‹ Traité des fièvres, ou, Irritations cérébrospinales intermittentes d'après des observations recueillies France, en corse et en AfriqueChapitre 22 sur 94 · OBSERVATION XV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XV

Fièvre tierce, pernicieuse , délirante.

Faure, soldat au 59e, âgé de vingt-sept ans, n'ayant pas encore été malade en Afrique, arrivé de Bougie depuis quelques jours, entra à l'hôpital de Bone le 11 octobre i834> le troisième jour d'une fièvréT tierce, dont

les accès venaient à dix heures du malin. Cel homme avait fait la veille son service ordinaire , et il était dans l'accès lorsque je le vis dans l'après-midi : la langue était légèrement gastritée , la soif peu prononcée , la fièvre et la céphalalgie médiocres ; il y avait eu une douzaine de selles muqueuses dans les vingt-quatre heures ; ces déjections aivines étaient plus fréquentes au moment; de l'accès que dans le reste de la journée. (Diète, eau gommée , trente sangsues à Fépigastre, un quart de lavement amylacé et opiacé.)

23 matin, délire furieux ; le malade s'est levé plusieurs fois pendant la nuit pour s'enfuir. (Diète , eau gommée , vingt- quatre grains de sulfate de quinine en potion , un quart de lavement amylacé et opiacé avec soixante grains de sulfate de quinine , deux vésicatoires aux cuisses, deux sinapismes aux jambes.)

Mort à onze heures du matin.

OUVERTURE DU CADAVRE

( Vingt heures après îa mort ).

Tête. Opacité de l'arachnoïde au niveau de quelques anfractuosités. Pie-mère fortement injectée. Substance cérébrale dense , ferme , excessivement congestionnée , surtout la substance grise , qui est d'une teinte noirâtre, et parait occuper beaucoup plus d'étendue que dans l'état naturel. Peu de sérosité dans ies ventricules. Cervelet mou , contrastant par sa mollesse avec le cerveau»

Moelle épinière. Sérosité abondante. Injection vive

et vermeille de la pie-mère. Moelle épinière elle-même consistante , dure : substance grise beaucoup plus injectée que la substance blanche, surtout aux renflemens cervical et lombaire.

Poitrine. Poumons et cœur parfaitement sains.

Abdomen. Ramollissement général de la membrane muqueuse de l'estomac , avec coloration ardoisée du grand cul-de-sac. Les intestins , gros et petit, sont d'un gris foncé , avec tuméfaction des follicules isolés. Ramollissement dans plusieurs points , et quelques vestiges d'anciennes plaques gaufrées au voisinage de la valvule iléo-cœcale. On n'observe , dans toute l'étendue du tube digestif, aucune rougeur soit striée, soit pointillée, soit par plaques , soit par imbibition. La rate, volumineuse , a l'aspect d'une pâte de chocolat à l'eau ; le foie , sans consistance, offre une altération analogue.

La mort arrive ici bien inopinément, et rien ne pou vait la faire prévoir. Je crois cependant que , par un traitement actif et semblable à celui que l'on retrouve dans la plupart des observations que je rapporte , on aurait pu empêcher l'invasion du second accès. Lorsque le malade arriva à l'hôpital, il était trop tard déjà, cet accès était commencé. Mais remarquez combien peu , en présence des symptômes observés à l'entrée , on devait s'attendre à l'explosion des accidens qui ont été si brusquement mortels : car le 22, à trois heures 1 près-midi . il n'y avait qu'un peu de céphalalgie, que

des signes assez faibles de gastro-colite, et le 23 , à onze heures du matin , le malade était mort ! Sans doute on se rend compte , jusqu'à un certain point, de cette issue funeste , en voyant à l'ouverture du cadavre ce ramollissement de la membrane muqueuse de l'estomac , ce développement des follicules dans les intestins , et ces restes de plaques gaufrées. On conçoit en effet que , avec de semblabes désordres , une franche et complète réaction a été impossible, au moment où l'appareil cérébro-spinal a été violemment congestionné , ainsi que l'attestent la forte congestion du cerveau et de la moelle, et la vive injection de leurs enveloppes. Mais si les symptômes peuvent si facilement nous induire en erreur , que faut-il faire pour éviter les accidens graves dont nous parlons? On doit toujours agir dans l'hypothèse que ces accidens sont imminens : et c'est là bien certainement ce qui fait la puissance de la médecine dans les épidémies de fièvres intermittentes. S'affranchir de cette règle, c'est vouer ses malades à la mort.

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