceptible d’un développement aussi rapide que le leur. Ainsi nous approuvons pleinement la proposition faite au congrès de Florence (1) de généraliser, dans les localités insalubres d’Italie, la culture du coton et de la canne à sucre.
Il est donc bien établi qu’on peut, au moyen de certains perfectionnements agricoles, arriver à une réduction notable, peut-être même à l’extinction de la plupart des foyers de fièvre intermittente.
Personne n’a mieux indiqué queM. Burdel (2) tous les avantages qui peuvent résulter de l’emploi des moyens de ce genre, en particulier du reboisement, du défrichement des bruyères, et de l’amélioration de la culture.
Mais, malheureusement, quand des pays, où la transformation du sol s’est opérée sous les efforts de populations riches et actives, on veut tirer un utile exemple du remède à opposer aux vastes foyers de fièvres des régions plus chaudes et moins peuplées, on voit s’élever à son application un obstacle presque infranchissable, relevant des conditions sociales qui, nous l’avons démontré plus haut (voir page 76), ont tant de valeur dans cette question.
Cet obstacle est la rareté des habitants, l’affaiblissement de leur constitution, leur impuissance à fournir une masse de travailleurs assez nombreuse, et assez compacte pour résister aux émanations d’un sol qui les frappera d’autant plus cruellement qu’ils seront plus isolés, plus disséminés (3). Et, comme partout dans ces régions l’insa-
(1) Voir Union médicale du 5 octobre I8G9.
(2) Burdel, Recherches sur les fièvres paludéennes, Paris, 1850, p. 198.
(3) « Malheureusement les bras manquent à la terre dans nos plaines, parce que les fièvres intermittentes seules condamnent une masse d’individus ;\ un repos forcé pendant des mois entiers. Nous croyons que ces fièvres privent
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lubrité repose sur ces deux faits principaux, manque d’habitants, et manque de culture, l’imagination se trouve enfermée dans ce cercle sans issue qui a frappé tous ceux qui ont étudié cette question : il n’y a pas de cultivateurs dans ces campagnes parce que la malaria les rend inhabitables, et réciproquement la malaria s’y produit parce qu’elles ne sont pas cultivées (1).
Aujourd’hui la plaine de Rome est si dangereuse que les moissons se font à la hâte ; de longues colonnes de travailleurs viennent de loin, descendant des salubres montagnes de la Sabine, « pour affronter une mort sans gloire sur un terrible champ de bataille » (de Tournon, loc. cit ., p. 353), et, le travail fini, chacun s’empresse d’échapper à l’influence de ce sol redoutable (2).
On a tenté à différentes époques le repeuplement de la
l’agriculture de huit cent mille journées de travail chaque année. (R. Carlotti, loc. cit., p. 7.)
(1) Indiqué avec soin dans les recherches si intéressantes du comte de Tournon (loc. cit., t. I, p. 230 et suivantes), l’enchaînement de ces deux termes, population et culture, avait également frappé le président de Brosses : « le terrain est le plus fertile du monde, et produirait tout ce qu’on voudrait, s’il était cultivé. Vous me direz : pourquoi ne l’est-il point? On vous répondra : à cause de l’intempérie de l’air qui fait mourir tous ceux qui y viennent habiter. Mais moi je réponds que la proposition est réciproque, il n’est point habité, parce qu’il y a de l'intempérie, et il y a de l’intempérie parce qu’il n’est point habité. (De Brosses, Lettres familières écrites d'Italie ; liv. XXVII.)
Et cette môme opinion nous la voyous énergiquement reproduite aujourd’hui par le R. P. Secclii : « Cosi noi ci troviamo in un circolo terribile, che la terra non si coltiva perché l’aria à cattiva, e l’aria è cattiva perché la terra non si coltiva.» (Secclii, loc. cit., p. 15.)
