‹ Traité des fièvres, ou, Irritations cérébrospinales intermittentes d'après des observations recueillies France, en corse et en AfriqueChapitre 15 sur 94 · OBSERVATION VIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIII

Fièvre tierce , pernicieuse , délirante.

M. R , sous-lieutenant au 59e , âgé de vingt ans ,

sanguin , bien constitué, jouissant habituellement d'une bonne santé, en Afrique depuis quelques mois, fut apporté, des avant-postes, à l'hôpital de Bone, le 1 3 juin à onze heures du matin, le sixième jour d'une fièvre tierce , dont Its accès , accompagnés de symptômes gastriques et encéphaliques, revenaient les jours pairs. Le premier accès avait été très violent , et s'était prolongé au-delà de trente heures : le second avait été moins grave ; mais au troisième , il y avait eu du délire , et la pyrexie , qui durait depuis la veille, était encore forte, lorsque le malade arriva à l'hôpital : la langue était sèche, rouge à la pointe et sur les bords , effilée ; la peau brûlante 5 le pouls plein , dur , accéléré • la céphalalgie très intense; la soif fort vive ; l'épigastre douloureux. {Diète,

imonade, saignée du bras , de vingt onces , quarante s angsues à l'épigastre ; un quart de lavement amylacé avec cinquante grains de sulfate de quinine, une heure après la saignée). A quatre heures du soir, céphalalgie atroce ; un peu d'amélioration dans les symp- *ômes gastriques. [Quarante sangsues sur le trajet des

ugulai res).

i4 matin, apyrexie : soif vive; langue humectée, uniformément rouge ; toujours delà céphalalgie. (Diète, limonade , trente sangsues aux tempes , seize grains de mlfate de quinine en pilules, cinquante grains dans un

quart de lavement. )Y\ n'y a pas d'accès ; mais la douleur de tête étant toujours forte, et les sangsues appliquées le matin ayant donné peu de sang, on en met quarante sur le trajet des jugulaires dans la soirée.

i5 matin, le malade est bien ; il a dormi une grande parlie de la nuit : plus de céphalalgie , plus de soif 5 langue humide, plate/ rosée. ( Limonade, huit grains de sulfate de quinine en pilules > bouillon.) Le 16, même prescription. Convalescence rapide.

Cet officier reprit son service dans les premiers jours du mois suivant, et, malgré ses fatigues et la nature de ses occupations, qui l'exposaient de nouveau et immédiatement à l'influence des causes qui l'avaient déjà frappé, il n'eut pas de rechute avant le mois de novembre. Il eut alors plusieurs récidives, à la suite desquelles je dus l'envoyer en France. Après un séjour de quelques mois dans sa famille, il rentra à Bone parfaitement rétabli.

C'est la première fois que nous voyons dès le début les voies digestives et l'encéphale simultanément affectés à un haut degré. Dans les observations précédentes, l'estomac ou avait été peu malade, ou bien était resté tout-à-fait étranger aux désordres morbides 9 et nous avions pu recourir de suite et avec sécurité à l'administration du sulfate de quinine. Mais ici les symptômes d'une gastro-entérite violente contre-indiquent son emploi, au moins par la bouche, et si nous le donnons en lavement, il peut être rejeté immédiatement. C'est donc par là que la complication four-

nie par les voies digestives ajoute à la gravité de la maladie 5 car si le malade avait été emporté par l'accès pernicieux du 12, il eût succombé directement à une affection de l'encéphale, et la gastro-entérite eût été pour uneJiien faible part dans cette terminaison funeste. Aussi lorsque R. ... entre à l'hôpital., ce n'est pas dans l'inflammation de l'eslomac, ce n'est pas dans l'exaspération plus ou moins grande qu'un nouvel accès imprimera à cette phlegmasie, que réside le danger, ce danger^ je le vois dans la lésion des grands centres nerveux. L'encéphale a été, la veille, le siège d'une irritation violente dont les signes persistent encore, et qui probablement amènerait la mort, si un nouvel accès venait lui rendre le degré qu'elle a perdu. De larges déplétions sanguines sont faites, en même temps que, dans un véhicule peu abondant, on donne, par le rectum, cinquante grains de sulfate de quinine. Cinq heures après, les symptômes ne diminuant pas d'intensité, une nouvelle application de sangsues parait indispensable pour juguler une irritation qui a tant de tendance à se fixer dans un organe aussi important que le cerveau. Le 14 matin, la persistance d'une forte céphalalgie, en continuant à nous révéler une lésion profonde de l'encéphale, nous avertit aussi qu'il faut à tout prix éviter un nouvel accès. Le sulfate de quinine à haute dose est donc administré pour la seconde fois, et cette médication prévient le retour de l'accès, ou du moins, s'il a lieu, il ne se révèle que par une augmentation, même douteuse, de la céphalalgie.

En résumant le traitement opposé à cette maladie, on voit que, dans l'espace de vingt-neuf heures, on a fait

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une saignée du bras, de vingt onces, appliqué cent cinquante sangsues, dont cent-dix pour combattre les accidens encéphaliques, et administré cent-seize grains de sulfate de quinine , dont cent grains, il est vrai, en lavement 5 mais plus tard, dans des cas analogues, je le donnais en potion, et souvent à des doses non moins considérables. Si on compare cette médication à celle si faible que nous opposons en France aux fièvres intermittentes simples, qui sont cependant les analogues des maladies dont nous parlons, on ne pourra maîtriser sa surprise. Mais qu'on envisage l'aspect de ces affections suivant les localités ; qu'on examine leurs causes, leurs effets, leurs symptômes, leur marche; qu'on pense à la rapidité avec laquelle , dans des pays chauds et marécageux, des hommes pleins de vigueur et de santé sont foudroyés et emportés par les violentes congestions des accès pernicieux, et Ton verra que nous n'avons fait que mettre notre thérapeutique en harmonie avec les accidens.

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