OBSERVATION XVI
Fièvre quotidienne irrégulière, devenue mortelle dans la période de froid.
Schwemner, âgé de vingt-neuf ans, a été quatre fois à l'hôpital d'Alger dans le eourant de l'année , pour des récidives de fièvre intermittente. Il y rentra le 18 novembre i833, le huitième jour d'une fièvre quotidienne,
Malgré ses maladies antérieures , cet homme avait de l'embonpoint. Il était dans une apyrexie parfaite , lorsque je le vis dans l'après-midi : il n'y avait ni malaise ni céphalalgie , ni soif, ni rougeur de la langue , ni amertume de la bouche. Les accès, du reste fort simples et de peude durée, ne revenaient pas à une heure déterminée ; ils apparaissaient tantôt le matin , tantôt dans la soirée. ( Diète, limonade. )
19 matin s continuation d'une apyrexie parfaite. ( Diète > limonade , seize grains de sulfate de quinine.) Accès simple dans l'après-midi.
20 matin , même état que la veille , à la même heure. Même prescription. Accès dans la soirée : cet accès est plus fort que les précédens.
2 1 matin , céphalalgie , un peu de soif. L'accès s'est terminé par des sueurs abondantes. ( Diète , limonade , trente sangsues au front , seize grains de sulfate de quinine. ) Accès dans la matinée ; signes d'une légère irritation gastro-intestinale. ( Trente sangsues à Vépigastre.)
22 matin , persistance de la céphalalgie , pouls petit , prostration , découragement, appréhension de la mort. ( Diète , limonade , vingt-quatre gains de sulfate de quinine, potion éthérée , fomentations froides sur la tête.) A neuf heures, frissons, froid, tremblemens.Mort à midi sans délire, sans coma, sans réaction.
DES FIÈVRES INTERMITTENTES, ioS
OUVERTURE DU CADAVRE
(Vingt heures après la mort.)
Tête. Congestion générale de la substance du cerveau, qui est dure et ferme. Rien à noter dans les membranes, qu'une injection assez forte des vaisseaux de la piemère.
Poitrine. Poumons sains, quelques adhérences. Concrétions fibrineuses dans les cavités droites du cœur.
jibdomen. Ramollissement, avec teinte d'un gris foncé, de la membrane muqueuse de l'estomac qui s'enlève par le plus léger grattage : rougeur pointiilée , disséminée sur une grande partie de sa surface. Les intestins grêles , dune couleur et d'une fermeté naturelles, sont farcis de petites taches circulaires , blanchâtres, et offrant à leur centre un petit point noir. Les gros intestins présentent la même altération. La rate est ramollie, réduite en une bouillie couleur lie-de-vin. Le foie est gorgé de sang.
Je ne saurais m'expliquer comment la mort a pu arriver ici. Jusqu'à présent, nous avons vu la congestion des centres nerveux se révéler par des symptômes plus ou moins graves, par le coma, par le délire, d'où une mort que Ton conçoit très bien , mais ici rien de pareil. Sans doute , les désordres trouvés dans le tube digestif,
et les récidives antérieures de fièvre intermittente avaient préparé à l'avance le défaut de réaction par lequel cet homme parait avoir succombé. De plus, le cerveau est congestionné; mais cela ne suffit pas non plus, car il n'y a pas eu de délire, car il n'y a pas eu de coma. Il est à regretter que la colonne vertébrale n'ait pas été ouverte; l'examen de la moelle épinière eût peut-être jeté quelque jour sur cette question.
Je ferai remarquer une faute que j'ai commise dans le traitement. Jrai eu tort de m'en laisser imposer par la bénignité des symptômes : j'aurais dû , sachant que cet homme avait eu plusieurs récidives de fièvre intermittente, administrer le sulfate de quinine à plus forte dose, parce que ce médicament a beaucoup moins d'action chez les sujets qui se trouvent dans cette condition : chez eux aussi , il faut être sobre de saignées, et peut-être n'eussé-je pas dû faire , dans la même journée , deux applications de sangsues. #