(2) Il en est de môme en Corse : « Dès que les blés sont murs, les cultivateurs se hâtent de les récolter et de gagner leurs villages au sein des montagnes. Si, parsuitede circonstances accidentelles, la moisson est retardée, ils se trouvent dans lanécessité ou de l’abandonner ou de compromettre leur santé. La fertile plaine d’Aleria est comme un piège continuel tendu aux populations environnantes. Ainsi que l’a dit Gaudin, les fruits qu’on y recueille sont toulours môlég à des semences de maladie et de mort. (Scipion Gras, Assainissement du littoral de la Corse , Paris, ISG6, p. 17.)
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campagne romaine par des colonies assez nombreuses pour former un centre de résistance à la malaria; c’est un moyen que de terribles essais et de tristes résultats doivent faire employer avec beaucoup de réserve : « Je ne citerai qu’un exemple : la famille Mattéi appela sur un de ses domaines, situé au couchant de Rome, une colonie allemande, lui bâtit des maisons, lui distribua des bestiaux; au bout d’un an, tous les colons avaient péri (f). »
Pour livrer à une colonie agricole un centre habitable au milieu de cette campagne, il faudrait un travail préparatoire considérable; il faudrait, dit M. de Tournon, que le terrain fût entouré de plantations d’arbres (2), que des eaux saines y fussent amenées, que les terres y fussent mises préalablement en culture réglée ; il serait nécessaire de bâtir d’emblée un assez grand nombre de maisons pour former un groupe compacte, coupé par des rues peu larges, bien pavées. Ce ne serait qu’après l’achèvement de tous ces travaux qu’on pourrait, avec confiance, introduire instantanément dans le nouveau village la colonie la plus nombreuse possible à laquelle il serait destiné. Comme le dit encore le même auteur, toutes ces conditions préalables relèguent le repeuplement de la campagne romaine au moyen des colonies au rang des rêves de bien public (3).
(1) De Tournon, loc. cit., t. II, p. 245.
(2) Nous avons déjà mentionné le soin que prenaient les différentes corporations religieuses de s’installer dans des centres entourés d’arbres (voir plus haut, page 46); Rigaud de l’isle rapporte qu’un couvent de Passionnistes, situé sur le mont Argentaro (aux confins de la Toscane et des États pontificaux), perdit toute la réputation de salubrité dont il jouissait, lorsqu’on eut fait couper les bois de haute futaie dont il était environné.
(3) Grâce au dévouement de notre armée, des colons ont trouvé cependant en Algérie des villages ainsi tout faits, entourés de plantations, de champs ensemencés, où ils n’ont eu qu’à s’installer, alors que, pour eux, nos soldats avaient subi les dangers du défrichement du sol ; tels sont les villages de la Stidia et de Sainte-Léonie dans la province d’Oran ; parfois ces dangers ont été terribles. « En 1843-44, cent cinquante hommes des compagnies de dis-
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Aura-t-on recours pour vaincre les hésitations des étrangers, et pour peupler ce sol dangereux, au moyen qui a réussi à créer un des centres aujourd’hui les plus florissants de l’Italie, la ville de Livourne, dont les premiers habitants furent attirés par les franchises spéciales que leur offrit le gouvernement des grands ducs de Toscane, et parla protection qu’on assura, sans distinction de provenance ni de moralité, à tous ceux qui se présentèrent. C’est là certainement un moyen extrême, dont cependant l’histoire des papes nous fournit quelque chose d’approchant; tel est l’édit par lequel, en 1460, Sixte IV autorisait tout venant à ensemencer, pour son propre compte, le tiers de tout terrain resté inculte ; « mesure, dit le comte de Tournon (1), qui caractérise parfaitement la nature du pouvoir pontifical à cette époque, et l’ignorance des droits de la propriété. »
On comprend que nous n’insistions pas sur une mesure de ce genre qui rappellerait l’emploi proposé, dans les pays chauds, de criminels et de vagabonds pour ménager la santé des troupes régulières anglaises ou espagnoles (2), et remplacer ces troupes dans les travaux les plus dangereux, en s’exposant pour elles à l’action du sol et prélevant, pour ainsi dire, les chances les plus redoutables d’intoxication (3).
