OBSERVATION XIX
Fièvre quotidienne, perniiceuse, algide.
Tellier, ouvrier d'administration, âgé de 27 ans,, sorti depuis deux mois de l'hôpital de Bone ? où il avait été traité d'une fièvre intermittente peu grave , y rentra
le 3o août i834, le troisième jour d'une fièvre quotidienne «:ont les accès revenaient à dix heures du matin. Il était dans l'accès lorsque je le vis dans l'aprèsmidi, vers trois heures. La réaction était très forte , le pouls plein , dur ; la céphalalgie intense ; la langue muqueuse au centre , rouge à la pointe et sur les bords; la soif ardente , la peau brûlante. (Diète, limonade, saignée du bras , de quinze onces , trente sangsues à ïépigastre. )
3i matin , apyrexie : peu de soif, peu de céphalalgie : l'accès s'est terminé franchement par des sueurs abondantes 5 la langue est plate et humide, rosée dans une grande partie de son étendue. ( Diète , limonade, 'vingt -quatre grains de sulfate de quinine. )
L'accès revient à dix heures du matin , et débute , comme les précédens , par des frissons d'une durée moyenne. À trois heures après-midi, je trouvai le malade dans l'état suivant : décubitus sur le dos, prostration extrême , physionomie impassible , petitesse et rareté du pouls, refroidissement général non perçu par le malade , pâleur de la langue, décoloration des lèvres, vomissemens sans efforts et comme par régurgitation , netteté de l'intelligence. C'était un accès algide des mieux caractérisés. ( Quarante grains de suif ate de quinine à prendre en trois fois dans quatre onces d? eau, avec addition de vingt gouttes de laudanum et un gros d'éther , deux sinapismes aux jambes , deux vésicatoires aux cuisses. )~La, potion n'est pas vomie , et s'il n'y a pas d'amélioration dans la soirée , l'état du malade n'empire pas non plus.
Ier septembre matin, le pouls, toujours très lent, s'est relevé ; la chaleur de la peau , surtout à l'abdomen, est à peu près au degré naturel \ la langue est rose et humectée : il n'y a pas de soif , pas de céphalalgie , les vomissemens n'ont pas reparu. L'indication est de soutenir la réaction qui s'opère et de prévenir le retour d'un nouvel accès. ( Diète , limonade , vingt-quatre grains de sulfate de quinine en potion ; un quart de lavement amylacé et opiacé 3 avec soixante grains de sulfate et deux gros d'éther.) Accès vers onze heures : vive céphalalgie dans l'après-midi. (Vingt sangsues aux tempes.)
2 matin , le malade est dans le délire depuis plusieurs heures ; d'abord bruyant , ce délire est devenu tranquille., la réaction fébrile paraît toucher à sa fin. {Diète, limonade , fomentations froides sur la tête.) Mort à midi.
OUVERTURE DU CADAVRE
(Dix-neuf heures après la mort.)
Télé. Opacité de l'^achnoide dans l'intervalle de plusieurs circonvolutions, Pie-mère fortement injectée. Substance cérébrale ferme , et présentant à la coupe une rougeur sablée très-fine. Cervelet moins congestionné , moins consistant que le cerveau.
Moelle épinière. Injection fine et vermeille de la pie-mère : la moelle a moins de fermeté que de coutume .
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Thorax. Poumons sains -, faibles et anciennes adhérences des plèvres. Cœur très volumineux ; dilatation du ventricule gauche ; décoloration et flaccidité du tissu musculaire.
Abdomen. La membrane muqueuse de l'estomac est épaissie , ramollie , d'une coloration généralement ardoisée : nulle part de rougeur , soit striée , soit pointillée , soit par plaques. Le duodénum présente les mêmes altérations de couleur et de texture que l'estomac. Dans le reste de l'intestin grêle, la membrane muqueuse, légèrement ramollie , est parsemée de follicules isolés anormalement développés : aux environs de la valvule iléo-cœcale existent, en grand nombre, des vestiges d'anciennes plaques gaufrées. Le gros intestin est sain. La rate , très-volumineuse , réduite en bouillie \ couleur lie-de-vin ; le foie est fortement congestionné.
La mort est arrivée par une encéphalite aiguë consécutive à un état algide , comme dans le choléra , ou bien par un accès pernicieux , comme dans les fièvres délirantes. C'est une succession de phénomènes qui est fort rare dans les fièvres pernicieuses algides 5 car , lorsque ces accès n'ont pas une issue funeste, leur solution s'opère ordinairement sans réaction fébrile, sans déterminer aucun travail irritatif analogue à celui qui s'est formé ici. Eussions-nous pu enrayer la marche de cette maladie, en insistant plus fortement sur les déplétions sanguines au début de l'encéphalite ? Cela est fort
probable 5 mais l'algidité reparaît si vite et si facilement après les saignées , que je n'ai pas osé y recourir plus énergiquement : c'est là un point de médecine pratique des plus délicats et qui est environné d'écueils.
, Je pense qu'il est inutile de rappeler l'attention sur l'injection si fine, si intime, de la substance cérébrale et des membranes de la moelle épinière : c'est un fait qui se rattache trop aux réflexions qui suivent l'observation précédente, pour ne pas en avoir tenu compte. On aura remarqué sans doute aussi l'absence de toute trace d'irritation gastro-intestinale récente , bien qu'il y ait eu , pendant la vie , les symptômes d'une gastrite aiguë. Ne peut-on pas expliquer cette discordance entre les symptômes et lanatomie pathologique , en disant que , dissipée par les déplétions sanguines pratiquées à l'arrivée du malade . la congestion irritative abdominale , liée aux accès , ne s'est pas renouvelée pendant celui du trenteet-un , dont les phénomènes paraissent, au surplus, avoir été exclusivement fournis par les grands centres nerveux ?