OBSERVATION VII
Fièvre quotidienne avec encéphalite.
Meunier , soldat à la légion étrangère , âgé de vingtquatre ans , bien constitué , n'ayant pas encore été malade en Afrique , fut apporté , des avant-postes , à l'hôpital de Bone , le 18 juillet i834, pendant le troisième accès dune fièvre quotidienne , vers deux heures après midi. Face rouge ', animée : yeux brillans , conjonctive injectée ; céphalalgie atroce 5 un peu de trouble dans les idées; réponses brusques, saccadées; fièvre ardente : rien du côté des voies digestives , rien ducôlé des poumons. (Saignée du bras, de quinze onces, trente sangsues sur le trajet des jugulaires; diète , limonade).
19 matin, la réaction circulatoire est encor assez forte. Symptômes de gastrite qui n'existaient pas la veille : langue lancéolée , rouge à la pointe et sur les bords , sèche* soif vive. Les phénomènes cérébraux s'étaient considérablement amendés ; et , de la sorte , l'affection des voies digestives paraissait avoir révulsé l'irritation de l'encéphale. L'indication était de combattre ces nouveaux accidens, et de prévenir l'apparition d'un accès qui ne pourrait que les aggraver. (Diète, lirno-
nade , trente sangsues à V épigastre ; seize grains de sulfate de quinine à prendre de suite en une fois ), Point d'accès dans la journée.
20 matin , apyrexie complète ; plus rien, soit du coté de la tête , soit du côté de l'estomac ; fort peu de soif. Ç Diète, limonade, seize grains de sulfate de quinine). Le 'ai, on accorde un vermicelle matin et soir 5 et, pour la dernière fois , on donne du sulfate de quinine , à la dose de huit grains. Convalescence rapide.
Dans ce cas de fièvre intermittente grave , les accidens se passent d'abord isolément dans îe centre cérébrospinal : mais, au troisième accès , l'affection se dissémine malgré une saignée générale , et les voies digestives prennent part aux désordres morbides. Cette marche nous permet de saisir , pour ainsi dire , la nature sur le fait, et de suivre de l'œil la manière dont procède une fièvre intermittente simple pour s'entourer de complications $ car il est .évident que les symptômes de gastroentérite, observés le 19 matin, étaient le résultat d'une congestion liée à l'accès de la veille , et qui eût été beaucoup plus forte encore sans les déplétions sanguines pratiquées à l'arrivée du malade. Un nouvel accès ne manquerait pas d'activer l'irritation de l'encéphale et de l'estomac; aussi, malgré la contre -indication que semble apporter avec elle la surexcitation des voies digestives , je n'hésite pas à prescrire le sulfate de quinine , en même temps que je fais une application de sangsues à
DES FIEVRES INTERMITTENTES. j l
l'épigastre : cette application est faite dans le double but de détruire l'irritation actuelle de la membrane muqueuse gastrique, et de diminuer l'impulsion que lui donnerait un nouvel accès , si la fièvre n'était pas enrayée. Cette médication arrêta tous les accidens à l'instant même.
Peut-on prévoir ce qui serait advenu, si cette maladie avait été abandonnée à elle-même ou combattue par des déplétions sanguines seulement ? Dans l'un et l'autre cas , ou le malade eût été emporté par un accès délirant ou comateux ; ou bien , la congestion se prolongeant , l'affection eût simulé une encéphalite aiguë ordinaire , une fièvre cérébrale continue ; ou bien encore l'accès eût pu retentir plus violemment dans les voies digestives que dans les centres nerveux , et la gastro-entérite, portée alors au plus haut degré d'intensité , eût, à son tour, réagi d'une manière incessante sur le cerveau, et nous eût bientôt donné les symptômes des fièvres graves continues, des affections typhoïdes. D'un autre côté, en supposant que les saignées eussent suffi pour modérer , d'une part , la congestion des centres nerveux, et pour détruire entièrement , de l'autre , l'irritation gastro-intestinale qui , au troisième accès > était venue se surajouter aux accidens observés jusqu'alors , on aurait eu encore un quatrième accès, mais la fièvre eût été plus ou moins simple, peut-être accompagnée seulement des phénomènes ordinaires des accès , et sans aucune complication, soit gastrique , soit pulmonaire.