En raison de sa configuration plane, cette campagne romaine manque en outre de points de prédilection pour l’établissement de centres secondaires; si elle renfermait
cipline travaillèrent à la fondation de Saida (Algérie), défrichant, remuant, nivelant, creusant des fossés ; au bout de six mois, les fièvres pernicieuses en avaient enlevé une cinquantaine. » Michel Lévy, loc. cit., t. I, p. 461.
(1) De Tournon, loc. cit., t. II, p. 345.
(2) Lind, Essai, etc., p. 312, t. I.
(3) M. Armand fait bien ressortir la différence des conditions sanitaires de nos régiments qui débarquent en Algérie, suivant qu’ils sont de suite ]ancés en expédition, ou qu’ils sont installés dans des casernes et abrités en partie contre les influences morbides. (Armand, Y Algérie médicale). Paris, 1S54.
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quelque altitude suffisante pour assurer un degré relatil de salubrité, on verrait sans doute les populations y accourir, y fixer leurs demeures comme elles l’ont fait sur tous les cônes élevés des monts Albains (1).
Il n’y a, somme toute, qu’une base sur laquelle semble pouvoir s’appuyer ici le progrès et de la culture et de la salubrité ; cette base est la ville même de Rome, seule partie de la plaine dont le séjour ne soit pas dangereux, et d’où doivent rayonner les efforts à accomplir pour faire reculer de plus en plus la zone de malaria qui l’enserre aujourd’hui ; que chaque jour on donne une extension plus grande aux terrains cultivés qui environnent la ville, sans y laisser d’enclaves abandonnés aux pâturages et à la végétation spontanée, et chaque jour on verra reculer les limites du mal.
Dans ce siècle même, un pape avait commencé énergiquement l’application de cette méthode.
Par un Mo tu proprio du lô septembre 1802, Pie VII « ordonnait la culture ou la plantation de toutes les terres comprises dans une zone d’un mille autour de Rome, en comptant cette largeur du point où se terminent les vignes et les jardins » (2). Tout retard, tout abandon de culture étaient punis d’amendes; tout arbre planté, toute maison construite dans la campagne, rapportaient au contraire une prime déterminée. On sait combien le règne agité de ce pontife se prêta peu au développement de cette grande entreprise, dont on ne pouvait apprécier les résultats qu’après plusieurs années d’une application ininterrompue (3).
(1) Tels que Rocca di Papa, Rocca priora, Monte Porzio, Monte Compatri, etc.
(2) De Tournon, loc.cit ., t. I, p. 349.
(3) Ce n’est qu’au prix do longs efforts qu’en France môme, malgré l’énergie de la population, on a pu reconquérir des territoires insalubres de longue date. « L’homme, n’ayant pu vaincre l’hydre des marais dans un seul com-
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Nous avons pu constater nous-même la possibilité pour l’homme de s’avancer ainsi, et de refouler devant lui la malaria, en prenant pour point de départ un centre habité et salubre. Félix Jacquot écrivait en 1851 : « L’insalubrité de la périphérie de Civita-Vecchia est un fait acquis à l’histoire ; au sud et en dehors de la ville, à cent pas du rempart, existe une maison spacieuse dont les jardins servent d’entrepôt de charbon ; en peu d’années, le père, la mère et quatre enfants y sont morts de la fièvre (1). »
C’est précisément en ce point que se trouve placée actuellement la gare du chemin de fer, dont le personnel, grâce d’une part à son installation dans des locaux mieux disposés, et de l’autre à la zone de culture potagère qui lui est affectée autour de ces bâtiments, jouit contre les fièvres d’une immunité presque égale à celle des habitants de l’intérieur de la ville. Nous avons vu de môme diminuer l’insalubrité de notre hôpital militaire de Civita-Vecchia, grâce aux plantations potagères faites par les régiments dans les fossés de la ville sur lesquels est placé cet hôpital.
