OBSERVATION X
i Fièvre tierce avec gastro-céphalite.
Rauner, jeune soldat , fortement constitué , ayant eu, au commencement de l'année , une fièvre intermittente simple, entra à l'hôpital d'Alger, le 3o juin i833 , à sept heures du matin , le surlendemain d'un accès de fièvre qui s'était prolongé , avec beaucoup de violence , dans une grande partie de la journée du 29, et avait laissé à sa suite une céphalalgie intense : il y avait de plus une soif vive, une langue chargée de mucosités bilieuses; des selles sanguinolentes; un pouls plein et développé, mais sans fréquence. (Diète, eau de riz gommée, saignée du bras, de quinze onces, trente sangsues à Vépigastre, quinze à F anus),
A onze heures du matin , il survient un accès qui débute par du froid et des frissons prolongés. A trois heures après midi , la céphalalgie était atroce , la soif ardente , les envies de vomir fréquentes , la peau brûlante : ces symptômes étaient accompagnés de vives douleurs abdominales et de nombreuses déjections alvines. [Saignée du bras, de douze onces, quarante sangsues sur F abdomen) .
Ier juillet matin, apyrexie; cinq selles pendant la nuit ; plus de coliques, peu de soif. ( Diète, eau gommée^ vingt-quatre grains de sulfate de quinine en potion , à prendre en deux fois) . Quelques selles dans la journée 5 peu de fièvre, pas de céphalalgie,
2 juillet, continuation de Fapyrexiej deux selles seu-
DES FIEVRES INTERMITTENTES. Of
lement pendant la nuit. (Diète, eau gommée , seize grains de sulfate de quinine). Point d'accès. Le sulfate de quinine est continué , à doses décroissantes, jusqu'au 5. Convalescence très franche. Cet homme sort le 3o juillet , après avoir mangé les trois-quarts de la portion pendant douze jours.
C'est sans doute un fait inexplicable que cette tolérance du tube digestif pour le sulfate de quinine dans les affections intermittentes , même dans les cas où la membrane muqueuse est violemment surexcitée. C'est un fait qui est surtout en opposition avec nos théories médicales -, mais ,quel qu'il soit, il faut l'adopter et en subir les conséquences. Il faut recevoir, comme une chose démontrée, que le traitement que nous avons employé ici est généralement suivi de succès ; et que le traitement purement an tiphîogistique échoue presque constamment. La médecine qui, dans les pays marécageux, s'attache à détruire les irritations avant d'administrer le sulfate de quinine, qui veut ramener une fièvre intermittente grave à des conditions absolues de simplicité^ avant de recourir aux fébrifuges, se prépare des revers inévitables. Voyez, en effet, ce qui se passe ici : malgré les copieuses saignées pratiquées à l'arrivée du malade , non seulement il survient un nouvel accès, mais cet accès a une intensité que le premier n'avait pas eue peut-être, et qui nous oblige à de nouvelles et larges déplétions sanguines. Si , ne remplissant pas l'indication que fournissait
celle marche, nous n'avions pas recouru immédiatement
au sulfate de quinine^ un troisième accès serait trop probablement venu donner la mort. Nous n'avons pas même différé son administration jusqu'au jour paroxystique , par les motifs que nous avons exposés dans la cinquième observation.