Ce qu’il faut, avant tout, pour triompher de l’insalubrité du sol Romain, c’est lapersistanceetla continuité des efforts. « C’est ainsi qu’au commencement de ce siècle, contre la malaria et la stérilité des maremmes Toscanes, l’intervention de l’homme a été puissante parce qu’elle a été logique et patiente, et que de plus, une fois le but atteint, elle ne se reposa pas ; les grands ducs de Toscane ont rendu à la culture six, huit, dix, jusqu’à trente lieues de terrain par an (2).
En s’avançant progressivement autour de Rome, la cul-
bat, la poursuit par la culture jusque dans son antre pour lui arracher ainsi peu à peu sa proie. » (Crouigneau, Recherches sur les Epidémies de la Rochelle , p. 0.)
(1 ) F . Jacquot, Lettres médicales sur l'Italie, p. 277.
(2) Lamartine, Discours à la Chambre des Députés, 4 mars 1846.
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turefera reculer pas à pas la malaria, en sens précisément inverse de la direction suivie par le fléau dans sa marche séculaire vers le centre de la ville.
Le plus grand obstacle à vaincre pour assurer le résultat de ces entreprises, ce sera la résistance des propriétaires qui, au système d’ensemencement descéréales exigeant des soins multipliés et des travaux nombreux, préfèrent le système des pâturages, où ils trouvent des bénéfices certains sans la moindre fatigue ni la moindre dépense ; ils louent, à prix assuré, leurs terres incultes pour la nourriture des troupeaux, et leur en livrent le parcours.
Cet abandon du sol a non-seulement le désavantage immédiat de ne pas en utiliser suffisamment la puissance végétative et par conséquent de le rendre insalubre; mais encore, pendant ces longues jachères, il se développe une végétation parasite, vigoureuse, de buissons et d’arbustes ; le jour où l’on veut rompre, comme l’on dit, le pâturage pour revenir à l’ensemencement, il faut employer la hache et la pioche pour rendre possible l’action de la charrue; et l’on s’expose ainsi aux terribles dangers d’un véritable défrichement (1).
(1) Il y a certainement une différence apparente énorme entre les conditions de développement du miasme soit il la surface d’une terre riche et peu cultivée comme la campagne Romaine, soit à la surface des marais salants, et cependant de part et d’autre, c’est la négligence et l'abandon qui semblent être la cause principale du développement de la malaria :
« Jamais, dit Mélier en parlant des environs de Maremmes, le pays ne fut plus prospère, et la santé générale meilleure qu’au temps où la production du sel, portée à son plus haut degré de développement, couvrait pour ainsi dire tout le pays. C’est à cette époque du plus grand développement des salines que correspond le plus haut développement de la population... L’abandon des marais salants a été le point de départ de la ruine et des maladies ; la ville de Brouage, riche et prospère autrefois, est maintenant la ruine la plus désolante à voir que Ton puisse imaginer. Les habitants, décimés par les fièvres, ont abandonné leurs demeures et sont allés s’établir ailleurs, emportant avec eux tout ce qui pouvait servir à de nouvelles constructions, les bois des charpentes et des planchers, les volets et les portes, les serrures ;
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Les troupeaux auxquels on abandonne ledroitde parcours sont en outre un obstacle au développement de la haute végétation qu’ils détruisent à sa naissance (1); les mêmes inconvénients résultent, en Corse, du droit de pâture sur des surfaces relativement immenses (2).
Pour la campagne de Rome, la proximité de la mer, la rapidité actuelle des communications, le voisinage de contrées pauvres en grains ne doivent pas laisser redouter l’avilissement du prix des céréales par un excès de production. D’autre part, si le manque de bras ne répond pas à l’immensité de la tâche, il faut avoir recours à l’emploi de ces puissantes machines dont les grands centres agricoles de France et d’Angleterre font aujourd’hui si fréquemment usage; le sol uni delà campagne Romaine semble admirablement disposé pour l’emploi de ces moyens difficilement applicables dans les pays accidentés. La grande fortune des principaux propriétaires leur permet de suppléer ainsi au
les murs seuls sont restés, que le temps détruit, que les pluies démolissent.
( Rapport sur les marais salants , in Bulletin cle l'Académie de médecine , t. XIII, p. 279 et 329.)
(1) a J’iii vu à Guercino une’ vaste montagne qui en quelques années s’est recouverte de la plus vigoureuse végétation, grâce tout simplement à l’interdiction du pâturage, Solo perché si è proibilo di mandarvi a pascolare gli armenti. » (Secchi, loc. cit., p. 18.)
(2) « 11 existe encore dans les plaines de l’Est, comme sur le littoral de l’Ouest, des plaines immenses à l’état de maquis ; ces maquis servent à alimenter, pendant l’hiver, les neuf dixièmes des cent vingt mille chèvres entretenues dans le pays. Le gros bétail y vit dans un état à demi sauvage. Plus d’une fois on est obligé, lorsqu’on veut plier un jeune taurillon au joug, de lui faire la chasse à peu près comme à un cerf ou à un sanglier. La meute des chiens le fait sortir du fourré, et un homme à cheval, la main armée d’une perche surmontée d’unlacet, le poursuit à toute vitesse jusqu’à ce qu il parvienne à l’enlacer par les cornes ou par les pieds.
Les bergers de chèvres louent, pour des sommes insignifiantes, les maquis dos communes et des propriétaires; mais ils ne peuvent pas empêcher leurs animaux d’errer à droite et à gauche, d’endommager les récoltes, et de dévaster les plantations. » (Rcgulus Carlotti, Du ?nauvais air en Corse. Ajaccio 18G9, page 8.)
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nombre insuffisant des travailleurs; et les voies ferrées qui traversent aujourd’hui cette campagne transporteront rapidement sur tous les points les machines chargées de défricher, de labourer et d’enlever ces moissons dont la récolte elle-même est si pleine de dangers.
Les progrès ainsi obtenus devront être consacrés euxmêmes par une surveillance rigoureuse qui s’opposera à l’abandon des terrains mis en valeur ; il faudra que le propriétaire d’un champ ou d’un jardin ne soit pas plus libre de le mettre en jachère qu’il ne devrait être permis, en France, aux compagnies ou aux individus qui exploitent les marais salants, de les abandonner sans prendre les précautions prescrites par l’autorité (1).
Il en sera de même des forêts, dont le défrichement devra être absolument interdit, à moins bien entendu qu’elles ne soient, par leur situation, un obstacle à l’action de vents bienfaisants, et en particulier des vents du Nord (saluberrimus Aquilo) dont nous avons indiqué ailleurs la puissante influence contre la malaria de la campagne Romaine (2).
4° Conditions dans lesquelles l’homme ne pourra combattre efficacement la cause originelle de la malaria.
Il est des conditions où l’espcrance des succès de l’homme contre l’origine de la malaria doit cependant laisserplace encore à bien des doutes : l’endémie despays chauds d’une part, d’autre part les épidémies accidentelles de fièvres intermittentes, en dehors de leurs foyers ordinaires, semblent défier le triomphe d’une prophylaxie dirigée contre la source même du mal.
(1) Mélicr, loc. cit., p. 328.
2) Voir plus haut, Etiologie, p. 73, note 1,
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A. DE LA MALARIA DANS LES PAYS INTERTROPICAUX . — DE L’ACCLIMATEMENT DE L'HOMME DANS CES I>AYS.
La question de la résistance de l’homme aux effluves des régions intertropicales, résistancesuffîsantepour qu’il puisse s’y établir, en modifier et en cultiver le sol, y prospérer, s’acclimater en un mot, a été, dans ces derniers temps surtout, le sujet d’études et de controverses extrêmement sérieuses. La solution de cette question semble tout d’abord dominée par l’influence du point de départ de celui qui vient affronter ces causes puissantes d’intoxication; et en n’envisageant ici que les obstacles opposés par la malaria au déplacement soit de l’individu, soit des masses, nous croyons pouvoir émettre cette proposition :
Que l’homme aura d’autant plus de chances de résister à l’influence d’un foyer de fièvres intermittentes, qu’il proviendra d’un climat plus méridional ; en sorte que le domaine des migrations à la surface du globe serait d’autant plus limité pour un individu, que cet individu sera né dans un pays plus froid.
Des faits nombreux viennent à l’appui de cette thèse; le livre de Lind est rempli d’exemples des dangers courus par l’homme du Nord sous l’influence des émanations telluriques des pays chauds ; cet auteur rapporte en particulier l’histoire de plusieurs bâtiments anglais, le Falmouth, la Panthère, le Medway , perdant tous leurs équipages sur la côte de Batavia (f).
En 1786. dit Schnurrer, un bâtiment français est envoyé à la Côte d’Or pour y former un établissement. Lorsqu’on commença à défricher le pays, les hommes furent attaqués d’une fièvre nerveuse, et il semblait que les exhalaisons morbifiques sortaient de la terre à chaque coup de pioche qu’ils
(1) Lind, loc. cit., t. I, p. 121.
donnaient. Les uns, après un court frisson , étaient atteints d’une fièvre violente avec chaleur extraordinaire; les autres tombaient dans un affaissement total avec délire sans aucun changement dans le pouls (1).
En somme, développement de l’intoxication sous ses formes les plus rapides et les plus pernicieuses chez des individus d’origine septentrionale, à côté de populations indigènes ménagées, relativement au moins, par ce mode de manifestations.
Le méridional, au contraire, offrira une résistance réelle à l’action du miasme des pays plus froids. Larrey avait indiqué déjà l’immunité relative des soldats originaires du midi delà France contre la plupart des maladies qui décimèrent notre armée en 1813. Breslau a noté plus spécialement cette immunité relative contre la malaria ; il a constaté que, parmi les troupes françaises qui occupaient Walcherez en 1811, les Méridionaux résistaient beaucoup plus aux exhalaisons marécageuses que les autres soldats ; et même que les moins attaqués étaient les prisonniers espagnols, au nombre de neuf cents ou mille, malgré les affections morales et la nostalgie résultant de leur captivité (2).
Ces faits semblent rentrer dans la loi bien plus générale qui a présidé aux déplacements séculaires des nations, loi si bien déterminée dans le travail de M. Bertillon sur l’acclimatement (3), et d’après laquelle les migrations du Nord au Sud n’ont donné que des résultats défavorables; tandis que, s’accomplissant sur une même bande isotherme, sous des latitudes similaires, et même du Sud au Nord, elles ont pleinement réussi. L’acclimatement et la prospérité des Espagnols aux Antilles, et sur les points du littoral Mexicain
(1) Schnurrer, lue. cit., p. 98 et suiv.
(3) Schnurrer, loc. cit.
(3) Bertillon, article Acclimatement, in Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Paris, 186S, t. I, p. 270.
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qui ont été les plus fatals aux Anglais, comme Porto Rico, tiennent sans doute à, l’origine plus méridionale du premier de ces peuples (1).
Si l’acclimatement lent et progressif dans les pays chauds est déjà si difficile pour les peuples du Nord, on comprendra combien sera plus dangereux encore le brusque transport des hommes sous ces mêmes latitudes:
« Appliqué à l’individu, le cosmopolitisme n’est qu’une illusion. L’histoire, en retraçant la dispersion du genre humain, et le cours de ses migrations, considère un peuple dans l’ensemble, et ne compte pas les victimes qui payaient la conquête du pays (2). »
C’est précisément ce rôle de premier venu qui est surtout à redouter pour le soldat comme pour le colon; nous avons signalé déjà plus haut les périls qui frappent et menacent ceux qui ont les premiers osé toucher à la terre, et qui sont parfois arrivés, comme en Algérie, à la rendre plus habitable par d’autres (3). Ces derniers en effet se trouvent relativement dans des conditions plus favorables d’installation que les pionniers qui ont défriché le sol; ils ont non-seulement l’avantage d’occuper de suite des habitations là où leurs prédécesseurs ont commencé souvent par vivre sans abri suffisant ; ils trouvent de plus des terrains mis en valeur, ayant subi par différents travaux une aération et un commencement de culture qui en diminuent les dangers (4).
C’est là une des raisons qui nous expliquent l’améliora-
(1) L’Espagnol n’est pas un pur Indo-Européen (comme les Celtes, Francs, Anglais); il descend en partie de la rase sémitique (Arabes et Maures). Bertillon, loc. cit. — En Algérie, ne voyons-nous pas les Espagnols se livrer il la culture du sol avec bien moins d’inconvénients que le colon français?
(2) Laure, loc. cit., p. 78.
(3) Voir page 4G3.
(4) Comme les Espagnols, les Juifs prospèrent aux Antilles, en Afrique; mais le Juif ne défriche pas, et prend possession d’un bien-être établi par ceux qui l’ont précédé. (Bertillon, loc. cit.)
îion considérable, survenue dans l’état sanitaire de l’armée anglaise, dans quelques-unes de ses garnisons de la zone tropicale. Il résulte en effet de l’analyse, faite par M. Ely (1) des rapports statistiques et sanitaires de cette armée, qu’il y a des différences considérables de mortalité entre les chiffres des vingt dernières années, et ceux des époques antérieures à 1836. «Ainsi à la Jamaïque, on avait la proportion de 128 décès pour 1000 hommes avant 1836; elle est tombée à 61 depuis cette époque, et le tableau que nous venons d’établir la montre à 12,44 seulement depuis 18S9. A Ceylan, elle était de 7o ; tombée à 39, elle est aujourd’hui de 26 (2). » Ces résultats sont de la plus grande importance, et prouvent la valeur des mesures prophylactiques et hygiéniques prises dans ces localités; mais, avant d’en conclure à l’acclimatement de l’homme du Nord dans les foyers insalubres des pays chauds, il faut faire la part, qui revient dans ces succès, à la profession militaire elle-même. Il faut se rappeler que le temps de séjour des troupes est très-limité dans de pareilles garnisons, que presque partout on peut les soustraire en partie à l’action du sol en les faisant résider durant la mauvaise saison dans des localités voisines préservées de l’influence du miasme par leur altitude ; qu’en un mot, comme l’a dit M. J. Rochard (3), le rapatriement et les mesures locales adoptées revendiquent la meilleure part de ce semblant d’acclimatement. Si quelques-unes de nos garnisons françaises dans les pays chauds ne donnent aussi parfois qu’une mortalité relativement peu considérable, il ne faut pas en conclure non plus à l’innocuité de ces résidences sur l’homme du Nord, et à la facilité d’établissements de colonisation ; une grande part du succès revient encore ici à la
(1) Ely, L’armée anglaise à l'intérieur et dans les possessions Britanniques. [Recueil des mémoires de médecine militaire, 3° série, t. XXII, p. 220.)
(2) Ely, idem, p. 243.
(3) J. Rochard, Archives de médecine navale, octobre 1SG9.
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courte durée du séjour des mômes régiments, à Mayotte par exemple, à Madagascar où l’on ne peut rester que six mois sans danger, aux Antilles où le séjour de l’étranger ne doit pas dépasser deux ans (1).
On ne peut invoquer, en faveur de l’acclimatement dans ces pays, le bénéfice de l’habitude, car on ne s’habitue pas au miasme palustre. Une atteinte de peste ou de fièvre jaune confère l’immunité contre le retour de la même affection (2); il n’en est pas de même pour les fièvres intermittentes contre lesquelles il n’y a pas à espérer d’assuétude, et dont les récidives seront d’autant plus imminentes qu’on en aura été plus fréquemment atteint.
Thévenot exprime la même opinion dans les deux passages suivants : « Les différentes classes d’Européens sont d’autant plus maltraitées qu’elles sont plus longtemps soumises à l’action des causes de la maladie ; les soldats plus que les commerçants sédentaires, ceux-ci plus que les marins, et parmi ceux-ci les équipages marchands plus que
les équipages militaires (3) La mortalité des troupes
au Sénégal paraît augmenter à mesure qu’elles séjournent davantage ; les organismes sont usés par des rechutes, les maladies sont chroniques et irrémédiables ; il n'y a donc pas d' acclimatement possible pour le soldat (4). »
A Rome, les mêmes régiments séjournaient, sous le même numéro, pendant plusieurs années ; mais il y avait, durant ce séjour, tant d’hommes renvoyés en France et remplacés par de nouveaux venus, que les soldats étaient, au bout d’un certain temps, presque entièrement renouvelés; à plus forte raison, si l’on essayait, dans nos garnisons des pays chauds, de fonder des régiments tout à fait coloniaux qu’on s’abstien-
(1) J. Rocbard, id.
(2) Id., id. et Laure, loc. cit. , p. 79. (•'!) Thévenot, loc. cit., p. 2G9.
(i) Thévenot, ül., p. 227.
drait de renouveler dans la pensée qu’un séjour continuel les acclimaterait mieux, ces régiments finiraient en peu d’années par se fondre entièrement (f).
Dans les climats tempérés, il y a tout lieu de regarder comme possible une disparition progressive des conditions locales nécessaires au développement delà fièvre ; il n’en est pas de même dans les climats chauds où la production de la malaria est loin d’être limitée à tel ou tel foyer, où elle se généralise à presque toute la surface du sol, et où la température qu’on a incriminée, comme cause principale de la difficulté d’acclimatement, agit surtout en fécondant l’activité des émanations telluriques.
Il ressort en somme des considérations précédentes qu’à la surface du globe il existe une vaste zone éminemment dangereuse pour l’homme, et que cette zone, malgré l’application des mesures hygiéniques les plus variées, malgré la suppression des marais, malgré l’amendement du sol, quelquefois même malgré sa mise en culture, conserve encore, sous l’influence des ardeurs du soleil tropical, une puissance toxique que ne peut épuiser la plus riche végétation. En dépit de tous ses efforts pour s’y établir, l’Européen n’est arrivé en général qu’à cet acclimatement douteux, qui consiste plutôt dans la dégénération que dans la propagation de la race; l’indigène lui-même, blanc ou noir, y subit l’impression du sol , et les profondes modifications qui caractérisent la cachexie palustre (2). Sans comprendre toute l’étendue des climats intertropicaux, en raison des influences bienfaisantes que peuvent opposer aux émanations fébri-
(1) Bertillon, loc. cit. Voir aussi pronostic, page 32G. Un régiment, dit Aiiken, composé de mille soldats forts et valides, arrive aux Indes; la première année se passe, il faut 125 recrues pour combler les vides, et en moins de huit ans il ne reste pas un de ceux qui sont venus la première année . (Aitkcn, t/ie science , etc.)
(2) « Ainsi donc, sous les tropiques, pas d’acclimatement absolu contre la fièvre, même pour les indigènes. » (Dutroulau, loc. cit., p. 175).